Révélations (Surf on love) (French Edition)

Lucie Mimi · Chapitre 30 sur 41

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Révélations (Surf on love) (French Edition)

Chapitre 30

 

 

Hayden

 

Rage. Haine. Colère.

Le temps de choper le premier avion et d’atterrir à San Francisco, il s’est écoulé dix-huit heures. Autant de temps que ma nana est dans je ne sais quel état à l’hosto.

Pour couronner le tout, il aura fallu que le pilote s’y reprenne à deux fois pour poser ce putain d’engin sur le tarmac. Comme si j’avais que ça à foutre. Chaque minute qui passe sans la voir fait grimper un peu plus mon taux de stress. Je récupère ma valise et fonce vers l’entrée de l’aéroport. Ma mère m’attend juste devant, je balance mon sac dans le coffre et lui arrache les clefs des mains. Hors de question qu’elle conduise, on va mettre une heure à arriver à l’hôpital.

J’ai cru devenir dingue quand ce fils de pute de Cooper a répondu au téléphone de Cassie. J’ai de suite couru vers l’aéroport en appelant les gars pour qu’ils la retrouvent au plus vite. Ils ont d’abord été à la fraternité Alpha Omega, puis dès que James, le quarterback, leur a révélé que Wayne et Cooper avaient prévu une soirée chez les Scott, ils ont foncé là-bas. Juste avant d’embarquer, j’ai reçu un message de Junior qui m’informait que Cassie avait été transportée par les pompiers et qu’elle était consciente. Choc total. J’ai vu rouge. Je n’avais qu’une envie, tuer Wayne et Cooper de mes propres mains.

Quinze heures de vol m’attendaient. L’enfer. À ruminer, à imaginer les pires choses possibles. Mon voisin de siège a passé un sale voyage. Nerveux comme je ne l’ai jamais été avec la jambe tremblante et les poings serrés tout le long, il n’a pas arrêté de se plaindre à l’hôtesse qui voulait m’éloigner et me menotter pour me calmer. J’ai pris sur moi, putain, c’était difficile. J’ai calé mes AirPods et écouté de la musique, la tronche appuyée sur le hublot tout en pensant à ma nana dans ce foutu lit d’hosto.

Tout ça, c’est de ma faute. Sauf que quand j’ai baisé ces deux pouffiasses, elles étaient consentantes. Pire, c’est elles qui se sont jetées sur moi. Enfin, pour la meuf de Cooper, pas vraiment, mais elle ne m’a pas repoussé, bien au contraire.

J’en veux beaucoup à Joyce. C’est aussi à cause d’elle, ma frangine est entrée dans leur jeu et s’en est prise à Cass. Je crois bien que c’est la première fois qu’on se dispute si violemment. En ce moment, Joyce est hospitalisée à Paris et va être rapatriée dans deux jours. Tout ce qui compte pour moi, c’est de retrouver Cassie et qu’elle aille bien. Je ne sais pas de quoi elle souffre exactement. Mon répondeur est saturé, j’ai juste écouté le message d’Abby qui a pris la route pour aller la rejoindre. Je devrais être rassuré que ma nana ne soit pas seule, mais rien n’y fait, je suis plus stressé que jamais, car Abby ne m’a pas dit ce qu’avait Cassie. Personne ne sait, j’ai l’impression. Et tous les glandus qui n’avancent pas devant moi n’aident pas à apaiser ma colère. Je vais faire un carnage si ça continue… La sonnerie du téléphone de ma mère me fait accélérer un peu plus le cœur.

— C’est qui ?

— La doyenne. Je lui avais demandé de me tenir au courant.

Ma mère décroche tout en me faisant signe de la boucler. De toute façon, je ne suis pas d’humeur à faire chier Davis.

— Thérèse… D’accord, c’est une bonne chose… Très bien, merci de m’avoir rappelée… Oui, je serai là demain pour la réunion.

Elle a à peine raccroché que je lui saute dessus.

— Alors ?

— Wayne et Cooper ont été arrêtés par la police. C’est ta copine, la blonde avec ses ongles fluo, qui a prévenu les autorités. C’est tout ce qu’elle sait.

— Kelly ?

— Oui.

