Révélations (Surf on love) (French Edition)
Chapitre 31
Quelques heures plus tard
Le marteau-piqueur dans ma tête ne s’arrête pas. J’ai l’impression qu’elle va exploser. J’ouvre péniblement un œil. Je suis dans le brouillard, le côté gauche de mon corps me fait tant souffrir que ça m’a réveillée. Il me faut à nouveau quelque chose de puissant pour faire passer la douleur, je ne la supporte pas, tant elle est violente. Mon cerveau, sortant de sa brume petit à petit, me rappelle que je suis toujours à l’hôpital, je me souviens que ma mère était là lorsque l’on m’a injecté un calmant qui m’a emportée dans mon sommeil.
De mon bras, je balaye la petite tablette à côté de mon lit, entraînant la chute du livre qu’elle m’a ramené, en essayant tant bien que mal d’attraper le nouveau téléphone qu’elle m’a acheté, mais il est trop loin. Impossible de tourner la tête. La douleur m’arrache un cri, je ne peux pas me redresser. Je presse la sonnette qu’on a laissée à mes côtés. Il fait encore bien nuit à travers le store. Je n’ai vu personne d’autre que ma mère lorsque je suis revenue de la radiologie. La seule chose qui me rassure dans mon état, c’est que le bébé a été épargné, dixit le médecin. Je ne sais pas si j’aurais supporté de le perdre. Des flash-back de mon agression refont surface dans mon esprit, mon cœur se serre.
Hayden, tu me manques. Est-ce qu’il va bien ? Pourquoi n’est-il pas venu me voir ? Junior m’a dit dans l’ambulance qu’il était en route pour l’aéroport puis qu’il avait trouvé un vol. Il aurait déjà dû être là. Et si c’était l’état de santé de Joyce qui l’avait empêché de partir ? Ces derniers temps, je la plaignais plus qu’autre chose, cependant ça a changé depuis que Cooper et Wayne me sont tombés dessus. Droguée ou non, elle est complice, quoi qu’on en pense, et c’est la dernière personne que je souhaite voir. Joyce, je ne veux plus en entendre parler. À mes yeux, elle est devenue la jumelle maléfique. Le cœur gros, je ravale mes sanglots, ce qui me fait douiller un peu plus à chaque spasme. La porte qui grince s’ouvre sur l’infirmière.
— On remet un calmant ?
J’acquiesce. Elle s’affaire à changer la poche de la perfusion puis ramasse mon livre.
— Vous pouvez me donner mon portable, s’il vous plaît ?
— Bien sûr. Tenez. Vous avez vraiment tout fichu par terre, il fallait m’appeler avant, mademoiselle Wilt.
Je le prends pendant qu’elle repose le bouquin sur la table de chevet.
— Je repasse dans deux heures.
— Vous savez où sont mes bijoux ? l’arrêté-je avant qu’elle ne sorte. Je n’en ai aucun sur moi.
— Tout a été déposé dans le tiroir de votre table de nuit.
Elle l’ouvre puis me montre mes deux bagues.
— Si vous souhaitez les remettre, vous pouvez, mais il faudra les enlever à nouveau si le médecin juge qu’il faut refaire une radio.
— Je veux juste mon bracelet. Un bracelet en argent.
— Je suis désolée. Quand vous avez été admise, vous n’aviez que deux bagues, c’est d’ailleurs noté sur la petite fiche que j’ai remplie. À plus tard.
Devant ma mine triste, elle me fait un sourire de compassion puis s’en va. J’ai dû l’égarer au moment où ce monstre m’a arraché ma veste. Je suis en colère, j’y tenais énormément. Je déteste perdre un bijou, surtout lorsqu’il a une valeur sentimentale, et celui-là en avait une. Le plus beau cadeau qu’Hayden m’ait fait parmi les autres déjà superbes. Les douleurs qui tiraillent mon utérus tentent de me faire passer un message. Je me frotte le bas du ventre en grimaçant.
— Oui, mais toi, ce n’est pas pareil, tu n’es pas un objet, mini Calaann.
