Révélations (Surf on love) (French Edition)

Lucie Mimi · Chapitre 17 sur 41

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Révélations (Surf on love) (French Edition)

Chapitre 17

 

 

L’alarme du téléphone agresse mes tympans, je balaye mon bras et ça s’arrête avant que j’aie pu l’atteindre.

— Bien dormi ? me parvient la voix éraillée d’Hayden.

Le coude replié sur le matelas, sa main soutient sa tête et il dégage les cheveux de mon visage.

— Je crois, oui, je suis un peu dans le brouillard, dis-je en frottant mes joues.

— Voilà ce qui arrive quand on baise sur le toit par moins dix degrés. 

À ses mots, mon cœur fait un bond dans ma poitrine et mes yeux sortent de leurs orbites.

— Quoi ?

Oh, mon Dieu, tout me revient...

— Rassure-moi, tu ne m’as pas laissé faire une chose pareille ?

— Non, je ne suis pas timbré à ce point… Par contre, on l’a fait deux fois sur cette table, tu t’en souviens ? Parce que je te jure que j’ai essayé de résister, mais tu étais ingérable. Tu m’as tant supplié et mis à poil que j’ai fini par te faire ce que tu voulais. Tu criais si fort que le mec de la réception s’est pointé à plusieurs reprises pour me dire qu’il fallait que je te fasse taire. Seulement, j’ai bien tenté, mais c’était pire.

Rouge de honte, mon visage est désormais enfoui sous la couette.

— Oui, je m’en souviens. Pardon de t’avoir mordu.

Il s’esclaffe.

— Mon chaton sauvage à moi, viens là.

Hayden tapote son torse, et je m’y cale.

Il me faudra une douche tiède, deux cappuccinos et une bonne marche par moins huit degrés jusqu’à la station pour que je retrouve les idées claires. J’ai bien fait de prévoir la tenue adéquate, il fait un froid polaire ici, ce qui me change nettement de San Diego. Mais avec le soleil, c’est très agréable. Nous parvenons vite à hauteur d’un grand chalet, le seul perdu dans la montagne. Je suis subjuguée par la beauté des lieux, la neige recouvre le toit et les balustrades des balcons, le tout agrémenté de stalactites, c’est sublime.

— Bienvenue dans un autre chez-moi, me dit Hayden en tapant ses boots sur le palier.

Il tourne la clef dans la serrure et me fait signe d’entrer. La température est bien meilleure ici. Le type de la station a dû passer tôt ce matin pour chauffer l’endroit avant que l’on arrive.

Le chalet est très chaleureux. La grande cheminée en pierre avec le bois qui crépite à l’intérieur prend la moitié du mur du salon, et l’odeur qui s’en dégage rend l’endroit unique.

— C’est très beau. J’adore !

— Ouais, c’est sympa. Enfin, la déco est un peu à chier, mais bon, on ne vient qu’une fois dans l’année.

— Non, moi, je ne trouve pas. Au contraire, c’est rustique. Limite romantique, avoué-je, émerveillée.

— Aaarrgghh, j’aime pas ce mot, râle-t-il.

— Menteur ! Tu m’as prouvé plus d’une fois que tu pouvais l’être.

— Ouais, peut-être… Bon, allez, je te fais visiter les lieux et après, on va manger un truc en haut de la station pour que tu voies comment c’est beau ?

— Avec plaisir.

***

Après avoir craqué pour une gaufre avec double chantilly pour moi et une boule de glace à la fraise pour lui qui m’a donné des frissons en le regardant manger – il ne fait vraiment rien comme personne, il m’étonnera toujours –, nous avons dû trouver un coiffeur pour que monsieur retrouve son brun naturel, après qu’il s’est fait draguer par le serveur du snack.

J’ai été captivée par tout ce qu’Hayden m’a montré. Même s’il ne l’avouera jamais, c’était très romantique. Le lac gelé, les différentes montagnes jusqu’à me dire leur hauteur et leurs histoires, j’ai été impressionnée. Nous avons clôturé cette journée en observant le ciel étoilé dans les bras l’un de l’autre en haut de la station. Je crois que c’est la première fois que l’on fait quelque chose rien que nous deux et qu’il a été si sérieux. Un super moment en amoureux.

