Révélations (Surf on love) (French Edition)

Lucie Mimi · Chapitre 33 sur 41

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Révélations (Surf on love) (French Edition)

Chapitre 33

 

Le comportement que Megan a eu ce matin à mon égard m’obsède. Je ne comprends pas pourquoi elle ne veut rien me dire. Tout ce que je sais au fond de moi, c’est que ce n’est pas bon signe. En plus du cappuccino, du livre, des pancakes et des fleurs qu’elle m’a ramenés, elle m’a aussi laissé une grosse boîte de chocolats et une tonne de biscuits. Madame Calaann a beau avoir le cœur sur la main, je suis persuadée que si elle fait ça, c’est uniquement pour s’excuser de l’attitude d’Hayden.

Mon humeur est encore morose, je pense de plus en plus qu’il est au courant de ma grossesse, je ne sais comment, et qu’il est parti pour de bon. À moins que ce soit pour le fait que je lui ai caché que Joyce se droguait et qu’il ne m’a toujours pas pardonné, mais il ne serait pas venu me voir l’autre nuit. Peu importe la raison pour laquelle il n’est pas présent, je lui en veux, et me rappelle sa phrase qu’il m’a dite avant son départ, « notre amour est plus fort que tout... » 

Alors, où es-tu, à la fin ?

— Le dîner ! Purée, double steak et… vous avez de la chance, le cuisinier vous a mis un jus de fruits. Privilège de future maman.

L’aide-soignant fait glisser la tablette au-dessus de mes cuisses et pose le plateau dessus.

— Merci. J’avais demandé à ce que personne ne dise à mes proches que je suis enceinte. Est-ce que vous savez si un médecin ou une infirmière aurait gaffé ?

— Non. Ne vous inquiétez pas, nous sommes soumis au secret médical de toute façon.

Me voilà soulagée. Alors, pourquoi tu es introuvable, Calaann ?

Double steak, c’est cool, encore faudrait-il que ce soit un minimum comestible et vu la couleur qu’il a, je ne veux pas prendre le risque d’empoisonner mon enfant. La purée n’est pas mieux que l’autre jour, donc je n’y toucherai pas non plus. Avec difficulté, j’attrape la boîte de biscuits et les dévore un par un. Délicieux. Nous sommes bien loin du repas équilibré, mais pour ce soir, ça ira.

Ma vessie étant sur le point d’exploser, je tente de me lever. En fait, je suis clairement ambitieuse, même si les toilettes sont à deux pas de mon lit, je ne sais pas si ma côte va jouer le jeu et me laisser marcher. J’ai envie de prendre le risque en tout cas. Ras-le-bol de rester allongée et de déranger tout le monde toutes les cinq minutes. C’est gênant et ça l’a d’autant plus été quand Junior a dû s’y coller la dernière fois qu’il m’a ramenée dans ma chambre après la promenade dans le parc. La promenade dans le parc. J’ai l’impression d’être dans une maison de retraite. C’est exactement ça, une petite vieille enfermée dans ce trou à rat, qui va finir par devenir dingue. Je repousse la tablette avec le plateau, m’assieds avec douceur en jurant et en m’empêchant de hurler tant la douleur est violente. Puis tant bien que mal, j’essaie de me mettre sur mes jambes et arrive à faire quelques pas. J’ai réussi. Difficilement, mais j’ai pu aller aux toilettes sans l’aide de personne. Lorsque j’atteins mon lit, l’aide-soignant entre dans la chambre pour récupérer mon repas.

— Mais qu’est-ce que vous faites debout ? s’insurge-t-il en accourant vers moi.

— Une envie pressante.

— Il faut appeler. Ne vous levez plus seule si vous voulez vite sortir d’ici. C’est un coup à rester un mois de plus, ce que vous venez de faire.

De toute façon, le médecin m’a fait miroiter que je pouvais quitter l’hôpital, mais il en est autrement, il faut encore que je reste là quelques jours.

Il m’aide à m’allonger, met la sonnette sur mon matelas à côté de ma main, récupère la nourriture à laquelle je n’ai pas touché puis s’en va. Cet homme a raison, j’ai pris un risque énorme pour le coup, j’aurais pu me rétamer et empirer mon état. Dis donc, mini Calaann, c’est toi qui me rends comme ton père ? Son père… Et s’il ne revenait plus jamais ? J’ai besoin de lui, mon enfant aussi. Ce soir encore, c’est pleine de doutes que je m’endors.

***

— Bébé ? C’est moi, ça va ?

— Hayden. Je n’y crois pas, tu es là !

— Oui. Tout va bien.

— Je t’ai cherché partout. Pourquoi tu n’es pas venu plus tôt ? Pourquoi tu m’as abandonnée ?

— Du calme, chaton. Le principal, c’est que je sois à tes côtés.

