Révélations (Surf on love) (French Edition)
Chapitre 35
Lorsque nous entrons dans l’appartement, c’est avec surprise que je constate que rien ne traîne. Habituellement, leurs casques de moto sont posés par terre, en plein milieu du passage, avec une armée de baskets à côté. Là, c’est désert, pas même une chaussette sur le fauteuil. La pièce paraît encore plus grande et surtout, il n’y a plus de bouteilles d’alcool vides sur le comptoir de la cuisine. Le sol mouillé me fait quitter mes Converse. Il semblerait que les garçons viennent de terminer le ménage. Junior et Tyler, en short et torse nu, déboulent du couloir qui mène aux chambres, avec des produits ménagers dans les mains.
— Bienvenue chez nous, la rescapée ! m’accueille Junior. Ça te va, Hayd, c’est assez clean ?
Pour vérifier, il passe son doigt sur le haut de la porte.
— Bof, y a encore de la poussière et votre dégaine n’est pas super adaptée à la situation actuelle.
Hayden fait un signe de tête dans ma direction, ce qui me fait regarder partout sauf leurs corps à moitié nus.
— Ça y est, il va nous la jouer mec super jaloux, méga relou, soupire Tyler en retirant ses lunettes.
— Je te le confirme, ouais ! On se repose un peu et ce soir, on revoit les règles parce qu’on est plus entre nous là.
— Donc, fini les samedis après-midi devant un bon porno tous ensemble dans le salon ? demande Tyler avec sérieux.
Horrifiée, je pivote vers Hayden qui lève les yeux au ciel et tous se mettent à rire.
— Ne crois pas ce genre de connerie, chaton. T’en as pas marre de raconter de la merde, Ty ?
Me voilà rassurée. Un instant, j’avais oublié que j’étais dans l’appartement où tout tourne autour de l’humour. Au moins, ça promet d’être joyeux.
— Trop drôle, ta tronche, Cassie ! me raille Junior.
***
La bande ayant prévu une soirée à l’appartement, j’essaie de ne pas rester trop longtemps sous la douche, car ils doivent m’attendre. Mais bon sang que j’y suis bien et que ça m’apaise, si l’on fait abstraction des hurlements provenant du salon. Je ne sais pas qui égorge qui, mais en tout cas, ils ont l’air de bien s’amuser. C’est un changement radical pour moi d’être ici, et pour le moment, ça me plaît même si je me doute que cela ne va pas être de tout repos. La porte de la salle de bains qui s’ouvre en grand m’arrache un cri strident. J’ai à peine le temps de me couvrir le corps, heureusement que la buée a rendu opaque la paroi vitrée de la douche. C’est quoi ce délire ? Ils sont au courant que je me lave, la pièce ne fermant pas à clef...
— Oh putain, pardon ! J’ai rien vu. Désolé.
J’espère bien, oui ! À la voix, je pense que c’était Aaron. Je ne peux pas lui en vouloir, il n’était pas là lorsqu’Hayden leur a rabâché au moins dix fois que j’allais me laver.
— Euh... Pas de soucis, grimacé-je.
La porte s’est déjà refermée et je peux entendre d’ici Hayden l’engueuler. Je retire ce que j’ai dit, je sens que mon séjour chez eux va être un enfer, il est sur les dents parce qu’il tient à ce que tout soit parfait pour moi. C’est mignon, mais je n’ai pas besoin d’un confort de princesse, je me contente de pas grand-chose au quotidien.
Une fois décidée à sortir, je me mets à l’aise. Un pantalon fluide et un tee-shirt. À l’aise au dortoir ou quand je partageais l’appartement avec Joyce, se résumait à déambuler en top et shorty. Ici, vaut mieux oublier l’idée. Tout est déjà prêt sur la petite table. Une multitude de mets à grignoter, entre autres des wings, du pop-corn, et ils ont fait livrer des sushis. Sur l’un des deux canapés à côté d’Hayden, il y a une grande place libre avec un plaid bien plié et mes boîtes de médicaments. Il tapote l’endroit pour que je m’y installe. Il y a le roi et j’ai maintenant la sensation d’être une reine.
— Je suis désolé pour Aaron, bébé.
— C’est pas grave, il ne pouvait pas savoir. Je l’ai fait fuir ? Où est-il ?
— Il est souvent de passage ici, il venait juste récupérer des fringues. Il a un repas prévu en famille.
Au moins, ça nous évitera d’être mutuellement gênés ce soir.
— Et un mojito pour la convalescente, un ! Ça va te remettre sur pied, ça !
Junior me tend le cocktail, je ne sais pas si je dois l’accepter et le poser devant moi sans le boire pour lui faire plaisir ou le refuser. Ça va vite être compliqué, je le sens. Pas le temps de réfléchir qu’Hayden parle à ma place.
— Un soda plutôt pour elle. L’alcool, c’est pas recommandé... avec les médocs qu’elle ingurgite, se reprend-il.
