Révélations (Surf on love) (French Edition)

Lucie Mimi · Chapitre 18 sur 41

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Révélations (Surf on love) (French Edition)

Chapitre 18

 

Le lendemain matin, avec Rita, nous avons sorti toute la vaisselle pour l’occasion, passé l’aspirateur, fait les poussières et préparé les chambres avant que Jack, Megan, la vieille bique, Joyce et Ely arrivent. J’aurais aimé qu’Hayden soit levé pour les accueillir, il est presque midi et je n’ai pas eu le temps d’aller le réveiller.

— Vous avez fait bonne route ? demandé-je à Megan lorsqu’elle passe la porte.

— Oui, merci, Cassie, nous sommes contents d’être à la maison.

Joyce et Fallon tapent leurs bottes pour évacuer le surplus de neige sur le paillasson avant de me saluer froidement. C’était prévisible, alors j’en fais abstraction.

— Mon fils somnole encore ? me questionne Jack, en fronçant les sourcils.

— On ne peut rien vous cacher.

Ely, quant à elle, part dans sa chambre et s’y enferme.

Megan prend les devants.

— Ah, les ados je te jure… Bref, nous allons commencer par sortir les valises de la voiture. Joyce, tu m’aides ? Cassie, tu vas réveiller Hayden, qu’il aille avec son père chercher le sapin. 

— Je vais aller le secouer, maman. Elle, elle va t’aider, crache Joyce en me regardant avec dédain.

J’espère que la magie de Noël va opérer pour que l’on puisse enterrer la hache de guerre.

Une heure plus tard, Hayden part avec son père pendant que je sors les décorations du grenier avec sa mère.

— À quelle heure ta famille arrive-t-elle ? s’enquiert Megan en fouillant dans un carton.

— Ils ne devraient plus tarder, je pense. Ils étaient dans le taxi près de la station Wellington, il y a cinq minutes.

— Très bien. Tiens, regarde ce que je viens de trouver.

Elle me montre un moulage, une petite empreinte de main ornée d’un ruban bleu pour l’accrocher.

— Hayden avait un an quand il l’a fait, cela a été mon plus beau cadeau de Noël. Celui de Joyce ne doit pas être loin. Tu verras, quand tu auras des enfants, tu t’extasieras devant le plus banal de leurs dessins ou de leurs colliers de nouilles.

À peine a-t-elle fini de prononcer ses mots que Megan perd son sourire et ses expressions se font tristes.

— Je n’aurais pas dû parler « enfants » avec toi, pardon.

Elle semble au courant de l’opinion d’Hayden sur le sujet.

— Nous n’en sommes pas encore là, dis-je.

Tout en évitant mon regard, elle pose une main bienveillante sur mon épaule, les yeux larmoyants. Megan ne me rassure pas. Sans faire de plan sur la comète, tous les garçons finissent par évoluer et veulent fonder une famille, non ? 

— J’espère sincèrement que tu arriveras à le faire changer d’avis. Hayden a fait beaucoup de progrès avec toi. Je suis désolée de remettre cela sur le tapis, mais il a enfin réussi à faire son deuil grâce à toi. Pour ce qui est de la violence qu’il a en lui, mon fils est persuadé qu’il la reproduira plus tard comme il l’a subie.

Ses mots me figent et glacent mon sang.

— Hayden a été…, bredouillé-je.

Megan agite ses bras devant elle.

— Non, il n’a pas été torturé physiquement, Cassie, mais le grand-père d’Hayden n’a jamais été tendre avec lui.

Elle pose sa paume sur ma main et la presse, comme pour me rassurer ou se donner du courage avant de poursuivre.

— Lorsqu’ils étaient petits, les jumeaux étaient très souvent gardés par Fallon qui, à l’époque, travaillait plus de chez elle qu’à son bureau à la raffinerie. Si Joyce était studieuse et passait son temps à découper des tenues dans les magazines de mode de sa grand-mère, Hayden était plus énergique et bruyant. Ce n’était pas non plus un enfant terrible, il demandait juste à avoir plus d’attention que sa sœur. Mais le père de Jack qui n’était pas patient pour un sou et ne supportait rien, m’avoue-t-elle, la voix tremblante, quand il était présent, le collait au sous-sol et l’enfermait à clef.

Mon cœur rate un battement. Megan plonge ses yeux brillants dans les miens.

— Mon petit garçon de six ans à peine était dans le noir, sans rien, des journées entières pour que ce monstre ait la paix.

Elle marque à nouveau une pause, et sèche ses larmes. Choquée par cette révélation, je m’appuie contre la charpente, blême. Elle se rapproche de moi, et frotte mes épaules. J’attrape ses doigts et les presse à mon tour, pour lui montrer mon soutien et l’encourager à poursuivre. Elle me gratifie d’un demi-sourire.

