Révélations (Surf on love) (French Edition)

Lucie Mimi · Chapitre 1 sur 41

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Révélations (Surf on love) (French Edition)

Chapitre 1

 

 

Laissant l’air de la nuit me rafraîchir, je marche jusque chez moi. Il y en a pour une bonne heure à pied de la fraternité des Scott. Ce n’est pas grave, personne ne m’attend, je suis seule au monde. Et alcoolisée aussi. Je galère à caler mes escarpins dans mon sac, mais je me sens bizarrement bien, comme soulagée. Me félicitant même d’avoir accompli ma mission avec brio. Afficher le double jeu d’Hayden devant tous ses amis, c’est fait. Je vais pouvoir reprendre une vie normale d’étudiante en journalisme. Avec lui, c’était impossible et tout était voué à l’échec. Je le déteste du plus profond de mon âme de s’être joué de moi de cette façon. Et je me suis rendu compte que Joyce et les autres m’ont bien bernée aussi. Écœurant. Je m’arrête de marcher lorsqu’une berline bleue ralentit à ma hauteur.

— Tu vas où comme ça ? On peut te déposer ?

Je reconnais James, le quarterback de l’équipe de foot. Le mec mignon qui affiche une dentition ultra white parfaite. Je ne sais pas si je vois double, mais ils ont l’air nombreux à l’arrière du véhicule. Il me reste un minimum de lucidité.

— Ça ira, lui dis-je.

Dieu merci, il n’insiste pas, je reprends ma route et il repart. Il y a tout de même des personnes gentilles à Stanford. Rebelote deux minutes plus tard. Cette fois, c’est une grosse moto qui m’arrive de face et s’arrête à ma hauteur, m’obligeant à protéger mes yeux pour ne pas être aveuglée par le phare. Je ne vois rien jusqu’à ce que le moteur se coupe, que l’homme enlève son casque et passe la main dans ses cheveux bruns.

Le vendeur de la boutique Dust Rider de Santa Clara.

— Jesse ? Qu’est-ce que tu fais sur le campus ?

— J’ai ramené un pote qui a un peu abusé ce soir, tu vas bien ?

— Je crois, oui.

Peu convaincu, il fronce les sourcils.

— Ça n’a pas l’air. Tu vas où, toute seule dans la nuit ? Et où est Hayden ?

— Ce n’est plus mon souci, déclaré-je en tanguant.

Jesse se rapproche de moi et me propose une cigarette que je prends, avant de s’en allumer une.

— Laisse-moi deviner, il a encore merdé ?

À l’intonation de sa voix, c’est plus une affirmation qu’une question.

— Tu le connais bien, on dirait ?

— Pas depuis très longtemps. J’ai emménagé il y a quelques mois seulement à Santa Clara, je viens de Floride. Tout ce que je sais, c’est qu’il n’est pas sérieux avec les gonzesses, rétorque-t-il en grimaçant.

Je soupire et m’assieds sur le bord du trottoir. Il prend place à mes côtés.

— À qui le dis-tu... Tu as déjà entendu parler de Séléna ?

— Non, c’est qui ?

Ma poitrine va exploser, j’aurais dû me taire.

— Sa petite amie, lâché-je, le cœur serré. Il m’a laissé croire que j’étais sa seule relation sérieuse alors qu’il est en couple.

— Pas cool en effet, mais tu ne devrais pas te mettre dans des états pareils. Te saouler et rentrer solo, ça craint, surtout pieds nus.

Il m’assène un coup d’épaule accompagné d’un sourire. Et je dois reconnaître qu’il est assez craquant. Je secoue la tête.

— Ce soir, à vrai dire, je m’en fiche.

Gentleman, il se relève, quitte son blouson et me le tend.

— Enfile ça, je te ramène chez toi.

— Ça va aller, je ne suis plus très loin.

— Hors de question que je te laisse seule ici et dans cet état. Allez, debout, Cassie.

Tant bien que mal, je me remets sur mes jambes.

— Je ne te connais pas, qui me dit que ce n’est pas toi qui vas...

— Monte, s’il te plaît, je veux juste te déposer chez toi pour m’assurer que tu es en sécurité.

Sa voix est sérieuse et sans arrière-pensée, je sens que je peux lui faire confiance, alors je passe son blouson et après m’être chaussée avec difficulté, j’enfourche la moto derrière lui. En robe et surtout en escarpins, c’est compliqué, mais j’arrive à caler mes pieds avant d’enserrer sa taille. Cinq minutes top chrono, et nous sommes devant ma résidence. Je lui rends son casque et sa veste.

