Révélations (Surf on love) (French Edition)
Chapitre 7
Je suis réveillée par quelque chose qui saute sur mon lit. On me gratte l’épaule, on se roule contre moi. De ma main, je repousse un petit corps très poilu.
— Mmmhh, non. Sors de là, Malibu, je n’ai pas envie de jouer.
Il fait des bonds sur le matelas en tournant sur lui-même, puis vient coller son nez froid et humide sur ma joue. Je l’écarte à nouveau et c’est le son de la petite radio de la cuisine qui s’élève. Ma mère est debout, et la connaissant, pour qu’elle mette le volume aussi fort, c’est qu’elle est en train de faire son ménage et qu’elle a prévu d’aller surfer. Ce n’est pas aujourd’hui que je vais pouvoir faire une grasse mat’. Ils ont gagné.
Tout en soupirant, je m’extirpe avec difficulté de mon lit. La voix enjouée du chroniqueur me parvient après la minute pub. « Bienvenue sur Météo Surf, il est neuf heures et nous sommes en forme ! Ce matin, nous avons un vent offshore. Côté vague, nous sommes à douze secondes d’espace entre elles, soit du vingt-cinq kilomètre-heure. Vous l’aurez compris, c’est l’idéal pour partir en trip surf aujourd’hui. Le spot sera clean, vous ne pouvez pas rêver mieux. » En effet, les conditions sont réunies, je vais y songer pour cet après-midi.
Ce matin, j’ai envie de ne rien faire. En rentrant cette nuit, je n’ai croisé personne, ni ma mère ni Pitt. Je les ai juste appelés avant de quitter Stanford, pour les prévenir que j’arrivais un jour plus tôt. Après ma journée de cours, hier soir, j’ai décidé sur un coup de tête de rouler de nuit. Mauvaise idée. Entre la fatigue de ces derniers temps, la route en travaux (je n’avais pas vu les panneaux me les indiquant) et la pluie battante, j’ai frôlé l’accident plusieurs fois.
En prenant mon petit-déjeuner, j’ouvre le message qui m’a été adressé il y a une heure. Sean.
[Ta mère m’a dit que tu étais dans le coin,
est-ce que l’on peut dîner ce soir en amis ?
J’insiste sur le mot « amis », j’ai bien compris
que tu ne voulais plus de moi]
Je commence doucement à me faire à l’idée de l’être avec Hayden, je peux bien laisser aussi une chance à Sean de se rattraper. Déterminée et pas prête à me lancer dans quelque chose avec un garçon, j’ai juste besoin de sortir pour me vider la tête.
Je lui réponds pour lui donner mon accord et carte blanche sur le restaurant, mais surtout pour qu’on se retrouve directement là-bas. Hors de question qu’il vienne me chercher à la maison, ma mère n’étant pas au courant. Je l’avertirai que je passe la soirée avec Marina.
Quand je quitte ma chambre, Pitt m’appelle du salon.
— Cassie, tu as une minute ?
Lorsque je le rejoins tout en me coiffant, il fait les cent pas, les poings sur les hanches.
— Il y a un problème ? lui demandé-je en fronçant les sourcils.
— Oui, je suis emmerdé au bar. Kenny doit garder sa petite fille malade, Marina est à la fac, je n’ai personne et des rendez-vous toute la journée. Tu pourrais aller déposer des papiers pour moi et bosser jusqu’à vingt et une heures ?
— Bien sûr, ne t’inquiète pas.
— Merci, tu es un ange. Je viendrai assurer la suite du service.
***
C’est la course, après avoir déposé une tonne de paperasse chez le comptable de Pitt et avoir fait un détour au supermarché pour faire quelques achats, je me retrouve seule derrière le bar, à gérer du mieux que je peux la préparation des boissons et le service. Dans l’ensemble, les clients sont conciliants et je suis soulagée de voir Pitt arriver à vingt et une heures pétantes pour prendre la relève. Mes pieds sont en compote.
Il m’embrasse la joue.
— Merci, Cassie, passe une bonne soirée avec Marina.