— C’est pas ma copine, bougonné-je.

— Peu importe, heureusement qu’elle était présente et qu’elle a eu le bon réflexe. Madame Davis m’a aussi confié qu’Amber serait restée auprès de Cassie jusqu’à ce que les secours interviennent.

Je ne l’écoute plus.

— Avance, Ducon ! Mais bouge de là, putain ! m’écrié-je après l’abruti devant moi, la paume appuyée sur le volant.

— Arrête de klaxonner à tout-va ! Ce ne serait pas plus prudent que je conduise ?

— Pour qu’on arrive demain ? Non merci.

Elle n’insiste pas. Elle soupire juste fortement, comme d’habitude.

Trente minutes plus tard, qui m’ont paru une éternité, je passe les portes des urgences pendant que ma mère gare la voiture. Je n’ai pas réfléchi, je l’ai laissée en plein milieu avec les clefs sur le contact et je me suis tiré.

La secrétaire m’accueille avec un grand sourire et le ravale aussi sec quand je commence à parler.

— Wilt, quelle chambre ? aboyé-je.

— Je vous demande pardon, monsieur ?

— Ma copine a été admise ici hier soir ! Cassie Wilt, quelle chambre, bordel ?

— Hayden ! Je vais m’en occuper.

Au fond de moi, je remercie ma mère d’intervenir, je suis beaucoup trop tendu pour être aimable. Je fais les cent pas quand elle prend le relais.

— Je suis désolée, madame, les visites ne sont pas autorisées.

Je reviens à la charge en frappant violemment du plat de la main sur le petit comptoir, faisant faire un bond à la plante posée dessus.

— Je viens de me taper quinze heures de vol, ma nana s’est fait tabasser par des connards et je ne peux pas la voir ? Vous êtes sérieuse ?

— Hayden, je t’en prie, calme-toi, ce n’est pas comme ça que tu vas réussir à te rendre auprès de Cassie.

Elle a raison. Respire, mec. J’aurais l’air malin si je me retrouvais au poste, j’aurais fait tout ça pour rien. Mais l’agent de sécurité qui nous tourne autour ne m’aide pas à m’apaiser. Je ne dois surtout pas jouer au con. Ma mère insiste auprès de la secrétaire. Rien n’y fait.

— Je suis désolée, madame, ce sont les ordres du médecin.

Si je ne peux pas la voir, c’est que ça doit être putain de grave et ça me tue un peu plus. Je me rapproche à nouveau de la bonne femme, en essayant de reprendre mon calme.

— S’il vous plaît... Donnez-moi son numéro de chambre, l’imploré-je.

— N’insistez pas, monsieur, je ne vous dirai rien.

— Merde ! C’est pas possible d’être aussi conne !

D’un pas rapide, je quitte l’endroit et mon poing entre rageusement en contact avec le mur en crépi. Je secoue ma main, répandant plusieurs giclées de sang sur le goudron. Ma mère est dans mon dos.

— Il faut vraiment que tu te canalises, si tu ne veux pas finir au poste, m’intime-t-elle, agacée.

— Bordel, maman, pourquoi ils ne me laissent pas la voir ? l’interrogé-je, perdu et désespéré en essuyant une larme à l’aide de mon avant-bras. Si jamais elle…

— Écoute, ne t’imagine pas que cela va se terminer comme avec Séléna. Je suis sûre que ça va aller. Maintenant, il faut faire soigner ta main.

— Non ! C’est rien, pas besoin.

— Hayden, ce n’était pas une question. Allez, viens.

Les images de Séléna, d’abord inconsciente et pleine de sang dans cette voiture écrasée, puis intubée et branchée de partout dans un lit me reviennent en tête quand l’infirmière bande ma main après l’avoir désinfectée. Il m’est inconcevable de perdre ma Cassie. De la salle de soins, j’entends ma mère parler avec... Abby. Je me lève et sors.

— Attendez ! Et votre ordonnance pour les antidouleurs ? me rappelle à l’ordre la soignante.

Des médocs ? Laisse-moi rire, ma cocotte.

— Je m’en branle !

Je rattrape vite Abby au bout du couloir.

— Abby, où est Cassie, qu’est-ce qu’elle a exactement ?

