Révélations (Surf on love) (French Edition)

Lucie Mimi · Chapitre 38 sur 41

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Révélations (Surf on love) (French Edition)

Chapitre 38

 

 

Deux mois plus tard

 

J’ai repris les cours il y a quelques jours. Mon ventre continue de s’arrondir, je suis dans mon quatrième mois de grossesse et tout le monde est maintenant au courant. Même Joyce.

Aujourd’hui, elle m’a invitée chez elle. Hayden m’a certifié qu’elle va mieux et qu’elle s’en veut beaucoup. J’ai accepté pour écouter ce qu’elle a à me dire après avoir refusé deux fois de la voir. La première, c’était un après-midi quand j’étais seule à l’appartement. Lorsque j’ai ouvert la porte et que j’ai vu que c’était elle, une multitude de flash-back sur son comportement méchant me sont revenus, et de colère, je la lui ai claquée au nez. La seconde, elle s’est installée en face de moi chez Joe’s alors que j’étais tranquillement en train de boire un jus de carotte. Oui, mes goûts ont changé depuis quelque temps, je n’apprécie plus du tout le cappuccino. Là aussi, je l’ai envoyée bouler. Elle n’avait pas à se pointer la bouche en cœur alors qu’indirectement, par sa faute, mon agression aurait pu m’être fatale. Elle n’a pas insisté et est repartie très déçue. Je m’en fichais.

Et puis j’ai réfléchi. L’éviter ou lui faire la guerre ne servirait à rien, le passé, c’est le passé, et j’ai appris qu’il fallait plutôt se concentrer sur le futur que ressasser sans arrêt. Pour le bien de tous, il faut que je mette de l’eau dans mon vin. Son frère ne m’a pas poussée à me réconcilier avec elle, il ne s’est pas mêlé de nos histoires sachant très bien que cela n’aurait servi à rien. Eux se sont retrouvés assez vite, tant mieux pour lui. Pour ma part, j’ai eu besoin de plus de temps et je pense qu’aujourd’hui, je suis prête à l’écouter. Cela me fait tout drôle de devoir cogner à la porte de mon ancien appartement. Le cœur battant, je me lance. Joyce ne tarde pas à m’ouvrir pour m’inviter à entrer. Ses cheveux ont changé, elle n’a plus sa mèche turquoise. Entièrement brune avec une coupe encore plus courte qu’avant, elle ressemble plus à Hayden.

— Vas-y, assieds-toi.

— Je suis bien debout.

Face à mon ton des plus froids, elle déglutit et prend sur elle, je le sens. 

— OK... Cappuccino ?

— Un verre d’eau plutôt. Merci.

Pendant qu’elle va chercher à boire, j’examine la pièce. Lilia semble toujours vivre ici, Hayden m’avait parlé d’une sculpture affreuse sur la table basse et en effet, il y a bien une espèce de bibelot pas très beau à la place de mes bougies.

— Est-ce que ton état... Enfin, est-ce que tu vas mieux ? demande-t-elle avec prudence.

— Après m’être fait lyncher par ta faute, tu veux dire ? rétorqué-je, amère.

Elle baisse les yeux et secoue la tête.

— Non, c’est pas ce que j’ai voulu dire, même si je sais très bien que j’en suis quelque part responsable, je souhaitais seulement savoir si tu t’en remettais bien.

— Ça va. C’est long, mais ça va.

— Cassie, écoute, je ne vais pas y aller par quatre chemins. Ce que j’ai fait est minable, je ne m’attends pas à ce que tu me pardonnes pour tout ce que tu as subi de près comme de loin, juste que tu prennes conscience que je suis extrêmement désolée pour tout ça.

— Je ne m’attendais pas non plus à tout ça de ta part, Joyce, avoué-je avec calme. Même sous les effets de la drogue, tu as eu des paroles plus que blessantes et ce que Wayne et Cooper m’ont fait endurer aurait pu être bien pire.

— Excuse-moi... J’ai vrillé, tout ce que j’ai pu te dire de méchant, je ne le pensais pas. Avant d’être ma belle-sœur, tu es mon amie, et ce, depuis le début, énonce-t-elle, des trémolos dans la voix. J’espère juste qu’avec le temps, ça s’arrangera entre nous.