Je lui souris, bien que je m’en veuille de lui avoir menti, et monte à mon tour dans ma voiture en direction du restaurant.
Alors que je suis vêtue d’un jean et d’un top classique, je découvre que Sean s’est mis sur son trente-et-un. Pantalon à pinces noir et chemise blanche. Je pense donc qu’il espère quand même quelque chose, mais il ne tente rien. En revanche, il passe son temps à me fixer, ce qui me gêne, d’autant plus que l’ambiance de la salle a un côté trop romantique pour un dîner entre amis. De base, je n’aime pas ce genre d’endroit qui me rend mal à l’aise et le fait d’être assise en face de lui n’arrange pas mon embarras. J’aurais préféré qu’il nous emmène dans un fast-food ou un petit resto en bord de mer, simple et bon marché. Ce n’est pas ce qui manque dans le coin. De plus, je ne suis pas apprêtée pour ce style de lieu, je fais tache dans le décor et la serveuse qui me reluque a l’air de penser la même chose.
La table est parée d’une nappe blanche, avec une rose rouge dans un soliflore à côté de nos nombreux couverts. Non loin de nous, un homme est installé derrière un piano et très vite, une mélodie s’élève dans la pièce. Une femme se met à pleurer. Lorsque je l’aperçois, un homme est à genoux devant elle et ouvre un écrin. Mon Dieu, c’est aussi mignon qu’embarrassant. J’engage la conversation pour briser le silence entre nous et nous parlons de tout et de rien.
Tandis que Sean me fait part de ses prouesses en surf en insistant bien sur le fait qu’il a pris des risques énormes en commandant son nouveau matériel, je mange mes fruits de mer. Je ne l’écoute pas vraiment. En fait, je m’ennuie, et cette langoustine que je tiens dans ma main depuis cinq bonnes minutes serait dans un état d’esprit identique au mien si elle était encore en vie. Il se croit téméraire, il est ridicule. Hayden, lui, sait en prendre des vrais, beaucoup plus excitants que tout ce que Sean me raconte.
Cela ne se fait pas, mais je presse même la chose quand la serveuse nous tend la carte des desserts, en prétextant que je n’ai plus faim. J’ai toujours de la place pour une gourmandise sucrée, mais là, j’ai juste envie de rentrer chez moi. Remarquant ma mine blasée, Sean affiche un visage déçu et s’empresse de régler la note.
— Ton plat était bon au moins ? me questionne-t-il lorsque nous poussons la porte du restaurant.
— Oui, mais pourquoi tu m’as emmenée ici ?
— Parce que l’on y mange bien, répond-il en haussant les épaules.
Les miennes s’affaissent.
— Sean... Il y a plein d’endroits où l’on mange bien.
— La prochaine fois, on ira chez Fast Chicken & Potatoes... Enfin, si tu veux bien d’une prochaine fois ?
Loin d’être serein, il m’observe avec crainte.
— Oui, tant que c’est clair dans ta tête.
— Ça l’est. Rentre bien et fais attention à toi, conclut-il.
— Merci. À bientôt.
Aucun contact physique, il me fait un signe de la main et nous regagnons chacun notre voiture.
En sortant du parking, j’aperçois un véhicule qui m’est familier garé sur le côté de la route. Lorsque je m’engage sur la voie et arrive à sa hauteur, il quitte sa place dans un crissement de pneus en soulevant une poussière impressionnante derrière lui et part dans l’autre sens. Ce n’est pas possible. Mon esprit me joue des tours, ça ne peut pas être lui. Hormis ma mère et Pitt, personne n’est au courant que je suis ici, dans ce restaurant au milieu de nulle part. Demi-tour et j’accélère. Il faut que j’en aie le cœur net. Je ne sais même pas si c’était une Dodge Charger, c’était trop rapide, mais ça y ressemblait. Aucune voiture devant moi, j’appuie un peu plus sur la pédale d’accélérateur et je suis maintenant bien trop au-dessus de la vitesse autorisée. Très vite, j’aperçois des feux. Quand je m’en rapproche vivement, je ralentis. Ce n’est pas celle de tout à l’heure, celle-ci est rouge.
Merde !
