Révélations (Surf on love) (French Edition)
Chapitre 12
Hayden
Une éternité pour rentrer à Stanford. Voilà à quoi se résume le cauchemar de ma vie, pour avoir dû ramener le demi-frère de ma nana avec nous. Il a été malade comme un chien, cet abruti. Quatre arrêts interminables pour éviter qu’il ne gerbe dans la caisse de Cass. Soi-disant que je ne suis pas doux dans les virages, c’était si tentant quand je le voyais blanc comme une aspirine dans le rétro. Ça lui apprendra à avoir voulu faire un concours de bouffe à la fête foraine avant de partir. La seule chose qui me donne le sourire aujourd’hui, c’est elle, de l’avoir à nouveau près de moi et de la regarder dormir du coin de l’œil alors que je conduis. Elle est si mignonne avec sa peluche qu’elle serre dans ses bras. Enfin, le peu que je vois d’elle, parce qu’elle est cachée par cette licorne gigantesque que je lui ai gagnée pendant qu’Ethan s’enfilait hot-dog sur hot-dog.
Après avoir déposé tout ce petit monde, j’ai repris le cours de ma vie. Boxe, graff et quelques heures de cours à la fac, le strict minimum pour rester inscrit.
Quelques jours se sont écoulés comme ça, avec l’appart’ pour moi tout seul. Les gars étant toujours en Espagne, et Aaron à droite à gauche, j’ai savouré et pu en profiter avec Cass, des soirées tranquilles rien que nous deux. OK, pas si tranquilles que ça, disons agitées... sexuellement parlant. Pas mal de surfaces ont été testées, on a marqué notre territoire un peu partout.
Ça fait maintenant quarante-huit heures que nous ne nous sommes pas vus. Il a fallu qu’elle rattrape son retard comme je ne l’ai pas laissé bosser une seule fois lorsqu’elle était chez moi. Ça m’apprendra. Aujourd’hui, elle est inscrite à une sortie scolaire. Elle n’a pas voulu me dire où, je ne suis même pas censé savoir que c’est ce jour, mais on ne me la fait pas, tous les ans à cette période, il n’y a qu’une sortie découverte prévue pour les premières années et je connais l’endroit comme ma poche. Elle a absolument tenu à faire un deal, du coup, elle a perdu, mais elle n’en a pas encore conscience puisque je suis en route pour aller la retrouver. Si sûre d’elle, elle m’a dit que si je trouvais le jour et le lieu sans demander à quelqu’un, elle accepterait que je la rejoigne dans les douches communes du dortoir, comme ça, un jour, sans prévenir. Même si je sais qu’elle serait gagnante, il est hors de question que je perde et que je sois privé de sexe pour un mois. Elle serait perdante aussi et je ne voudrais pas mettre notre relation en péril. #çatarrangebienHayden.
Après avoir tendu mon badge aux deux nouveaux gardiens, je gare la caisse sur ma place de parking réservée devant l’immense entrée. Deux cars rouge et blanc de l’université sont stationnés sur le site.
Derrière son grand comptoir, la blonde de l’accueil dont je ne connais toujours pas le nom, me salue avec un large sourire.
— Bonjour, monsieur Calaann, vous venez récupérer les bilans de l’année ?
— Salut ! Non, mais si tu les as sous la main, je les prends.
Elle se lève et parcourt un dossier, puis me remet trois feuilles que je plie en huit, avant de les fourrer dans ma poche.
— Votre grand-mère est dans son bureau, mais elle a un rendez-vous dans dix minutes.
— Oula, nan, ne t’inquiète pas, je ne vais pas la déranger. Je veux juste savoir où se trouvent les étudiants.
— En extérieur. Je pense qu’ils doivent être dans le secteur de fin de production.
J’attrape un bonbon dans le bocal posé sur le comptoir et pars à la recherche de Cass.
Après avoir serré la main d’une quinzaine d’employés que j’ai croisés sur mon passage, je tombe enfin sur le groupe entassé devant les silos. Je me fonds dans la masse, à la recherche d’une tête châtain aux yeux verts. Tous sont captivés par la voix de mon père qui fait son monologue.
Je la repère vite de dos, j’ai reconnu son petit cul en premier, moulé dans ce jean rouge.
— Mais que se passe-t-il entre le moment où le pétrole est extrait de son gisement et celui où l’essence arrive dans votre voiture ?