Mon téléphone n’a plus de batterie. Je ne sais toujours pas l’heure qu’il est. Lorsque je le repose, je découvre un petit objet en métal avec un anneau au bout. Un porte-clefs Tour Eiffel. À côté trônent deux bonbons en forme de fraise. Il est venu. Je devais dormir, mais il était là. Je soupire et ferme les yeux, pour pouvoir vite le retrouver.
***
Réveillée à six heures par l’infirmière qui est venue prendre ma tension et changer mon pansement, je peux dire que je me sens légèrement mieux.
— Vous êtes sûre de ne pas vouloir consulter notre psychologue ?
— Certaine. Ça va aller, je suis bien entourée, ne vous inquiétez pas pour moi, je vais surmonter ça.
— Je vois bien que vous êtes déjà mieux qu’hier. Est-ce que le beau brun avec un anneau au coin de la lèvre y est pour quelque chose ? me questionne-t-elle en me souriant d’un air complice.
— On ne peut rien vous cacher. Quand est-il venu ?
— Cette nuit. Il était vraiment paniqué.
— J’imagine. Vous savez quand je vais pouvoir sortir ?
— Le médecin préfère vous garder encore un peu... Ne faites pas cette tête, d’ici une petite heure, les visites seront à nouveau autorisées. Un peu de patience, mademoiselle.
Elle retape mon oreiller, puis s’éclipse.
Après le ballet incessant du corps médical pour prendre ma température et me faire tout un paquet d’examens, j’avale mon petit-déjeuner. C’est plutôt bon si l’on fait abstraction du chocolat chaud qui contient très peu de chocolat pour beaucoup d’eau. Je repousse mon plateau. J’aimerais pouvoir me refaire une petite beauté, mais je suis vouée à ne pas bouger de ce lit. Je dois avoir une mine affreuse. L’aide-soignant qui vient récupérer mon repas m’annonce que j’ai de la visite. Si je pouvais sauter de joie, je le ferais, mais je me contente de jubiler intérieurement. Cinq têtes passent la porte. Ethan, Junior, Tyler, Sandro et Aaron n’osent pas s’approcher.
— Je fais si peur que ça ?
— Bien sûr que non, me répond Tyler.
Tous se placent autour de mon lit, avec cette impression qu’ils sont ici pour une veillée funèbre.
— Où est passée votre bonne humeur ? Souriez, s’il vous plaît, vous êtes angoissants.
— Excuse-nous.
Ils se détendent et Ethan, les larmes aux yeux, attrape ma main tout en évitant mon regard.
— Comment tu te sens ? m’interroge-t-il, la voix tremblante.
— Un peu mieux. Je suis contente que vous soyez là.
— Écoute, euh, je suis désolé si je n’avais pas laissé mon téléphone...
— Stop, Ethan, ce n’est pas de ta faute, le rassuré-je en pressant ses doigts. Tout va bien maintenant, je ne veux plus parler de ça.
— D’accord. Nous avons apporté des chocolats et des bonbons, annonce-t-il en les posant sur le matelas.
— Merci, vous êtes adorables. Où est Hayden ?
— Bah, en fait, on pensait le trouver ici, me répond Sandro.
— Non, il n’est pas encore arrivé. Entre le décalage horaire et la fatigue du voyage, j’imagine qu’il récupère son sommeil.
Les garçons se regardent et entre Aaron qui se frotte la nuque en grimaçant et Junior qui jure en sortant son téléphone, je sens que quelque chose n’est pas clair.
— Il y a un problème ? m’enquiers-je.
— Il n’est pas rentré, m’avoue Aaron. On l’a pas vu depuis son retour.
— Oh... Il est passé en début de nuit, mais je dormais. J’espère que tout va bien, je n’ai plus de batterie et...
Et je commence à paniquer, pourquoi n’est-il pas rentré chez lui ?
— T’inquiète pas, Cassie, je suis sûr que tout va bien, j’ai un chargeur dans ma caisse, je vais aller te le chercher et je vais en profiter pour l’appeler.
— Merci, Junior.
Il quitte la pièce en portant son téléphone à son oreille.
— Hayd a dû passer la nuit à la fraternité et il décuite dans un coin.
Merci, Tyler, c’est super rassurant !