— Du calme, Hayden, par pitié, ça va, détends-toi.

— Vous l’avez vue ?

Elle me fait signe de la suivre et s’exprime tout bas.

— Pas encore. Il n’y a que moi qui en aie l’autorisation, sauf qu’elle n’était pas dans sa chambre quand j’ai voulu y aller...

— Non, ça craint ça, pourquoi ? la coupé-je, les poings sur les hanches.

— Par pitié, laisse-moi parler ! Ils l’ont emmenée refaire des radios, je n’en sais pas plus, je n’ai vu qu’une infirmière. Il faut attendre le médecin.

— L’attendre ? Non, on ne va pas l’attendre, non ! Je vais aller le chercher, moi ! rétorqué-je, décidé.

Elle m’arrête en posant une main bienveillante sur mon bras.

— Tu ne vas rien faire du tout si ce n’est respirer un bon coup ! Cassie est vivante, elle a réclamé de l’aspirine dans la nuit, c’est une aide-soignante qui m’en a informée, ils s’occupent bien d’elle.

Seconde larme, je l’essuie vite.

— Elle souffre, putain ! pleurniché-je.

— S’il te plaît, ne rends pas les choses plus difficiles qu’elles ne le sont déjà.

Abby a raison, Cassie est en vie, il faut que je me calme. Ou que j’aille chercher ce doc. OK, je me calme.

— Je voudrais juste qu’on nous dise ce qu’elle a !

— Le médecin est parti sur une urgence, quand il reviendra, on le saura. Le plus important, c’est qu’elle soit en sécurité maintenant. Je vais appeler Pitt. Tu devrais sortir fumer une cigarette en attendant, je demanderai à ce que tu puisses la voir lorsque le docteur sera de retour, d’accord ?

Admiratif, je la sonde un instant.

— Comment vous faites pour être si détendue ?

— Je sais contrôler mes émotions et je sais aussi que ma fille est une battante.

Oui, c’est une battante, c’est vrai.

Une petite voix aiguë résonne dans le couloir. Elle m’est familière. Je me dirige vers celle-ci.

— Amy ? Qu’est-ce que vous faites là ?

— Tonton Hayden, j’ai peur !

Noah, le neveu de Junior, s’accroche à ma jambe en mettant du sang sur mon jean tout neuf. Et merde !

— Noah est tombé de son vélo, il s’est ouvert la main, me répond Amy, stressée. Qu’est-ce que tu fais là, toi ?

Je les suis jusque dans un box de soin. Une infirmière installe le môme sur la table d’examen.

— Cass est quelque part dans ce bâtiment. Une longue histoire.

— C’est grave ? s’enquiert-elle, blême, en perdant l’équilibre.

Je la soutiens.

— Amy, hé, ho, ça va ?

— Je ne me sens pas très bien. D’être ici, le sang...

— Va faire un tour, je vais rester avec lui.

— Je ne sais pas, je...

— Ça va aller, je m’en occupe, réponds-je, intraitable. Il faut que je patiente de toute façon et tu me connais, si je ne fais rien, je vais devenir dingue. Attends-nous dehors !

Elle caresse le bras de Noah et lui fait un bisou.

— Tout va bien se passer, mon bébé, Hayden va veiller sur toi, d’accord ? Je reviens vite, mon chéri.

— OK, maman.

Amy sort rapidement et je me rapproche de Noah. Pour le moment, il ne bronche pas, mais je sais qu’il va taper une crise quand la bonne femme va le soigner.

— Tonton, toi aussi, t’as fait du mal à ta main. T’as fait quoi ?

— Je suis tombé, mens-je.

— Avec la moto ?

— Nan. Montre ta main à la dame.

L’infirmière lui prend son bras et il le retire.

— Je veux pas, ça va piquer beaucoup.

— N’importe quoi, Noah, c’est comme de l’eau. J’ai eu la même chose, j’ai rien senti. Allez, bonhomme.