— Aucun de mes enfants ne m’en faisait état quand je venais les récupérer. Hayden avait interdit à Joyce de raconter quoi que ce soit et comme elle ne jure que par lui, tu penses bien qu’elle a pris sur elle pour ne rien dire. Je m’en suis rendu compte bien plus tard, lorsqu’Hayden a piqué une crise soudaine pour ne plus y retourner. Ma fille, énonce-t-elle des trémolos dans la voix, récupérait de la nourriture en cachette dans le placard de Fallon pour la glisser sous la porte à son frère qui restait blotti derrière celle-ci.

Megan se retient de craquer, je tente d’en faire tout autant, mais je ressens une immense tristesse et une profonde colère.

— C’est... C’est horrible..., hoqueté-je. Et Fallon dans tout ça ? Elle voyait bien ce qui se passait sous ses yeux, comment vous pouvez encore l’accepter chez vous ?

— Selon elle, elle était beaucoup trop occupée par ses dossiers pour y prêter attention. Et pour les repas, c’est leur gouvernante qui s’en chargeait, elle se contentait de nourrir Joyce à table et d’apporter une part à Fallon dans son bureau. Le père de Jack la payait suffisamment pour qu’elle se taise.

Mon Dieu, quelle pourriture ! Mes lèvres se pincent en même temps que je secoue ma tête.

— Mais cette histoire est derrière nous maintenant, me rassure-t-elle en reprenant contenance et en pressant ma main, des plaintes ont été déposées, puis nous avons eu la chance de tomber sur Rita qui est une femme au grand cœur et qui s’est ensuite très bien occupé des enfants. Hayden ne l’admettra sans doute jamais, mais il l’apprécie beaucoup. Je n’ai jamais cautionné la violence qu’il a en lui, mais j’ai conscience que c’est son grand-père qui y a contribué. Et le karma s’est si bien chargé de son cas qu’il est mort d’une crise cardiaque six mois plus tard.

Le silence qui s’installe dans la pièce me fait cogiter dans tous les sens. Puis elle reprend.

— Tout cela pour dire que j’espère que vous aurez des enfants un jour.

Je lui souris, elle m’ouvre ses bras et je viens m’y réfugier quelques secondes durant lesquelles elle caresse mes cheveux avec bienveillance. J’apprécie son côté maman poule.

— Merci, Megan, pour votre gentillesse.

— C’est normal, et tu remarqueras que quand Hayden se trouve en leur présence, il est complètement gaga. Autant avec Noah que sa petite-cousine qui est née il n’y a pas si longtemps.

— Je paierais cher pour voir ça.

— Pour voir quoi ?

Ce don de sortir de nulle part et de se pointer quand on parle de lui, je ne m’y ferai jamais.

— … Décorer le sapin, mens-je. 

J’attrape une caisse que je pose dans ses bras.

— T’as pleuré ? me questionne-t-il en fronçant les sourcils. Maman, t’as fait pleurer ma copine ?

— Secret de femmes. Descends ton carton, Hayden ! lui ordonne-t-elle.

— T’as chialé aussi, vous parliez de quoi ? insiste-t-il.

Megan passe son doigt sur les étagères en bois et lui montre.

— De rien, c’est la poussière. Regarde-moi ça, c’en est imbibé et ça gratte les yeux. Sortons d’ici, il y a du boulot qui nous attend.

J’attrape une autre boîte, Hayden sur mes talons. 

— Ta mère vient d’arriver. Je compte bien que tu me dises de quoi vous parliez toutes les deux. La poussière, sans déconner, l’excuse minable. Je suis pas né de la dernière pluie.

— Je t’aime, Hayden, lâché-je.

— Je sais.

Je m’arrête et lui fais face dans l’escalier.

— Moi aussi, je t’aime, Cassie. Avance.

***

En cette fin de matinée, tous rient de ma mère et de Megan qui prennent la pose en faisant des selfies dos au sapin tout juste décoré. Elles s’entendent comme des amies de longue date. Ça me fait bizarre de les voir réunies, et ma mère qui fait la folle avec ma prof qui entre dans son jeu me surprend. Elles ressemblent à deux ados, ce qui amuse Ethan qui visionne des vidéos de ski sur son portable. Alors que je suis assise sur le canapé, mon regard se pose sur Fallon. Déjà que je ne la portais pas dans mon cœur, mais là, je l’observe d’un œil mauvais travailler sur son ordinateur aux côtés de Jack, tout en pensant à ce petit garçon maltraité par son grand-père. Mes nerfs se contractent, et je comprends mieux maintenant son comportement, j’ai enfin élucidé le mystère Hayden, non sans mal. Il va me cuisiner pour que je lui raconte ma conversation avec sa mère, dès qu’il en aura l’occasion et qu’on sera tous les deux, j’en suis persuadée. J’appréhende juste sa réaction de remettre une histoire pareille sur le tapis.

Megan jette un œil sur la pendule.

— Joyce, tu peux aller chercher les petits fours avec Cassie, ils doivent être cuits ?

Elle me lance un clin d’œil complice. Elle est donc au courant que c’est tendu entre nous, et semble vouloir forcer les choses pour que ça s’arrange. Je me lève et suis Joyce, sous le regard d’Hayden qui me fait un petit sourire.

