Révélations (Surf on love) (French Edition)
Chapitre 25
La reprise après les vacances de Noël a été difficile. Allez, courage, c’est la dernière heure de la journée. Je n’ai pas à me plaindre, il n’est que quinze heures. Ensuite, je pourrai aller me reposer. Ma nuit a été horrible. En revenant des docks, je suis allée dormir chez Hayden à Jasper Ridge. Nous sommes rentrés vers deux heures du matin pour tomber nez à nez avec Aaron dans le séjour, fortement alcoolisé, avec une bande de potes. Et lorsque je me suis levée à sept heures, Hayden dormait encore, pas le moins du monde dérangé par les bruits incessants. Question d’habitude, j’imagine. Je sais qu’il a horreur du silence.
— Cassie ! Attends !
Alors que j’étais sur le point de mettre un pied dans ma salle, je me retourne sur Olivia qui est essoufflée et en panique.
— Tout va bien ?
— Non. La fille... là-bas. Il y a une fille..., hoquète-t-elle, avec une mèche bleue, elle m’a menacée.
Joyce.
Ni une ni deux, je pars à sa recherche. Lorsque je la trouve, adossée au mur, le nez sur son portable, je m’apprête à foncer sur elle. Et c’est seulement quand j’aperçois Hayden au bout du couloir qui s’avance dans notre direction tout en faisant tourner un chapeau de paille dans sa main, que je me ravise même s’il ne m’a pas vue.
— Va rejoindre ta classe, Olivia, je m’en chargerai plus tard.
Sans décrocher un mot, elle presse le pas et rentre dans sa salle. Je fais demi-tour quand Amber se pointe à côté de Joyce.
Cette fois, c’est une voix sexy qui m’arrête. Hayden passe un bras autour de ma taille.
— Tu m’évites maintenant ? Je suis désolé pour Aaron.
— Non. Je suis en retard. C’est quoi ce couvre-chef ? m’enquiers-je en fronçant les sourcils.
— Mon cadeau de Noël pour Thérèse.
— Tu fais des cadeaux à Davis, toi maintenant ?
— Ceci est un chapeau maudit, mon amour.
Je lui prends des mains et l’examine. Dessus, il y est inscrit grossièrement au marqueur noir, « I Love Hayden Calaann. » Je m’esclaffe.
— Je ne suis pas sûre qu’elle le mette cet été. C’est elle qui va te maudire avec un présent pareil.
— Mais non, au fond d’elle, elle m’adore.
J’éclate un peu plus de rire.
— Tu seras chez toi dans une heure ? le questionné-je. J’ai oublié mon téléphone dans ta chambre ce matin.
— Ouais, je suis juste ici pour lui déposer ce truc, à moins qu’elle me paye un café pour me remercier, je pense que je serai revenu.
N’étant pas persuadée qu’elle lui offre une boisson chaude, je grimace. Un bisou rapide sur ma tempe et il repart avec sa démarche assurée, ce qui me cloue sur place comme à chaque fois que je le regarde s’éloigner.
— Wilt ! Vous avez fini de rêvasser ? m’interroge ma prof contre la porte en tapotant sur sa montre.
— Euh... oui, madame.
***
À la fin de mon cours, j’ai recroisé Joyce en compagnie de l’équipe de football, cette fois, ce qui m’a assez surprise. Impossible d’aller vers elle. Je suis restée à l’angle du couloir pour qu’elle ne me voie pas, espérant qu’elle se rapproche ou embrasse l’un d’eux afin que je sache qui m’en veut, mais rien. Alors je suis allée à la résidence avec une idée derrière la tête.
Profitant de ce qu’Hayden est sous la douche, je récupère le numéro de Sandro dans son portable. J’aurais très bien pu lui demander, mais il trouverait ça louche. Je suis agréablement surprise de constater qu’il n’y a aucun prénom de fille que je ne connais pas dans son répertoire, même Amber n’y est plus.