Et il se laisse enfin faire quand elle désinfecte sa plaie. Son autre petite main vient agripper mon bras. Bordel, ce gosse a une force surhumaine ! Lorsqu’elle sort le nécessaire pour le recoudre, il écarquille les yeux et ses larmes se mettent à couler. Double merde. Puis il hurle. Triple merde. L’infirmière essaie de le rassurer comme elle peut et moi aussi, mais comment on fait pour apaiser un môme qui tape une crise ? J’en sais rien, moi.

— Monsieur, dans le placard à droite, il y a des jouets que l’on donne aux enfants en sortant, attrapez une boîte, cela va détourner son attention et je pourrai faire mon travail correctement.

Au mot « jouet », Noah, qui s’est calmé un peu, me libère. Je m’exécute.

— C’est quoi, c’est quoi, tonton Hayden ?

Un truc qui va faire que tu vas arrêter de me flinguer les tympans, j’espère.

— Un jeu à construire.

La poisse... J’extirpe le contenu du carton comme je peux à cause de mon bandage. Que de minuscules pièces pour faire, vu l’emballage, une maison, un chien et une espèce de vieille bonne femme qui, à sa grosse tête, m’a l’air plus grande que la baraque. Je me lance dans l’assemblage sous l’œil attentif de Noah. Au moins, il ne bouge plus et consent à se faire recoudre.

— Pourquoi tu es triste ? Il est super trop cool, ce jeu.

Les gosses remarquent tout, c’est dingue, pourtant je ne laisse rien paraître. 

— Problèmes d’adultes. Arrête de gigoter !

Le gamin fait la moue, mais ne bronche pas et ne quitte pas du regard l’assemblage des pièces que j’effectue. Heureusement pour moi, c’est rapide à monter, ce genre de connerie et je confirme que la baraque est vraiment petite.

— Beurk, elle est pas belle, la dame avec sa grosse tête, déplore Noah en grimaçant, mais j’aime bien le chien.

— Ouais, t’as raison, elle est hideuse. Tu sais comment on va l’appeler ?

— Non. Dis, tonton.

— Thérèse ! m’exclamé-je.

Ça tombe sous le sens.

— C’est moche, Thérèse. Un autre.

— Olivia ?

— Oui, là, j’aime bien. Et attends, t’as pas mis son chapeau. Donne à moi, je vais le faire.

Je lui tiens la vieille et d’une main, il lui enfonce le bordel sur le crâne.

— Fais attention, il est sûrement maudit, ce truc, le mets-je en garde.

Noah hausse les épaules et fronce les sourcils.

— Tu racontes des bêtises.

— Jamais.

— Si ! Si ! Si ! C’est tonton Junior qui le dit tout le temps.

Je lève les yeux au ciel et soupire, en récoltant un petit rire de celle qui le soigne.

— Tonton Junior raconte que des conneries, râlé-je.

— Oh ! Un gros mot. Tu me donnes un dollar ?

— Tu vas me ruiner à force. Tiens.

— Merci. T’as des dessins animés sur ton téléphone, tonton ?

— Nan.

— Prête à moi quand même.

Après un moment d’hésitation, je le pose à côté de lui. Il le déverrouille en un rien de temps et plaque sa main sur sa bouche en voyant le visage de Cass en fond d’écran.

— Houlala. C’est elle, ta chérie ? s’écrie-t-il, émerveillé.

— Ouais et arrête d’appuyer sur l’écran comme ça.

— Elle est très, très, très jolie.

Ce môme n’a que quatre ans, merde !

— OK, bon, tu veux regarder quoi ? Vidéo de moto ou vidéo de moto ?

— Je vais mettre... euh... Tchoupi ! Je sais faire.

Et d’une main, il a trouvé ce qu’il cherchait et nous fout sa connerie, le son à fond. Voilà en partie pourquoi je ne souhaite pas avoir d’enfants. Lorsqu’il chante le générique qu’il connaît par cœur et le refout en boucle, j’ai juste envie de choper un bistouri et de m’ouvrir les veines.

— Et voilà, c’est fini, mon grand. Tu as été sage, c’est bien, le félicite la soignante.

Alléluia, bordel ! Je reprends mon portable et mets fin au massacre. L’infirmière lui ébouriffe ses cheveux blonds pendant qu’il regarde son bandage avec dégoût.

— Il est pas beau !

