Révélations (Surf on love) (French Edition)

Lucie Mimi · Chapitre 39 sur 41

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Révélations (Surf on love) (French Edition)

Chapitre 39

 

 

Quatre mois plus tard

 

Au final, nous avons craqué à la dernière minute pour une autre maison que celle de Miller, à Santa Clara, non loin de chez ses parents, à vingt minutes de Stanford. Cela fait quelques semaines maintenant que nous y habitons. Elle est parfaite et tout confort.

Nous terminons les cours dans quinze jours et comme convenu, nous ne projetons pas de rester ici. Un deal est un deal, ça se respecte. Nous déménagerons quand notre enfant aura quelques mois. En attendant, Hayden va travailler à la raffinerie pour son père et moi, je chercherai un petit boulot dans le coin avant de reprendre mes études ailleurs.

— T’es pas encore prête ?

Hayden, bombes de peinture en main, me regarde avec surprise flotter dans l’eau, depuis la terrasse.

— Le rendez-vous est dans une heure, nous avons le temps.

— OK, mais tu n’étais pas censée avancer sur la déco du mariage ? me rappelle-t-il.

— J’avance là, j’y réfléchissais justement.

— En faisant la baleine sur ton matelas ?

Bien qu’il ait prononcé ses paroles sur le ton de la plaisanterie, je lui envoie une grande giclée d’eau chlorée.

— Et toi ? Tu as terminé ?

Je sors du bassin en marchant comme un pingouin et il me tend une serviette.

— Ouais, ça claque ! Je suis trop content, j’espère que ça te plaira. 

— J’en suis sûre, réponds-je en déposant un baiser sur ses lèvres. Tu as graffé au milieu du mur comme on avait dit ?

— Oui, Cass, juste son prénom avec les couleurs qu’on a choisies, pas de mauvaise blague.

Je préfère assurer mes arrières pour la chambre de notre enfant. La dernière fois que j’ai laissé carte blanche à Hayden pour un seul pan de la nôtre, il a voulu faire un 360. J’aime beaucoup ses dessins, mais je n’aspire pas à me réveiller chaque matin avec un mal de tête en voyant du rouge et du noir partout sur mes murs, surtout que j’aime les teintes claires de cette maison.

Lorsque j’entre dans la chambre du bébé, je suis aux anges. Encore une fois, Hayden a super bien bossé.

— C’est magnifique. C’est doux, on a bien fait de choisir ces deux couleurs claires. Tu as eu le temps de monter le lit aussi.

— Ouais et puis j’ai pris ce nounours ce matin.

Un lapin blanc... Un de plus.

— OK... Nous allons le poser avec les quatre autres que tu as déjà achetés, mais il va falloir te calmer sinon il n’y aura plus de place.

— En fait, j’ai pensé qu’on pourrait les disposer sur sa commode, il paraît que c’est pas recommandé de mettre ça dans son lit... Me regarde pas comme ça, je l’ai lu quelque part, bougonne-t-il.

— Je t’aime tellement.

— Pas autant que moi, par contre, la poussette c’est un vrai merdier, je me suis coincé les doigts deux fois dedans. Il doit y avoir encore mon pouce qui traîne, si jamais tu le retrouves... 

— Je n’ai pas réussi non plus, grimacé-je en passant ma main sur le couffin, il va falloir qu’on s’entraîne, il nous reste moins d’un mois avant sa naissance.

— Relax, mon gros chaton, ça va le faire. En attendant, va te préparer, qu’on aille à ce rendez-vous, je tiens plus en place.

Tel un hippopotame, je me traîne jusqu’au dressing et enfile une robe. La chaleur est insupportable en ce moment, et mon ventre énorme ne me facilite pas les choses. Ma mère avait raison, je ne vois plus mes pieds. Entre nous, ça s’est arrangé grâce à Hayden qui lui a envoyé, sans que je le sache, une copie de l’échographie avec un mot pour lui annoncer le sexe du bébé ainsi que notre nouvelle adresse. Sept heures plus tard, elle était devant ma porte d’entrée en larmes. Elle aura mis un mois à s’y faire. Quatre longues semaines pendant lesquelles je n’ai eu de ses nouvelles que par Pitt, qui devait se cacher pour m’appeler, juste pour savoir si elle allait bien sans lui en donner à mon sujet. 

Hayden récupère mon dossier médical et nous sortons.

— Ce soir, t’as pas oublié que je suis pas là ? me questionne-t-il. Y a le dernier show de l’année sur le campus.

— Non, j’ai hâte d’y retourner.

— T’es sûre que tu ne veux pas rester à la maison ? me demande-t-il en fronçant les sourcils.

— Tu plaisantes, c’est peut-être la dernière fois que je vais pouvoir profiter d’une soirée tranquille avant de longues années. J’ai déjà prévenu Ethan, il passera me chercher.

Il grimace.

— Ah ouais, dans sa super nouvelle caisse toute moisie.

— Elle est très bien, sa voiture. Allons voir notre enfant.

***

— T’as vu ce couple avec ce type chauve aux grands pieds ? Si leur gosse a les siens, ça craint ! déplore-t-il en mettant la clef dans la serrure de notre maison.

Un calvaire, ce rendez-vous échographique. Comme chaque fois, il a râlé, impatient, car on a attendu « une plombe notre tour » selon lui. Et comme d’habitude, il était fou comme un lapin de découvrir sa future progéniture, mais en 3 D.

— N’importe quoi. Ce qui craint, c’est ta façon de penser, Hayden, j’espère que notre enfant ne tiendra pas de toi.

— Tu fais la gueule parce que le bébé est ma copie conforme, jubile-t-il en allant se servir un verre d’eau. La doc l’a vu aussi.

