Révélations (Surf on love) (French Edition)

Lucie Mimi · Chapitre 2 sur 41

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Révélations (Surf on love) (French Edition)

Chapitre 2

 

 

Trois jours que je n’ai pas quitté ma chambre. Autant de temps passé à pleurer sur mon sort. Je n’ai pas revu Joyce depuis la soirée, elle n’est pas rentrée et c’est tant mieux. Il y a seulement Ethan qui m’apporte les cours en fin de journée et qui écoute mes plaintes, impuissant.

Il a bien essayé de me sortir, mais j’ai toujours refusé, n’ayant pas l’envie de tous les croiser. Je ne veux plus rien avoir à faire avec eux, de près comme de loin. Je les ai tous blacklistés de mon téléphone au cas où et vu leurs réactions à la fraternité, je pense que c’est réciproque. Personne n’a apprécié que je m’en prenne à leur petite protégée.

Jesse est venu boire un café hier. Il m’a raconté comment cela s’était passé quand il est sorti de chez moi. Hayden l’aurait suivi jusque chez lui et contre toute attente, c’est Jesse qui a pris les devants, et qui lui a collé son poing dans la figure avant qu’il ne tente quoi que ce soit. Sans surprise, Hayden ne s’est pas laissé faire et l’a étalé par terre. Ensuite, Jesse lui a avoué la vérité, que nous n’avons rien fait et ils ont discuté. Je n’en sais pas plus et ce ne sont plus mes oignons.

Le pire dans toute cette histoire, c’est que je le crois quand il dit qu’il ne m’a pas trompée, je l’ai vu dans son regard. Mais ses sentiments pour elle, je ne peux rien y changer et ça me tue chaque jour un peu plus. « Tu n’aurais jamais dû t’accrocher ». Il ne sait pas à quel point ces mots ont été terribles pour moi. Me recroquevillant sur moi-même, je finis par m’endormir d’épuisement, non sans cauchemars. Mes songes d’océan ont laissé place au graffiti que j’ai vu sur le grand boulevard : cet homme tatoué qui écrase mon cœur dans sa main de toutes ses forces.

Un bruit strident et régulier agresse mes oreilles. La tête dans le brouillard, il me mène jusqu’à l’interphone. Il est treize heures et Ethan vient me chercher pour faire le tour des garages. Je me suis enfin décidée à acheter une voiture. Il est de bonne humeur et tout enjoué.

— Bonbons, pop-corn, alcools, tickets de bus et une bougie vanille pour toi ! s’exclame-t-il avec un grand sourire.

Je l’adore.

— Tu as fait des folies, ce n’est pas un peu trop ?

— Rien n’est de trop pour remonter la pente en bonne et due forme. On va passer la journée tous les deux, je ne te lâcherai pas jusqu’à ce que tu ailles mieux, même si cela implique que je loupe les cours moi aussi.

Je le serre dans mes bras pour le remercier et lui prends le sac des mains que je pose sur la table basse, récupérant les bonbons et les tickets de bus pendant qu’il range le mojito au frais.

— Tu as même acheté du chocolat ! Alors toi, tu es officiellement mon frère !

Il se met à rire. Je croque dans la tablette en premier.

— Je compte retourner en classe demain, lui avoué-je.

— Premier bon point ! Allez, va te faire une petite beauté.

Sur les conseils de mon mi-ami, mi-frère, je me prépare et avale mon cappuccino.

***

Au bout de trois garages, je finis enfin par me décider et trouve le bon véhicule. Un 4x4 Ford Raptor full black toutes options. Mon père rêvait d’en avoir un et il me reste assez d’argent sur mon compte pour que je puisse me l’offrir. Il est magnifique, je l’adore et ça a suffi à me redonner du baume au cœur. Plus besoin de marcher et surtout, il sera parfait pour mettre mes planches et mon matériel. Juste cette pensée me ramène à Hayden. S’il a tout détruit en moi, la seule chose positive que je dois reconnaître, c’est qu’il a réussi à me faire aimer le surf à nouveau et balayer mes cauchemars, du moins ceux de l’océan. S’il ne m’avait pas traînée dans la mer avec lui, j’en serais toujours au même point. Mon cœur se serre un peu plus et ma tête refuse de cogiter sur lui, pas aujourd’hui.