— Allô. C’est qui ?
— Salut, Sandro, c’est Cassie. Dis-moi… J’ai une question un peu délicate à te poser...
— Holà, miss, euh... Hayd est avec toi ? s’enquiert-il avant toute chose.
— Non, il n’est pas au courant, à vrai dire, si ce coup de fil pouvait rester entre nous.
— Tout va bien avec lui ? interroge-t-il, soucieux.
— Oui. Rien à voir.
— Cool, je t’écoute.
— Je sais que c’est dégueulasse de ma part, mais je n’ai personne d’autre à qui demander. Est-ce que tu connais le nouveau mec de Joyce ?
— Je m’attendais à pire... Un peu que je le connais, c’est ce fils de pute de Cooper ! Je ne suis pas censé être au courant, ils se cachent.
Dieu merci, je suis assise. Mon sang a quitté mon cerveau et je parie que je dois afficher une mine transparente.
— Allô ? Cassie, t’es là ?
— Oui, euh... Merci.
— T’es sûre que ça va ? T’as des ennuis ?
— J’en ai bien peur, avoué-je. Joyce est bizarre et ne compte pas me lâcher.
— Putain, ça craint et en même temps, rien d’étonnant, ce connard lui a retourné le crâne. Elle n’a jamais digéré ce que tu as fait par rapport à Séléna, elles étaient comme les deux doigts de la main toutes les deux.
— Je suis au courant. Elle est en train de faire tout ce qu’elle peut avec Cooper pour me détruire.
— Parles-en à Hayd, je suis sérieux. Il n’y a que lui qui pourra la ramener à la raison.
Impossible, je ne peux pas.
— Je ne suis pas sûre, ils sont trop liés tous les deux.
— Vous aussi, nan ? insiste Sandro.
Les cris et les insultes provenant de la salle de bains me font couper court à la conversation. Apparemment, Hayden a dû se rincer à l’eau froide.
— Je dois te laisser.
Je raccroche à la hâte. Elle n’aurait pas pu choisir pire. À l’époque, je pensais qu’Hayden était le plus détestable de tout Stanford, mais Cooper n’a rien pour lui, les crasses qu’il fait n’ont rien à voir avec celles dont Hayden est capable, y compris les plus horribles qu’il a commises. Je me souviens pour Halloween qu’Ethan m’avait dit de me méfier de Cooper, qu’il ne m’oublierait pas. C’est donc lui qui fournit de la drogue à Joyce, j’en suis presque certaine maintenant. Ce type est en train de la tuer à petit feu. Je n’imagine pas la réaction d’Hayden quand il va apprendre qu’ils sortent ensemble. S’il n’a pas été tendre avec Sandro, je ne sais pas de quoi il serait capable pour Cooper.
— Ça fait du bien, tu aurais dû venir avec moi.
Le retour d’Hayden me tire de mes pensées. Chamboulée, je tente de reprendre contenance.
— Je l’ai déjà prise tôt ce matin, énoncé-je d’un air détaché tout en me forçant à sourire.
— La prochaine fois, réveille-moi. Pour partager une douche avec toi, je ne serais pas grognon, promis.
Son téléphone vibre sur un texto. J’espère que cela n’a rien à voir avec ma conversation avec Sandro. Je le regarde, inquiète.
— Eh merde ! s’emporte-t-il.
— Quoi, c’est qui ? le questionné-je, la voix tremblante.
— Ma mère. Elle a besoin que j’aille chercher Ely au collège, mais j’ai un cours d’art là, et je suis déjà grave à la bourre.
— Je peux y aller, moi.
Hayden grimace.
— C’est risqué. Je veux dire… C’est jamais une partie de plaisir de la récupérer.
— Ely ne peut pas être pire que toi, si ?
Un petit cri lui échappe.
— Non, ça, c’est certain. T’es sûre que ça te dérange pas ?
