Révélations (Surf on love) (French Edition)

Lucie Mimi · Chapitre 22 sur 41

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Révélations (Surf on love) (French Edition)

Chapitre 22

 

 

Installée dans le canapé avec tout le monde par cette belle fin de soirée, je me laisse guider par mes pensées. Je rumine à essayer de savoir qui pourrait être le complice de Joyce qui vient de s’asseoir à côté de son père. Je n’ai aucune idée de ce dont elle est capable ni où cette histoire va nous mener.

— Au fait, papa, tu n’as pas oublié qu’on va à Paris la semaine prochaine ? demande-t-elle, toute mielleuse.

Bon vent ! J’aurai la paix.

— Non, je vous ai réservé deux chambres d’hôtel non loin des maisons de haute couture. Je vous laisse vous débrouiller pour les billets d’avion, mais ne tardez pas.

— Cool. Hayden est censé s’en être occupé.

C’est quoi ce bordel ? J’envoie un regard assassin à Hayden qui évite de croiser le mien, et ne peux m’empêcher de lui poser la question qui me brûle les lèvres.

— Tu vas à Paris ?

— Je t’expliquerai.

Je ravale la boule qui s’est formée dans ma gorge et qui ne cesse de s’accroître au fil de la discussion.

— J’ai tellement hâte de découvrir la capitale de la mode, s’enthousiasme-t-elle, ça va être super.

— C’est génial, Joyce, tu vas faire quoi là-bas ? s’intéresse ma mère.

— Je vais repérer pour trouver un boulot l’année prochaine.

— Tu es pleine d’ambition, c’est bien.

Elle sourit à ma mère, jette un œil à la pendule qui affiche dix-sept heures, puis sort une enveloppe de son sac à main qu’elle agite avant de la tendre à son frère.

— L’heure est venue. Joyeux Noël, frangin !

Je ne peux m’empêcher de lorgner, avec curiosité, par-dessus son épaule quand il l’ouvre. C’est une lettre portant le logo : « G.M. »

— La galerie Marciela ? s’étonne-t-il en fronçant les sourcils.

Comparé à moi, il connaît.

— Surpriiise ! s’exclame Joyce en frappant dans ses mains. Je me suis permis d’envoyer tes plus beaux dessins, ils ont adoré et ils veulent absolument te rencontrer. C’est canon, nan ?

Pincez-moi, elle n’a pas osé ?

— Waouh ! T’aurais pu m’en parler avant, quand même, rétorque-t-il, chamboulé.

— Ça n’aurait plus été une surprise. À nous la vie parisienne l’année prochaine, qui sait ? T’as toujours rêvé de faire carrière là-bas. Ce serait une sacrée opportunité pour toi.

— Ouais... ouais, c’est sûr.

— Alors, on va tout faire pour, Hayd. Tous les deux comme avant, annonce-t-elle en se rapprochant de lui.

Il se lève du canapé et s’aimante à sa jumelle pour la serrer fort dans ses bras. C’en est trop, je préfère m’éclipser en direction de la chambre d’un pas rapide.

— Cass, attends !

Il me court après et referme la porte de son antre derrière lui.

— Tu comptais m’en parler quand, Hayden ? Une fois dans l’avion ? l’interrogé-je, vexée en me laissant choir sur le lit.

Les mains sur les hanches, il reste debout face à moi.

— Je voulais le faire pendant le séjour, j’ai juste pas trouvé le bon moment. Pardon, OK, j’aurais dû te le dire plus tôt, mais j’avais encore rien décidé, elle s’est enflammée toute seule. J’ai pas pris les billets d’avion pour l’instant. Et vu ta réaction, la question ne se pose pas. J’irai pas.

— Pour que je passe pour la fille qui t’empêche de réaliser tes rêves ? Non merci, vas-y. J’aurais juste aimé que tu trouves le courage de me le dire, plutôt que de l’apprendre comme ça.

— Je sais, pardon, je suis qu’un abruti.

— Arrête de dire ça, râlé-je en soupirant. Tu désires vraiment faire carrière en France ?

Craignant sa réponse, mes doigts tremblent.

— Ça me plairait, ouais, mais j’en suis pas encore là, m’avoue-t-il en s’asseyant à mes côtés. À la base, je devais juste l’accompagner pour ses visites à la con, et pour ma défense, je voulais te proposer de venir avec nous.

— Je ne peux pas, les cours auront repris, je n’ai plus intérêt à louper. Mais, tu dois y aller, c’est une super opportunité pour toi.

Ça me déchire le cœur, cependant l’en priver serait trop égoïste de ma part et je n’aspire pas à briser ses ambitions.