Je m’avance jusqu’à elle lorsque mon père répond à sa propre question, en leur expliquant le pourquoi du comment et je lui chuchote à l’oreille :
— C’est chiant, nan ?
Se redressant d’un coup, son corps et ses muscles se détendent lorsque je l’enserre et lui fais un bisou sur sa joue dure et gonflée. Je tire doucement sur le bâtonnet qui sort de ses lèvres, et fourre sa sucette dans ma bouche.
— Qu’est-ce que tu fais là, Hayden ? s’étonne-t-elle tout bas.
— Pomme ? T’aurais pu prendre fraise ! C’est aussi un peu à moi tout ce qu’il y a autour de toi, lui réponds-je en désignant les environs. Je t’avais prévenue que je trouverais où tu serais. Encore gagné, dis donc !
Je lui adresse un sourire XXL, la sucette coincée entre mes dents.
— Il faut aussi que tu arrives à me surprendre lorsque je serai sous la douche et ça risque d’être compliqué, je me lave soit le matin, soit le soir. Sans oublier le gardien qui vadrouille, on ne sait jamais quand.
— T’inquiète pas pour moi, va, rétorqué-je en balayant ses propos d’un revers de la main.
Elle s’écarte de moi et reporte son attention sur mon père qui continue d’exposer sa science, alors je l’attire à nouveau dans mes bras. Sa gêne m’amuse.
— Ma prof nous regarde.
— M’en fous. Si ça t’intéresse vraiment, suis-moi et je te fais une visite perso. Tu pourras me poser toutes les questions que tu veux, je saurai y répondre.
— Oui, ça m’intéresse et non, je ne te suivrai pas. Je te connais par cœur, je sais très bien ce que tu as en tête ! C’est pour cette raison, Hayden, que je ne t’ai pas dit que je venais ici, je me doutais bien que tu aurais tout fait pour détourner mon attention. Je vais avoir un devoir à rendre sur cette journée qui va compter pour mon semestre.
— Encore perdu, Wilt ! Je désire juste te faire découvrir des endroits qu’il ne vous montrera pas. Je les connais par cœur, ses visites guidées. Alors, tu veux en voir et en savoir plus que les autres ou rester avec tout le monde et en apprendre qu’un quart ?
Après un petit temps d’hésitation, elle finit par rendre les armes.
— Je veux tout voir avec toi.
— Excellente réponse.
Mes mains sur ses épaules, je la fais pivoter quand sa prof nous tourne le dos. C’est l’occasion pour moi de me racheter pour l’avoir empêchée de bosser ces derniers temps.
— Avance en restant devant moi, personne ne remarquera rien.
— Je dois être revenue dans deux heures pour reprendre le bus avec les autres.
— Tu le seras.
Tout en la suivant, je peux constater qu’elle est tout enjouée, tant elle presse le pas en sautillant.
— Tu arrives toujours à me faire faire de ces trucs, c’est trop excitant.
— Je sais, mais doucement sur l’excitation, chaton. T’es là pour apprendre et avoir une bonne note pour ton devoir. T’as pas d’autres choix que de ramener un A.
— Promis.
Nous passons par les bureaux. Après avoir récupéré une feuille et un stylo dans celui de la comptable, je lui tends et ordonne d’écrire tout ce que je lui débiterai. Cassie s’exécute, un grand sourire sur les lèvres et me suit. Très vite, le papier se remplit et elle me demande de ralentir la cadence. Nous repassons par l’accueil et je lui donne un tas de paperasses sur le fonctionnement du site. Impressionnée par les lieux, ses prunelles pétillent de bonheur. J’adore la voir aussi enjouée.
En quittant la salle des machines, interdite au public, je l’ai entraînée dans celle des contrôles de la production, je crois que c’est ce qu’elle a préféré. Ses yeux se sont baladés sur la vingtaine d’écrans pendant une éternité.
Nous ressortons pour rejoindre les autres. Tout en m’assurant qu’elle a bien tout imprimé dans son petit crâne, je lui pose une série de questions.
— Combien de litres transformés chaque jour ?
— 10 millions !
— En quoi ?
— Essence, kérosène, fioul, lubrifiant...
— Qu’est-ce qu’il est indispensable d’avoir pour un opérateur qui bosse en extérieur ?
— De très bon sens, répond-elle du tac au tac.
— Développe.