— Viens près de moi.

Il est là, en face de moi, tout sourire alors que moi, je n’y arrive pas. Pourquoi ? Je ne peux pas le toucher non plus. Plus je m’approche et plus il s’éloigne. L’aiguille plantée dans ma main me gêne. J’ai du mal à respirer aussi, sûrement à cause de l’eau dans mes poumons. Et puis il y a quelqu’un d’autre dans cette chambre d’hôpital.

— Papa ! Viens, je n’arrive pas à bouger.

Mon père s’exécute et je tente d’attraper sa main. Je lutte pour me relever, je ne suis plus qu’à quelques centimètres de la sienne, il ne cille pas.

— Papa !

Une voix agresse mes tympans.

— Cassie ?

Elle m’appelle encore et elle est de plus en plus audible, elle se rapproche. Je bats des paupières et la lumière m’aveugle.

— Chérie, réveille-toi.

Sursaut. Mon corps, qui s’est redressé dans le lit, m’arrache un cri. Je halète, je transpire et mon cœur tambourine dans ma poitrine. Ma mère caresse ma joue. Il me faut un moment pour comprendre que tout ceci n’était que mon imagination.

— Papa était là, Hayden aussi et… et…

— Tu as fait un cauchemar, Cassie. Respire lentement.

Elle m’éponge le front, puis remplit un verre d’eau qu’elle me tend. Nous ne sommes que toutes les deux dans cette pièce.

— J’y croyais, maman, ça avait l’air si réel, déclaré-je, déçue.

— Il faut que tu te reposes, je vais te laisser et je reviendrai plus tard.

— Non, reste avec moi. S’il te plaît, l’imploré-je.

Ma mère s’assied sur le fauteuil puis allume la télé. Je me détends.

***

Une nouvelle journée rythmée par les examens en tous genres et les visites. Ethan est passé me présenter Julian, je suis ravie pour lui, c’est un chouette garçon et ils vont bien ensemble. Bizarrement, je n’ai pas été plus surprise que ça de son homosexualité dans la mesure où dès la rentrée, je le soupçonnais d’être gay. La façon dont il regardait Hayden souvent était louche. J’ai eu aussi la visite d’Olivia puis de Sandro. Maintenant seule, j’attrape le bouquin de Megan et l’ouvre en espérant que la soirée défile plus vite. On frappe. Je le referme et le repose. Tyler passe sa tête dans l’embrasure de la porte.

— Yo ! Je peux, t’es pas à poil ?

Sa remarque m’amuse. Dieu merci, je commence à le connaître.

— Non. Entre. Qu’est-ce que tu fais là à cette heure-ci ? Les visites ne sont plus autorisées.

— Je ne savais même pas qu’il y avait des heures précises… Je plaisante, quand Hayd était ici pour sa jambe pétée, je venais n’importe quand. De jour comme de nuit. Facile, il était au rez-de-chaussée. Il disait aux infirmières de laisser la fenêtre entrouverte le soir en prétextant qu’il avait trop chaud. En réalité, c’était pour que tous les potes passent par là. On a fait de ces conneries, t’imagine même pas.

— Je me doute bien, oui. Toujours rien de votre côté ?

— Justement, c’est pour ça que je suis là. Junior ne voulait pas que je t’en informe, il souhaitait le faire, lui, demain matin. Pour ne pas que je raconte de la merde, sous prétexte que je suis un peu con. Sauf qu’il n’y a pas cinquante façons de t’annoncer ça.

Ses mots me fichent la trouille. Il rapproche une chaise et vient s’installer près de moi en se frottant le visage, puis ne parle plus.

— Tyler ? Megan m’a déjà fait le coup, s’il te plaît, dis-moi tout ce que tu sais.

Il prend une profonde inspiration puis se lance.

— Il s’est barré, Cassie. Je suis désolé. Mais Hayd ne reviendra pas, lâche-t-il.

Sans préambule, j’explose de colère. Mon corps est secoué par les sanglots et me fait plus mal que jamais. Tyler pose sa main sur la mienne. Je le repousse.

— Excuse, Cassie. J’avais pas envie de te le cacher.

— Ce n’est pas contre toi, merci de ta franchise. Je voudrais être seule. Laisse-moi, s’il te plaît. Pars.

Et c’est ce qu’il fait sans insister. Donc, ça recommence, Hayden m’a encore abandonnée et cette fois, il y a ce petit être en moi qui, lui, n’a rien demandé.

Une fois à peu près calmée, je tente d’appeler Hayden et comme ces derniers jours, je tombe d’office sur sa messagerie. Rien ne sert de s’acharner.