— Tu m’en veux pas trop ? 

— Un peu... On avait dit plus de secrets.

Punaise, je suis mal placée pour lui balancer ça, mais moi, je n’ai pas le choix, si ?

Il prend mon visage en coupe et m’observe avec tristesse.

— Je sais, je sais, pardon.

— Combien de temps vous allez rester là-bas ? me renseigné-je.

— Trois mois.

Mes yeux s’écarquillent et je me raidis, mais le sourire qui s’étire sur ses lèvres me rassérène.

— Une semaine, bébé. Sept petits jours qui passeront vite.

— Ça va être dur sans toi.

— J’imagine le calvaire, ouais.

Pour une fois, il n’a pas le temps d’esquiver la tape sur l’épaule que je lui assène.

— Ça va être terrible sans toi aussi, bien sûr, chaton. On fera des FaceTime tous les jours, me rassure-t-il. Tu me raconteras tes cours chiants et moi, je te montrerai les plus beaux endroits.

— C’est dégueulasse de me faire ça, Calaann, bougonné-je.

On frappe à la porte.

— Entrez !

Joyce passe la tête dans l’embrasure. Grrr. 

— Cassie, prépare-toi ! On se fait une sortie entre filles, je t’attends en bas dans une heure.

Mon corps se crispe.

— Hein ? Non, je préfère rester là.

— Tu veux l’emmener où ? demande Hayden.

— Au Blue Moon, tu crois quoi ?

— C’est quoi ça, le « Blue Moon » ? m’informé-je.

— Le club le plus sélect’ du coin, me répond Joyce, enjouée.

— Un soi-disant bar branché à la con, reprend Hayden en soupirant, avec que des gros bourges de merde qui se la pètent. Ça, c’est le terme exact, Joyce !

— Ne fais pas ton rabat-joie ! Moi, j’adore cet endroit. Bon, tu la laisses sortir ou pas ?

— Elle fait ce qu’elle a envie, je te signale. Vas-y, bébé, je m’en fous si tu veux y aller, c’est l’occasion de vous retrouver toutes les deux.

Je vois bien que ça l’ennuie et qu’il essaie de ne pas le montrer.

— J’ai pas envie, énoncé-je.

— S’il te plaît, Cassie, ce sera génial. Hayden a raison, fais-le pour lui, il n’aime pas savoir que c’est tendu entre nous.

Saloperie !

— Là-dessus, elle n’a pas tort. Mais pas de bêtises. S’il y en a un qui t’approche, tu m’appelles et je viens lui péter les dents, je suis sérieux.

Non, je n’ai pas du tout envie d’y aller. Si seulement j’avais eu le courage de lui parler de toute cette histoire... Perdue dans mes pensées, je reviens sur terre lorsque Pitt entre à son tour.

— Hayden, ce soir, on se fait un tournoi de poker ? Ton père vient de me dire qu’il jouait aussi. Tu fais équipe avec lui et moi avec Ethan ?

— Ouais, pourquoi pas.

Joyce, ravie de la proposition de Pitt, tape dans ses mains.

— Cool ! Voilà qui est réglé. Vous êtes tous les deux occupés ce soir.

— Génial.

Ironie quand tu nous tiens... Ils ne semblent pas avoir remarqué mon mécontentement. Dommage. Je reprends.

— Nos mères pourraient venir avec nous ?

Je préfère assurer mes arrières, quitte même à emmener la vieille bique s’il le faut, ça ne peut pas être pire que de me retrouver seule avec Joyce.

— Je leur ai proposé, mais elles ont prévu une randonnée nocturne.

— Et Ely ? demandé-je à nouveau, pleine d’espoir.

— Chaton, là, c’est moi qui ne veux pas, intervient Hayden. Trop jeune et trop cinglée, elle ferait n’importe quoi.

Pire que la grande sœur ? Je ne crois pas, mais n’insiste pas.

***

Après avoir pris un bon bain chaud, j’enfile une robe noire et des bottes plates. Je choisis de laisser mes cheveux lâchés, j’aurai moins froid. Une touche de mascara et c’est tout, pas la peine d’en faire des caisses, je ne souhaite pas attirer les regards sur moi. Je pars rejoindre les autres dans le salon. Les hommes sont attablés, cartes en mains, avec chacun une coupe de champagne devant eux. Ils sont tous sérieux. N’ayant pas l’envie de les déranger, je tourne les talons.

— Tu es très belle, Cassie, déclare Ethan.

Hayden pivote rapidement, pose son jeu et vient vers moi.

— Non, elle est magnifique. Je suis déjà jaloux. Fais attention à toi, je plaisante pas.