— Garde-la, je la récupérerai plus tard, tu es congelée.

— Merci pour tout.

— Ce n’est rien.

Prise de je ne sais quoi, je l’arrête avant qu’il ne remonte sur son engin et me rapproche de lui, puis lui agrippe son pull et l’attire contre moi. Sans préambule, mes lèvres entrent en contact direct avec les siennes. Jesse entrouvre la bouche et j’y glisse ma langue.

— Attends..., me repousse-t-il, je ne peux pas te laisser faire ça, tu n’en as pas vraiment envie et moi non plus. Tu es juste en colère, en plus, tu as bu.

— Et alors ? Tu es sûr de toi ? Plus rien n’a d’importance maintenant. C’est terminé avec Hayden.

— Je... Je ne veux pas profiter de la situation, c’est tout.

— C’est moi qui me suis jetée sur toi. Monte, s’il te plaît, lui lancé-je en désignant mon bâtiment.

Nerveux, il se frotte les cheveux par des gestes secs.

— Ce n’est pas une bonne idée, Cassie.

Je ferme les yeux et secoue la tête, soudain dégoûtée de mon comportement.

— Désolée. Tu dois me trouver idiote et tu as raison. Bonne nuit, Jesse.

Honteuse, je presse le pas pour rentrer. Mais avant que je n’atteigne la porte du hall, il me rattrape, se met devant moi et prend ma tête dans ses mains.

— Je ne te trouve pas idiote..., déclare-t-il en plongeant ses iris marron dans les miens.

Il s’approche avec lenteur de mon visage et sa bouche vient s’aimanter à la mienne. Nos langues s’emmêlent et sans savoir pourquoi, je ne l’arrête pas. Il essuie les quelques larmes qui roulent sur mes joues quand je me détache de lui et je lui fais un sourire qu’il me rend.

— Tu es certain de ne pas vouloir entrer, juste pour boire un verre ?

Plus hésitant que tout à l’heure, il déglutit, et met un temps avant de répondre.

— Je t’appelle demain si tu veux ?

— OK.

Il a sans doute raison, je fais ça par pur esprit de vengeance, parce que je suis blessée au plus profond de mon être. Avec Hayden, on s’est toujours engueulés pour des conneries sauf que cette fois, c’est différent, il m’a trahie.

— Bonne nuit, Cassie.

Je lui fais un petit signe de main et m’engouffre dans la cage d’escalier quand j’entends la moto vrombir. Après avoir monté avec difficulté les trois étages, je me rends jusqu’à mon appartement. Les serrures devraient être plus larges, bon sang. Et l’éclairage du couloir qui s’éteint automatiquement toutes les deux minutes ne m’aide pas. Après plusieurs tentatives infructueuses, je finis par réussir à ouvrir sans parvenir à trouver l’interrupteur du salon. Je me prends les pieds dans le petit meuble de l’entrée et m’étale de tout mon long au sol en riant. Je suis si ridicule... Une lumière tamisée vient éclaircir la pièce en même temps. Je me relève et masse mes poignets en grimaçant. Le roi déchu est assis sur le canapé, les coudes sur les cuisses et se balance d’avant en arrière. Je dessoûle de manière instantanée. Il est gonflé de se pointer ici.

— Je t’en veux, tu sais pas à quel point je t’en veux de tout ce que tu as fait ce soir, commence-t-il.

Sa voix est anormalement calme. Tant mieux, je n’ai pas la force de me battre.

— C’est le monde à l’envers, m’écrié-je, énervée de le voir sur mon sofa.

La conversation étant terminée pour moi, je me dirige vers ma chambre. Hayden m’en empêche en bondissant sur ses pieds et en me tirant par le bras.

— C’est quoi cette veste ? s’agace-t-il soudain. C’est ça, la moto que j’ai entendue... Putain ! T’étais avec Jesse ? C’est à lui, ça !

— Et alors ? Il m’a gentiment ramenée.

— Et t’as fumé en plus ! crache-t-il, les narines dilatées.

Un mauvais rictus se forme sur mon visage. Comment ose-t-il me faire la morale, sans rire ?

— Rentre chez toi ! tonné-je.

— Hors de question ! Et tu vas m’écouter ! réplique-t-il, déterminé.

— Pour que tu me baratines encore une fois ? Non merci, ça ne prend plus.

— Je ne t’ai pas trompée, je te le jure !