— C’est l’histoire de quelques jours. Je vous laisse la feuille à remplir, vous n’aurez plus qu’à la donner au secrétariat.

— Merci.

Elle repousse le chariot de soins et se lève. La respiration du gosse s’accélère et il est sur le point de se remettre à chialer. Avant qu’elle ne quitte la pièce, je l’arrête.

— Vous avez un marqueur ?

Elle me tend une espèce de feutre vert puis elle attend.

— Donne ta main, Noah, on va arranger ça.

Il s’exécute et tout doucement, en évitant au maximum de lui faire mal, je lui dessine un super-héros avec la cape et tout le bordel. En un rien de temps, il a retrouvé le sourire et vient coller sa bouche toute baveuse sur ma joue. L’angoisse. Et c’est à ce moment-là qu’Amy entre dans la salle. Je les laisse et retourne vers le secrétariat. Forcé d’être zen devant le gamin, je me remets à cogiter et à stresser lorsque je rejoins l’entrée.

Quatre clopes plus tard, avec une Abby sur le dos qui m’a poussé à me détendre, en me faisant respirer et bloquer ma respiration trois secondes entre chaque prise d’air comme un débile sur le banc, c’est une aide-soignante qui se pointe pour m’emmener dans la chambre de Cassie. Je me lève, elle m’arrête.

— Sa maman d’abord. Je viendrai vous chercher ensuite.

Son visage, qui se veut à la fois gentil et désolé, m’irrite, mais je prends sur moi, voyant ma mère derrière elle, me faire signe ou plutôt me supplier de la fermer. Abby s’éclipse, et j’attrape le café que ma mère me tend. Dégueulasse. Il n’y a pas d’autre mot. Je le mets de côté et prends ma tête entre mes mains. Elle me frotte le dos.

— Ça va aller, mon fils.

J’inspire un grand coup.

— Voilà, c’est bien, applique les conseils de ta belle-mère, plaisante-t-elle pour me faire sourire.

Je dois avouer que la connerie de yoga d’Abby m’a bien aidé... sur le moment.

Quelques instants plus tard, c’est enfin mon tour. Je suis la toubib dans le long couloir qui n’en finit plus. Je déteste cette odeur, j’ai passé trop de temps dans ces hostos.

— Qu’est-ce qu’elle a ?

— Le médecin ne va pas tarder, vous verrez avec lui. Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’elle s’en remettra, mais il va falloir être patient. Je l’ai mise sous sédatif pour qu’elle se repose, vous pouvez rester auprès d’elle. En revanche… soyez discret.

Elle me jauge de la tête aux pieds comme si j’allais sauter partout et foutre le bordel. Tsss. Abby sort de la chambre en pleurs avant que je ne pousse la porte. Elle se reprend quand elle m’aperçoit.

— Quoi ? Quoi, Abby, quoi ? la questionné-je avec crainte.

— Ça va, c’est juste que mon cœur de maman saigne de la voir dans cet état. Vas-y, mais elle vient de s’assoupir.

Là, j’ai l’impression que mon cœur va lâcher. Respire, bloque, resp... Ça me saoule déjà, ce truc. J’entre. Avec douceur, je m’approche. Ses cheveux sont en bataille, son joli visage est meurtri par un hématome qui lui prend toute la pommette et sa lèvre est fendue. Putain, c’est trop dur, j’ai envie d’exploser, de torturer ces connards. Voir Cassie vêtue d’une blouse bleue, dans ce lit, branchée de partout me donne la gerbe et une troisième larme roule sur ma joue. Elle m’a tellement manqué, que je voudrais la serrer fort contre moi, la rassurer et lui affirmer que je ne la quitterai plus jamais d’une semelle. Mais elle me paraît si faible que je n’ose pas la toucher de peur de lui faire mal. Je rapproche la chaise à côté d’elle en la regardant dormir et en essuyant les pleurs qui coulent sur ma tronche. Avec douceur, je lui prends sa main et découvre un gros pansement sur son bras. 

— Je te promets qu’ils vont pourrir en prison, bébé, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir. Tu peux me faire confiance, ils s’en sortiront pas cette fois. C’est de ma faute s’ils t’ont fait du mal. Pardon, pardon, pardon, pardon…

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