Révélations (Surf on love) (French Edition)
Chapitre 28
Hier, en allant me coucher, j’étais contente d’avoir reçu l’appel d’Hayden que j’attendais tant. Du peu qu’il a vu de Paris, il adore déjà bien qu’il soit « déphasé » depuis son arrivée en France à cause du décalage horaire.
Comme d’habitude, Ethan, qui ne me quitte pas d’une semelle, patiente en bas du dortoir. Je le laisse conduire ma voiture jusqu’à Jasper Ridge, et me mets à songer à Hayden. J’espère qu’il va réussir à arranger les choses avec sa sœur. Ethan regarde la route en clignant des yeux en même temps que les essuie-glaces balayent la pluie.
— Cassie, est-ce que tu es enceinte ? lâche-t-il soudain.
Après l’épisode du self de la veille, j’ai redouté ce moment toute la journée.
— Ne le dis à personne, s’il te plaît.
Quelque part, le fait qu’Ethan le sache me soulage, je vais pouvoir lui confier mes craintes.
— C’est trop dingue… Je ne te jugerais jamais, tu le sais, mais depuis combien de temps ?
— Depuis un bon mois, je pense, soupiré-je.
— Et tu vas le garder ?
— J’en ai envie, oui.
— Et Hayden ?
— Il n’est pas au courant, à vrai dire, garde ça pour toi, Ethan, et ne dis rien à ton père. À personne, tu m’entends ? Sinon je ne te le pardonnerai jamais.
— Je te le promets ! Je parle beaucoup, mais là-dessus, je serai une tombe.
— Merci, soufflé-je.
Il semble beaucoup plus nerveux que moi, ses mains, qui cramponnent le volant, tremblent.
— En fait, moi aussi, j’ai quelque chose à te confier d’assez délicat.
— Je t’écoute, énoncé-je en fronçant les sourcils.
— Je... Tu te souviens qu’à la rentrée, je t’avais raconté que j’avais une copine ?
— Oui et ?
— C’était faux. Je suis sincèrement désolé de t’avoir menti.
Ne sachant pas quoi en penser, je me raidis.
— D’accord... Mais pourquoi m’avoir fait croire ça ?
— J’ai quelqu’un d’autre... Julian... Il s’appelle Julian, s’empourpre-t-il. Voilà, tu connais la vérité, et je n’en reviens pas d’avoir eu le cran.
Face à cette révélation à laquelle je ne m’attendais pas, mes yeux s’écarquillent.
— Oh... Pourquoi tu ne m’en a pas informée plus tôt ? Je suis contente pour toi, Ethan, le rassuré-je en pressant sa main moite.
— J’avais peur de ta réaction. Et quand je l’ai avoué à Hayden, il m’a poussé à t’en parler, mais je n’arrivais pas à trouver le bon moment.
— Hayden est au courant ? répliqué-je, étonnée.
— Tu ne m’en veux pas trop ? s’enquiert-il avec crainte.
— Non, bien sûr que non. Tu es dingue. Je suis surprise, c’est tout. Et j’espère que tu me le présenteras.
— Hayden m’a surpris un soir avec Julian quand il est venu me demander où tu vivais. Il m’a bien aidé pour le coup. Il n’est pas si con que ça, ton mec, pourquoi tu as peur de lui annoncer que tu es enceinte ?
Je grimace en entrant dans l’ascenseur.
— Parce que c’est Hayden. Tout simplement. Il n’est pas facile à affronter.
— Oui, c’est vrai...
— Et il n’est pas le genre à vouloir fonder une famille, ajouté-je. Je lui ai affirmé il y a quelques jours que j’étais prête à renoncer à être mère. Mais depuis que j’ai appris ma grossesse, ça a tout changé en moi. Du coup, j’ai peur qu’il me quitte.
— Mais n’importe quoi. Je suis sûr qu’il va être content, me rassure-t-il en me frottant le dos.
Ethan est trop optimiste. Je coupe court à la conversation lorsque nous pénétrons chez les garçons. Aucun effort n’a été fait au niveau du ménage. Leurs casques de moto sont posés dans le passage au milieu des quelques chaussettes et… je rêve ou c’est un string rouge que j’aperçois, qui dépasse sous le petit meuble d’entrée quand je retire mes chaussures.
