Révélations (Surf on love) (French Edition)
Chapitre 36
Ce matin, j’ai dû pousser Hayden pour qu’il se rende en cours après m’avoir fait miroiter qu’il voulait rester ici avec moi au cas où, mais je ne suis pas dupe, j’ai bien vu qu’il n’avait tout bonnement pas envie d’y aller. Après des sermons interminables du genre, « garde ton portable près de toi » et « ne t’aventure pas trop loin parce qu’avec ta côte en vrac, on ne sait jamais », je suis enfin seule dans leur appartement et au calme. J’aimerais me rendre utile et ranger le bazar de la soirée d’hier, mais je suis encore incapable de me plier. Les nausées du premier trimestre ne m’aident pas, c’est une torture, ces haut-le-cœur avec cette douleur qui martèle mon corps.
En ouvrant le frigo, je constate qu’il déborde de nourriture, alors je prends mon téléphone et recherche une recette simple pour les remercier de leur accueil. Il faut bien que je me mette à cuisiner, comme nous allons être amenés à vivre tous les deux. Les petites douleurs qui tiraillent mon utérus me rappellent que nous serons trois. Ça me fait bizarre de songer que l’on va devenir parents. Ça fait beaucoup d’un coup, mais j’en suis ravie et je n’ai jamais été aussi heureuse.
Le repas prêt pour ce soir, je m’allonge tant bien que mal dans le canapé, ce qui me prend environ un bon quart d’heure. Quand j’y parviens, c’est la sonnerie de l’interphone qui me rappelle à l’ordre. Bon sang, non ! Je ravale les cris et les insultes qui menacent de franchir la barrière de mes lèvres en me relevant. L’infirmière. J’avais oublié qu’elle devait débarquer à partir d’aujourd’hui.
Gentille et super jeune, elle m’avoue qu’elle a terminé ses études l’année dernière tout en soignant ma plaie sur le bras. Heureusement que les garçons ne sont pas là, parce que la pauvre, elle ne sortirait pas sans mal d’ici.
— Aïe ! m’écrié-je depuis le sofa où je suis allongée.
— Désolée. Ça risque de piquer encore un peu, je dois bien désinfecter.
— Allez-y, je vais prendre sur moi.
Elle me sourit et nous continuons de discuter de tout et de rien. Soudain, la porte s’ouvre en grand.
— C’est nous !
Hayden, Tyler et Aaron entrent pendant que l’infirmière s’affaire à changer mon pansement.
— Ça va, bébé ?
Il dépose un baiser sur mon front et salue la soignante qui se met à rougir, ce qui me fait lever les yeux au ciel. Sans lui prêter attention, il va dans la cuisine, et là, c’est comme si elle s’était transformée en pot de miel aux yeux des deux autres. Le binôme d’abeilles se rue sur la pauvre femme.
— Enchanté, je suis Aaron.
— Et moi, c’est Tyler.
Alléluia !
Hayden rit tout ce qu’il peut en s’ouvrant une bière.
La jeune femme ne relève pas les yeux, concentrée sur ce qu’elle fait. Les garçons repartent, dépités, en direction de la cuisine sous les moqueries de leur ami. Lorsque leur conversation se porte sur Joyce et le fait qu’elle soit tirée d’affaire, dixit son frère, je ne tends plus l’oreille.
— Voilà, c’est fini. Je vais repasser tous les soirs et d’ici trois, quatre jours, je pourrai vous enlever les points.
Au milieu des bruits de couvercles qui claquent sur les casseroles, je perçois Aaron et Tyler jubiler. Quand elle me sourit, je sais qu’elle les a entendus aussi. Je referme la porte derrière elle.
— T’as cuisiné, bébé ?
— Oui. Du poulet à la moutarde et des pommes de terre.
— Hum, ça sent super bon. On aurait pu le faire, tu étais censée te reposer. Demain, je reste avec toi pour m’assurer que tu ne quittes pas mon plumard ou ce canapé.
Amusée, je secoue la tête.
— Bien tenté, mais non, demain tu vas en cours.
— Fait chier !
***
Le lendemain, j’ai passé la journée au lit à regarder des séries sur son ordinateur portable, accompagnée par une armée de bonbons à la fraise qu’Hayden m’a donnés avant de partir à la fac. En fait, j’ai tout ce qu’il faut à portée de main. Il m’a tout laissé, de quoi boire et manger pour quinze jours. Tout, hormis mon téléphone qui a dû rester dans le salon. Je pourrais très bien me lever, mais j’ai une flemme atroce aujourd’hui, alors je m’en passerai. S’il veut me joindre, il peut le faire via les réseaux sociaux. J’ai laissé la petite fenêtre de l’ordinateur ouverte exprès sur notre conversation.