Fraîchement sortie du bain, j’enfile mon nouveau pyjama qui, je le sais d’avance, va m’attirer un tas de moqueries de sa part, mais il m’a assez répété, avant de partir, de prendre des vêtements chauds, et c’est tout ce que j’ai trouvé. C’est vrai qu’à l’intérieur, il fait très bon, mais il faut bien que je l’utilise, il m’a coûté un bras. Je referme le zip de mon nombril à mon cou. Moi, je la trouve jolie, cette combinaison nounours molletonnée en poils blancs. En plus, elle est toute douce et j’aime plutôt bien les oreilles sur la capuche, mais si je la mets, je vais étouffer. Je regagne la chambre. La commode est décalée et Hayden farfouille derrière à quatre pattes.

— T’as eu assez d’eau chaude ? me questionne-t-il.

— Oui. Qu’est-ce que tu fais ?

— J’essaie de faire marcher la télé, mais je crois que le câble est mort.

Je range mes affaires dans la valise et tire les draps lorsqu’il se relève, horrifié de me voir.

— Haaaaaa ! s’offusque-t-il en se raidissant. C’est quoi ce truc ?

— Un pyjama.

Il marque un temps avant d’exploser de rire. Le contraire m’aurait étonnée.

— T’es sérieuse ? T’as bouffé une plaquette d’anxio quand t’as acheté ça ?

— C’est un vêtement chaud ! Et moi, je l’aime bien, rétorqué-je, vexée.

— Il fait bon ici, tu vas choper des puces avec ce machin horrible sur le dos.

Tout en l’ignorant, je pars récupérer la bouteille d’eau sur la commode. Second éclat de rire de sa part, je lève les yeux au ciel.

— Oh putain ! Y a même un pompon au cul ? Je ne vais pas survivre à ça, c’est trop drôle !

— Moque-toi tant que tu veux, je ne l’enlèverai pas, elle est très confortable, répliqué-je, une moue boudeuse sur le visage.

— Fais pas la tronche, bébé, je déconne, t’es mignonne là-dedans. Mais quitte à prendre une combi, tu aurais pu emporter celle de surf, c’est chaud aussi et sexy…

Il m’observe avec ses yeux pétillants, mais je l’écoute à peine parce que quelque chose vient de me revenir...

— Attends une minute... Je repense à un truc...

Son regard a changé, il s’est fait suspicieux.

— Du genre ?

— Du genre que je donnerais cher, mais alors très cher, pour te voir dans cette combinaison de lapin rose… Tu sais, le jour où tu as arrosé les tomates d’un petit vieux avec de la vodka ? Tu t’en souviens ? Parce que moi, j’ai bien ri quand on me l’a raconté, j’aurais adoré te voir. Tu ne t’es pas pris les pattes dans ta moto ce jour-là, mon lapin ? le raillé-je.

Hébété, aucun son ne sort de sa bouche. Je l’ai plus que scotché sur place et j’en suis ravie.

— Alors, alors, qui est le plus fort à ce petit jeu, Hayden ? jubilé-je.

Croisant les bras sur ma poitrine, je le regarde avec un immense sourire pendant que les souvenirs semblent lui revenir.

— Oh, les bâtards !

J’éclate de rire.

— Eh oui. Je sais tout, mon lapin ! 

— Bravo, je m’incline. T’as gagné. Tu m’as bien séché, grande maline.

— Je regrette juste de ne pas t’avoir vu.

— Ouais... Heureusement que c’était que le temps d’une soirée.

Il se frotte la nuque, évite mon regard, puis attrape son téléphone sur la table de nuit et le fourre vite dans le tiroir qu’il referme à clef, avant de la fourrer dans sa poche.

— Putain, Hayden, donne-la-moi !

— Oh non, non, non !

— Oh si, si, si, je veux voir cette photo !

Je me jette sur lui pour fouiller dans sa poche, mais il ne me laisse pas faire en mettant son bras devant lui pour me tenir à distance. Nous rions comme deux ados. Il me cale sur son épaule. La tête contre son buste, je lui attrape la partie sensible, je sais qu’il n’y a que ça qui le fera changer d’avis.

— Aaah… Yayaaaïïïeee, doucement… OK, OK, arrête ! me supplie-t-il en bégayant.

— Donne-moi cette clef avant, sinon je te jure que tu ne pourras plus t’en servir avant un petit moment.

— Je vais te montrer.

Je le libère et il me repose sur mes pieds. Il ouvre le tiroir et fouille quelques instants dans son téléphone avant de me le jeter sur le lit.

— T’as trente secondes pour te foutre de ma gueule, pas une de plus ! râle-t-il.