— Ne quittez pas vos pompes. On n’a pas eu le temps de nettoyer et Aaron a renversé de la bière près du canap’, donc attention où vous marchez, nous annonce Tyler qui détourne son regard du mien.
Il a remarqué que j’ai découvert le sous-vêtement tant j’affiche une mine de dégoût.
— Désolé. C’est à moi, poursuit-il.
Il ramasse le bout de tissu et le met dans sa poche de jean. Contrairement à moi qui me retiens de rire, les garçons sont hilares.
— Hahaha, très drôle, bande de cons ! Vous savez très bien qu’il est à Pamela, et arrête de te marrer, Aaron, je te rappelle que tu faisais partie du plan à trois.
Tout compte fait, ce n’est pas plus mal que Tyler ait quitté Olivia.
— Avec Ethan, on vous a apporté du pop-corn ! m’exclamé-je afin de changer de sujet.
Je fourre le paquet dans les mains d’Aaron, puis je le contourne pour m’asseoir dans le canapé. Je suis la seule fille et j’apprends avec soulagement qu’ils n’ont pas prévu d’en faire venir ici.
L’ambiance est bon enfant. Bien qu’Hayden me manque, je passe une très bonne soirée, ce qui m’aide à penser à autre chose et ça me fait du bien d’être avec eux, chez lui. J’ai la sensation que ça me rapproche un peu plus de lui. Et les trois parties de poker que je viens de gagner, alors que je n’y connaissais rien il y a quelques heures, me poussent à continuer. Je reprends une gorgée de soda pendant que Tyler distribue les cartes. Le portable sur la table basse, je lorgne un message d’Hayden et quelques minutes plus tard, c’est un FaceTime de lui qui fait vibrer mon téléphone.
— Pause ! m’écrié-je, joyeuse.
Junior, Tyler, Aaron, Sandro et Ethan reposent leurs jeux.
— Si c’est Hayd, on en a pour une heure. En cuisine, les gars, ce pichet ne fera pas la soirée.
Je souris à Junior et décroche. Hayden passe la main dans ses cheveux et plisse les yeux face au soleil. Il est plus beau que jamais. J’aurais envie d’être dans ses bras. Je déteste cette fichue distance qui nous sépare.
— Coucou, chaton. Joli graff ! T’es où ? demande-t-il en mordant sa lèvre.
Je me retourne sur la fresque qui orne le mur derrière moi. Le fameux « Stanford » avec une couronne dessinée au-dessus, le tout signé Darkness.
— Chez quelqu’un qui est bourré de talent et qui me manque cruellement.
— Ce mec a l’air génial ! jubile-t-il.
— Il l’est, oui, confirmé-je, quand il n’est pas trop prétentieux.
— Mouais. Parlons d’autre chose. Ça s’est arrangé entre vous à ce que je vois ? Je suis content, ils t’adorent.
— Oui. Moi aussi. Oh, c’est le Louvre derrière toi ? C’est magnifique, il est quelle heure ?
Hayden se décale de l’écran et zoome sur le monument.
— Treize heures. On cherche un endroit pour manger. Dans la semaine, j’essaierai de t’appeler devant la tour Eiffel. Vous faites quoi ?
— Elle nous plume au poker, mec ! s’écrie Tyler de la cuisine. Cette meuf est un danger ! Pire que toi !
Le délicieux son du rire d’Hayden m’avait manqué.
— T’es la meilleure, bébé, nique-les tous ! Enfin… tu m’as compris ! Ça a été aujourd’hui ?
— Si tu parles des cours, oui.
Sinon, pas top, les joies du début de grossesse, quoi.
Le voyant froncer les sourcils, je me reprends tout en sachant ce qu’il pense.
— Tout va bien, je n’ai pas croisé Cooper.
— Tant mieux ! Bon, je te laisse, Joyce m’attend.
— Tu as pu lui parler ?
— Un peu dans l’avion, mais je n’en ai pas fini avec elle, elle me cache des trucs, je le sens. Ne t’en fais pas pour ça, je la gère.
— OK, profite bien. Je t’appelle demain.
— J’espère bien, bébé. Pas de bêtises, hein ? Tu fais flipper quand tu picoles trop.
— Promis, je n’ai pas bu une goutte d’alcool.
— Et dis à ces crétins que j’ai trouvé les maillots de hockey qu’ils voulaient.