— L’odorat pour repérer une éventuelle émanation de gaz... euh... l’ouïe pour entendre un bruit différent, le toucher pour sentir les vibrations provoquées par le passage anormal d’une fuite... dans une tuyauterie. Et la vue, aussi, pour détecter une déperdition.
— Pas mal. Et dernière question, des plus importantes. Qui est le plus beau des actionnaires de la boîte ?
— Hum... Monsieur Trivosky ! s’extasie-t-elle.
Pfff.
— Déjà, c’est Trivisky et ça ne fait qu’un mois qu’il est là. Tu mériterais d’avoir un C ! bougonné-je.
— Je ne suis pas sûre que cette question soit dans le devoir, mais puisque tu as besoin de l’entendre, c’est toi ! rétorque-t-elle en plaquant sa jolie bouche sur ma joue.
— Merci. Je me sens mieux.
Au final, je l’ai ramenée vers les autres dix minutes avant qu’ils ne montent dans le bus. Toute contente de montrer sa feuille à Ethan, je l’ai laissée et suis allé rendre une petite visite à mes potes au salon de tatouage, pour qu’ils me calent un rendez-vous pour demain.
***
Le cours d’art a à peine commencé que mon téléphone sonne en boucle. Crayon en main, je poursuis mon dessin, bien trop concentré pour décrocher, et décline les appels un par un sans regarder. Puis le bordel se met à vibrer, deux fois de suite lorsque je peaufine les détails. Plus que satisfait, je scrute mon œuvre dans tous les sens. Le rendu est terrible, forcément, le modèle que j’ai en tête est parfait, je n’ai pas eu besoin de photo pour le reproduire. Quand mon portable s’anime à nouveau, je finis par regarder qui est mon harceleur. Junior. Trois messages.
[T’es où ?]
[On te voit pas ?]
[Hayd, t’es garé où putain ???]
Merde ! On est mercredi ! Où je suis ? Bah, en cours et en retard pour aller les récupérer à l’aéroport, surtout parce que j’ai un peu zappé l’idée. Je rédige une réponse rapide.
[Sur le parking. Je cherche une place, mais
rien, commencez à avancer]
Puis je rassemble mes affaires et détale vers la sortie sans demander mon reste.
Une bonne heure plus tard, j’aperçois mes potes en train de fondre en plein soleil. Junior, un bras dans le plâtre et Ty, je suppose, en dessous de son chapeau horrible allongé sur un banc.
— Sérieux ? m’agresse Tyler en se levant. Autant de temps pour te garer ? Tu nous as zappés, comme d’habitude ! Et Aaron, il n’est pas avec toi ?
Junior, lui, agite son plâtre devant moi pour signifier son mécontentement. Il a une sale gueule, la moitié de son visage est recouvert de croûtes de sang. Ça me rappelle moi, il y a deux ans, quand je me suis vautré méchamment. J’avais réussi à me péter pas mal de trucs.
— Désolé. Nan, il comate à l’appart’, il s’est pris une mine monumentale à la fraternité. Comment tu t’es démerdé, toi ? le questionné-je en désignant son membre immobilisé pendant qu’on se rend à ma voiture.
— Ma bécane s’est bloquée en plein wheelie. Résultat : bras cassé. Et j’ai éclaté tout le côté de la moto, je suis vert !
— On te l’avait dit avec Hayd de mettre des renforts. Sinon, nous, on s’est pas mal déchiré le crâne. Tous les soirs, je crois, en fait. Par contre, j’ai pas chopé une seule meuf. Rien. Nada, rétorque Tyler qui pousse le chariot de valises.
Je l’arrête, dégage leurs sacs, et aperçois le mien. Sauvé !
— Et moi, je t’avais prévenu que ce chapeau allait nous apporter des emmerdes. C’est de ta faute si je me suis vautré, si ça se trouve.
— Junior a raison, interviens-je en ouvrant le coffre. Il est maudit, ton bordel. Brûle-moi ça !
— OK, je le mettrai plus.
Soudain, une idée me vient. Si le machin peut porter la guigne à quelqu’un, autant en profiter.
— Tu le laisseras dans ma caisse, je l’offrirais à Thérèse pour Noël.
Fou rire général. Ils m’avaient manqué, ces cons.
— Parce que tu crois que Davis va à la plage ? Tu l’imagines en maillot de bain, toi ? m’interroge Junior qui semble avoir des haut-le-cœur.