Ma série terminée, je parcours les annonces immobilières. Les garçons sont aux petits soins, et si c’est appréciable, ça devient un peu envahissant parfois. J’ai déjà assez d’Hayden sur mon dos et lorsqu’on parle du loup, c’est justement lui qui entre dans la chambre. Il retire ses baskets et me rejoint sur le lit.
— Tu fais quoi ?
— Je regarde les maisons à louer, l’entraînement s’est terminé tôt ? Il est à peine vingt heures.
— J’avais la même chose en tête, c’est pour ça que je me suis tiré. Miller, mon coach, tu sais, ton ami ? se moque-t-il. Celui qui a son box... Alors que c’est le mien… OK, pose cet oreiller, j’arrête. Il déménage et sa baraque est plutôt canon. Il doit m’envoyer des photos ce soir, si ça te plaît, il peut nous faire passer en priorité.
— Oh, ce serait trop cool. Il a une piscine ? Parce que regarde, celle-ci en a une et elle est super chouette ! m’exclamé-je en tournant l’écran du PC.
Depuis que j’ai retrouvé la confiance dans la mer, j’aspire à pouvoir me tremper souvent désormais. Et l’océan est assez loin d’ici. Hayden écarquille les yeux puis se racle la gorge.
— OK, alors j’ai de l’argent, mais je ne suis pas autant blindé que mes parents.
— Je pourrais toujours trouver une solution pour payer le loyer.
— Bien tenté, grande maline, réplique-t-il en tapotant mon nez, mais c’est non.
— L’électricité alors.
— Si on choisit celle de Miller, je peux la prendre en charge. Par contre, si tu tiens tant à cette villa avec piscine et... waouh, bordel, cinq chambres ? s’écrie-t-il. Un gosse à la fois, tu veux !
— Oui, mais elle est vraiment belle.
Il me sourit.
— Je suis sûr que celle de mon coach te plaira tout autant et si tu l’aimes pas, on prendra celle-là, mais tu vas me ruiner. Au fait, t’as un SMS de ta mère.
Il me donne mon téléphone et je m’empresse d’ouvrir la messagerie.
[Je serai là vers vingt heures, ne t’endors
pas]
— Elle arrive ! m’étonné-je.
— Elle n’est pas rentrée à San Diego ?
— Ben si, hier soir quand elle m’a appelée, elle était sur la plage. Elle me ramène sans doute des vêtements ou des bouquins.
Je me lève à peine que je perçois le son de sa voix.
— Il semblerait qu’elle soit déjà là, déclare Hayden.
Et il n’a pas le temps d’ouvrir la porte qu’elle entre en trombe dans la chambre, chargée de colère.
— Parfait, vous êtes là tous les deux !
— Qu’est-ce que tu fais ici, maman ? J’ai assez d’affaires et...
— Toi, tu te tais et tu me laisses parler ! m’ordonne-t-elle.
Elle est remontée. Envolé son côté zen. Je ne l’ai jamais vue dans cet état. Son visage tendu ne me dit rien qui vaille. Et Hayden qui la regarde avec incompréhension est tout aussi surpris que moi.
— Abby, vous avez perdu le contrôle de vos émotions ou quoi ? Qu’est-ce qu’il vous prend de lui causer comme ça ? s’en mêle-t-il.
— Toi, crache-t-elle en le pointant du doigt, tu la boucles aussi, je m’adresse à ma fille comme je veux !
— Maman, je ne suis pas chez moi, et nous ne sommes pas seuls, alors tu serais gentille de baisser d’intensité... S’il te plaît. Qu’est-ce qu’il y a ?
— Tu ne crois pas que ce serait à toi de me le dire ?
Sauf qu’elle ne me laisse pas le temps d’en placer une, qu’elle revient à la charge.
— J’ai reçu un message de l’hôpital avec tes résultats sanguins. Un bébé, Cassie ? s’insurge-t-elle. Non, mais dis-moi que je rêve ?
Eh merde ! Elle n’a pas donné mon numéro de téléphone lors de mon admission aux urgences... Je ne m’y attendais pas à celle-là... Ça va être une catastrophe. Mon corps est secoué de tremblements, et je perds toutes couleurs.
— Je... Je suis désolée que tu l’aies appris de cette façon..., bredouillé-je en baissant les yeux.
— Prends tes affaires, je vais t’aider ! Où est ta valise ?
Ma tête se relève pour la fixer cette fois.