Désormais en plein dans le centre-ville de Rodrigo Bay, c’est peine perdue pour retrouver le bolide noir. Trop de rues adjacentes et trop de monde dans tous les sens à cause de la fête foraine sur l’esplanade. Puisque je suis là et que je me doute que je n’arriverai pas à trouver le sommeil avant de longues heures, je décide d’aller faire un tour à pied. Après avoir galéré pour trouver une place libre, je gare mon Raptor dans une petite ruelle et me dirige vers le ponton de la plage. J’adore cet endroit, non loin de chez moi. C’est ici qu’Ethan a passé toute son enfance. Encore une fois, il n’y a personne, alors je m’assieds tout au bout, quitte mes sandales, et plonge mes pieds dans l’eau tiède. Bercée par les basses et les odeurs de barbes à papa et churros de la fête foraine, je contemple les lumières au loin d’Oceanside. La dernière fois que je suis venue à San Diego, j’avais emmené Hayden ici, un soir. C’est là que la vue est la plus belle, de jour comme de nuit. Ce soir-là, je lui avais tant vanté les mérites de l’endroit qu’il mourait d’envie de me balancer dans l’eau pour me faire taire. Je m’étais agrippée à lui comme une sangsue, le menaçant qu’il plongerait avec moi s’il faisait une chose pareille. Très vite, il avait abandonné son idée parce qu’il ne voulait pas mouiller ses cheveux. Ce souvenir m’arrache un sourire triste.
Au bout d’un certain temps, mes fesses sont endolories par le bois du ponton. Un rapide coup d’œil sur mon portable et je remarque qu’il est déjà deux heures du matin. Je suis restée deux bonnes heures assise au bout de la jetée. Je ferais bien d’aller me coucher, demain va être dur lorsque Marina va venir me chercher.
Une fois chez moi, j’avale un grand verre d’eau avant de sortir le chien sur la terrasse.
***
Après une nuit affreuse, un petit-déjeuner que je n’ai pas réussi à avaler et une douche interminable, je choisis mes vêtements dans ma commode. Un maillot de bain deux pièces et je passe une robe fluide vert d’eau par-dessus. Il fait lourd, il n’y a quasiment pas d’air. Avec Marina, nous avons prévu d’aller surfer avant la tempête annoncée ces prochains jours. La plage va être prise d’assaut d’autant que les vagues sont assez sympas aujourd’hui. Je quitte mes bijoux et les pose sur l’étagère à côté de ma boîte anti-déprime qui est... décalée.
Bien que je ne sois pas maniaque, elle trône toujours au milieu, entre un bibelot ananas et une petite lampe. Jamais à côté de cette bougie. Ma mère ne s’occupe pas de ma chambre et je n’ai pas ouvert ma boîte depuis que je suis arrivée. Pourtant, j’en aurais bien eu besoin, pourquoi je ne l’ai pas fait ? Aucune idée. En sortant le contenu, je me laisse tomber sur le lit. Un paquet de bonbons est si écrasé contre les parois en bois que j’ai du mal à l’en extirper. Il n’y avait que des petits chocolats dedans. Je reconnais donc l’auteur du délit quand je me rends compte que les sucreries sont à la fraise. Cette voiture, c’était bien lui et il est venu ici. Dans ma chambre. Déposer ça dans ma boîte. En dessous, une enveloppe blanche nacrée avec mon prénom. Au dos, une étiquette collée est calligraphiée à l’encre noire.
« Famille Calaann
2855 Street Valley
Santa Clara, CA 95050, États-Unis »
J’imagine très bien tout ce qu’il doit penser en m’ayant vue quitter le restaurant hier soir avec Sean. La radio qui s’élève depuis la cuisine me perce les tympans. « Nous sommes dimanche et il est midi pile... » Je me dirige jusqu’à celle-ci et baisse le son.
Les mains tremblantes, je retourne dans ma chambre et ne tarde pas à ouvrir l’enveloppe avant d’en tirer une feuille bien remplie. Tout en dévorant les petites gourmandises roses, je prends une grande inspiration et me lance dans ma lecture.
OceanofPDF.com