— Si je te le propose… Ne t’inquiète pas, j’arrive bien à te supporter, je peux le faire avec elle le temps d’un trajet, ajouté-je en lui faisant un bisou sur la joue.
— OK, merci, chaton. Une chose ! Et c’est pas négociable ! Tu la ramènes à la villa, peu importe ce qu’elle te demande. Elle va essayer de profiter de toi, c’est certain.
Mes yeux se lèvent au ciel.
— Oui, chef !
Je sors en même temps qu’Hayden et remarque qu’il n’y a pas sa voiture sur le parking. Tyler a eu raison de lui.
— Tu as fini par céder ?
— Arrête, ça me rend malade, grommèle-t-il en enfilant son casque.
Je lui souris et me dépêche d’aller chercher mon 4x4.
Quand j’arrive devant le collège, à Santa Clara, il m’est impossible de louper la petite sœur d’Hayden. Elle est accoudée à la portière d’une grosse berline avec une horde de garçons autour d’elle. Même cote que son frère, donc. Ce n’est pas plus mal que ce soit moi qui sois venue, Hayden aurait pété un plomb de la voir si bien entourée. Lorsqu’Ely s’apprête à s’engouffrer dans le véhicule avec eux, je me gare et descends de mon Raptor.
— Ely ! l’appelé-je.
— Oh, Cassie, qu’est-ce que tu fais ici ?
— Je te ramène, grimpe.
Ses épaules s’affaissent et elle soupire.
— Non, s’il te plaît, on a prévu d’aller faire un billard.
— Désolée, mais c’est moi qui te dépose et chez toi, insisté-je. Allez, on y va.
Immobile et les bras croisés, elle me toise d’un air condescendant.
— De toute façon, tu ne vas pas m’y traîner par les cheveux, si ?
Ely Calaann…
— Ne m’y oblige pas. Monte dans ma voiture, s’il te plaît.
Fière de moi, j’accompagne mes paroles d’un visage autoritaire. Ses copains se rapprochent de nous.
— Tout va bien, Ely ? Qui c’est celle-là ?
— Oui, ça va, j’arrive.
L’un des gamins se plante à quelques centimètres de moi en croyant me faire peur. Tu vas redescendre sur terre, mon petit bonhomme.
— C’est toi, la meuf d’Hayden ? me questionne un autre à l’allure de gros dur.
— Tu as un problème ? répliqué-je à la hâte sans me démonter.
Il me détaille de la tête aux pieds et me répond de sa voix qui n’a pas totalement mué.
— Non. Par contre, toi, tu en as un. Mon frère parle beaucoup de toi, tu sais. Cooper, ça te dit quelque chose ?
Mon corps se crispe et aucun son n’arrive à sortir de ma bouche. Satisfait, il reprend, un sourire en coin :
— Allez, viens, Ely, on se casse.
L’adolescent l’entoure par les épaules et un crachat atterrit à mes pieds. Je sens que je vais vomir. Tous se mettent à rire. Ne te laisse pas faire, ce n’est qu’un gosse. L’effet « Calaann » commence à s’insinuer en moi. J’inspire un grand coup et me fais violence pour lui répondre.
— Remonte dans ta voiture, toi, si tu ne veux pas que je m’énerve ! Elle, elle rentre avec moi.
Sans lui laisser le choix, j’attrape Ely par le bras, lui ouvre la portière de mon 4x4 et la pousse à l’intérieur. Ledit frère de Cooper ne bouge pas. Je démarre et pars en trombe en le voyant dans le rétroviseur nous regarder, impuissant. Mission accomplie, je peux enfin me détendre. Non mais !
— T’es dégueulasse de me faire ça, Cassie, pour une fois que je pouvais m’amuser…, râle-t-elle en s’enfonçant dans son siège.
— Estime-toi heureuse qu’Hayden n’ait pas pu venir, ça aurait été bien pire. Pourquoi tu traînes avec ce genre de garçon ?