Il fait tourner le bracelet à mon poignet et tapote l’endroit gravé « bad boy ».

— Promis, ne t’inquiète pas.

Je relève mon bras à hauteur de son visage et lui montre le « good girl ». Satisfait, il m’offre un clin d’œil.

— T’as ton portable ?

— Oui, à tout à l’heure, énoncé-je, dégoûtée de passer la soirée avec sa sœur.

Hayden, suspicieux, fronce les sourcils.

— Ça va, chaton ? me questionne-t-il.

— Cassie, me rappelle à l’ordre Joyce.

Je prends sur moi et adresse un faux sourire à Hayden.

— Oui, juste un peu fatiguée. Bonne soirée.

Un dernier bisou et il pose son téléphone sur la table avant de s’asseoir avec les autres. Joyce me fait pivoter et me pousse presque vers la sortie. Le trajet à pied se fait dans le silence.

***

Arrivées au club, nous prenons place sur une banquette. La musique lounge en fond est très agréable. Nous passons commande toutes les deux d’un cocktail. Après avoir fouillé dans son sac, elle part aux toilettes. J’inspecte les lieux du regard, pas trop ravie d’être ici. Hayden avait raison, ce bar réunit des gens très fortunés en vacances dans le coin. Des serveuses en bikini déambulent avec des jéroboams de champagne qui scintillent dans tous les sens. Et les tables sont occupées par des hommes d’âge mûr, Rolex en or ou en diamant aux poignets, accompagnés de jeunes filles à demi nues. Je ne me sens pour ainsi dire pas à ma place. L’une des barmaids dépose nos boissons, je saisis mon porte-monnaie pour régler la note quand Joyce revient.

— Range ton billet, c’est pour moi ! s’exclame-t-elle, joyeuse.

À la va-vite, elle attrape son portefeuille et tend, avec un geste sec du bras, son argent à la serveuse qui s’éclipse ensuite. Je m’empare de mon verre, elle en fait de même et, sans que je m’y attende, vient le choquer contre le mien avec force, assez pour que le liquide de nos contenants passe par-dessus bord pour s’échouer sur la table.

— Merde ! S’il vous plaît ? s’écrie-t-elle en se laissant tomber sur la banquette. Hey, oh ? On a besoin d’une éponge par ici !

Confuse et honteuse de son comportement, je me ratatine sur mon siège. Une employée rapplique vite avec ce qu’il faut pour nettoyer.

— Merci, dis-je, gênée.

Ce qui n’est pas le cas de Joyce qui se dandine les yeux fermés comme si elle était en transe en aspirant une grosse gorgée de son cocktail. Perplexe face à son attitude, je décide de la ramener sur terre lorsque nous sommes seules.

— Tu aurais pu être plus aimable avec elle, lui fais-je remarquer sur un ton neutre.

Elle ouvre les paupières, arrête de gesticuler et glisse jusqu’à se coller à moi pour me fixer avec des yeux… rouges et vitreux.

— J’en ai rien à foutre, ma petite.

Je soutiens son regard et déglutis. Puis sans que je ne comprenne pourquoi, elle se remet à bouger dans tous les sens, pas du tout en rythme avec la musique, comme si elle était seule au monde et possédée. Comme si… Tout s’éclaire.

— Tu as pris de la drogue ? m’insurgé-je. Tout à l’heure aux toilettes…

— Ça se voit tant que ça ? s’esclaffe-t-elle soudain en se tenant le ventre. Ça fait peu de temps, mais je dois dire que c’est dément.

Ma bouche s’ouvre en grand. Cette fille m’écœure, qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez elle ? Mais plus je la regarde, plus elle me fait de la peine en fait.

— Hayden est au courant ?

Ça m’étonnerait beaucoup qu’il la laisse se détruire alors qu’elle a des soucis de santé.

— Oula, non, non, non. Surtout pas. Et toi, tu ne vas rien lui balancer parce que tu sais que je te ferai la misère sinon, n’est-ce pas ? s’assure-t-elle avec un mauvais rictus. Je te rappelle le message : tu dois faire profil bas si tu souhaites pouvoir continuer à étudier à Stanford.

Je ravale la boule qui s’est formée dans ma gorge et me retiens de la gifler pour lui remettre les idées en place. Prise d’une envie pressante, je finis mon verre avant de m’éclipser. On ne sait jamais. Je n’ai plus confiance en elle, et je ne voudrais pas qu’elle y glisse quoi que ce soit dedans. Quand je ressors des toilettes, je découvre deux gars assis à côté de Joyce. C’est quoi ce délire...

— Elle est là ! Cassie, je te présente Chad et Andrew.