— M’aider à quoi, maman ? Je n’ai pas besoin d’aide.
— On rentre à la maison ! crache-t-elle, déterminée.
— Non ! Je reste ici.
— Sûrement pas !
— Abby ! intervient Hayden sur un ton sec.
— Alors toi... Tu ferais mieux de faire profil bas... et range les mauvaises expressions de ton visage, Hayden, ça ne m’impressionne pas !
Il s’avance un peu plus vers elle en serrant les dents, je l’arrête en lui tirant le bras. Elle ne se démonte pas et soutient son regard bien qu’il fasse deux têtes de plus qu’elle et que ses yeux soient remplis de colère.
— Maman, s’il te plaît... Ce n’est pas de sa faute.
— Pas de sa faute ? Non, mais je rêve ! Je suis ouverte d’esprit, tu le sais, je n’ai rien dit quand j’ai su que tu t’étais mise avec lui, mais un enfant, Cassie... Où as-tu la tête ? Tu te rends compte de ce que cela implique ? Tes études, tu vas faire comment ?
— Je vais finir mon année et après, je trouverai un travail.
— N’importe quoi ! Tu te vois aller à la fac avec un ventre si rond que tu ne verras plus tes pieds ? Qu’est-ce que les gens vont penser de toi ?
— Je m’en fiche, s’ils ne sont pas contents c’est pareil ! Si moi je suis heureuse, on s’en fout, non ? Maman, bon sang, je ne te reconnais plus ?
— Moi non plus ! Ma fille était quelqu’un de bien, studieuse, brillante et regarde ce que tu es devenue, énumère-t-elle avec dédain.
Ma vision s’embue. Je laisse tomber mon visage entre mes mains, blessée de sa réaction.
— Abby, sortez d’ici ! s’écrie Hayden.
— Toi, tu ne me donnes pas d’ordres ! C’est entièrement de ta faute. Où avais-tu l’esprit, toi aussi ? Tu ne sais pas te protéger ?
Dépitée, je pince les lèvres en secouant la tête. Qu’elle rejette toute la faute sur lui me crève le cœur. De son côté, il prend sur lui, fulminant en silence.
— Maman, arrête ça tout de suite ! tonné-je, déçue par ses paroles. Nous avons toujours fait attention ! Je n’ai jamais oublié ma pilule, aucune erreur de notre part et…
— Et quoi ? me coupe-t-elle, hargneuse, en faisant les cent pas.
— Je suis heureuse, que tu le veuilles ou non, d’avoir ce bébé avec Hayden.
— Je vais te dire où tu avais l’esprit, Cassie. Ailleurs ! Parce que depuis que tu le connais, tu es trop absorbée par lui.
Les larmes roulent sur mon visage, cependant je ne me démonte pas.
— C’est vrai, tu as raison, parce que je suis folle amoureuse de lui et que je n’imagine pas mon futur sans lui, il a toujours été là pour moi. C’est l’homme de ma vie, que ça te plaise ou non. Que j’aie cet enfant maintenant ou dans dix ans, cela ne change rien, parce que c’est comme ça que ça doit être entre nous, annoncé-je, la gorge nouée.
— Ça change que je ne te laisserai pas foutre ta vie en l’air, tu vas prendre tes affaires tout de suite et rentrer à San Diego avec moi. Demain, on ira voir le médecin, il est encore temps.
Hayden, qui bouillonne à côté de moi, est sur le point de lui répondre ou de lui hurler dessus je ne sais pas, mais je l’arrête en levant le bras.
— Tu es sérieuse ?
Ma voix a baissé d’intensité et est déformée par les pleurs.
— Plus que jamais !
— Je ne te suivrai pas, tu peux rentrer ! affirmé-je, amère. Ma vie est ici, avec lui. Tente ce que tu veux, si tu ne l’acceptes pas, ce n’est pas mon problème, c’est le tien ! Je suis suffisamment adulte et mature pour savoir ce qui est bien pour moi.
Mais elle n’a que faire de ce que je lui raconte.
— Dépêche-toi, Cassie, Pitt nous attend en bas.
Ne sachant plus quoi faire et n’ayant pas la force de me battre davantage, je m’assieds sur le lit. Je n’arrive plus à la regarder.
— Non ! intervient à nouveau Hayden. Y en a marre à la fin ! Elle n’a pas envie de vous suivre, elle est grande pour connaître ses désirs, nan ? On est adultes, Abby, que ça vous plaise ou pas ! On n’avait pas prévu de faire un enfant tout de suite, même pas du tout, mais il est là et nous sommes plus que contents de cette nouvelle. Nous l’assumerons, j’en ai les moyens, et il ou elle sera le plus heureux parce que je m’y engage personnellement. Tant pis si ça implique que je doive renoncer à ma carrière de designer, et que je doive faire n’importe quel boulot à la con jusqu’à pas d’heure, parce que je veux leur bonheur.
