Révélations (Surf on love) (French Edition)

Lucie Mimi · Chapitre 37 sur 41

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Révélations (Surf on love) (French Edition)

Chapitre 37

 

 

Toute la nuit, j’ai ruminé. Hayden a raison. Ma vie est ici et ma famille, c’est aussi eux. Ma mère finira sûrement par se calmer. La grande question que je me pose maintenant suite à cette altercation, c’est : est-ce que je ferai une bonne mère ? Dans mon entourage, il n’y a pas beaucoup d’enfants. Le seul bébé que j’ai porté dans mes bras, c’est la petite Léa, la fille de Lorenzo. Je n’ai pas arrêté d’agacer Hayden toute la nuit avec ça. Lui, il est persuadé que je me débrouillerai très bien. Impossible de le croire, l’angoisse est si présente que je n’ai rien voulu entendre.

Alors, il a eu une idée. Il a appelé Amy, tôt ce matin, et lui a exposé mon problème. Avant qu’il ait eu le temps de lui demander, elle lui a de suite proposé qu’on garde Noah aujourd’hui, histoire de me rassurer. J’appréhende un peu, et le pauvre, il va jouer les cobayes. Hayden est parti le chercher et ils devraient arriver d’une minute à l’autre. Junior, Aaron et Tyler étant à la fac pour la journée, nous allons la passer tous les trois.

Je range le petit-déjeuner, quand la porte s’ouvre. Hayden entre péniblement, Noah est cramponné à sa jambe.

— Tu peux me lâcher, elle ne va pas te mordre !

De mon côté, je respire un bon coup et m’avance vers eux, les mains moites.

— Coucou, toi, dis-je à Noah en me penchant.

Le petit garçon avec ses cheveux blonds et ses grands yeux noisette, se cache un peu plus derrière Hayden. Je fais si peur que ça ? J’ai pourtant mis la dose d’anticernes pour dissimuler au maximum le bleu sur ma joue qui peine à partir et on ne voit plus rien.

— Allez, lâche-moi, Noah, et enlève ta veste, lui intime Hayden. T’inquiète, bébé, il n’est pas du genre timide. Dans cinq minutes, il va sauter sur les meubles.

Noah rit et finit par se détacher de mon homme. Hayden l’aide à ôter son vêtement. En fait, il me surprend, il se débrouille super bien, lui. Megan m’avait prévenue qu’avec les enfants, il était gaga, le voir faire en revanche, me fait bizarre. Je me jette à l’eau.

— Tu veux boire quelque chose ou manger un petit gâteau ?

Le blondinet évite mon regard et s’agrippe à nouveau au jean d’Hayden. Ne sachant pas quoi faire, il me vient en aide.

— Cassie va te servir un verre de lait, OK ?

Soudain, son visage s’illumine et un sourire se dessine sur ses lèvres. Je pivote pour me diriger vers la cuisine et j’entends Hayden lui parler tout bas.

— Va avec elle, je reviens... Allez, vas-y !... Sois sympa, quoi, y a pas plus gentille qu’elle.

Sans que je m’y attende, une petite main vient attraper la mienne. Tous mes muscles se tendent. Noah me suit jusqu’au frigo sans me quitter. Hayden part vers la salle de bains en me faisant un clin d’œil. Je me détends. Noah grimpe sur le tabouret et m’observe verser le lait dans un verre. Il ne se fait pas prier pour le boire d’une traite.

— Je peux en avoir d’autres, s’il te plaît ?

Il n’est déjà plus aussi timide qu’au début, comme quoi des fois, ça se joue à pas grand-chose.

— Oui, bien sûr.

Après avoir englouti le second et nettoyé ses moustaches, je lui propose un dessin animé. Sans hésitation, il accepte, bondit du tabouret et nous nous installons dans le canapé.

— Faut mettre Tchoupi ! s’exclame-t-il, joyeux.

Je zappe sur les quelques chaînes pour enfants, mais il n’y a pas ce qu’il désire, et quand je lui en suggère un autre, c’est un échec. Il n’en veut aucun.

— J’ai vu que tu avais apporté un sac, on peut jouer plutôt ?

— Non, j’ai pas envie et toi, t’es pas très gentille, se renfrogne-t-il en croisant ses bras.

Oh ! C’était trop bien parti pour être vrai.

— C’est pas de ma faute, Noah, s’il n’y a pas ce que tu souhaites.

— Tonton Hayden, il a « Tchoupi à l’école », lui.

Ah bon ?

— Eh bien, ce n’est pas mon cas, mais regarde les petits zèbres déguisés, à la télé, c’est mignon aussi.

Moi, je trouve en tout cas. Mais pas lui. Il a perdu son sourire et fronce les sourcils... OK... Je n’ai pas envie qu’il se mette à pleurer, et j’aimerais bien que celui qui est sous la douche depuis je ne sais combien de temps se dépêche de rappliquer.