— Non, j’espère pas pour ces pauvres familles qui n’ont rien demandé. Bon, sinon, j’ai vu que Squeezz21 avait gagné ? les questionné-je.
— Ouais, t’as loupé quelque chose, c’était dément !
— Je regrette pas d’être resté, maintenant, magnez-vous, j’ai rendez-vous avec Damon dans une heure et je dois passer chercher Cass avant.
Junior prend place côté passager et Tyler à l’arrière.
Silence écrasant dans la bagnole. Je m’allume une clope en m’engageant dans la circulation. J’aurais bien besoin d’un joint, je ne leur ai pas raconté qu’on s’était remis ensemble. Le malaise qui plane dans l’habitacle est pesant. Junior regarde par la vitre en serrant les dents et Ty, qui semble avoir remarqué ma jambe qui tremble, tente de détendre l’atmosphère.
— Nan, mais on est contents pour toi, vieux, si tout s’est arrangé..., temporise-t-il. Hein, Junior ?
— Hum... Je compte sur toi, Hayd, pour me faire un putain de dessin sur ce bras, parce que là, c’est fade, annonce-t-il pour changer de sujet.
Je sens que ça va être compliqué pour que la situation s’améliore entre eux, mais je sais qu’avec mon pote, c’est une question de temps.
— OK, tu me laisses carte blanche ?
— Nan, nan ! Je te connais, tu vas me faire une connerie comme l’an dernier. Je veux que tu me fasses un genre de graff avec le prénom de Lilia.
— Ouais, pas de soucis.
Mon regard croise celui de Tyler dans le rétro, il se retient de rire quand je lui fais un clin d’œil. Il m’a compris.
— J’insiste, Hayd. Je veux juste « un genre de graff avec le prénom de Lilia ».
— J’ai saisi, Junior ! Tu auras ça.
Et il aura exactement ce qu’il m’a demandé. Du moins, je projette de lui écrire, « un genre de graff avec le prénom de Lilia » sur son plâtre et non de lui en faire un.
Après les avoir déposés sur le campus, je me dirige vers la piaule de Cassie. Le gardien ne semble pas présent. Peu importe, je serais rentré quand même. La porte de sa chambre est fermée à clef, alors je frappe. Sa coloc’ finit par ouvrir.
Elle a un mouvement de recul lorsqu’elle me voit, je crois que j’en fais autant quand mes yeux se posent sur elle. C’est quoi cette dégaine ? Le temps s’est arrêté depuis des millénaires ici. Et elle pue la naphtaline en plus.
— Le dortoir des garçons, c’est l’autre bâtiment. Désolée, monsieur.
Robocop vient réellement de m’appeler monsieur et de me refermer la porte à la tronche ?
Je frappe à nouveau. Elle ouvre et je passe mon pied quand elle s’apprête à fermer.
— Attends... Je viens voir Cassie.
— Elle n’est pas là et c’est contre le règlement.
J’hésite entre éclater de rire ou lui expliquer comment je suis...
Sois gentil, elle a peur de toi.
— Et alors ? Je vais l’attendre... à moins que... Elle est sous la douche ?
Ce qui serait l’occasion pour moi de gagner pour de bon.
— Non. Son cours se termine dans dix minutes.
Dommage.
— OK, alors laisse-moi entrer. Je promets de ne pas te manger, me moqué-je.
Je lui fais mon plus beau sourire, mais elle ne rougit pas. Merde ! Ça ne marche plus, ce truc-là ? C’est depuis que je suis en couple ou quoi ? Elle me fait signe d’entrer puis va s’asseoir sur le fauteuil près de la fenêtre. Bordel, cette fille est plus froide qu’un congélo !
Et comment je suis censé faire la conversation, moi ? J’en ai aucune putain d’idée. Alors, je cherche la télécommande, en vain.
— On peut mettre la télé ? l’interrogé-je.
— Je ne suis pas contre, mais sais-tu que ça grille les neurones ?
Un ricanement m’échappe. Drôle de personnage.
— Tu déconnes ? Je me suis tant déchiré le crâne dans ma vie que c’est pas la télé qui va me faire plus de mal. Tu fais quoi, si tu la regardes jamais ?
— Je bouquine, j’adore ça, et toi ?
— J’ai une gueule à lire ? la raillé-je.
Elle hausse les épaules.
— Parfois, les apparences sont trompeuses.