J’ai envie de mettre la musique à fond dans ma nouvelle voiture et de parcourir les boulevards de San Francisco. Et c’est ce que l’on fait avec Ethan en mangeant des bonbons. Après avoir vidé un demi-plein d’essence à visiter les environs, je tourne à l’angle d’une rue pour aller boire un verre. Je me ravise quand je vois une Dodge Charger stationnée devant le seul bar. Ethan se redresse sur son siège et baisse le son de la radio.

— Attends, tu fais quoi, là ? Il y en a plein des bagnoles comme ça. Tu deviens parano, Cassie.

— Tu as raison, c’est bête, soupiré-je.

Je me gare à côté, à l’unique place libre. Une fois descendue, pendant que j’attrape mon sac à l’arrière, Ethan plaque ses mains de chaque côté de ses yeux pour regarder au travers de la vitre de la sportive noire.

— Tu vois, ce n’est pas la sienne. Il y a un siège enfant dedans.

Mon cœur fait un bond dans ma cage thoracique. À mon tour, je jette un œil. Un rehausseur et des bombes de peinture par terre. Je scrute à travers la vitrine du café et il ne me faut pas longtemps pour apercevoir Hayden assis en face d’un petit garçon de quatre ou cinq ans. Les larmes jaillissent toutes seules.

Une poignée de secondes plus tard, Hayden sort avec l’enfant. Nos regards se croisent, je m’apprête à tourner les talons.

— Cassie, attends ! m’appelle-t-il.

— Pourquoi tu me l’as jamais dit ?

Je pleure de plus belle et ma voix est à peine audible. Hayden, vêtue d’un jogging et tee-shirt blanc, se rapproche.

— C’est pas mon fils. C’est bien Noah, mais c’est pas le mien. Si tu m’avais laissé le temps de m’expliquer...

Il est interrompu par la voix d’un homme en uniforme militaire qui s’amène vers lui.

— Hayd ! Désolé, vieux, je suis en retard.

Le petit garçon accourt vers le type d’une trentaine d’années en s’écriant « papa ». Un instant, je suis soulagée. Malheureusement, cela ne change rien.

Hayden le salue. Le regard méchant associé au signe de tête en direction du bar qu’il lui fait n’en faut pas plus à l’homme pour prendre son fils dans ses bras et retourner dans le café.

— Est-ce qu’on peut discuter, que je te raconte tout ? me demande-t-il, neutre.

Soudain, Ethan vient se placer entre nous deux et s’adresse à Hayden.

— Elle n’a pas envie, laisse-la tranquille maintenant, tu as fait assez de dégâts comme ça.

Surprise par son courage, je ne bronche pas.

— Ferme-la, toi ! T’as pas ton mot à dire ! s’agace Hayden.

Ethan se rapproche un peu plus de lui en soutenant son regard. Je ne l’ai jamais vu comme ça.

— C’est à cause de toi si elle est dans cet état-là. Ce n’est pas toi qui l’aides à s’en sortir depuis des jours.

Il a raison.

— Ethan, s’énerve Hayden en frottant son visage, j’ai pas envie de te casser la gueule, alors barre-toi de mon chemin !

— Qui te dit que ce n’est pas moi qui vais te mettre à l’amende ?

Ethan le pousse, ce qui fait reculer Hayden. Je ne pensais pas que mon ami avait une telle force. J’ai peur pour lui, mais je suis contente qu’il ne se démonte pas. À force de le pousser à bout lui aussi, je sens qu’Ethan est vraiment prêt à exploser. Et puis il faut dire qu’il n’a pas beaucoup dormi ces derniers temps par ma faute, nous sommes restés des heures au téléphone, parfois jusque tard dans la nuit.

Hayden renifle un coup sec en faisant craquer ses doigts. Mon cœur palpite.

— Casse-toi, Ducon ! Je te jure que je me retiens pour elle parce qu’elle m’en voudra encore plus si je te défonce et putain, c’est pas l’envie qui m’en manque.

Les poings serrés, Hayden colle presque son front à celui d’Ethan en aspirant sa lèvre inférieure. Ne souhaitant pas qu’il réduise mon demi-frère en bouillie, je tire sur le tee-shirt d’Ethan pour qu’il recule. À mon grand dam, il ne cille pas.