J’attrape le portable et observe la photo. Hayden est sur sa moto, dans une combinaison rose et blanche avec ses boots par-dessus, et la capuche sur la tête avec les oreilles de lapin qui retombent de chaque côté de son visage. C’est très drôle, certes, si on fait abstraction des deux doigts d’honneur qu’il fait, avec un joint coincé entre ses lèvres.

— C’est marrant, je suis contente de l’avoir vu, mais ça m’énerve parce que même déguisé, tu es trop beau.

— Évidemment, se vante-t-il, crâneur. C’est pour cette raison que je ne voulais pas te la montrer, je savais que tu allais baver encore.

— Quelle modestie, mon lapin.

Je lui tape la poitrine en bâillant tout ce que je peux.

— Ça fatigue, l’air de la montagne, hein, sac à puces ? se moque-t-il.

— Oui, mais c’était une super journée, merci.

— Je suis d’accord, j’ai beaucoup aimé partager ça avec toi, je suis content que ça t’ait plu. Et tant mieux que tu sois crevée parce que la télé, ça sera pas pour ce soir. Demain, j’irai acheter un câble, tu n’auras pas Netflix, mais ton talk-show au moins.

Je me hisse sur la pointe des pieds pour l’embrasser avant de me glisser sous les draps avec lui. Quelques minutes plus tard, j’étouffe et troque ce pyjama pour mon combi-short ananas.

— J’aime bien celui-là, ça me rappelle..., se confie-t-il, hésitant, je ne vais pas dire le jour où je t’ai balancée dans la piscine, parce que c’était pas un bon souvenir. Disons quand on s’est embrassés même si c’était trop court.

— Je m’en souviens bien, oui, c’était le meilleur moment de la soirée.

Je ferme les yeux et le laisse me caresser les épaules.

***

Lorsque je me réveille, il fait encore nuit et il n’est que deux heures trente du matin. Hayden est étalé sur les trois quarts du matelas et dort, paisible. Parfaitement consciente, j’allume la petite lampe et bouquine un peu. Au bout de quelques minutes, le fait qu’il se retourne sur le matelas plusieurs fois de suite en grognant me fait éteindre. Un craquement provenant du rez-de-chaussée attire mon attention quand je viens me blottir contre mon homme pour tenter de me rendormir. Tout est en bois ici, il n’y a rien d’étonnant. Second bruit, comme une porte qui claque. Je me redresse dans le lit. Relax, Cassie, respire. Et puis encore un craquement puis un autre. Puis des pas. Non, là, c’est trop louche, mon côté flippé reprend le dessus. Je le secoue.

— Hayden, réveille-toi !

— Mmhh...

— Debout !

— C’est juste un cauchemar, bébé, marmonne-t-il. Je suis là. Rendors-toi.

— Non, il y a du bruit en bas, comme des pas. Va voir !

— Mmhh... C’est le bois qui craque. 

— Non ! Il y a des pas, je te dis, bouge-toi, bon sang, lui ordonné-je.

— Putaiiiiiiiiin, Caaaaaasss, c’est fermé à clef et personne à des kilomètres à la ronde, s’agace-t-il.

— Moi, je vais voir, si tu flippes trop.

Il se marre dans l’oreiller.

— C’est ça. Vas-y, Xena. Prends ton épée avec toi au cas où.

— Tu riras moins si je me fais découper en morceaux par ta faute.

Hayden se frotte les yeux et s’assied dans le lit. J’attrape une statue posée sur la commode.

— Ma mère y tient à cette horreur, évite de mettre du sang dessus.

— Je ne te garantis rien. Tu fais le grand costaud comme ça, mais en fait, tu as la trouille ! 

Pourvu qu’en disant cela, il change d’avis et aille voir ce qui se trame dans cette maison.

— Mortifié même ! Sois forte, chaton, tue-les tous ! Et si tu perds ton arme pendant le combat, n’oublie pas de te servir de tes deux poings. Tente un uppercut et pense à ta garde aussi.

Puis il se recouche. Son ironie me sidère.

— Ah, il est beau, le boxeur... Tsss, tenté-je pour le faire déguerpir du lit.

— Il désire dormir surtout.

— Et si c’était la personne qui nous veut du mal ? Il ou elle sait que nous sommes ici. Putain, Hayden, c’est sûr, c’est ça !