— Ce que tu peux être con, Ty, c’est dingue ! Tu crois qu’il a eu envie de faire la fête après ce qui est arrivé à Cassie ?
— Je te parle pas de faire le cake en soirée, Aaron, juste qu’il s’est sûrement déchiré le crâne comme chaque fois qu’il n’est pas bien.
— La ferme ! Tu vas la faire flipper pour rien.
Le ton monte entre les deux et Ethan intervient.
— S’il vous plaît, détendez-vous, ce n’est pas le moment pour se taper dessus.
— Il nous en faut un peu plus, on ne fait que discuter avec calme, là.
— Hé ben, ça doit être sympa, la colocation avec vous ! marmonne Ethan en s’asseyant au bout de mon lit.
— C’est très sympa, même. On se marre plutôt bien.
Nous regardons tous la télé en mangeant les bonbons qu’ils ont apportés quand Junior revient. Pleine d’espoir, j’attends sa réponse avec impatience, mais il me raconte qu’Hayden n’a pas décroché. Mon téléphone en charge, je découvre que je n’ai aucun appel ni message de lui non plus.
Après avoir émis plusieurs hypothèses toutes aussi farfelues les unes que les autres qui justifieraient son absence, les garçons sont repartis, et ma mère est passée une petite heure. J’ai bien songé à lui parler de ma grossesse, mais je me suis ravisée. Elle a eu son quota d’émotions négatives pour le moment, et ce qui m’importe, c’est le monitoring que l’on m’a fait après qu’elle est rentrée à l’hôtel et qui est bon. Me voilà à nouveau seule, sans aucune nouvelle de lui. J’espère juste qu’il n’a pas fait je ne sais quelle connerie. Une chose est sûre, mon humeur se dégrade au fil des heures.
Le repas du soir est minable, tout semble coupé à l’eau ici. La purée de pommes de terre a une couleur plus blanche que jamais et ressemble plus à une soupe qu’autre chose, pas mieux du côté du filet de poisson dur comme de la pierre. Je pourrais y laisser les dents de cette fourchette une par une. Il faudra que je me contente de ce yaourt et de cette banane bien trop mûre. En tout cas, ce que j’ai vécu ne m’a pas coupé l’appétit et le petit survivant à l’intérieur de moi a besoin que je mange de toute façon. Je me rends compte que dans mon malheur, j’ai eu beaucoup de chance. Hors de question que je me laisse abattre, que je rumine ou quoi que ce soit, Wayne et Cooper ont été arrêtés, c’est tout ce qui m’importe. Quelques coups frappés à la porte me redonnent le sourire. Les visites n’étant plus autorisées à cette heure, c’est forcément Hayden.
— Entrez.
Manque de bol, c’est l’interne de garde qui vient prendre de mes nouvelles et me faire une prise de sang. J’espère que demain, j’aurai plus de chance.
***
— Mademoiselle Wilt ? C’est l’heure, on se réveille !
— Mhhh.
La lumière du jour qui traverse la chambre m’aveugle.
— Il est dix heures et j’ai une grande surprise pour vous, m’informe un homme en blouse blanche en ouvrant la fenêtre. Regardez-moi ce temps ! C’est une bonne occasion pour aller faire un tour.
— C’est ça, votre grande surprise ? Je ne sais pas si je vais réussir à marcher jusque dehors, maugréé-je.
— En partie. Il y a quelqu’un qui attend dans le couloir et qui va vous pousser.
Hayden !
Je tourne la tête et aperçois un fauteuil roulant. Le type reprend.
— C’est l’un de vos amis. Une aide-soignante va venir vous aider à vous préparer.
Donc c’est Ethan...
Après qu’elle est passée, je ressemble déjà plus à quelque chose. Hier, ma mère m’a ramené des vêtements. J’ai choisi de passer le plus pratique. Une robe légère qui, en plus, ne frottera pas sur mes hématomes.
— C’est OK, tu peux entrer.
Je suis surprise de découvrir que ce n’est pas Ethan qui fait irruption dans la pièce.
— Salut, la guerrière !
— Junior ? constaté-je en fronçant les sourcils. Je ne m’attendais pas à toi de si bon matin.