Puis aussitôt, il fait voler la cigarette que Tyler s’apprêtait à allumer, ce qui le surprend. Tyler se lève d’un bond et je le comprends, la rapidité et la précision du geste d’Hayden alors qu’il le regardait à peine... Il ne l’a pas touchée, je suis scotché sur place. Si je tentais la même chose, j’arracherais avec certitude la bouche de la personne au passage.
— Hayd ! T’es sérieux, là ? s’insurge-t-il.
— Très ! Personne ne fume à l’intérieur ! Maintenant, c’est sur le balcon !
— Putain, mec, t’es tendu !
— Hors de question que Cassie subisse ça, tonne-t-il, intraitable.
— OK...
Tyler, vexé, commence à tourner les talons. Je sens d’ici la mauvaise ambiance, alors il est inconcevable de le cacher plus longtemps.
— Tyler, attends ! le retiens-je. Hayden, je crois que ce serait plus simple de leur annoncer finalement. Ils sont chez eux et je ne souhaite pas qu’ils pensent que la fumée me dérange alors que je m’incruste.
— Nous dire quoi ? s’enquiert Junior en fronçant les sourcils.
— T’es sûre que tu veux le faire maintenant ? m’interroge Hayden.
Je lui prends la main et hoche la tête puis il me sourit et m’embrasse. Tout le monde se lève. Avec difficulté, j’en fais de même.
— Alors ? s’impatiente Tyler, la cigarette coincée derrière son oreille.
Hayden passe son bras autour de ma taille et caresse mon ventre en les regardant. Leurs yeux se braquent sur sa main et leurs bouches s’ouvrent en grand.
— Putaiiiin ! Toi, tu vas être père ? La vache ! Merde alors !
— Merci, Ty, ça fait toujours plaisir.
— Avoue que c’est surprenant, mais je suis content, mon pote, félicitations à vous deux.
— Tu vas assurer, j’en suis sûr. Je n’en reviens pas, Hayd avec un môme.
Junior et Tyler se jettent sur lui et lui tapent dans le dos en lui ébouriffant les cheveux.
— Ouais, je vais avoir un fils, ça fait drôle de dire ça.
Je lève mes yeux au ciel.
— Oh, stop, arrête avec ça.
— Deal ? Si j’ai raison, on va vivre à Paris. Si j’ai tort, on ira à San Diego.
Surprise, j’arque un sourcil.
— Deal ! Mais après sa naissance. Je tiens à terminer mon année scolaire à Stanford.
— Et nous ? râlent les garçons.
— Vous viendrez nous voir, mais on n’en est pas là. Le temps qu’on trouve une baraque dans le coin avant sa naissance, je vais continuer de vous pourrir la vie ici, vous inquiétez pas. Donc je crois qu’il est temps maintenant de parler des nouvelles règles ! s’exclame Hayden en se frottant les mains.
Junior se sert un mojito et rajoute une grosse dose de rhum dedans.
— Je suis prêt ! Allez... Écoutons attentivement papa Calaann ! Cassie, je te plains, tu ne peux même pas te noyer dans l’alcool pour faire passer les conneries qu’il s’apprête à sortir.
Mon Dieu, oui, je sens que nous ne sommes pas couchés... Je reprends un verre d’eau alors qu’Hayden se place devant nous et, tel le leader qu’il est, il a déjà l’attention de tout le monde. Sauf la mienne. Je ne voudrais pas qu’il aille trop loin et chamboule trop la vie de la colocation pour moi.
— Je peux ajouter un mot avant que tu te lances dans le remaniement ? lui demandé-je.
— Nan. Tu diras ce que t’as à dire à la fin.
— Tu plaisantes ? l’interrogé-je, un ton au-dessus.
Il hausse les épaules.
— Je suis très sérieux, là.
C’est vrai qu’il l’est, trop même.
— Hayden, je veux parler avant !
Ma voix ferme le fait capituler.
— OK. Exprime-toi.
— Coin-coin, Calaann, se moque Junior comme un gamin.
— La ferme, toi ! Vas-y, chaton, je t’écoute, mais fais vite.
— Merci. Je ne souhaite pas que tu bouscules leurs habitudes pour moi. Donc j’espère que tu resteras gentil ?... S’il te plaît ?
Il n’affiche aucune expression, toutefois, il me toise de haut.
— D’autres questions ?
Pfff. Bon sang qu’il m’intimide quand il est comme ça, j’ai l’impression de revenir quelques mois en arrière.
— Non..., réponds-je, blasée.
— Bien ! Règle numéro 1 : il va de soi qu’on ne se trimbale plus à poil.
L’eau dans ma bouche que je m’apprêtais à avaler ressort d’une traite. Rien que de savoir qu’ils se promènent nus dans cet appartement me fait penser qu’Hayden aurait pu l’être le premier jour où je suis venue. Déjà que je ne savais plus où me mettre devant son torse nu alors sans rien, je n’imagine même pas quelle aurait pu être ma réaction.