***

Le lendemain, j’ai eu le droit à une nouvelle échographie. J’étais tellement dans les vapes pour la première lorsqu’ils m’ont transportée ici que je n’ai pas regardé l’écran. On ne m’a pas non plus remis de cliché de mon bébé ce jour-là. Cette fois, j’en ai eu un, une belle photo. J’ai pu bien le voir, enfin, plutôt l’embryon, mais surtout, j’ai entendu son cœur et ça a été un moment magique et très intense. Bien sûr, j’ai pleuré comme une madeleine de cet instant riche en émotions. Et puis parce qu’il n’était pas là, lui, celui que j’aime plus que tout au monde et qui nous a abandonnés. J’ai passé la journée les yeux fixés sur cette échographie puis je l’ai mise à l’abri des regards lorsque Junior et Tyler sont entrés dans ma chambre.

Il est seize heures et je suis dans mon carrosse dans le parc, à contempler les paons pendant que les gars se disputent parce que je viens juste de révéler à Junior que j’étais au courant qu’Hayden était parti sans savoir pourquoi.

— Putain, Ty, je t’avais dit de fermer ta gueule ! Cassie, on ne sait pas s’il s’est réellement barré.

— Bordel, Junior ! Hayd a récupéré toutes ses sapes, pris tout ce qui lui appartenait dans la salle de bains. Sa guitare, ses bombes et toutes ses paires de pompes ne sont plus là. Et tu crois qu’il va revenir ?

— Ouais, j’y crois. Parce que sa putain de moto est toujours dans le local ! Parce que ce crétin, même s’il joue encore les connards, ne peut pas se passer d’elle, et parce que nous sommes ses meilleurs potes à la vie à la mort, quoi qu’il arrive. Hayden le sait, on le sait tous. Il ne nous lâcherait pas comme ça.

— Redescends de ton nuage, Junior, on n’est pas au pays des Bisounours, là ! Mais bien dans la vraie vie. Hayd a toujours fait de la merde. Je suis désolé que tu entendes ça, Cassie, mais tu crois réellement qu’Hayden changerait pour une nana, Junior ?

— Ouais.

— Ah bah, vous êtes là, bande de nazes ! Il n’y avait personne dans la piaule d’hosto, je vous ai cherchés partout.

Je lève les yeux sur Aaron qui leur tape dans la main puis vient me faire un bisou sur la joue. Pile sur mon bleu. Je ne relève pas sa maladresse et continue de regarder les garçons se donner en spectacle, désemparée.

— Tu tombes bien, toi. J’étais en train d’expliquer à Ty qu’on n’était pas certains qu’Hayd se soit tiré pour de bon. Dis-lui, toi, parce qu’il a raconté de la merde à Cassie. Maintenant, elle est flippée.

— Junior a raison, Tyler, on n’en sait rien. Et pour ça, il faudrait qu’il se soit passé un truc de fou. Comme tout va bien maintenant que Wayne et Cooper ont été arrêtés, je ne vois pas pourquoi Hayd plaquerait tout. Et pour aller où ?

— Eh bien, je suis désolé de remettre ça sur le tapis, mais quand Séléna a eu son accident, il s’est barré pendant quelques mois. Vous avez déjà oublié ? Là aussi, sa bécane était encore garée en bas, son lit aussi était toujours dans sa piaule. Et pourtant, même scénario, Hayd était venu récupérer une partie de ses affaires pendant qu’on était en cours ou sur le terrain.

Lassée de les voir s’agacer de cette façon, même si j’ai conscience que c’est monnaie courante chez eux et qu’ils n’en restent pas moins tous très amis, je fais rouler mon fauteuil un peu plus loin. Contrairement à eux, là, j’ai besoin de calme. Je m’arrête lorsque j’aperçois un bassin. J’observe un moment les grenouilles sur les nénuphars, puis la multitude de papillons tout aussi colorés les uns que les autres se poser sur le petit arbre aux fleurs violettes à ma droite. Je ferme les yeux et n’entends plus que le doux chant des oiseaux, ils sont très nombreux par ici. C’est très relaxant, pile ce dont j’avais besoin. Je pourrais m’endormir, il n’y a personne dans ce coin-là et le cadre est très beau. Mes muscles se détendent petit à petit, c’est encore mieux qu’une séance avec Swann. Bien qu’il ne fasse pas aussi bon que d’habitude, le soleil qui chauffe ma peau est agréable. Je suis dans un moment de détente totale et ça me fait un bien fou. Je vais le faire durer, celui-là, ne comptant pas remonter dans ma chambre de suite. Sauf qu’il y a trois personnes à ma recherche. Trois spécimens qui ne connaissent pas les mots « calme et sérénité ». Autant de zigotos qui vont venir chambouler ce moment de zénitude dans pas longtemps…

— Elle est là ! Oh, ramène-toi, tête de nœud ! Elle est là, je l’ai trouvée !