Les garçons hurlent de joie en posant un saladier de vodka ananas sur la petite table.
— Je crois qu’ils t’ont entendu.
Moi, en revanche, je ne l’entends plus tant ils sont heureux. Je cale mon portable contre mon verre, reprends mes cartes, et reluque Hayden en attendant que ses potes se calment. Il s’écrie dans le téléphone :
— Ça te change de ta maison de retraite et de ta colocataire en carton, hein ?
— Je n’aurais pas employé ces mots-là, mais en effet, ça change.
Les yeux fixés sur l’écran, j’aperçois Joyce tenter de lui arracher son portable pour qu’il raccroche. Il la maintient à distance, mais l’image bouge tant que je vais finir par rendre mon dîner, alors je coupe court à la conversation en lui disant au moins cent fois qu’il me manque et que je l’aime. Puis intérieurement, je maudis sa jumelle.
Quelques parties de poker plus tard, je tombe de sommeil. D’habitude, je tiens beaucoup plus longtemps. Ethan a enchaîné les verres et s’endort sur le canapé. Je vais devoir le traîner jusque chez lui, je n’ai pas hâte de la mission qui m’attend.
— On va vous laisser.
Je secoue mon demi-frère et ne récolte que quelques grognements de sa part.
— Au pire, vous pouvez rester pioncer ici si vous voulez, ça nous gêne pas et ton pote est déjà parti pour sa nuit.
— Non, c’est gentil, mais ça va aller.
Je tente de réveiller Ethan à nouveau, mais rien n’y fait, il ronfle de plus en plus fort. Junior, au téléphone depuis quelques minutes, raccroche.
— Ça ne dérange personne et Hayd approuve vivement. Il m’a quand même fait passer un message pour toi : verrouiller sa porte de chambre... Sympa, la confiance !
Nous rions tous puis, pendant qu’Aaron allume la console, Tyler me tend une couverture que je mets sur Ethan.
— On va jouer un peu, on ne fera pas de bruit.
— Pas de soucis, ne vous en faites pas pour moi, vivez comme d’habitude.
Je suis si fatiguée que rien ne pourra me déranger.
— Bonne nuit, Cassie. Fais comme chez toi.
— Merci, vous êtes des anges.
Mon téléphone vibre dans ma main lorsque j’entre dans l’antre d’Hayden.
[Prends un tee-shirt à moi, tu seras mieux
pour dormir. Bonne nuit, mon amour. Je t’aime.
PS: Désolé pour le bordel... Le lit se trouve à
gauche]
Suivi d’une horde d’émoticônes qui pleurent de rire. Je lui réponds et choisis d’en passer un échoué en boule par terre. Un de mes préférés, le noir et rouge : « Insolent ». Je me nourris de l’odeur de sa chambre, elle sent toujours aussi bon. C’est beaucoup moins le bazar que d’habitude et malgré quelques vêtements qui jonchent le sol, j’aperçois le parquet. Je laisse la petite lampe allumée pour contempler un peu plus la pièce. Rien de nouveau si ce n’est un portrait de moi accroché au-dessus de son bureau. Je l’examine de plus près. Le dessin est parfait, comme d’habitude. Réalisé au crayon, mes cheveux semblent mouillés et ma main les entortille. On peut y voir le haut de ma combinaison noir et rose puis mon prénom graffé. J’aime cet homme, aussi nuancé soit-il. J’allume sa télé, ouvre la commode et y glisse ses quelques vêtements propres. La petite boîte en bois qui contenait des photos de Séléna n’est plus là. À la place, je trouve un papier griffonné. Je le lis.
« Un jour ou l’autre, je suis persuadé que tu tomberas sur ce mot, parce que tu peux pas t’empêcher de ranger mes fringues. J’ai donné la boîte à Amy.
PS: Si je ne suis pas dans cette piaule avec toi, c’est que je suis en face. Donc, arrête ton activité, c’est chiant, et rejoins-moi plutôt dans la salle de bains. »
Malheureusement, elle est bel et bien déserte ce soir, rien ne sert d’aller jeter un œil. Alors, je lui envoie un SMS.
[J’ai vu ton mot... Pourquoi tu n’es pas en
face sous la douche ?]
[Parce que je suis dans le métro. Crois-moi,
y en a qui devrait en prendre une !
PS : J’espère que c’est bien plié !!!]