— Oui, c’est certain, c’est l’anonyme, raille-t-il. Il a pris un billet d’avion juste pour venir nous casser les couilles en pleine nuit dans un endroit paumé, alors qu’il peut nous avoir à la fac. Va lui donner un coup de main pour ses valises. Et s’il a un peu soif avant de te massacrer, doit y avoir une bouteille de whisky dans la malle près de la télé. En aucun cas, tu lui sers un rhum. C’est à moi.

— Même dans une situation comme celle-ci, tu es détendu, ça me dépasse.

— La situation est tout à fait normale ! C’est un chalet, le bois travaille, et moi, je veux dormir !

— Eh ben, très bien. Bonne nuit et adieu !

— Ciao, Bella ! 

À pas de loup et le cœur battant, je traverse le couloir dans le noir, peu rassurée. Le bruit du verre brisé dans le silence de la nuit m’indique que j’avais raison. Mon corps se raidit, ma gorge se noue et mes membres tremblent. Trop paniquée, je fais demi-tour et Hayden juste vêtu d’un boxer me fait face, le visage sérieux. Son index se pose vite sur ma bouche avant que je n’émette un cri. Il passe devant moi et mes ongles s’enfoncent dans son dos pour le suivre. Encore des bruits de pas.

— Tu as entendu ?

Il hoche la tête puis chuchote :

— Retourne dans la chambre.

— Non ! Je viens avec toi.

— Hors de question ! Vas-y, je te dis. Dépêche !

Face à sa détermination, je lui tends la statue pour qu’il s’arme, mais il me montre son poing en mimant un coup dans sa paume tout en aspirant sa lèvre inférieure avec ses dents. Il m’a prouvé plus d’une fois qu’il savait se défendre, mais s’ils sont armés... Pitié, j’espère que non.

— J’ai peur, Hayden.

Levant les yeux au ciel, il me pousse vers la chambre.

— Enferme-toi, je reviens.

Je m’exécute. Je tourne en rond, une main sur la poitrine en me rongeant les ongles avant de l’entendre brailler de toutes ses forces. Mon cœur fait un bond dans ma cage thoracique. Je déverrouille la porte et descends à toute vitesse en hurlant, pour le retrouver au beau milieu de la cuisine plié en deux à crier comme une bête enragée.

— Hayden ! Au secours !

— Ton épée, viiite... Va la chercher, Xena, s’écrie-t-il.

Il se relève et se marre comme un idiot. Dix secondes plus tard, une femme âgée entre dans la pièce avec un balai, et secoue la tête en signe de désapprobation.

— Toutes mes excuses pour vous avoir réveillés, j’ai laissé échapper mon verre d’eau, se confond-elle. Je suis l’ancienne nourrice d’Hayden, j’ai été conviée pour passer les fêtes ici. Mon prénom est Rita. Je vis non loin de Santa Clara.

Essoufflée, j’essaie de faire redescendre la pression de mon cœur qui martèle dans ma poitrine tout en ignorant la main qu’elle me tend, puis m’adresse à mon petit ami, sur le ton de la colère :

— Mais merde, Hayden, ce que tu peux être con, ma parole !

— Pardon, c’était trop tentant, énonce-t-il en s’approchant de moi. Et pour ma défense, je ne savais pas qu’elle se pointerait à cette heure-ci.

Je le repousse, il grogne, puis s’adosse contre le mur de la cuisine.

— Tu n’étais pas censée débarquer demain ? crache-t-il à la pauvre femme.

— J’ai préféré prendre la route plus tôt, comme ça, j’ai le temps de préparer avant que tout le monde arrive. Je ne pensais pas que vous seriez là non plus.

— Je voulais être seul avec Cassie, bougonne-t-il. Tu devrais pouvoir trouver une piaule d’hôtel dispo vers le lac.

Sa remarque lui vaut un regard assassin de ma part. La vieille femme ne se démonte pas.

— Comme toujours, tu sais recevoir ! s’exclame-t-elle, amère. Je ne vous dérangerai pas, ne vous inquiétez pas.

Tout en l’ignorant, il se place dans mon dos.

— Fais un effort, lui chuchoté-je en posant mes mains sur son avant-bras qui m’enlace.

— Moi aussi, je t’aime, joli petit cœur.

Hayden dépose des baisers dans mon cou. Il sait très bien que j’adore ça, et que je passe au-dessus de beaucoup de choses quand il agit de cette façon, mais je décale ma tête pour qu’il cesse. Il se renfrogne, toutefois, il met de l’eau dans son vin.

— Où est ta valise, Rita ? Je vais la porter jusqu’à ta chambre.

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