— Donne-moi ton téléphone sinon, je sais faire, me demande-t-il.

Alléluia ! Ce bijou de haute technologie qui vous sauve la vie. La situation était si stressante que je n’y ai pas pensé. Zen, Cassie. Je lui tends, il trouve vite son bonheur, puis il se lève et va chercher son petit sac et en vide le contenu sur la table. Il semble plus s’intéresser à ses jouets qu’au dessin animé et je souris lorsqu’il fredonne le générique. Il est trop rigolo avec sa toute petite voix aiguë et au bout de trois fois qu’il le remet, je commence à connaître les paroles et me surprends à chanter avec lui.

— Oh putain, résonne la voix d’Hayden, cette musique devrait être interdite ! Il va me rendre dingue, ce môme. Comment il fait pour écouter et regarder le même épisode en boucle ? C’est barré, sans déconner !

Je me retourne vers lui, il se prend la tête entre les mains, puis vient s’asseoir avec nous.

— Hum ! Attention à ton langage devant lui, Hayden.

— Relax, il n’a pas entendu, il est à fond sur ses jouets.

Avec un peu de chance, oui, Noah est très concentré sur ses petites voitures qu’il frotte contre la table basse.

— Si, j’ai entendu, ça fait encore un dollar, tonton, énonce-t-il sans relever le nez.

Je me retiens de rire.

— Ah put... Mince ! Je te dis que toi, à force, tu vas pouvoir t’acheter une sacrée baraque avec mon fric.

— C’est quoi une baraque ? l’interroge Noah.

— Une maison, si tu préfères. Vous faites quoi ?

— On joue avec mes bonshommes.

Le garçonnet me donne un personnage en plastique vraiment pas joli, et lui, prend un petit chien à qui il fait faire des bonds sur la table.

— Attention, le chien va sauter sur Olivia. Bouuum, s’amuse-t-il.

Et il écrase la vieille bonne femme sous le rire d’Hayden.

Interloquée par ce que je viens d’entendre, je ne peux m’empêcher de le faire répéter.

— Comment tu l’as appelée ?

— Olivia. C’est tonton qui a choisi. T’as vu, elle est pas belle.

Pourquoi cela me surprend ? Hayden lève les mains en signe d’innocence lorsque je le regarde en soupirant.

— Tu es vraiment bête, toi.

— Je lui ai bien proposé Thérèse, mais il n’a pas voulu.

Pfff. Satisfait de lui, il passe en revue les jouets du fils d’Amy.

— Tiens, t’as qu’à prendre ce bonhomme pour jouer avec nous, tonton.

Hayden grimace devant le choix de Noah, ce qui me fait sourire.

— Pourquoi t’as pas une seule moto dans ton merdier ?

— J’ai oublié à la baraque.

— À la maison, Noah, le reprends-je. Il ne faut pas répéter les bêtises d’Hayden. 

Puis je me tourne vers lui et parle plus bas.

— Alors toi, bravo ! Il répète tout ce que tu dis ! Vraiment, fais attention.

Sauf qu’il n’en a rien à secouer de ce que je lui raconte et qu’il me fait son sourire charmeur tout en répondant au petit.

— Ne l’écoute pas. Cassie n’est pas drôle.

J’abandonne.

— Moi, je l’aime, ta chérie.

Oh, trop mignon. C’est dingue ce qu’il change vite d’avis. Il y a cinq minutes, j’avais l’impression d’être un monstre, car je n’avais pas son dessin animé favori. Mon cœur fond.

— Au pire, grogne Hayden, « tu l’aimes bien ». C’est comme ça qu’on dit.

Devant sa mine défaite, ça m’amuse.

— Ne sois pas jaloux.

— Je le suis pas.

— Oh si et c’est maladif chez toi. Fais gaffe, le raillé-je.

Hayden me regarde en soupirant, ce qui m’amuse un peu plus.

— C’est quoi « jaloux », tata ?

Tata ? Non, je ne suis pas ta tante, moi. Je ne pense pas mériter ce statut. Hayden ne semble pas surpris, et même content que Noah m’ait appelée comme ça.

— Être jaloux, c’est être comme tonton. Il ne veut pas partager parce qu’il m’aime très, très fort, tu comprends ? Et parce qu’il est un peu égoïste aussi. En fait, il a peur, il manque de confiance en lui, je crois.

J’appuie bien mes paroles avec un grand sourire, ce qui fait lever les yeux au ciel à mon homme.

— Oui, je comprends et c’est pas bien ! Maman dit toujours qu’il faut partager, donc tu dois le faire, Hayden.