[Fais attention à ce que tu dis si tu ne veux
pas que je repeigne tes murs. Il y a de jolis
aérosols sur ton bureau...]
[Arfff. Tu sais que je t’aime, beauté ?!]
Je mets mon portable en charge et c’est la télé qui finit par me regarder.
***
Ce matin, je peine à quitter son lit, j’ai passé une très bonne nuit et je rêverais de rester dans sa chambre toute la journée. L’appartement est silencieux. Personne n’est levé et lorsque j’allume la lumière du séjour, Ethan marmonne en se frottant les yeux. Les garçons sont vraiment mignons, hier soir, avant d’aller se coucher, ils nous ont sorti du café, des céréales et du lait. J’attrape une tasse pour Ethan dans le placard au-dessus de l’évier, et constate qu’il y a plus de gâteaux et friandises que de vaisselle. Surtout des bonbons. Plein de paquets, tous à la fraise. Avec une note scotchée sur le bord de l’étagère : « Pas touche, crétins ! » Eh ben ! Hayden ne risque pas l’hypoglycémie. Je crois que le plus drôle, c’est la signature : « King Hayd ». Je rêve ! J’avale juste une madeleine parce que je sais que pas grand-chose ne passera ce matin, puis je saisis la bouteille de vodka sur le comptoir que je montre à mon demi-frère.
— Un petit verre ? me moqué-je.
— Beurk ! Plus jamais de ma vie je ne boirai autant. J’ai quatre heures de hockey, je vais mourir sur le terrain.
— La prochaine fois, tu réfléchiras à deux fois. Allez, je te dépose au stade et je repasse prendre mes affaires dans ma chambre avant de me rendre à la fac.
Ethan s’empare de son café, le vide en une gorgée et nous sortons.
***
Cette journée de cours m’a épuisée et avec la pluie qui n’a pas cessé depuis hier soir, je suis trempée lorsque j’atteins mon 4x4. À l’abri dans mon Raptor, j’allume le chauffage à fond et frotte mes mains sur mon jean avant d’essuyer mon mascara qui a coulé. Puis je scrute mon téléphone. Pas de nouvelle d’Hayden. Avec le décalage horaire, c’est assez compliqué de réussir à se joindre. Quand il se lève, il est généralement tard chez nous. Sans lui, je suis assaillie d’un grand vide. Tout est dépeuplé, fade, terne. Je ne dois pas m’engager sur le terrain de la nostalgie sous peine de pleurer toute la soirée sur mon sort, cela ne fait que trois jours qu’il est parti.
J’en profite pour tirer de mon sac ma petite feuille cartonnée où je fais une croix chaque jour qui passe sans lui. Ça m’aide, un peu comme les enfants avec leurs calendriers de l’Avent. On cogne à mon carreau. Avec la buée qui a envahi l’habitacle, je ne vois rien. J’actionne le bouton pour descendre la vitre et c’est le visage de Megan sous son parapluie rouge qui apparaît.
— Tout va bien, madame Calaann ?
— Fin de la journée, plus de madame Calaann, s’il te plaît. Ma voiture refuse de démarrer. Cela t’ennuierait de me ramener chez moi ?
— Non, bien sûr, montez !
Je fourre mon sac sur la banquette arrière quand elle égoutte son parapluie et tape ses pieds avant de s’installer. Puis nous filons vers Santa Clara.
— Tu as un papier par terre, Cassie.
Megan le ramasse et le pose sur le tableau de bord. Mes résultats sanguins. Mon cœur s’est accéléré d’un seul coup. Dieu merci, la feuille est pliée, elle n’a rien pu voir. Je le balance vite derrière avec le reste et engage la conversation en même temps que j’emprunte la voix rapide.
— Ely va bien ?
— Oui et non. Je suis en train de me renseigner pour la changer de collège, je pense l’envoyer en internat. J’en ai trouvé un, à deux heures d’ici qui fait sport études. Elle pourra s’épanouir pleinement dans le basket comme ça. Ce n’est pas plus mal, et puis elle n’est pas contre. Elle a fini par nous avouer la vérité à propos de la drogue qu’elle revendait dans son collège. Enfin, tu commences à connaître cette famille, il a fallu lui tirer les vers du nez.
Elle marque une pause, puis reprend en pointant du doigt plusieurs motos qui viennent de nous dépasser.