Et toi ? me rappelle cette fichue conscience.
— Ils sont cool.
L’intonation de sa voix me laisse perplexe. Elle ne le pense pas. Quelque chose sonne faux.
— Si tu as des problèmes, Ely, tu peux m’en faire part.
— Tout va bien. Ce sont mes potes. Emmène-moi sur la Sixième Avenue.
— Non, je te dépose chez toi.
— Comme tu veux. De toute façon, ils ont prévu de venir à la maison ce soir et là-bas, c’est chez moi, tu ne peux rien me dire, jubile-t-elle.
Pas de problèmes ! Dans ce cas, on retourne au campus. Non, mais dans quelle famille suis-je tombée ?
Enfin arrivées sur le parking de la résidence, et en gamine capricieuse et tordue qu’elle est, il m’est impossible de lui faire quitter mon 4x4.
— Sors de là, Ely ! Allez, je n’ai pas que ça à faire.
— Non ! tonne-t-elle.
Bon sang qu’elle est bornée ! La Dodge d’Hayden a repris sa place, la moto aussi, je lui envoie un message.
[Tu peux descendre ? J’ai un colis pour toi]
Quand elle le voit débarquer deux minutes plus tard, Ely se renfrogne un peu plus.
— J’espère que mon frère va t’incendier, je vais lui raconter que tu m’as traînée de force.
— Si tu veux, fais-toi plaisir ! Je préfère qu’il me reproche ça plutôt que de t’avoir laissé partir avec eux.
— Qu’est-ce que tu fous ici, cafard ? l’interroge Hayden en fronçant les sourcils.
— Ta tordue de copine m’a fait monter dans sa bagnole pourrie et n’a pas voulu me ramener à la maison.
Un instant, je ferme les yeux et prends une grande inspiration.
— Résultat : mademoiselle ne veut pas s’extirper du siège ! m’en mêlé-je en soupirant.
— Tire-toi de là, Ely, la sermonne Hayden. Magne-toi ! J’ai passé l’âge pour tes conneries !
— Et si je n’obéis pas, tu vas faire quoi, Haydou ? J’ai pas envie de passer la soirée chez toi !
— Si tu sors pas, je t’arrache les cheveux un par un, lui crache-t-il, tendu. Et non, tu ne vas pas squatter chez moi, tu vas monter dans ma putain de caisse et tu vas te grouiller le cul parce que là, tu joues avec mes nerfs.
Hayden se tourne vers moi et poursuit alors qu’elle se met à siffloter.
— Tu l’as ramenée ici, car elle a prévu une soirée à la villa, je parie ?
J’acquiesce en grimaçant.
— Je te vois dans le rétro, Cassie ! Tu n’es pas maligne… Donc, en plus d’être tordue, tu es une balance. Tu n’es pas si chouette que ça comme fille, en fait.
Hayden, qui a remarqué que je commence à bouillir de l’intérieur, pose son index sur ma bouche avant que je n’émette un son.
— Ely, dernière fois ! la prévient-il sur un ton très ferme en me fixant.
Elle obéit enfin. Sans sommation, il lui arrache son sac à dos des mains, et retire son contenu qu’il jette sur le capot de mon véhicule. Tout en la tenant à distance avec son bras, il secoue chaque cahier pendant qu’elle le supplie d’arrêter. Sans lui prêter attention, Hayden continue et ouvre les pochettes un peu partout, agite le sac jusqu’à ce qu’une liasse de billets tombe à même le sol, accompagnée de plusieurs petits sachets renfermant de la résine de cannabis ainsi que de la poudre blanche. Stupéfaite, je plaque une main sur ma bouche. Si je savais qu’elle n’était pas facile, j’étais loin de m’imaginer que cette ado dealait. Visiblement, il était au courant.
— Bordel, tu t’arrêteras jamais ! crie-t-il en se massant la nuque.
