Révélations (Surf on love) (French Edition)

Lucie Mimi · Chapitre 4 sur 41

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Révélations (Surf on love) (French Edition)

Chapitre 4

 

Hayden

 

Trois heures pour trouver une putain d’enveloppe dans cette baraque. Il faudra que je songe à remettre le contenu des tiroirs en ordre avant que les gars ne rentrent, sous peine qu’ils pensent que l’on s’est fait cambrioler. Cassie refuse toujours de m’écouter. Elle m’a blacklisté, alors j’espère qu’elle aime lire, car j’ai passé la journée à rédiger une lettre propre pour elle. Après, je la laisserai tranquille. Je veux juste qu’elle sache, libre à elle de décider ensuite.

Les gars. C’est si tendu entre nous depuis que je me suis battu avec Junior ce midi, que tout le monde s’évite, du coup, c’est le bordel. Je suis devenu fou quand j’ai vu Cassie en pleurs, le plateau à ses pieds. Il n’avait pas le droit de lui faire une merde pareille.

Deux jours de mise à pied seulement, parce que ma mère a supplié Davis. Thérèse aurait pu me coller plus ou me virer, j’en aurais eu rien à foutre. Personne ne s’attaque à Cassie comme ça, même si ça implique que je perde mes potes un par un, bien que tout soit de ma faute, tout est toujours de ma faute.

Il est vingt heures. Parfait. Joyce doit être chez elle, au moins elle me fera entrer. J’aurais dû faire un double avant de balancer ma clef à Cassie. Quel con ! À la base, Joyce me l’avait filée en cas d’urgence, à cause de son état. Je n’en ai jamais eu besoin pour ça. Tant mieux. Du coup, je m’en suis servi pour mes petites douches, pratique comme je suis toujours le dernier levé, je n’aime pas me laver à l’eau froide. Ça me rappelle la fois où Cassie est rentrée alors que j’en sortais. J’aurais préféré qu’elle débarque un peu avant, comme ça, j’aurais pu la traîner avec moi en dessous. Je ne suis pas sûr qu’elle aurait accepté à l’époque, elle m’aurait dit que je ne suis qu’un abruti, comme d’habitude.

Avec excès, je tambourine sur la porte face à mon logement. On finit par m’ouvrir, mais ce n’est ni Joyce ni Cassie.

— Lilia ? m’étonné-je.

— Vas-y, entre. Ta sœur ne devrait pas tarder, elle est sortie acheter du soda.

— T’es solo ?

— Oui.

Bizarre. Je balance ma veste sur le canapé.

— Tu veux boire quelque chose ? me demande-t-elle.

— Une bière.

Elle se dirige vers le frigo. Je me cale sur le tabouret de la cuisine et parcours mes réseaux sociaux.

— Tu n’étais pas au cours d’art appliqué ce matin ! C’est pourtant l’un des seuls cours que tu suis avec intérêt.

— J’ai été voir Séléna, réponds-je sans lever le nez de mon portable.

— Oh... OK. J’ai récupéré ton devoir, tu as eu un A. Madame Sistoko a montré ton dessin à toute la classe, elle a dit « prenez-en de la graine, monsieur Calaann a su innover en ayant choisi d’illustrer le surf et c’est très réussi », elle a aussi ajouté que ça changeait de tes croquis trop sombres avec pour seule couleur le rouge qui représente le sang.

Mes nerfs se contractent, je balance mon téléphone sur le comptoir.

— Sistoko aurait pu s’abstenir de le montrer à tout le monde. Elle a de la chance que j’étais pas là.

— Pourquoi ? Cassie est très belle dessus.

— Elle est surtout très peu fringuée, bougonné-je.

La baba cool se retient de rire et examine l’intérieur du frigo comme si elle n’en avait jamais vu un auparavant. Elle me fait marrer, cette meuf, c’est peut-être pour ça que Junior l’aime bien. Parce que si Cassie n’est pas fêtarde et le genre qu’on n’aurait jamais imaginé dans notre bande, Lilia est pire. Ma Cassie, elle au moins est... Bah, elle est parfaite, mais ce n’est plus ma Cassie. Ma gorge se noue.

— Il n’y a pas de bière, mais je peux nous faire du café ?

Curieux.

Je sais que Cassie en ramenait de la supérette quand elle faisait ses courses. Il y en avait toujours une au frais qui m’attendait lorsque je venais. Ça, c’était avant. Elle a dû faire le tri. J’acquiesce et balaye la pièce du regard pendant qu’elle fait couler nos expressos. Le cadre au-dessus du petit meuble n’est plus là. Il n’y a pas ses Converse toutes pourries ni ses sandales en dessous, et les bougies de la table basse ont été remplacées par une espèce de sculpture dégueulasse. C’est quoi ce merdier ? Lilia pose ma tasse sur le comptoir de la cuisine et je m’avance dans le couloir jusqu’à la chambre de Cass.