C’est vrai. Elle attrape la télécommande sur le bord de la fenêtre, zappe et s’arrête sur... un documentaire à la con sur la culture des salades. Oh putain ! Puis elle s’installe sur son lit. Pour quelqu’un qui n’est pas branché télé, elle a l’air d’apprécier.
C’est à ça, que ressemble sa vie ? L’angoisse... Je tire le fauteuil et me jette dedans. Elle me regarde de travers.
— Pourquoi tu me mates ? J’ai horreur qu’une fille me reluque, je ne suis pas habitué. Baisse les yeux sinon tu vas me faire rougir, me moqué-je.
— Désolée. Je ne voulais pas te mettre mal à l’aise, c’est juste que je crois t’avoir déjà vu plusieurs fois devant le gymnase. Tu fais un sport ?
Idiote ! Puisque je m’emmerde, pourquoi ne pas me marrer un peu ? Je pose les coudes sur mes cuisses et entre dans son jeu.
— Ouais. Gymnastique.
— Oh, s’étonne-t-elle. C’est quoi, ta spécialité ? Même si j’ai ma petite idée...
Quelle nouille !
— Trampoline.
— C’est ce que je pensais.
— T’es trop forte, toi ! pouffé-je.
— Merci. Et tu as des animaux ?
Putain, c’est trop. Elle gobe tout, c’est pas possible d’être si naïve.
— Deux canaris, réponds-je.
— Ah, moi aussi ! Un mâle et une femelle de race Harz. Et toi ?
Eh merde ! On va vraiment partir sur une conversation de piaf ? Non, parce que là, j’arrive à saturation.
— Deux mâles. Et je crois qu’ils sont gays.
Elle a rougi d’un coup. M’étant assez amusé pour le moment, je décide de la laisser tranquille et sors mon téléphone pour regarder des vidéos de stunt.
— Tu es le premier ami de Cassie que je rencontre, revient-elle à la charge.
— Je ne suis pas son pote, rétorqué-je, sur la défensive, en me redressant.
J’y ai peut-être été un peu fort. Vu sa tronche qui blêmit, elle me prend pour quelqu’un qui lui veut du mal, alors je rectifie :
— Relax, je suis son mec.
Et là, en un rien de temps, son attitude change du tout au tout. La peur qui se lisait sur son visage se transforme en surprise puis en une autre expression étrange qui me rend soudain nerveux.
— D’accord. Et tu es tatoué sur tout le corps ?
— Non.
Pas la peine de lui retourner la question. C’est pas le genre.
— Ça te va plutôt bien, et les piercings ?
— Quoi, « les piercings » ?
— Tu as juste l’oreille et la lèvre ?
Elle souhaite savoir si j’ai le gland percé ou quoi ? Trop bizarre, cette meuf.
Peu sûre d’elle, elle se rapproche.
Qu’est-ce qu’elle me veut encore ?
— T’as choisi le journalisme ? lui demandé-je en lui lançant un regard torve.
— Non, pourquoi ?
— Parce que tu poses trop de questions !
Elle comble davantage le peu de distance qui nous sépare et j’aime moyen. Je ne sais pas ce qu’elle fait, si ce n’est qu’à la façon dont je l’observe, elle baisse les yeux, mais continue quand même de me coller. Normalement, elle devrait partir en courant.
— Tu veux quoi, Machin-chose ?
— Euh... Que tu… m’embrasses, bredouille-t-elle.
Heiiin ?
— Qu’est-ce qui te prend ? m’énervé-je. Recule !
Sans que j’aie le temps de faire quoi que ce soit, sa main tremblante s’est retrouvée sur ma braguette. Je la dégage vite fait par le poignet en me levant d’un bond.
— Ça va pas ou quoi ? aboyé-je.
Terrifiée, elle devient livide et tremble maintenant des pieds à la tête. Elle semble enfin avoir pris conscience de sa connerie.
— Pardon… s’étrangle-t-elle. Je croyais que...
— Que quoi ? la coupé-je d’un ton ferme, ce qui la fait sursauter. Retourne t’asseoir, cinglée !
Paniquée, elle se fout en boule par terre devant la fenêtre, les yeux rivés sur le sol.
Il manquerait plus que Cassie soit rentrée au moment où Robocop avait sa main sur ma bite. Putain, ça me donne envie de gerber. C’est pas du tout le genre à la voir comme ça, alors c’est quoi son problème pour qu’elle ait adopté un tel comportement ?
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