Un instant, intimidée par le ton glacial de son frère, elle baisse les yeux et monte d’elle-même dans la Dodge en claquant la portière qu’il rouvre aussitôt.
— Tu t’excuses avant !
Ely le regarde avec un grand sourire forcé tout en battant des cils.
— Excuse-moi, Haydou chéri.
— Pas à moi, siffle-t-il entre ses dents. À Cassie. Vite. Et sérieusement.
— Pardon, Cassie, grommelle-t-elle en soupirant.
Et il referme la portière d’un geste vif avant de revenir vers moi.
— Tu vas faire quoi pour tout ça ? me renseigné-je, peu sereine en dansant d’un pied sur l’autre.
Hayden m’embrasse avec douceur et fourre le tout dans son coffre.
— Laisser mon père gérer, c’est mieux, sinon je vais l’encastrer, je l’emmène à son bureau. On se voit au gymnase tout à l’heure ?
Je lui frotte le bras en lui souriant.
— Non, je n’ai pas cours de relaxation ce soir. Swann n’est pas là, je vais en profiter pour dormir un peu. Bon courage.
— Moi, ça va aller. Ely, par contre, va passer un sale quart d’heure, m’avoue-t-il avant de partir.
Une fois dans ma voiture, je pousse un soupir de soulagement. Ely m’a donné la migraine. Puis au moment de démarrer, je suis prise d’un étourdissement accompagné d’une forte nausée. Tu ne crois pas que Judy pourrait avoir raison ? Il est vrai que ça commence à faire beaucoup. Autant en avoir le cœur net. Je quitte le parking direction la supérette.
Mes pas m’entraînent vers le rayon hygiène. Une personne semble hésiter entre deux boîtes de préservatifs situées à côté des tests de grossesse. Tyler... Eh merde ! Demi-tour et je ressors. D’un pas décidé, je me dirige vers le laboratoire d’analyses médicales du campus, qui se trouve juste à côté. Une grande inspiration avant de rentrer et je patiente dans la salle d’attente.
C’est désert, ça ne devrait pas être long. Je n’ai jamais été aussi nerveuse et ce que je lis sur Internet en ce moment même à propos des symptômes ne m’aide pas à m’apaiser. Je sais qu’ici, ce sont les étudiants en médecine qui font les prises de sang, j’espère seulement qu’ils ne vont pas me louper parce que je ne pourrai pas dissimuler un bleu. Et si c’est positif, ce n’est pas de cette façon que j’ai envie qu’Hayden l’apprenne. Peu importe, il le prendra mal !
D’instinct, je baisse la tête quand une moto passe devant la baie vitrée. C’est du délire total, ce n’est pas le bruit de la sienne et il doit être à la raffinerie en ce moment et en voiture en plus. L’étudiante vient me chercher. Dix bonnes minutes plus tard, je ressors de la petite pièce avec deux numéros. Celui du laboratoire et celui de mon dossier pour le résultat. Je l’aurai dans quelques heures. Même si je le connais déjà au fond de moi, puisqu’elle ne m’a pas seulement piquée, non, elle m’a posé aussi un tas de questions. Et plus je lui fournissais les réponses, plus elle grimaçait. Je retire le pansement au pli de mon coude et le jette à la poubelle avant de sortir, on ne voit rien si ce n’est un minuscule point de sang. Je pourrais me rendre au gymnase et attendre le retour d’Hayden, mais je préfère aller à la bibliothèque pour me détendre. Je suis beaucoup trop nerveuse et pas prête à l’affronter.
Contre toute attente, j’ai réussi à me laisser emporter par un bouquin que j’ai dévoré en quelques heures. Les mains tremblantes, je sors mon portable ainsi que la petite étiquette que l’on m’a remise, tout en regagnant un banc dans le parc à l’ombre.