— Tu fais quoi, Hayden ? m’interroge-t-elle, surprise.

Choc total. Plus de photos sur le mur à côté de la fenêtre, mais des posters partout de bouddhas et un bordel monstre sur le lit, de fringues qui ne ressemblent en rien à celle de Cassie. 

Pas bon.

Ça me fout les nerfs d’un coup.

— Tu vis ici, Lilia ? m’écrié-je en revenant dans le salon.

— Bah... Euh...

Apeurée par mon comportement tendu, elle devient blême et se triture les doigts.

— Oui ou non ? C’est pourtant simple, bordel ! insisté-je.

— Oh, il se passe quoi ici ?

Je tourne la tête vers Joyce, qui dépose ses chaussures dans le placard de l’entrée. Je ne l’avais même pas entendue rentrer. Je l’ignore, elle s’avance ensuite vers le frigo.

— Je pensais que Joyce ou Junior t’en avaient parlé, se défend la baba cool.

Visiblement, elle n’est pas encore au courant de notre prise de bec au self. Dans l’incompréhension la plus totale, je fixe Lilia d’un air méchant. Elle baisse les yeux.

— Parler de quoi, Lilia ? rétorqué-je, agacé.

Joyce referme brutalement la porte du congélateur et me fait face, les paumes sur les hanches.

— Hayd, c’est quoi le souci ? s’énerve-t-elle.

— Je venais voir Cassie, et je découvre qu’elle n’habite plus là, j’aimerais comprendre !

— C’est moi qui l’ai dégagée. Crois-moi, c’est mieux pour nous tous.

Mes yeux s’écarquillent.

— T’es pas sérieuse ? Putain, Joyce, pas toi ? déclaré-je en fourrant une main nerveuse dans mes cheveux.

— Oh, pauv’ nouille, tu devrais me remercier plutôt ! Ne me dis pas que tu tiens encore à elle après tout ce qu’elle a fait.

Mes narines se dilatent et je fais les cent pas dans la pièce.

— Elle n’a pas conscience de ce qu’elle a fait parce que je n’ai toujours pas pu lui dire.

— Passe à autre chose, Hayden.

— Elle est où ?

— Où elle veut, c’est plus mon problème.

Mon cœur s’accélère, mais je me détends. Elle n’est pas rentrée à San Diego, elle était au self et je l’ai croisée cet après-midi dans le parc. Ethan ne va pas avoir le choix que de cracher le morceau pour me dire où elle vit maintenant.

— Et ton café ? s’écrie Lilia quand je me dirige vers la sortie.

À ton avis, je suis d’humeur à boire ta merde ? 

Je me la ferme parce que la pauvre, rien de tout ça n’est de sa faute et qu’elle ne mérite pas que je m’en prenne à elle. Je me casse de là sans perdre une minute. Joyce me rattrape dans le couloir avant que je franchisse les portes de l’ascenseur.

— Hayd, dans quelques heures, c’est la soirée de Séléna… Fais le bon choix, on espère t’y voir.

Sans un mot, je lui embrasse tout de même la joue avant de me tirer. Je vais commencer par aller me défouler au gymnase et j’aviserai de la suite des événements.

***

Miller ne m’a pas lâché. Deux heures de frappes intensives et je ne suis même pas épuisé. Je pense que les nerfs me tiennent.

Ce soir, j’ai pas envie de pioncer ni de rentrer chez moi, donc je repasse à la résidence juste pour poser ma caisse. J’ai besoin de marcher, de faire le vide dans mon crâne. Arrivé à Yellow Gates, je fais défiler les noms sur l’interphone. Je ne sais même pas où cet abruti d’Ethan habite, si ce n’est qu’il est au même étage que Sandro. À plusieurs reprises, je m’excite sur la sonnette de ce dernier, pas de réponse. Sandro doit déjà être à la soirée. J’appuie au hasard et on m’ouvre sans rien demander. Impeccable. Au deuxième, je croise du monde. Dans le lot, je reconnais un mec de ma classe. Un pauvre type qui passe son temps à me lécher les pompes alors que je l’envoie chier sans arrêt, mais qui pourra peut-être m’aider.

— Hey, Hayden, tu vas bien ? Je ne t’ai pas vu en cours aujourd’hui.

J’ai pas envie de faire la causette, débile ! 

Alors j’ignore sa question.

— Tu vis ici, toi ? l’interrogé-je, impatient.