— Salut ! s’exclament-ils en chœur.

Je ne leur réponds pas. L’un d’eux, baraqué comme pas permis, embrasse Joyce. L’autre, mince, me regarde avec un sourire gêné. Tant mieux, nous sommes deux dans ce cas. Elle ne se contente pas que de la langue du gars dans sa bouche, non, elle se laisse aussi tripoter outrageusement à la vue de tous.

— Oh, Joyce, tu fais quoi, tu penses à Sandro ? l’interrogé-je avec colère.

— C’est terminé, nous deux, atterris, ça fait déjà quelque temps. Je te l’ai dit, j’ai un nouveau mec à la fac, mais Chad n’est pas jaloux. Hein, Chad ?

Est-ce que c’est son petit ami qui la fait partir en vrille ? Elle n’a jamais pris de drogue auparavant.

Le type semble s’en ficher royalement qu’elle soit en couple et remet sa langue dans sa bouche. Tout ça me dégoûte. Je vais me chercher un jus d’orange au bar et lorsque je reviens, elle est toujours collée à Chad. Andrew paraît de plus en plus mal à l’aise. Je m’assois assez loin de lui et compte les petits carrés de mosaïque qui recouvrent notre table, en attendant, avec impatience, qu’on rentre. Mais plus je la vois s’éclater toute seule, plus je prends conscience que je ne risque pas d’aller me coucher maintenant.

— Tu es en vacances dans le coin ? me demande Andrew.

— Oui, avec mon copain et nos familles, réponds-je sans le regarder.

Autant être claire dès le départ.

— Nous aussi. On est venus pour faire du snowboard.

— Cool.

— Ta pote m’a confié que tu étais célibataire ?

Ma tête a tourné bien trop vite en direction de Joyce.

C’est un enfer ! J’ai envie de lui arracher les yeux, si Hayden savait ça...

— Non, et ce n’est pas ma copine. C’est la sœur jumelle de mon copain.

— Ah OK ! Je suis en couple aussi, mais ma petite amie n’a pas voulu venir. Ne t’inquiète pas, contrairement à Chad, je suis fidèle, donc pas là pour draguer.

Voilà qui est rassurant.

— Tu es plus sérieux que lui, c’est bien.

Il me fait un grand sourire et ne parle plus en reportant son attention sur son smartphone. Je commence à me détendre. Joyce se détache enfin du type et fouille dans son sac à main à nouveau, c’est un cauchemar. Elle se met sur ses jambes, mais cette fois, me fait signe de me rapprocher d’Andrew, je refuse tout net. Elle s’assoit à côté de moi et me pousse contre lui en levant son téléphone en l’air, puis nous éblouit avec son flash.

— Selfie souvenir, cheeese !

Elle me fait un clin d’œil et je la dégage. Elle ne se fait pas prier pour retourner à côté de Chad. Pire, elle se met à califourchon sur lui et semble à nouveau seule au monde. Ça suffit, il faut que je parte avant que cela n’empire, j’attrape mon sac à main et la tire par le bras sans lui laisser le choix.

— On rentre maintenant, viens !

— Non, ma belle ! rétorque-t-elle en se dégageant de ma prise. Il est encore tôt, je n’en ai pas fini avec toi, c’est que le début. Et il manque quelqu’un. Lorenzo. Il ne devrait pas tarder, il doit juste déposer Léa à notre chalet et je te précise aussi qu’il va passer la nuit chez nous.

Fière d’elle, elle parcourt la salle du regard. Lasse et déterminée, je fouille dans mon sac pour prendre mon portable.

— Je ne plaisante pas, Joyce, je préviens Hayden pour qu’il vienne nous récupérer.

Mais j’ai beau chercher, je ne le trouve pas. Elle ramasse le sien sur la table, fait une manipulation et me le tend.

— Ouais, vas-y, appelle-le, il va être content de voir que tu t’amuses bien.

Mes sourcils se froncent et ma bouche s’ouvre en forme de « o ». Putain, c’est avec le mien qu’elle a pris la photo ! Je vais m’évanouir, ce n’est pas possible autrement, quand je vois l’écran s’allumer sur une conversation d’Hayden et moi avec le cliché en statut « envoyé », puis quelques secondes plus tard, « lu ».

— Espèce de garce ! craché-je en sortant de mes gonds. Pourquoi tu lui fais ça à lui ? Après tout ce qu’il fait pour toi, comment peux-tu oser ?

— C’est pour son bien. Un jour, mon frère me remerciera.