— Ethan, ça suffit. Viens, on y va.

Sur mon ton suppliant, il soupire et remonte dans la voiture. Soulagée, j’expire un bon coup. Hayden s’approche de moi, plonge ses yeux avec intensité dans les miens et sans que je le vois venir, place ses mains sur mes joues. Mon cœur cogne plus fort. Elles me font toujours le même effet. Je suis tétanisée.

— Dis-moi que tu veux que je te laisse tranquille et je le ferai, mais je te jure que ça me démonte et que je n’en ai pas envie.

— C’est ce que je souhaite, réponds-je, déterminée.

Fière de mon courage, je me dégage de sa prise et remonte dans la voiture. Il tape du poing sur la vitre en jurant, je démarre et m’éloigne sans prendre la peine de le regarder.

Pendant tout le trajet, Ethan ne bronche pas. Ça tombe bien, je n’ai pas le cœur à parler. Je comprendrais parfaitement qu’il ne veuille pas poursuivre cette fin d’après-midi plus la soirée avec moi, je ne suis pas de très bonne compagnie en ce moment.

***

Déterminé à me chaperonner, Ethan a décidé de rester. Après avoir mangé une grosse pizza et maté le film qu’il avait prévu en nous goinfrant de gourmandises et en buvant avec modération, il s’est assoupi sur le fauteuil avant la fin.

Lorsque je coupe la télévision, il se réveille.

— Tu peux dormir ici si tu veux, lui proposé-je.

— Non, je vais rentrer sauf si tu ne te sens pas de passer la nuit seule, je peux prendre le canapé.

— Ça va aller, ne t’inquiète pas.

Il m’embrasse la joue, puis je referme la porte derrière lui et range tout notre bazar.

Alors que je suis en plein ménage, Joyce fait irruption dans l’appartement. Je ne lève pas les yeux de la table basse que je frotte avec une lingette nettoyante.

— Je viens juste récupérer des fringues !

Son ton est cinglant. N’attendant pas de réponse de ma part, elle poursuit son chemin jusqu’à sa chambre. Ça tombe bien, je n’ai pas envie de causer avec elle. J’ai fini de faire la vaisselle quand elle en ressort avec un sac.

— Au fait ! crache-t-elle en pointant un doigt vers moi. Il te reste deux nuits dans cet appart’, alors tu ferais bien de commencer à rassembler tes affaires.

L’assiette que je m’apprêtais à poser sur l’égouttoir m’échappe des mains.

— Quoi ? Pourquoi ? rétorqué-je, choquée.

— Privilège de troisième année, tu ne pensais tout de même pas que c’est moi qui partirais ?

Mes épaules s’affaissent.

— Je n’ai pas l’intention de quitter ce logement. Tout est complet, j’ai déjà eu beaucoup de mal à trouver un appartement en résidence.

— Pas mon problème. Je veux plus de toi ici. Junior et Tyler sont de mon avis aussi. Tu te démerdes !

Et elle claque la porte derrière elle. Bouche bée, je m’adosse à l’évier en jetant le torchon par terre puis frotte mon visage. Le cauchemar se poursuit.

Je reconnais que je n’ai pas été tendre à la soirée, sauf qu’ils l’ont tous bien mérité.

C’est vrai que vivre sous le même toit aurait été compliqué désormais. Pensant qu’elle était de plus en plus chez Sandro, j’étais persuadée que ce serait plus simple. Je pourrais me défendre étant donné que je donne un loyer, mais j’en ai franchement ras le bol de me battre envers et contre tous. Me voilà réduite à retrouver un logement en plein milieu de l’année scolaire. Rentrer à San Diego me traverse l’esprit, sauf que mon année est payée, je dois continuer, je n’aurai jamais assez d’argent pour changer d’université. Pas après avoir investi dans mon Raptor. J’en suis à penser à m’exiler, tout ça à cause d’un garçon. C’est du délire, je ne suis pas prête à renoncer à mes ambitions. Il me faut donc un nouveau lieu de vie, loin de lui, ce sera sans doute plus simple pour moi de passer à autre chose.

Il a évoqué le fait qu’il me laisserait tranquille… Comme tout le reste, j’en doute.

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