Ça, c’est la voix de Junior.

— Ah ben putain, enfin ! Vos gueules, les piafs, on ne s’entend plus ! Rhaaa, mettent mal au crâne, ils sont au moins cent mille, ici.

Celle-là, c’est celle d’Aaron.

— Merde ! J’ai marché dans un trou, putain, j’ai failli me tordre la cheville avec leur connerie ! C’est quoi cet endroit de merde, sans déconner ?

Et voilà Tyler. Nous sommes au complet.

Courte durée. Je l’avais prédit. Il y a le calme et l’agitation, le ciel bleu et celui orageux, l’eau et le feu, Cassie et la bande. J’ouvre les yeux et ris quand ils arrivent tous les trois à ma hauteur.

— Pourquoi tu te marres, la fugitive ?

— Vous me rappelez Hayden. J’étais tranquillement en train de me ressourcer, et vous débarquez avec vos cris, vos insultes…

— On peut te laisser encore un petit moment, seule, me propose Junior.

— Non. J’ai envie que vous me fassiez rire.

— Euh, ouais, OK, si tu veux, mais là, comme ça je n’ai pas de blagues à te raconter, déclare Tyler.

— Je n’ai pas besoin que vous fassiez ça, soyez vous-même, c’est suffisant.

— D’accord. Mais je viens de me baiser la cheville, j’ai l’impression qu’elle est gonflée comme une pastèque et prête à exploser comme du pot de corn, je risque de ne pas être très drôle.

Je souris un peu plus à ses mots. Il suffit que Tyler ou un autre de la bande s’exprime pour que ça me fasse rire.

— Du pop-corn, abruti ! le reprend Aaron. Pop-corn ! Tu ne vas jamais réussir à le prononcer correctement, celui-là. C’est pourtant pas compliqué, t’en as bouffé par le nez, c’est pas possible autrement ?

Mes joues me font mal tant je souris.

— Une fois, ouais, au ciné… Merci, Hayden Dean Calaann !

Tout le monde s’esclaffe et Junior s’exprime à son tour.

— C’était pas le jour où, après le film, il avait déclenché l’alarme à incendie du ciné pour se venger parce que la fille du guichet ne voulait pas sortir avec lui ?

Hayden, se prendre un râteau, difficile à croire.

— Ouais, il n’avait pas supporté de se prendre un vent par une gonzesse. En même temps, elle était mariée.

— Toujours le même, comme d’habitude. On en revient encore à lui. Il me manque, ce con.

Sur les mots de Tyler, plus personne ne rit, nous affichons tous un visage grave.

— Pareil, rétorque Aaron en se frottant les paupières.

— Pas mieux, souffle Junior.

Idem. Hayden nous manque à tous. Tyler essuie ses joues. Junior, la tête haute, lui tape le dos, mais je vois bien à son expression qu’il se retient de ne pas craquer. Aaron, la mine tout aussi triste, se rapproche d’eux et passe ses bras autour des épaules de ses deux amis. Ils se serrent tous fort un instant, pour évacuer leur peine en silence. Face à autant de solidarité et d’émotions, mes larmes roulent vivement sur mon visage. Junior se détache d’eux, les yeux rougis, et s’accroupit à ma hauteur.

— On sera toujours là pour toi, m’annonce-t-il, droit dans les yeux. OK ?

La vision floue, je hoche la tête et tous viennent, avec délicatesse cette fois, poser leurs paumes sur ma main en guise de soutien.

Quelques minutes plus tard, c’est entourée de mes trois gardes du corps que je remonte dans ma chambre. Je leur suis très reconnaissante d’être aussi protecteurs, ils me sont d’une grande aide.

Bien décidé à rester pour la soirée, Junior est sorti pour nous ramener des burgers dégoulinant de cheddar accompagnés d’une montagne de frites. Sans aucun doute le meilleur repas que j’aie mangé depuis que je suis ici, et je l’ai dévoré en un rien de temps. À l’aide d’un câble relié de la télé à son portable et après plusieurs manipulations, Aaron a réussi à nous mettre une série. Nous avons dégommé une saison, bien que j’aie dû me battre contre mes paupières qui se fermaient pour voir la fin.

Et puis me revoilà seule, les garçons étant rentrés chez eux. Le médecin, qui est passé m’annoncer que la police viendrait prendre ma déposition demain puisque je vais mieux, les a mis à la porte alors que l’on s’apprêtait à jouer aux cartes. Tyler m’a bien fait des signaux pas très discrets en direction de la fenêtre, mais j’ai refusé, je suis exténuée. Dormir est la meilleure des solutions qui s’offre à moi pour ne pas penser à Hayden. Hormis Junior qui a eu vite fait Megan au téléphone, ça fait cinq jours que personne n’a de nouvelles de lui.

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