— Je suis venu pour faire retirer mon plâtre, je n’allais pas repartir sans passer te faire coucou. Prête, championne ? Je vais t’aider à t’installer dans ton carrosse.
— Merci. Te voilà enfin libéré, je suis contente pour toi.
Junior me soutient comme il peut, et péniblement, je m’assieds dans le fauteuil roulant.
— Ouais, je n’aurais plus à me taper la honte avec l’écriture horrible de ton mec dessus.
Je souris.
— J’avoue qu’il a fait fort.
— C’est Hayd, quoi, on l’aime bien quand même. Allez, go ! Il y a un super parc côté ouest, tu verras, c’est magnifique. Et avec un peu de chance, on pourra apercevoir des paons.
Waouh, chouette ! Et nous voilà partis à traverser les couloirs. Je vais enfin redécouvrir le monde extérieur. J’ai l’impression que je suis enfermée ici depuis des lustres.
— Tu m’as l’air de bien connaître l’endroit ?
— Je suis venu là un nombre incalculable de fois. Entre mes accidents de moto, celui de... Séléna et Joyce, et pour Hayd aussi.
— Oui. Excuse-moi, soufflé-je, mal à l’aise.
— T’en fais pas. Tu veux stunter ? Je peux te faire décoller en arrière avec ce truc, m’annonce-t-il en riant.
— Non merci, mes côtes ne vont pas apprécier, je pense.
— C’est con, c’est assez marrant. Un jour avec Hayd, on a testé une nouvelle figure en bécane, tu le connais, plus c’est dangereux, mieux c’est pour lui, j’ai voulu le suivre dans son délire, c’était dans nos débuts, nous tournions à deux motos, on a tenté le poirier. Nickel. Sauf qu’on s’est pris la même vautre du siècle, au lieu de retomber le cul sur le réservoir, on a atterri par terre écrasés par nos engins. Résultat : chacun une jambe de pétée. Hospitalisés dans la même chambre, on occupait nos après-midi en faisant des courses dans les couloirs. Ça lève pas trop mal.
Junior m’a redonné le sourire.
— Je vous imagine bien, oui. Les pauvres infirmières.
Il avait raison, le parc est magnifique. Quelques paons déambulent avec fierté sur la pelouse très bien entretenue. Junior me pousse sur la petite allée goudronnée jusqu’à trouver un endroit à l’ombre, puis s’arrête à côté d’un banc où il s’assied sur le dossier.
— Junior ? Tu as eu des nouvelles d’Hayden ?
— Regarde sous l’arbre à gauche, là-bas, il y en a deux qui font la roue.
— Junior ?
—… Non, soupire-t-il. Et je ne sais pas quoi te dire de plus, Cassie. Il n’a pas dû repasser à l’appart’, il n’a pas pris de fringues. Sa moto est toujours dans le local de la résidence, donc il est en bagnole, mais personne ne sait où.
— Tu as jeté un œil à Ti Hoax ?
— Oui, et j’ai demandé aux graffeurs, mais rien. Personne ne l’a vu en cours non plus, pas même son entraîneur. C’est bizarre. Je ne vois pas pourquoi il disparaîtrait comme ça, il ne s’est rien passé entre vous qui pourrait justifier ça ?
— Non, rien.
— Je peux essayer de joindre Megan ?
— Oh oui, super idée. J’y avais pensé, mais je n’ai pas son numéro. Ils sont très proches, elle saura forcément nous aider. Vas-y, contacte-la.
Il se lève et part nous chercher une boisson chaude au distributeur tout en l’appelant. J’espère en apprendre plus. En attendant, je regarde partout autour de moi au cas où, mais pas d’Hayden en vue, juste plein de patients accompagnés de leur famille qui profitent du beau temps et du calme de l’endroit.
— Cappuccino pour toi.
Perdue dans mes pensées, je ne l’ai pas entendu revenir. J’attrape le gobelet.
— Merci. Alors ?