D’un geste sec, elle essuie les larmes qui coulent sur ses joues. Elle déteste pleurer, elle a trop de fierté. Elle craque très peu, encore moins devant les gens, c’est une dure à cuire et je sais qu’il lui en faut beaucoup comparé à moi qui suis une véritable éponge à émotions. Ce qui me fait dire qu’elle est sincère et qu’elle a beaucoup de peine.

— Je suis contente que tu m’aies contactée et de voir que tu vas bien mieux. Je ne t’ai pas épargnée non plus par rapport à Séléna, je ne suis pas toute rose dans l’histoire. Je veux bien essayer de te pardonner, mais ne me le fais pas regretter, la préviens-je, neutre.

— Merci, Cassie. Je suis consciente que je ne le mérite pas et tu ne le regretteras pas. C’est énorme pour moi et même si ça prend du temps pour que tout redevienne comme avant, je serai être patiente. En tout cas, sache que je suis très contente pour vous deux et j’ai hâte de voir mon neveu, déclare-t-elle en lorgnant sur mon ventre, les yeux brillants.

Hayden n’arrêtera jamais, j’ai bien peur qu’il ait balancé à tout le monde que j’attends un garçon.

— T’inquiète, je suis au courant que tu as rendez-vous bientôt pour connaître le sexe du bébé. J’ai bien ri quand Hayd m’a dit ça, car il en est persuadé, alors fais-moi plaisir, j’espère que ce sera une fille.

— J’espère aussi.

— T’es sûre qu’il n’y en a qu’un ? s’enquiert-elle.

— Mon Dieu, oui et encore heureux ! plaisanté-je.

On pouffe, et l’interphone qui sonne interrompt notre franche rigolade.

— C’est Sandro.

— Je souhaite que ça s’arrange entre vous, c’est un chouette garçon.

— Ouais... J’ai merdé grave avec lui aussi, ça va être compliqué, je pense, grimace-t-elle en se levant.

Je la prends dans mes bras puis quitte l’appartement. Bizarrement, je suis comme soulagée que ça se soit amélioré, même s’il va me falloir un peu de temps comme elle l’a mentionné pour que tout redevienne comme avant.

— Hey, Cassie, comment tu vas ?

Je relève la tête sur Sandro au bout du couloir qui s’avance vers moi.

— Très bien et toi ?

— Ça peut aller et comment va le futur Calaann ?

— Bien, merci. Je commence à le sentir gigoter. À toi aussi, Hayden a dit garçon ?

— Ouais, et j’en suis persuadé aussi. Désolé, solidarité masculine.

Mes yeux se lèvent au ciel, il sourit et je pousse la porte du logement des gars. Junior est planté au milieu du salon, et se ronge les ongles. Lorsqu’il m’aperçoit, il me saute dessus.

— Enfin, t’es là !

Je lui lance un regard torve.

— Qu’est-ce qui se passe ?

— Rien de grave. Quelle est la tenue que tu préfères le plus ? Je te parle d’une robe.

— Euh... Ma bleu électrique. Mais pourquoi ?

— Va te préparer et je t’emmène quelque part. Ne pose pas de questions.

— OK…, réponds-je avec incompréhension.

Quelques minutes plus tard, j’ai enfilé ma tenue qui me serre plus que d’habitude au niveau de mes hanches. Dieu merci, elle est assez ample pour ne pas comprimer mon ventre, qui se voit de plus en plus. Je descends avec Junior toujours aussi nerveux, ce qui déteint sur moi. Les jambes tremblantes, je grimpe avec lui en voiture. Lorsque son véhicule s’arrête, nous sommes en bas de la Hoover Tower. Mes yeux s’illuminent. Je suis à la fois chamboulée et ravie.

— Junior, je...

— Vas-y, ma belle. Y a un nombre incalculable de marches, mais tu as un petit ascenseur à droite. Prends-le et monte au dernier étage. Moi, je vais rejoindre Lilia chez elle.

Je détale vers l’entrée, toute contente. Lorsque je pénètre dans l’endroit, Ethan est là. Mon angoisse refait surface. Pourquoi est-il ici ? Il tient dans sa main un bandeau et me le passe autour des yeux, puis il m’entraîne dans l’ascenseur. Une montée interminable où mon cœur bat à cent à l’heure. Mes paumes sont moites et je tremble à nouveau.

— Il y a combien d’étages ? me renseigné-je, aveuglée par le tissu.

— Quatorze. On est presque arrivés. Ça va ?

— Oui, je crois.