Une fois dans la cuisine, elle ouvre la porte du four puis la claque.

— C’est pas encore prêt, tu peux retourner là-bas, crache-t-elle.

Je prends une grande inspiration et reste calme.

— On pourrait peut-être discuter ? 

— Tu veux que je te dise quoi, que je n’ai jamais pu te blairer ? tonne-t-elle. Qu’à la minute où j’ai su qu’Hayden et toi, vous étiez ensemble, ça m’a rendue malade ? Parce que oui, tu ne fais pas le poids face à Séléna, tu ne mérites pas mon frère ! Je ne te laisserai pas continuer avec lui, tu m’entends ?

J’en reste interdite. Si je ne savais pas qu’elle prend ni drogue ni alcool, je pourrais me dire qu’elle a abusé, mais non, elle est bien clean. Pourtant, son attitude laisse penser qu’elle n’est pas dans son état normal. Ce n’est pas la Joyce qui était mon amie, douce, souriante et pleine de vie. Bien qu’en colère, elle n’a jamais été comme ça. Est-ce que je la connais si bien ? Est-ce cela son vrai visage ? Je peine à le croire.

— Tu ne penses pas ce que tu dis, énoncé-je en serrant les dents.

— Oh que si. Tu croyais peut-être qu’Amber pouvait te détruire, mais tu es loin d’imaginer de quoi je suis capable. Je vais te faire vivre un enfer ! Je suis une Calaann, ne l’oublie pas. Souviens-toi des crasses qu’Hayden a pu commettre, je suis pareille. La petite Olivia n’aurait jamais dû baver pour le mot. Je vais m’en occuper personnellement. Désormais, reste sur tes gardes, chérie, quand il ne sera pas proche de toi. Mais ça, tu le sais déjà.

Face à cette révélation, mes nerfs se crispent et mes jambes menacent de céder. Je me retiens à la table.

— Tu es cinglée, Joyce ! C’est toi qui as demandé à Olivia de faire ça, et ce message que j’ai eu, c’est toi aussi ? Putain, je n’y crois pas, tremblé-je en prenant ma tête dans mes mains.

— Oh non, c’est pas moi, mais je sais qui c’est. Je suis une sorte d’assistante pour cette personne. En fait, je suis contente qu’on m’ait choisie pour foutre la merde entre Hayden et toi, parce que tu le mérites après tout ce que tu as dit sur Séléna.

— Tu sais très bien que si j’avais été au courant, je n’aurais pas réagi comme ça.

— Le mal est fait... Allez, cours le balancer à ton homme, vas-y ! On verra en qui il a confiance. Hayden peut sacrifier ses potes pour toi, mais n’oublie pas que nous avons des liens de sang très forts, lui et moi. Quand tu lui raconteras tout ça, il n’en croira pas un mot. Tu as conscience comme moi qu’il va s’énerver, et une partie du boulot sera accompli sans que je fasse quoi que ce soit, conclut-elle, victorieuse, avec un rictus.

— Tu me dégoûtes, c’est dégueulasse ce que tu fais, Joyce.

Son rire mauvais me provoque une sueur froide.

— Je vais te donner un indice sur la personne qui te veut du mal... C’est mon nouveau mec.

Perplexe, mes sourcils se froncent. Elle n’est donc plus avec Sandro, mais alors qui ?

Qui peut m’en vouloir à ce point et surtout, pourquoi, bon sang ?

Alors que j’amorce un pas vers elle, déterminée à avoir un nom, elle s’approche, me dominant par sa grandeur.

— Alors, les filles, vous vous en sortez ? s’écrie Pitt du salon.

— Très bien, même, on a fini !

Joyce me fait signe de quitter la cuisine, enfin pas vraiment, elle me fait plutôt comprendre de dégager le plancher fissa. Écœurée par son attitude, je retourne vers nos familles, chamboulée. Elle nous rejoint deux minutes plus tard, avec les petits fours qu’elle pose sur la table basse.

— Et donc ? Tout s’est arrangé entre vous ? nous demande Megan, pleine d’espoir.

Aucun son n’arrive à franchir la barrière de mes lèvres pour lui répondre.

— Oui, on s’est expliquées, tout est clair maintenant. Pas vrai, Cassie ?

— Euh... Oui, ça va.

Ma voix est à peine audible.

— Cool, tu vas pouvoir virer Lilia et redonner sa piaule à Cass.

Ce que vient de dire Hayden est aux antipodes de ce que je peux ressentir. Sa jumelle me toise avec un grand sourire et personne ne semble remarquer ses yeux vitreux. Je n’y avais pas prêté attention non plus jusque-là, mais plus je l’observe, et plus je réalise qu’elle n’est pas dans son état normal.

— Je vais y songer, oui, c’est une super idée. J’ai hâte de t’avoir à nouveau pour moi. Santé ! 

Tout le monde lève son verre et j’en ai la nausée, elle cache bien son jeu. Il est inconcevable que je revienne vivre avec elle après ça.

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