— Alors là, mon pote, tu craques ! Partager, c’est pas valable pour tout. Et arrête de rire, chaton, y a rien de drôle.

— Pardon, monsieur grognon.

— Ha ha ha. Ton portable, il est où ?

— Dans ma poche, pourquoi ?

— Sors-le, je sens que tu vas recevoir un SMS, bébé.

Je m’exécute et le vois pianoter sur le sien en souriant et en se mordant la lèvre, puis quelques secondes plus tard, le mien vibre.

[Toi, t’as de la chance qu’il soit là et que tu

sois encore en vrac ! J’espère que tu vas guérir

vite, histoire que je me venge à ma façon]

[Tu veux dire que tu voudrais me faire

taire ? Ah oui pas de bol, il va falloir patienter...

ha, ha, ha]

[Ne fais pas trop la maline avec moi... Ta

mâchoire va très bien, je pourrais donc te

réduire au silence. PS : J’appelle Junior qu’il

ramène son cul pour garder le gosse et je

t’emmène prendre l’air, que tu vois à quel point

je suis possessif]

Une montée de température m’assaille, mais j’essaie de rester neutre et décide de jouer avec ses nerfs, après tout, il a titillé les miens pendant longtemps quand on s’est rencontrés.

[Il est encore sur le terrain à cette heure-ci,

je ne pense pas qu’il ait son téléphone sur lui,

donc. Oh, quel dommage ! Ha, ha, ha. Retiens-

toi. Tu peux le faire, Calaann. Sois fort !]

[Tu ne perds rien pour attendre. Crois-

moi...]

[Tu m’excuses, j’ai un repas à préparer]

[Oui, oui, vas-y. Pendant ce temps, je vais

aller faire un tour en bas, chez tes copines

Amber et Kelly. Je pense qu’elles seront

d’accord pour faire une balade avec moi]

Salaud.

— Ne franchis même pas cette porte !

Les mots sont sortis tous seuls de ma bouche. Alors que Noah ne prête aucune attention à notre petit manège, Hayden en profite pour reposer son portable et me narguer de vive voix.

— Pourquoi ? T’es jalouse ? Il est interdit de se promener ? Attention, c’est maladif, là, se moque-t-il.

— Pas du tout ! Juste qu’il y a la table à mettre donc j’ai besoin de toi. 

— OK, j’irai après alors.

Je l’emmène à l’écart et parle tout bas.

— Oui, bonne idée ! Si je peux te donner un conseil, retire les gros couteaux qui sont dans le tiroir de gauche de la cuisine. Un accident est si vite arrivé…

— J’ai plus envie d’aller me promener.

— Très bon choix !

Cassie : 1. Hayden : 0.

À l’heure du déjeuner, Noah a dévoré son assiette et semble avoir apprécié les brocolis que je lui ai servis avec la viande, contrairement à Hayden qui s’est contenté du poulet et de trois yaourts. Le repas fini, je bâille à m’en décrocher la mâchoire tout en faisant la vaisselle.

— Va te reposer un peu, je vais m’occuper de tout ça.

— Non, ça va aller, je ne peux pas le laisser, c’est pour moi qu’il est là.

— Et tu t’en sors super bien avec lui. C’était pas une question, chaton. Va dans la chambre, il ne repart que ce soir.

Hayden me prend l’assiette pleine de mousse des mains, je l’embrasse et m’éclipse.

Après m’être assoupie une bonne heure, je retourne dans le séjour et les trouve en train de dessiner. C’est pour cette raison que je n’ai entendu aucun bruit, donc. Noah, très concentré sur sa feuille, mord sa langue, Hayden pose son crayon et se lève lorsqu’il me voit.

— Je dois aller chercher Joyce, j’en ai pas pour très longtemps.

Oh… Bien qu’il m’ait prévenue tôt ce matin, j’avais oublié qu’elle rentrait chez elle aujourd’hui. Peu importe.

— OK. À tout de suite.

J’allume la télé et m’assieds sur le sofa.

— Sois sage avec Cassie, p’tit monstre.

— D’accord, ouiii.

Hayden prend deux casques et referme la porte derrière lui. Si seulement Joyce pouvait se retrouver le cul par terre... ou même avoir perdu ses clefs et loger chez une copine loin de Jasper Ridge… Noah, qui repose son feutre, me tire de mes sombres pensées, et vient s’installer contre moi en se frottant les yeux et en bâillant.

— C’est tonton qui t’a épuisé ?

— Oui. Quand tu étais dans ton dodo, on a beaucoup marché.

Mes sourcils se froncent.

— Vous avez été où ? l’interrogé-je, curieuse.

—  Au magasin. Devant, il y a un énorme castor en bois. Tonton, il a dit... euh... je sais plus trop... si, ça y est, c’est la biscotte du campus, un truc comme ça.