« Cling. »

— Tends ta main, m’ordonne mon demi-frère.

— Quoi ?

— Tends-la devant toi, pas à moi. On m’a juste demandé de t’accompagner jusqu’ici, et puis ça me tenait à cœur, maintenant, je retourne en bas.

Le parfum que l’air me renvoie en pleines narines m’aide à m’apaiser.

— OK.

Je m’exécute et une main attrape la mienne. Je laisse le vent fouetter mon visage et la personne me guider même si je sais qui c’est. Me tenant désormais par les épaules, il me fait avancer et poser mes paumes sur une surface en pierre. 

— Prête ? me questionne Hayden.

Je hoche la tête.

— Garde les paupières fermées.

— D’accord.

Dans mon dos, Hayden retire mon bandeau et dépose un baiser sur ma tempe en encerclant ma taille avec ses bras.

— Ouvre les yeux.

Je m’exécute. Perchée à soixante-seize mètres du sol, la vue panoramique qui s’offre à moi me coupe le souffle, et les frissons envahissent ma peau.

— Oh, mon Dieu !

J’en rêve depuis que j’ai mis les pieds ici. Je me retourne sur Hayden et me jette à son cou.

— Depuis le temps que je devais t’emmener visiter la « Hoo Too », j’espère que c’est à la hauteur de tes attentes ?

— Au-dessus, même. Merci... C’est… magnifique, bégayé-je tant je suis émue.

Le temps clair permet nettement d’apercevoir San Francisco au loin. La Silicon Valley vue du haut est somptueuse. Stanford paraît tout petit, mais je distingue bien Jasper Ridge et la bibliothèque dans laquelle je me suis souvent rendue. Hayden, qui semble nerveux, danse d’un pied sur l’autre derrière moi pendant que je pointe du doigt chaque bâtiment en lui demandant si c’est bien ceux que je pense.

L’esprit ailleurs, il reste en retrait.

— Ça ne va pas ? Tu as le vertige ? l’interrogé-je, perplexe.

Mon sourire s’évanouit lorsque je remarque que sa mine est grave. Il tapote mon nez en me faisant non de la tête, le visage fermé. 

— Non quoi, Hayden ? 

— Non, j’ai pas le vertige. J’ai envie de faire un deal. Est-ce que tu acceptes de jouer ?

— Euh... oui, même si je ne vois pas où tu veux en venir…

— OK. Alors comme je suis unique, je vais te le dire à ma façon. J’espère que tu m’en voudras pas.

Face à son attitude, mon cœur palpite.

— Tu me fais peur...

— Je t’assure que j’ai autant la trouille que toi sur ce coup-là.

Sa poitrine se lève et se baisse rapidement, ses yeux sont plongés dans les miens et il ne me lâche pas du regard.

— Alors ? C’est quoi le deal ? J’ai horreur du suspense, s’il te plaît, mets-y fin, l’imploré-je.

— OK. Voilà... Y a quelque temps, lorsqu’on gardait Noah, on est sortis quand tu dorm...

— Enfin, je vais savoir quel est ce gros secret ?

— Ouais, si tu me laisses parler.

— Pardon, je t’écoute.

— Donc, on est sortis pour ça...

Il plonge sa main dans sa poche, puis la ressort fermée, son bras tendu devant moi. Puis il l’ouvre.

— Wilt, j’aime bien, mais je trouve que Calaann, ça t’irait beaucoup mieux.

Mon sang quitte mon cerveau et les mots me manquent.

—... Hay… den...

— Je fais pas ça parce que tu portes notre bébé, j’avais prévu de le faire lorsque j’étais à Paris. Alors, Cassie Wilt, est-ce que tu acceptes le deal de passer la fin de ta vie à mes côtés ou pas ?

Mon mascara coule, mes larmes ruissellent sur mes joues et mon sourire est plus grand que jamais. Le voir avec cette bague dans sa main et dans l’attente d’une réponse de ma part, me laisse sans voix.

— Cass... Là, il faut que tu m’aides et que tu parles. Si tu ne veux pas, c’est pas grave, mais dis-le-moi. Fais quelque chose, ne me laisse pas comme ça...

— Deal ! Deal ! Deal ! C’est ouiii ! m’exclamé-je, enjouée.

Soulagé, ses épaules s’affaissent, il me soulève et me fait tournoyer dans les airs. Je suis pendue à son cou et nos bouches ne se quittent plus.

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