— On ne voit pas très bien sur leurs trucs. Moi, je ne trouve pas qu’il te ressemble.

Oui, je mens. Et fais preuve d’une grande mauvaise foi, cet enfant a l’air d’être son portrait craché.

***

Une heure plus tard, je profite de ce qu’Hayden est dans le garage à bricoler sur sa moto pour faire quelques longueurs dans la piscine, ce qui m’aide à atténuer les contractions qui se font de plus en plus ressentir ces derniers temps. D’après le médecin, ça travaille doucement. Je me laisse à penser au mariage, nous avons trouvé les couleurs, ce sera turquoise et blanc. Et on a envoyé les invitations, c’est tout. En bref, il reste un boulot monstre et comme nous ne nous marierons pas ici, c’est assez compliqué de tout gérer.

— J’y vais, moi ! me prévient Hayden en passant la tête par la baie vitrée.

Je sors de l’eau et l’embrasse.

— Fais attention à toi sur la route.

— Promis, bébé, pas plus qu’à fond devant chaque radar.

Heureusement que je sais qu’il plaisante en disant ça. Il s’est calmé là-dessus.

***

Il y a un monde fou sur le campus lorsque nous arrivons une heure trente après qu’Hayden a quitté la maison. Avec Ethan, on se fraye un chemin dans la foule à la recherche d’une place assise le long de l’allée, mais rien, c’est trop blindé. Il fulmine que nous ne puissions trouver un endroit où nous poser afin que je sois à l’aise.

— On peut se mettre plus haut, propose-t-il.

— Ne t’inquiète pas, je peux rester debout. De là-bas, on ne verra rien.

Il n’insiste pas et très vite, il retrouve son copain Julian parmi tout ce monde. Pour ma part, j’ai beau chercher le mien, je ne le vois pas. Ni lui ni sa moto. Pourtant ils sont tous présents et en place. Il est sûrement parti faire le plein d’essence, c’est Hayden après tout. Toujours tout à la dernière minute. Mais c’est lorsque j’aperçois Junior en remettre dans la sienne à l’aide d’un jerrican que je commence à me poser des questions et aller vers lui pour en savoir un peu plus.

— Salut ! Hayden n’est pas là ?

— Hey, toujours aussi grosse à ce que je vois, se moque-t-il avant de me faire un clin d’œil.

— Merci de me le faire remarquer chaque fois qu’on se croise, râlé-je.

— Je déconne. Et sinon, non, je ne l’ai pas encore aperçu, j’étais au resto avec Lilia juste avant, je suis arrivé il n’y a pas longtemps. Oh, Ty ! s’écrie-t-il soudain, t’as vu Hayd ?

Tyler se rapproche en fronçant les sourcils, avant d’enfiler sa protection dorsale puis son sweat.

— Nan, justement, il était censé être là y a deux heures, et il ne répond pas au téléphone, chose qui m’emmerde parce que j’avais besoin qu’il me règle un truc sur ma bécane.

Ni une ni deux, je dégaine le mien et tente de l’appeler. Sans succès aussi. J’en ai marre des frayeurs et avec Hayden, il y en a sans cesse. Sans crier gare, une violente douleur me plie en deux et m’arrache un cri. Ethan me soutient.

— Oh, Cassie, ça va ?

— Oui, mais il faut que je m’asseye.

Il m’emmène un peu plus loin et les étudiants me cèdent leur place quand ils me voient avec mon bide énorme. Seconde douleur, tout aussi foudroyante. Je respire à fond pour la faire passer, ce qui ne fonctionne qu’à moitié. Ethan, qui m’observe plus paniqué que jamais, est devenu tout blanc.

— Tu ne vas pas accoucher là, rassure-moi ?

— Non, ça m’arrive souvent ces derniers temps. C’est impressionnant, mais ça passe. Tu devrais t’asseoir, toi aussi, lui intimé-je.

Sauf qu’il ne m’écoute pas, et quand il me voit souffler à nouveau et me tordre, il part en courant en me laissant avec Julian. Une minute plus tard, Ethan revient avec Junior, Tyler et Aaron.

— Tout va bien, les rassuré-je, ne vous inquiétez pas.

— Va te poser à l’appartement, tu seras mieux ! m’ordonne Junior.

J’acquiesce.

Les garçons m’aident à me relever, mais quelque chose de bizarre se produit en moi. Oh bon sang !

— Attendez...

Je n’ai pas fait trois pas que je me retrouve inondée. Tyler, en panique, a les yeux qui sortent de leurs orbites.

— C’est quoi ça ?

— Je viens de perdre les eaux.

— Oh putain, c’est grave la merde, là !

Merci, Aaron, c’est rassurant...

— OK, on se calme ! rétorque Junior en m’emmenant vers le parking. On va à l’hôpital.

Je secoue la tête et arrête d’avancer.

— Pas sans Hayden ! tonné-je en réprimant à nouveau la douleur.

— Cassie, t’as pas trop le choix, là, me répond Junior.

— J’ai la trouille que...

— Ça va aller. Pars avec Ethan ! On va retourner la ville pour trouver Hayd et te le ramener à l’hosto le plus rapidement possible.

Je suis perdue, chamboulée, et dans la peur qu’il lui soit arrivé quelque chose de mauvais. Ma vision se trouble et les larmes se mettent à couler. Je les essuie vite.

— Hé, regarde-moi ! m’ordonne Junior sur un ton qui se veut serein. Ça va aller. OK ?

Machinalement, je hoche la tête, sans grande conviction, et suis mon demi-frère en subissant les contractions insupportables qui m’assaillent.

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