— Regarde-les, eux, à faire les abrutis avec leurs engins sous la pluie.
Je crois en reconnaître une dans le lot qui frôle la carrosserie de ma voiture. Moto verte. Greg. Avec Calie, sa petite amie, collée à lui. J’ai ma réponse lorsque je m’arrête au feu rouge. C’est bien eux. Megan, qui semble les avoir reconnus aussi, baisse sa vitre, salue le pilote et le réprimande gentiment. Je me penche afin qu’il me voie lui faire coucou.
— Hey, Cassie ! Je ne t’avais pas vue. Dis-lui, toi, que je suis moins barge qu’Hayden, plaisante-t-il à travers son casque.
— Mon fils n’est pas un exemple à suivre, Grégory. Tu ne devrais pas faire le zouave quand Calie est derrière toi. Hayden, lui, fait ses singeries seul, pas avec Cassie.
Oups, si vous saviez !
Le feu passe au vert et tout le monde repart.
Lorsque je m’arrête devant le portail de la villa, j’attrape mon téléphone qui m’a annoncé un texto en route. Ethan. Il veut que je lui prête mon devoir de maths parce qu’il n’arrive pas à se concentrer. Le connaissant, ça va lui prendre deux jours pour se remettre de sa cuite, je lui répondrai plus tard.
— Descends boire quelque chose de chaud, m’intime Megan, bienveillante, en actionnant l’ouverture des grilles. On pourra continuer de papoter comme ça. J’aime beaucoup discuter avec toi.
Touchée, j’accepte volontiers en m’engouffrant dans la cour.
Nous nous ruons sous le porche pour éviter au maximum de nous mouiller un peu plus.
— Quel temps ! Tu as eu des nouvelles d’Hayden aujourd’hui ?
Elle retire ses escarpins et passe la main dans ses longs cheveux bruns pour leur redonner une allure.
— Non.
— Il est encore tôt chez eux. J’ai eu Joyce hier soir, elle ne veut plus repartir, elle adore Paris.
Le contraire m’aurait étonnée.
Je la suis dans la cuisine où elle s’affaire à préparer nos boissons chaudes. Une note trône sur l’îlot, je m’installe. Megan dépose ma tasse, et regarde le mot. Elle soupire. Après une manipulation rapide, elle porte son smartphone à son oreille.
—... Bonjour, Sonia, c’est Megan, je voudrais parler à mon mari, s’il vous plaît... Très bien, je patiente... Jack, j’ai eu ton message... D’accord... Je vais prévenir les banques... Oui, oui... Je m’en occupe... À demain, chéri.
Elle raccroche et quelques secondes plus tard, passe un second coup de fil.
— Allô. Je te réveille ? tonne-t-elle. Je peux savoir à quoi tu joues au juste ?
Je fronce les sourcils. Cela ne me regarde pas, mais elle a l’air en colère et ses yeux ont pris la même teinte qu’Hayden quand il s’énerve. Mon côté curieux écoute.
— Je me fiche que tu aies fait la fête toute la nuit, vous n’êtes pas là pour ça ! Je viens d’avoir ton père, j’aimerais comprendre pourquoi une de ses cartes de crédit a disparu, et comment tu vas me justifier toutes ces dépenses ?
Hayden ? Je suis ici à l’attendre et lui, il fait la foire ?
—... Non... Tu joues avec le feu, tu sais très bien que tu dois éviter de boire, en plus, Joyce... Passe-moi ton frère, cela ne sert à rien de discuter avec toi dans cet état... Hayden... OK... J’espère que tu vas la ramener à la raison... Hors de question, tu te calmes... Tu m’écoutes... S’il te plaît ! ... Bon, tu lui fais prendre ses médicaments et de force, s’il faut... Je vais te trouver un médecin... Assure-toi qu’elle ne prenne plus ça... Je suis avec Cassie... Ma voiture est en panne... Je lui transmets... Oui... Oui... Oui, Hayden ! ... Je t’embrasse.
Et elle raccroche en jetant son portable sur l’îlot central. Je ne sais pas quoi dire, alors je me tais et bois mon chocolat.
— Sur trois, il n’y en a pas un pour rattraper l’autre ! Des fois, je me demande ce que j’ai fait au bon Dieu pour mériter ça. Joyce a fait n’importe quoi toute la nuit, Hayden pas mieux...