— Arrête, tu t’enfonces. J’ai vu les messages de Séléna, pourquoi tu as laissé ton tee-shirt chez elle ?

Il fronce les sourcils avec incompréhension, ce qui fait grimper la colère un peu plus en moi.

— C’est pas…, hésite-t-il les yeux brillants, chez elle... Je lui ai réparé sa caisse...

— Oh, bah oui, bien sûr ! le coupé-je, moqueuse. Tu as fait de la mécanique. Salis ton haut. Du coup, tu l’as enlevé et tu es reparti torse nu ! Arrête de me prendre pour une conne, Hayden !

Face à moi, il fait les cent pas.

— Assieds-toi et écoute-moi pour une fois dans ta vie au moins, bordel de merde ! Je ne t’ai pas trompée une seule fois depuis qu’on est ensemble.

— Comment je peux te faire confiance, après tout, c’est ton truc de collectionner les naïves comme moi. J’ai tout vu, les photos chez toi, les SMS, ton soi-disant mal de dos alors que tu étais avec Séléna, tout, rétorqué-je, amère.

— Tu sais très bien comment tu m’as fait changer. Je te jure que Séléna, c’est du passé.

— D’accord. Admettons. Dans ce cas, sois sincère au moins pour une fois avec moi. Regarde-moi droit dans les yeux, Hayden, et dis-moi que tu ne ressens plus rien pour elle ?

Nous nous fixons.

— … Je... Je…, bégaye-t-il en finissant par baisser les yeux, gêné.

Mes lèvres tremblent et les sanglots refont surface. Je me décompose devant lui.

— Hayden ?

Ma voix est à peine audible. Il met un temps interminable à répondre, j’ai l’impression que mon corps va exploser.

—... Je suis désolé..., lâche-t-il, le visage grave.

— Sors d’ici ! hurlé-je, rageuse, et les joues trempées.

— Non ! Je t’avais prévenue que je ne pourrais pas tomber amoureux et que je te ferais du mal et toi, tu t’es accrochée, et...

— Ça va être de ma faute maintenant ! Quand tu disais ne pas tomber amoureux, j’ai tout imaginé, mais que tu en aimes une autre...

— C’est pas ce que j’ai voulu dire, Cass.

— Dégage !

— Je t’aime ! tente-t-il en faisant un pas vers moi.

Avec violence, je le repousse.

— Pas moi !

— C’est faux, je sais que c’est faux, s’écrie-t-il.

— Comment tu peux oser me balancer que tu m’aimes alors que tu as des sentiments pour une autre ? Ne me réponds même pas, je n’ai plus envie de t’écouter. Ça ne sert à rien. Pars de chez moi et ne reviens plus jamais ici, je ne veux plus te revoir.

Je deviens incontrôlable. Tout en le poussant à nouveau, je m’égosille en même temps que les pleurs tarissent mes joues.

— S’il te plaît, Cass.

— Va-t’en ! finis-je, la voix rauque et la gorge nouée. Tu m’as fait assez de mal comme ça.

— Pourquoi tu étais avec Jesse ? insiste-t-il.

— Je fais ce que je veux de ma vie. Si j’ai envie de coucher avec lui, ça ne regarde que moi.

En colère, je suis prête à tout pour le blesser autant qu’il m’a brisée. De son côté, il serre la mâchoire.

— Non, dis pas ça, je te le défends, putain !

— Tu n’as rien à m’interdire ! Il ne fallait pas jouer au con, c’est trop tard.

— Je peux pas me passer de toi, ça, tu me l’enlèveras pas de la tête et je sais que c’est réciproque.

— Plus maintenant. J’ai embrassé Jesse avec l’envie qu’il reste pour la nuit.

Silence. Il me fixe avec dépit. Son visage est un mélange de tristesse et de rage.

Puis, il plonge sa main dans la poche de son jean et jette une clef à mes pieds avant de partir et de claquer la porte avec fracas, faisant tomber le cadre du mur, qui se brise en morceaux. Comme mon cœur, qu’il a fait voler en éclats et piétiné. Université de merde, faux amis, mauvais garçon. Hormis Ethan, il n’y a plus aucun point positif ici pour moi. À cet instant, j’aimerais tout plaquer et rentrer.

Résister. J’aurais dû résister à la minute où je l’ai croisé. On m’avait prévenue, mais j’étais trop captivée par lui. Plus le goût à rien. Je suis bonne pour passer à autre chose. J’essuie mes yeux et les mains tremblantes, fais défiler mon répertoire. Je pourrais contacter Ethan sauf qu’il est tard et je n’ai pas envie de tout lui expliquer maintenant.