— Pardon.
J’attrape l’essuie-tout et nettoie ma connerie sous le regard désespéré de mon homme.
— Et donc, reprend-il en soupirant, je rajoute que le port d’un tee-shirt devient désormais obligatoire, ça évitera qu’il y en ait une qui bave comme un crapaud.
Je pense que la teinte de mon visage a dû virer au cramoisi.
— Règle numéro 2 : en ce qui concerne les nanas... À partir de maintenant, tout ce qui est sexuel, c’est dans votre piaule !
Tyler l’interrompt.
— Moi perso, j’ai jamais fait ça dans le salon, enfin pas ici du moins. Et j’ajoute que le string que Cassie a aperçu sous le meuble d’entrée l’autre jour a atterri là, je ne sais comment puisqu’avec Pamela, on l’a fait dans celle d’Aaron.
Hayden grimace en se pinçant l’arête du nez et Junior intervient.
— Pareil avec Lilia, toujours dans ma chambre.
Pas nous... Du coup, je ne sais plus où me mettre. Hayden les observe, stupéfait, ce qui ne leur échappe pas.
— Oh, attendez, vous deux, vous..., s’étonne Tyler en se redressant du canapé.
— Règle numéro 3..., reprend Hayden en l’ignorant.
— Putain, vous l’avez déjà fait sur ce canap’, c’est ça ? Ou sur l’autre ?
— Règle numéro 3...
— Dans la cuisine ? le coupe Tyler.
— Règle numéro 3...
— Hayd, oh ! s’écrie Tyler pour le faire cesser. Vous avez fait ça ici, oui ou merde ?
— Merde ! Règle numéro 3...
— Bon, Cassie, interviens !
Tu veux que je te dise quoi, Tyler ? Oui, on a baisé partout comme des lapins ? Il est mignon, lui !
— Bah...
Hayden me coupe la parole.
— Oui ! Oui ! Oui ! On l’a déjà fait ici. Là. Là-bas, sur le plan de travail. Là-bas aussi, ton tabouret même, le fauteuil...
— Hayden ! aboyé-je en lui faisant les gros yeux.
— Ouais, ben excuse, chaton, mais ils m’auraient pas lâché de toute façon.
— OK, alors on arrête les frais ! m’agacé-je. Vivez comme vous l’entendez et cessez de dire oui à tout ce qu’il vous demande.
— Ça nous dérange pas, on veut juste que tu te sentes comme chez toi ici.
— Merci, Junior, c’est hyper gentil de votre part et cela me va droit au cœur, mais je ne me sentirai pas plus chez moi si votre quotidien n’est plus le même. Pire, ça va créer un malaise à un moment ou un autre. Je suis très bien ici comme ça. Je m’adapte, point. Hayden, tu comprends aussi ?
Un silence de mort s’installe. Junior se ressert un rhum et Tyler lui tend son verre. De son côté, Hayden soupire un grand coup avant de me répondre.
— Ouais... Pardon, je veux juste le meilleur pour toi.
— J’ai conscience que ça partait d’une bonne intention, énoncé-je avec calme, et au pire, j’ai une langue. Si quelque chose me dérange, je vous le dirai.
— Ça n’empêche que désormais tout le monde fume dehors.
Les gars acquiescent.
— Autre chose, bébé ! poursuit Hayden, songeur. Pour la règle... je crois que c’était la onze...
— Onze ? m’insurgé-je. Mais tu en avais combien ?
— Un paquet. Donc j’avais fait ça et je pense que vu l’incident de tout à l’heure, tu vas en avoir besoin.
Je saisis la feuille qu’il me donne et me retiens d’exploser de rire pour épargner mes côtes. Je me répète, mais ce mec est un grand malade ou un génie, je ne sais pas. Il a dessiné un sens interdit et en dessous écrit : « STOP ! Nana super sexy sous la douche, merci de ne pas franchir cette porte si tu ne t’appelles pas Hayden Calaann. »
— Là, tu rêves, je ne le mettrai pas.
— J’en étais sûr, du coup... Laisse-moi deux secondes.
Il récupère du papier vierge et un feutre dans le tiroir du meuble télé, tire le capuchon avec ses dents, griffonne vite puis me tend son œuvre.
« Future maman sous la douche. Merci de patienter. »
— C’est juste pour éviter que tu sois dérangée et qu’eux sachent, déclare-t-il, penaud.
Face à cette charmante attention, je lui souris.
— D’accord, je prends celui-là. Mais...
Il fronce les sourcils.
— Tu leur en as fait un aussi ? Parce que si c’est moi qui entre alors qu’ils sont...
— OK, j’ai compris, on ira acheter un verrou demain, ce sera plus simple.
— Je pense, oui.
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