— C’est-à-dire ? la coupé-je dans son élan.
— Ne t’inquiète pas. En ce moment, je crois que c’est le plus sage. Je parlais de cette bagarre. Maintenant, je comprends mieux.
Sauf que moi, je ne comprends rien.
— Quand est-ce qu’il s’est battu ? la questionné-je en me raidissant.
— Juste avant de prendre son vol, avec l’un de ces footballeurs, je ne connais pas son nom, il ne suit pas de cours de littérature.
Purée, c’est pas croyable !
Il a fallu qu’Hayden le chope avant de partir. De colère, je lui compose un SMS.
[Pourquoi tu ne m’as pas dit que tu t’étais
battu avec Cooper ???]
— Je suis désolée pour Joyce... Hayden m’a tout raconté, reprend Megan. Il a trouvé de la cocaïne dans ses affaires, et avec ses médicaments, ça l’a rendue folle. Elle a volé une carte de crédit à Jack avant de partir et elle a dépensé des sommes astronomiques en discothèque cette nuit, elle a fait n’importe quoi. Hayden n’en savait rien, il n’est pas sorti, c’est le réceptionniste qui est venu le réveiller parce qu’elle s’est évanouie en bas de l’hôtel.
— Oh… Mais... Vous allez faire comment ?
— Hayden s’est débarrassé de la drogue, je vais lui envoyer un médecin et faire rapatrier Joyce au plus vite. Excuse-moi, je vais passer ce coup de fil de suite.
— Oui, oui, bien sûr, je vais vous laisser, énoncé-je en me levant.
— Hayden te tiendra au courant. Il m’a dit qu’il t’appellerait ce soir. Merci de m’avoir ramenée.
— Ce n’est rien, merci pour le chocolat.
Abasourdie, je remonte dans ma voiture. Ils ne doivent pas être bien tous les deux. Cette fois, c’est Ely qui tape à mon carreau au moment où je démarre.
— C’est le frère de Cooper qui me forçait à dealer, lâche-t-elle, la mine grave. Maman en a parlé à Hayden hier, il était fou furieux au téléphone. Je crois que c’est une bonne chose qu’il soit à Paris, sinon il l’aurait tué.
— Tu as bien fait d’avoir dévoilé la vérité à tes parents. Reste loin de lui.
— Ne t’inquiète pas pour moi, Mike s’est fait virer du collège. Au cas où, maman ne veut plus que j’y retourne avant d’être inscrite ailleurs. Je vais suivre les cours à distance avec Rita.
— C’est mieux, oui. Prends soin de toi.
— Merci, Cassie, même si je n’ai pas toujours été cool avec toi, je t’adore.
Elle se penche à ma vitre et m’embrasse la joue. Ils sont pareils tous les trois, « atta-chiants » pour reprendre les paroles d’Ely il y a quelque temps.
Je quitte la villa avant de pleurer comme une madeleine devant elle et regagne Stanford. C’est arrangé pour Ely et c’est en passe de l’être pour l’état de Joyce. C’est toujours ça.
Arrivée dans ma chambre, je découvre la réponse à mon texto que j’ai adressé à Hayden tout à l’heure.
[Parce que tu me racontes tout, toi ? C’était
hors de question que je le laisse s’en tirer
comme ça, je l’ai fait pour toi, pour être sûr
qu’il ne t’approche pas en mon absence. Ça a
marché, nan ?]
Sa première phrase me fait trembler. Il est au courant que je suis enceinte, je ne sais pas comment. Je n’ai pas le temps de répondre qu’un second message de lui me parvient. Je distingue à peine l’écran tant mes yeux s’embuent. Courage, Cassie...
[Pourquoi tu m’as pas dit que ma sœur se
droguait ??? Tu sais combien c’est dangereux pour elle ??? Elle a failli y rester cette nuit !!!
Tu le savais, elle me l’a confirmé. Je t’ai
demandé avant de partir de tout me
raconter !!!]
Je ne suis pas plus soulagée. Il a raison, j’étais au courant, j’aurais dû au moins lui avouer ça.
[Pardonne-moi]
Je ne sais quoi écrire d’autre.
[J’ai autre chose à foutre en ce moment. Ce
que tu m’as caché, c’est grave !]
Que répondre à cela ? Rien.
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