Mes doigts ont dû mal à composer le numéro du labo. Le souffle court, j’appuie sur la touche appel et porte le téléphone à mon oreille. Puis je patiente, sur une musique qui se veut calme pendant que dans ma tête, c’est le chaos. Trois minutes plus tard, la réponse est sans appel. J’ai à peine donné le numéro qu’on me balance un : « Positif » avec un taux. Même si je le sentais, cette confirmation me fiche un sacré coup. Comment vais-je faire ? Comment vais-je le dire à Hayden ? Qu’est-ce que je dois faire maintenant ? C’est vraiment la merde ! Pire, je n’imagine pas me faire avorter, il est en moi et je n’ai pas envie de m’en séparer. Ce qui est en totale contradiction avec la conversation que j’ai eue avec Hayden à Big Bear Lake... Mini Calaann... D’instinct, je me touche le ventre.
Ça me fait bizarre et en même temps, j’y suis déjà accro. C’est du délire ! Et pourtant, c’est ce que je ressens même si je sais qu’il ne va pas approuver, c’est fait, il est là, je veux le garder. Il va juste falloir que je trouve le courage de l’affronter maintenant. Félicitations ! Tu gagnes un bébé, tu vas perdre le futur papa ! Grrrrr. Avec beaucoup de chance, peut-être qu’il changera d’avis ? Je secoue la tête pour mes pensées tordues. Il faudrait que je trouve plus d’un trèfle à quatre feuilles pour m’aider. Je ne sais pas par où commencer, à qui me confier hormis Hayden ? Qui pourrait m’épauler ? Ethan ? Impossible, il a la langue bien trop pendue et il ne saura pas mieux que moi. Ma mère ? Je vais la réduire à néant, c’est certain. Je ne compte plus le nombre de fois où elle m’a rabâché que j’avais intérêt à me protéger parce qu’il est inconcevable que je ramène un enfant à la maison. Mais c’est ce que j’ai fait, bon sang ! Je me suis protégée ! Je devrais peut-être appeler ce fabricant en premier, pour leur signifier que leurs contraceptifs n’ont pas l’effet escompté. En colère, j’attrape mon sac et pars au dortoir.
Après avoir finalement contacté mon médecin traitant qui m’a dit de refaire une prise de sang dans quelques jours, je prends mon courage à deux mains et profite de ce qu’Olivia n’est pas encore rentrée pour joindre Hayden.
Respire, Cassie. Quand il décroche, mon cœur qui bat la chamade est prêt à exploser.
— Ouais, bébé ?
— Ça va, tu fais quoi ?
— Je me prends la tête sur ce putain de devoir de maths.
— Tu bosses, toi, maintenant ? m’étonné-je.
— Ça m’arrive, quand je m’emmerde profondément.
— Je voulais savoir si l’on pouvait se voir ? lui demandé-je en grimaçant et en frottant mes paumes moites sur mes cuisses.
— Viens à l’appart’, mais les gars ont prévu une soirée, il va y avoir du monde. Ces cons sont tellement excités que même si on reste dans ma chambre, ce sera pas terrible, un peu comme cette nuit, quoi.
— Tu ne souhaites pas dormir ici, plutôt ?
La porte s’ouvre sur ma colocataire.
— Oublie, Olivia vient d’arriver, reprends-je.
— La plaie, celle-là ! Passe-la-moi, je vais la faire dégager.
— Non merci ! On se voit demain, je t’aime.
— Moi aussi, je t’aime. Bonne nuit, bébé.
Au moins, j’aurai essayé. Ce n’est pas de ma faute si tous les éléments sont contre moi, si ? Ça me fait sourire, mais la situation est tout de même critique.
Pas mieux le lendemain ni les deux jours suivants. On s’est d’ailleurs seulement croisés. Hayden me manque. Les SMS et les appels, c’est bien beau, mais rien ne vaut de passer du temps ensemble. Et en ce moment, je suis dans une phase où j’ai très envie de lui, beaucoup plus qu’avant.
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