— Oui, au 102. Tu veux venir boire un verre ?

— Nan, carrément pas ! Je cherche quelqu’un. Un blond aux yeux bleus, pas très grand et un peu con, ça te parle ? demandé-je, les mains sur les hanches.

Le mec réfléchit et met clairement trop de temps. Tout en tapant mes pieds l’un contre l’autre, je finis par faire craquer mes doigts.

— Ethan. Il s’appelle Ethan, insisté-je en soupirant. Ça te parle, oui ou non ?

— Ah oui, il habite au 98.

— Merci.

— Avec plaisir, mon ami.

Crétin, va !

Je le contourne et tambourine à la bonne porte. Ce n’est pas lui qui m’ouvre, mais son coloc’, un petit gringalet.

Bordel, c’est quoi ce corps de poulet ?

— Ethan est là ? tonné-je, le bras en l’air contre l’embrasure de la porte.

Le gamin, flippé, me regarde puis sa voix fluette l’appelle à travers l’appartement.

— Ethan, il y a... un ami à toi.

J’ai envie de lui balancer que c’est pas mon pote, mais c’est pas dans mon intérêt, alors je ravale ma fierté. Son coloc’ me fait entrer et je l’attends dans le salon, les bras croisés sur le torse. Pourri, l’appart’. Aucun goût. Ça le représente plutôt pas mal. Ethan se pointe enfin, en boxer... suivi de près d’un autre mec... en boxer lui aussi. Il se passe quoi ici, je ne suis pas sûr de tout comprendre ! Il se décompose quand il me voit. Le type à ses côtés glisse son bras autour de sa taille et lui embrasse la joue. Ah bah si, j’ai bien compris ! Ethan reste raide comme un piquet, enfin, dans son attitude, je ne veux pas savoir ailleurs. Putain, il est gay. Je n’aurais jamais pensé, il cache bien son jeu. Je ne suis pas sûr que Cassie soit au courant. Quoi qu’il en soit, personne ne bronche. Ils semblent tous mal à l’aise.

Tous, sauf moi.

— Ethan, je peux te parler sur le balcon ? lui demandé-je, nonchalant.

Son mec me reluque avec méchanceté. 

Ne t’inquiète pas, je ne vais pas te le voler !

Je lui jette un œil noir, il baisse les yeux. 

Pas trop tôt !

Et je suis Ethan jusque dehors.

— J’ai besoin que tu me balances où habite Cassie.

Il ose à peine me regarder.

— Oh ! Tu m’as entendu ?

Il baisse les yeux à nouveau et ne bouge pas. Il est con ou quoi ? Je fais claquer mes doigts devant lui.

— Oh ! Ducon, crétin ? C’est moi, c’est Calaann !

Il revient sur terre. Ah bah voilà, il suffit de reprendre les bonnes vieilles habitudes.

— Ne dis rien à Cassie, s’il te plaît, m’implore-t-il, nerveux.

Il se prend la tête entre les mains et se colle contre le mur. Je sens que ça va être plus compliqué que prévu. Je fais glisser une chaise jusqu’à lui et pose mon cul sur la table de jardin, puis m’allume une clope avant de prendre les devants.

— Ça fait combien de temps ?

Il s’essuie le visage et vient s’asseoir face à moi tout en évitant mon regard.

— Depuis toujours.

— Waouh, t’as jamais baisé une meuf ?

Il lève les yeux sur moi et me fixe, étonné.

— J’aurais cru que tu te moquerais de moi, mais tu as l’air sérieux, constate-t-il.

— Je sais l’être parfois. Tu fais ce que tu veux de ton cul. J’ai des potes gays, ça me dérange pas, alors si t’as envie d’en parler, vas-y tant que tu ne rentres pas dans les détails parce que ça, je ne veux pas savoir.

— Une fois, j’ai essayé avec une fille, se confie-t-il. C’était plus pour me persuader que je n’étais pas attiré par les mecs, seulement, ça ne m’a pas plu et ça a confirmé mes doutes.

— Et tu l’as révélé à personne ?

— Juste mon coloc’ et un ami. D’ailleurs, je pensais que c’était lui, tu es la dernière personne que j’aurais cru voir ici.

— Je n’aurais pas pensé non plus me ramener là, je te rassure. Pourquoi t’en as jamais parlé à Cass ? Vous êtes super proches.

— Aucune idée, peur de me la mettre à dos, je suppose. C’est une fille en or, je n’aurais pas supporté de la perdre, m’avoue-t-il.

Ses paroles me serrent la gorge. Je fais craquer mon cou en basculant ma tête de gauche à droite, puis je prends une profonde inspiration.