Essoufflé d’avoir débité ses paroles, Hayden soupire en se frottant les cheveux puis reprend, déterminé.
— Quand vous êtes tombée enceinte de Cassie, vous aviez un an de plus qu’elle ! Ça a changé quoi ? Vous vous en mordez les doigts ?
Un instant, durant lequel je me ronge les ongles de stress, elle soutient son regard. Puis ses yeux se lèvent au ciel et elle secoue la tête.
— Non, bien sûr que non, pour rien au monde, je regrette, déclare-t-elle, un ton en dessous.
— Vous savez aussi bien que moi pourquoi Pitt n’est pas monté, parce qu’il n’approuve pas votre réaction. Je peux comprendre, Abby, c’est votre fille et vous voulez le meilleur pour elle. Vous êtes en colère ? Très bien, c’est normal, mais si elle est heureuse comme ça, pourquoi l’obliger à faire une chose qu’elle ne vous pardonnera peut-être jamais ? Vous souhaitez son bonheur ?
— Bien sûr, je ferais n’importe quoi pour ma fille, répond-elle, neutre.
— Alors, laissez-la faire ses propres choix.
Plus personne ne parle. On se regarde tous les trois en chiens de faïence jusqu’à ce que le téléphone d’Hayden vibre.
— C’est Miller, il a envoyé les photos, me fait-il remarquer pendant que ma mère garde le silence. Abby, j’ai déjà trouvé une maison pour ma famille. Vous voulez voir ?
Elle ne bronche pas. Aucune expression. Profitant de ce moment de répit, il n’insiste pas et me tend son portable sans quitter ma mère des yeux. Je les fais défiler et retrouve vite mon sourire, la villa est magnifique.
— Elle est parfaite, avoué-je en essuyant mes joues, et il y a même une piscine, tu m’avais dit que...
— Je savais que tu voulais une piscine, me coupe-t-il.
Je me relève et Hayden me soutient par le coude.
— Maman, tiens, regarde, tenté-je, pleine d’espoir.
Mais elle tourne la tête.
— Je vais y aller.
Mes épaules s’affaissent.
— Attends ! la retiens-je.
— J’ai besoin de digérer tout ça, Cassie. Et crois-moi, je pense en avoir pour quelques années. En attendant, évite de venir ou de m’appeler, tu n’es plus la bienvenue. J’enverrai le reste de tes affaires, annonce-t-elle, calme.
Puis elle quitte l’appartement sans faire de bruit. Il ne m’en faut pas plus pour fondre en larmes. Elle ne s’y fera probablement jamais et tout cela me fend le cœur, mais j’ai choisi mon camp.
— Je suis désolé, bébé.
Hayden, le visage triste, m’attire contre lui. J’agrippe son tee-shirt et rien ne me calme, la douleur de mes côtes me fait plus mal que jamais à cause de mes sanglots. Ma mère m’abandonne à son tour quand j’ai le plus besoin d’elle.
— Il ne me restait plus qu’elle, Hayden, je n’ai plus de famille, hoqueté-je, dépitée.
— Si, tu nous as nous. Le p’tit lézard et moi. Elle reviendra, j’en suis sûr.
— J’ai mal de sa réaction.
— Je sais. Ça va s’arranger, je te le promets. Arrête de pleurer, je déteste te voir comme ça et c’est pas bon pour lui. Chaton, regarde-moi, m’intime-t-il en se décollant et en relevant mon menton. Ça va aller, OK ?
Son visage se veut rassurant, mais sans grande conviction, je hoche la tête.
— Tu as raison, je dois me reprendre pour le bébé.
— Voilà, ça, c’est la Cassie forte que je connais. Allez, au lit ! Je crois qu’on a bien mérité un bon film et ce plumard.
Alors que nous sommes tous les deux confortablement allongés, Hayden relève mon haut jusqu’en dessous de ma poitrine, dépose plein de petits baisers sur mon ventre et pose sa main tatouée dessus. Le métal froid de son piercing me fait toujours le même effet, mais je ne suis pas en état de faire quoi que ce soit.
— Je vous aime. Je te promets qu’on sera heureux, me rassure-t-il.
Ses yeux accrochent les miens et il est plus sérieux que jamais.
— J’en suis sûre, on l’est déjà. Nous aussi, on t’aime, futur papa Calaann.
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