Après avoir trouvé l’unique personne que je souhaite voir ce soir, j’appuie sur la touche appel. Ça décroche au bout de la deuxième sonnerie.

— Cassie ?

—... Je... Je ne veux pas..., hoqueté-je, rester... seule... s’il te plaît...

— J’arrive, ma belle.

***

Le ciel étoilé a laissé place au soleil qui se lève entre le stade et la Silicon Valley. La vue du balcon est sublime à cette heure-ci. Je resserre le plaid sur moi et me redresse de mon transat en attrapant la tasse que Jesse me tend. Je grimace en buvant une gorgée.

— Tu n’aimes pas le café, c’est ça ? m’interroge-t-il.

— Non, pas vraiment, mais c’est gentil de ta part. Merci. Je suis désolée de t’avoir ennuyé toute la nuit avec mes histoires, je ne savais pas qui appeler.

— Ne t’inquiète pas. Je n’allais pas te laisser ruminer toute seule.

Je me lève et me penche légèrement par-dessus la rambarde en jaugeant la hauteur. Jesse s’approche de moi.

— Un problème ? me demande-t-il en plissant les paupières.

— Tu ne voudrais pas passer par le balcon des fois ?

Mes mots ridicules m’arrachent un sourire. Il se penche à son tour en grimaçant.

— Euh, c’est un peu haut, désolé.

— Je n’ai pas envie que tu croises mon voisin, déclaré-je, mal à l’aise.

— Ne t’inquiète pas pour moi. C’est lui qui a merdé, il n’est pas en mesure de me sauter dessus et puis, nous n’avons fait que discuter, toi et moi.

— Tu as raison. Tiens, n’oublie pas ton blouson.

Je descends en même temps que lui pour récupérer mon courrier de la veille. Jesse me fait un bisou sur la joue puis monte sur son engin.

Une autre moto se met en action un peu plus loin sur ma droite. Je tourne la tête sur Hayden, assis sur sa sportive qui m’observe, furieux. Épuisée, je ne suis pas prête à l’affronter de nouveau. Toujours à l’arrêt, il pourrait me tuer s’il avait des fusils à la place des yeux. Il passe son casque quand Jesse démarre à son tour. 

Non !

Le cœur battant, je demeure immobile sans savoir quoi faire. Hayden referme d’un coup sec sa visière et part à sa suite comme un cinglé.

Je reste un moment sur le parking à écouter le bruit des moteurs qui s’éloignent, jusqu’à s’estomper. Mon teint doit être livide, tant j’ai peur. Ça va mal finir, si jamais il leur arrive un malheur… Hayden gère, mais en colère et à l’allure où il est parti, ce n’est pas bon signe. Je m’en veux aussi d’avoir mis Jesse dans cette situation. La seule chose qui me rassure, c’est qu’il fait le poids face à Hayden si règlement de compte il devrait y avoir. Non, ça ne me rassure pas, ça va être un bain de sang.

Le pote d’Ethan qui vient garer son Dodge Ram à ma droite tombe à point nommé. Je l’arrête et le supplie de me prêter sa voiture. Il hésite.

— S’il te plaît, reviens-je à la charge pour la seconde fois, je te jure d’en prendre soin, je n’en ai pas pour longtemps.

Sans avoir besoin d’insister plus, il me remet les clefs.

— Une heure, grand max.

— Promis. Merci, merci, merci.

Je saute dans le véhicule et très vite, je sors du campus et m’engage sur la voie rapide.

Je ne sais même pas ce que je suis précisément en train de faire, ni où Jesse habite. Nous sommes dimanche, donc le magasin de moto est fermé. Je continue de rouler puis soudain, fais demi-tour en direction des grands boulevards. Je veux voir cette fresque qu’Hayden a peinte selon les dires de Davis.

La circulation est fluide ce matin, seules quelques personnes promènent leurs chiens dans les rues parallèles. Je regarde les murs des bâtiments, pas de graff ici. Poursuivant ma route, je parviens à hauteur d’un quartier qui semble plus jeune. Une boîte de nuit, un snooker, plein de bars et à travers les arbres dans un renfoncement, j’aperçois de la couleur. Je m’arrête sur le parking devant, descends de la voiture puis m’avance jusqu’à bien voir le mur.

Le dessin qui est apposé devant moi me fait hurler de rage. Les jambes ne me portant plus, je me laisse tomber à genoux en tapant avec hargne ma paume contre le bitume.

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