— Eh bien, pas grand-chose si ce n’est qu’il ne lui est rien arrivé de grave, c’est toujours ça. Elle en sait plus qu’elle n’a voulu me dire, c’est certain, elle avait une voix fatiguée, le genre qu’on a quand on ne dort pas depuis des jours. Elle m’a raconté qu’il allait bien, mais j’en doute. Sinon, j’ai aussi appelé ma sœur Amy au cas où, elle l’a vu ici le lendemain où tu as été admise, il serait resté avec Noah pendant qu’il se faisait recoudre la main, après qu’il est tombé de vélo. Mais tu l’as vu, après, toi.
Au moins, il est en vie. Dépitée, je n’ai aucune idée de quoi faire d’autre, si ce n’est attendre. C’est horrible.
— Pfff... Ça m’énerve, Junior, je te jure, avoué-je en me triturant les ongles.
— J’aimerais pouvoir t’affirmer qu’il va bien finir par ramener son cul, mais c’est Hayden, il est si imprévisible, ce con.
Il n’a pas tort, ce qui me rassure encore moins.
— Ramène-moi dans ma chambre, s’il te plaît.
Junior s’exécute et, une fois que je suis revenue dans mon lit, il s’éclipse.
Quelques minutes plus tard, ma mère entre, suivie de près par Pitt. Ils déposent chacun leur tour un baiser sur mon front. J’apprécie que mon beau-père ait fait autant de chemin pour venir me voir. Il agit comme un second père et ça me touche.
— Comment tu te sens ? me demande ce dernier, en m’examinant du regard.
— J’ai connu des jours meilleurs, ironisé-je.
— Où est Hayden ? s’enquiert ma mère en prenant place à mes côtés sur le fauteuil.
— Parti faire une course. Vous voulez un chocolat ?
Ma tentative de diversion fonctionne. Pitt me vient en aide en se saisissant de la boîte sur la tablette à côté de moi. Encore une fois, je ne tiens pas à les mettre dans la confidence et leur avouer la vérité. Je n’ai pas le cœur à supporter leurs remontrances. Pendant que nous dévorons les gourmandises que les garçons m’ont apportées tout à l’heure, je réponds à mon téléphone qui sonne. Marina. Elle vient aux nouvelles.
Une heure plus tard, je suis seule. Ce soir, j’ai le moral dans les chaussettes malgré les visites plus celle du médecin qui m’a annoncé que je pourrai peut-être sortir demain. J’ai hâte. Je préfère cent mille fois me retrouver dans ma petite chambre étudiante qu’ici, bien que je n’aie aucune idée de comment je vais me débrouiller.
***
— Elle dort encore ?
— Oui.
— Je repasserai plus tard avec ses médicaments.
Deux voix me tirent de mon sommeil. J’ouvre les paupières sur une chevelure brune et des iris noisette, puis je grimace lorsque l’on me caresse la main.
— Comment tu te sens ?
Megan est à mes côtés, les yeux rougis et la mine fatiguée.
— Bof.
Une larme roule sur sa joue lorsqu’elle dégage les mèches de mon visage avec bienveillance.
— Je t’ai apporté des fleurs, des pancakes, du…
— Où est Hayden ? la coupé-je.
Elle agite un petit pot en métal devant moi, et continue de faire diversion, la gorge nouée.
— Du cappuccino pour toi, je sais qu’ici, ils n’en ont pas. Je t’ai même ramené un super livre. Il sera au programme l’année prochaine, tu pourras prendre un peu d’avance sur les autres.
— Megan, arrêtez ! fais-je en haussant le ton. Où est votre fils ?
Elle plonge son regard en détresse dans le mien et au moment où elle s’apprête à parler, la porte s’ouvre sur un médecin tout enjoué. L’homme se place en face de mon lit, un dossier dans les bras.
— J’ai encore un super programme pour vous, mademoiselle Wilt. Prise de tension, radio, prise de sang. Madame, je vais vous demander de sortir, s’il vous plaît.
— Attendez. Megan, j’ai besoin de savoir, ne me laissez pas comme ça. Répondez à ma question, la supplié-je.
— Je suis désolée, Cassie, s’excuse-t-elle en évitant mon regard. Je… Je suis vraiment, vraiment, vraiment désolée.
Puis elle quitte vite la chambre en s’essuyant les joues.
De quoi ? Pourquoi ?
Et toute la journée, je l’ai passée comme ça, à douter, à angoisser, à pleurer et à désespérer.
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