— La mascotte du campus, Noah. Vous êtes allés à la supérette, elle n’est pas très loin.

— On a acheté un gâteau au chocolat pour toi, une moto pour moi et une autre chose, mais j’ai pas le droit de dire, c’est un très gros secret et c’était plus loin ça. Très, très loin.

— Ah bon ? C’est gentil. Oui, ne dis rien si c’est un secret.

Pourtant, j’aimerais bien savoir et je pense que je pourrais facilement le faire craquer au vu de sa petite bouille de malin qui sourit... mais je vais prendre sur moi et attendre le retour d’Hayden pour voir ce qu’il en est. Lorsque je ferme à nouveau les paupières devant un reportage sur les animaux, Noah s’est endormi contre moi, alors je ne bouge pas et sombre dans le sommeil. La clef dans la serrure nous réveille. Le garçonnet est toujours contre moi lorsque Hayden entre.

— J’ai l’impression qu’il t’apprécie plus que bien.

Noah m’agrippe davantage le bras et frotte sa tête sur mon épaule, ce qui m’amuse devant la mine faussement dégoûtée d’Hayden.

— Oui, je me suis fait un nouveau copain, déclaré-je, enjouée.

— Elle est très, très, très jolie ! s’exclame Noah.

— Tu me l’as déjà dit, ça. Elle est surtout très, très, très à moi, sale môme.

— Je suis pas un sale môme ! s’offusque Noah en battant des jambes sur le canapé.

— Ouais, c’est vrai, excuse. T’es un sale gosse !

— Ton langage, Hayden, bon sang de bois ! interviens-je.

— Bon sang de bois ? se moque-t-il. C’est quoi cette expression à la con ? Tu peux pas dire bordel de merde comme tout le monde ?

Puis il éclate de rire. Dieu merci, Noah n’a pas relevé, mais tout de même. J’espère qu’il fera un effort. En fait, il n’a pas le choix, il va falloir qu’il travaille là-dessus avant la naissance de son enfant.

— Tu me sidères, je te jure, soupiré-je.

— Tu veux dire que je te casse les c... pieds ?

— Exactement.

— Tu devrais venir faire un tour avec moi, t’es trop tendue, Cassandra.

Mes yeux lui lancent des éclairs. Non. Des missiles.

— OK. J’arrête, Cassita.

Grrr.

— Hayden... Un jour, tu vas me faire péter un câble.

— Mais non. Tu m’aimes trop pour ça. Je te rappelle que t’as voulu me supporter, tu assumes maintenant. Je ne peux pas tout avoir. Être moche et pas chiant, avoue que ce serait emmerdant. Tu t’ennuierais, vois ça comme ça.

Contenir mon rire est un échec.

— Alors, sois moins beau et moins pénible. Une sorte de juste milieu.

— Impossible, désolé.

Il m’embrasse d’un baiser langoureux, et dépose un bisou sur mon nombril, ce qui n’échappe pas à Noah qui regarde la proéminence sous mon tee-shirt en fronçant les sourcils.

— T’as un bébé là-dedans ?

— Oui.

Avec ses petits doigts, il appuie plusieurs fois dessus, ce qui semble déplaire à celui qui, s’il le pouvait, enfermerait mon ventre dans une cage pour que personne n’y touche.

— Tranquille, Noah ! C’est fragile !

— Ça va, Hayden, je ne suis pas en sucre.

— J’ai pas envie que mon fils se retrouve avec une tête aplatie, c’est tout.

Je m’esclaffe, ce qui fait aussi rire aux éclats Noah qui me tend une figurine. Un soldat pour être précise.

— Tiens. Tu prends celui-là. Il est comme mon papa, c’est un militaire. Il fait quoi, ton papa à toi ?

Hayden, désolé, se couvre le visage.

— Noah..., murmure-t-il.

— C’est pas grave, interviens-je. Il est… Il était surfeur.

Le petit garçon me dévisage comme s’il avait saisi la portée de mes mots.

— Quand on parle comme ça et qu’on est triste, ça veut dire qu’il est dans les étoiles. Comme ma tata Nana.

Quoi de plus embarrassant ? Malgré son jeune âge, cet enfant a tout compris, et à l’évocation de Séléna, je n’ose pas regarder Hayden qui semble aussi mal à l’aise que moi tant sa jambe tremble. Mais contre toute attente...

— Oui, bonhomme, t’as tout capté. Son papa est dans les étoiles comme tata Nana.

Hayden me prend la main et me sourit pour me rassurer avant de me faire un clin d’œil. En retour, je lui rends son sourire et presse un peu plus ses doigts.

C’est réellement à ce moment-là que j’ai compris que ce même drame que nous avons vécu nous a soudés et que nous avons réussi à faire notre deuil à deux.

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