— Elle est ouverte d’esprit, mais je te comprends. Pour l’avoir perdue, je peux te dire que ça fait mal.

— Tu ne lui diras pas, hein ? s’enquiert-il.

— Non, t’inquiète, et puis pour ça, il faudrait déjà qu’elle veuille me voir, mais tu devrais le faire. Si t’es heureux, pourquoi le cacher ? C’est pas elle qui te tournera le dos. Tout comme ton daron, il est cool, il comprendra aussi, j’en suis sûr et au pire, s’il n’approuve pas, et bah, tu l’emmerdes.

Il laisse échapper un rire.

— Ça me fait mal de te dire ça, mais je t’envie, Hayden. Ta capacité d’emmerder le monde, de faire ce que tu veux, ça a l’air fun.

Mes lèvres s’étirent en un sourire.

— Ouais, ça l’est.

Je m’allume une deuxième clope et recrache la fumée en faisant des ronds pendant qu’il se triture les doigts. Il semble réfléchir.

— Cassie vit au dortoir, lâche-t-il soudain.

Ma tête tourne bien trop vite dans sa direction.

— Tu déconnes ?

— Non, elle partage une petite chambre avec une première année apparemment assez spéciale.

— Putain, ça craint, soufflé-je.

— Oui, surtout que c’est loin d’être terrible pour l’avoir vu en FaceTime.

— Rien d’étonnant, y a pas plus merdique comme logement qu’une piaule dans ce trou à rats.

— Je me doute. Hayden ? Elle est malheureuse, tu sais… à propos de toi.

Un frisson me parcourt. Je me racle la gorge.

— Je suis au courant.

— Peut-être que tu pourrais lui proposer d’être amis ? tente-t-il, sur ses gardes.

Amis ? Ça craint grave, ça.

— T’as sûrement raison, mais ça me fait chier, râlé-je.

— C’est toujours mieux que de la perdre pour de bon, non ?

— C’est clair, mais je sais pas si je vais le supporter.

— Essaie, de toute façon, elle ne veut plus de toi, tu ne risques rien.

Putain, ça me bousille un peu plus, je n’y arriverai jamais. Mais si c’est le seul moyen pour que je puisse la voir souvent et lui parler sans s’engueuler, ce sera toujours moins dur que de s’ignorer. Plus détendu qu’au début de notre conversation, Ethan s’esclaffe soudain.

— Qu’est-ce qui te fait marrer ?

— Je repense à Cassie quand on était dans le parc et qu’elle te matait le premier jour de la rentrée.

— Raconte, ça m’intéresse ! déclaré-je, tout ouïe. Et tu peux y mettre les détails cette fois.

J’ai le mérite de l’amuser un peu plus. Au final, tout le monde me trouve chiant, mais n’empêche que je les fais bien marrer tous. Ça me ramène à elle. Je crois que de lui avoir redonné le sourire a été ma plus belle victoire. J’adorais la voir rire et entendre ce son, c’était ma récompense. Mais elle a beaucoup trop pleuré aussi, et ça me démonte les tripes, parce que je sais qu’elle ne va pas bien à cause de moi.

— Déjà, elle a commencé par me dire que tu n’étais pas aimable. Et j’ai vu de suite que tu lui plaisais, je parlais dans le vide, elle était fascinée par toi. Les jours suivants, pareil. « Et ses tatouages, ils sont canon, et ce mec, il est trop beau, il est parfait, je n’ai jamais autant ri dans ma vie, mais il est insupportable, et j’adore jouer au chat et à la souris avec lui... » Elle m’en a fait saigner les tympans, je te jure, mais on ne peut que l’écouter, cette fille est géniale.

Je le savais déjà tout ça.

Mon cœur se serre.

— Ouais, elle l’est..., réponds-je, triste. Plus que ça même.

— Tu veux boire quelque chose ?

— Nan, je vais y aller.

— Merci, Hayden. Tu n’es pas si débile que je pensais.

— T’inquiète, c’est rien. Tu l’entendras sûrement qu’une fois, mais je te remercie aussi.

Je ne m’attendais pas à vivre ça ce soir. C’est plus léger que je quitte la résidence.

Putain, j’ai plus envie de marcher ! J’aurais dû prendre ma caisse ou ma bécane, au moins, à cette heure-ci, j’aurais pu m’amuser sur le stade. J’active le pas, je n’ai pas le choix, je dois y aller. Très vite, mes pieds me dirigent vers les fraternités. Il est minuit quand j’arrive, ils ont mis le paquet. Ils ont tout décoré pour l’occasion jusqu’aux banderoles « Séléna » un peu partout.

Je pousse la porte et m’assieds au bar improvisé, en attendant le reste de la bande.

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