Sans sommation, je lui jette le contenu de mon verre en pleine figure et quitte le bar en appelant Hayden. Ça va être un carnage. Réponds, je t’en supplie. Je suis toute tremblante et les larmes menacent de couler. Transie de froid, je fais les cent pas dehors, je ne sais pas ce que je dois faire, ni si je retrouverai mon chemin. Je suis coincée ici. Il serait plus prudent de demander au barman qu’il m’aiguille si je ne veux pas mourir congelée.

— Cass ! hurle une voix rauque dans la nuit.

Trop tard.

— Hayden !

Je me précipite sur lui, mais il me contourne les poings serrés et marche d’un pas décidé vers l’entrée du Blue Moon. Retournant devant la porte, je me plaque contre celle-ci pour l’en dissuader.

— Pousse-toi ! m’ordonne-t-il, les narines dilatées.

Mais je n’en fais rien et agrippe sa veste de toutes mes forces.

— Non, et cette fois, tu m’écoutes, tonné-je.

J’essaye de capter son attention en plongeant mes yeux dans les siens.

— Ce n’est pas moi qui ai pris cette photo, je n’ai rien demandé. Ces mecs sont en couple, je ne me suis pas fait draguer ni rien, c’était juste un selfie et je ne voulais pas le faire. Ta sœur m’a prise par surprise.

Je reste accrochée à lui en espérant que sa colère retombe, même s’il lui en faut bien plus pour passer au-dessus. Son regard qui brûle de fureur s’éclaircit peu à peu. Et contre toute attente, ses épaules s’affaissent et il me serre dans ses bras. 

— Je te crois, bébé, j’ai confiance en toi et vu ta tête sur la photo, c’était pas une partie de plaisir.

— Merci, putain, soufflé-je, soulagée, j’ai eu trop peur que tu pètes un câble.

— Chut. Tout va bien.

— Je veux rentrer, s’il te plaît, l’imploré-je.

— Pas sans elle.

Aïe. Ça ne sent pas bon.

Hayden m’attrape la main et pousse la porte. D’un pas pressé, il se rend jusqu’à notre table, m’obligeant presque à courir derrière lui, tant j’ai des petites jambes. Sans préambule, il dégage le molosse de Joyce qui, surpris, ne fait rien. Puis il chope sa sœur par le bras.

— Oh ! Qu’est-ce qui t’arrive, Hayd ? s’étonne-t-elle.

— Soirée terminée ! On rentre ! Prends tes affaires ! tranche-t-il en la fusillant du regard.

Face au ton froid d’Hayden, Joyce redescend sur terre et se met péniblement debout. Elle ramasse son sac ainsi que sa veste. Puis Hayden se tourne vers moi, la respiration saccadée.

— T’es sûre qu’aucun de ces connards n’a essayé de te toucher ?

Apeuré, Andrew lève les mains en l’air.

— Je te jure, mec.

— Ferme-la ! Je te parle pas à toi.

— Non, je te le promets, on n’a fait que discuter.

Hayden se détend. Mais alors qu’il s’apprête à prendre Joyce par le coude pour qu’on s’en aille, Chad-l’armoire-à-glace la tire vers lui, le regard meurtrier.

Pas bon, pas bon, pas bon !

Mon cœur s’accélère, et je blêmis.

— Elle, elle reste avec moi ! Tu es qui, toi, grand con ? le questionne Chad, le visage mauvais.

Malheur !

Hayden fait craquer son cou et se frotte rapidement les joues. Mes jambes vont me lâcher, je le sens.

— Je suis celui qui va te faire regretter ce que tu viens de dire, connard ! Hayden et Chad se rapprochent l’un de l’autre. Puis Chad prend la parole en fixant Hayden droit dans les yeux.

— Ah oui ? Je te propose qu’on règle ça sur le parking. Je ne suis pas sûr que tu fasses le poids.

— Avec plaisir. T’es un homme mort !

— Non, non, Hayden, ne fais pas ça ! S’il te plaît...

Il se dégage de ma prise et sort du bar. Je me tourne vers Andrew. 

— Fais quelque chose, toi ! l’imploré-je, paniqué.

— Tu veux que je fasse quoi ? Mon pote fait du kick-boxing et il est complètement timbré ! Il adore se battre. Je n’ai pas envie de m’en prendre une.

Oh merde !

— Au moins, ils ont un point commun, s’esclaffe Joyce qui ne semble pas mesurer l’ampleur de la situation.

Je détale jusque dehors pour apercevoir Hayden, le visage en sang, s’acharner sur Chad. Tout en le suppliant à distance de cesser, je me laisse tomber dans la neige et ferme les yeux en plaquant mes paumes sur mes oreilles. Les coups pleuvent de tous les côtés et je sais que rien ne pourra les arrêter.

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