Révélations (Surf on love) (French Edition)
Chapitre 5
Ma première nuit dans mon tout petit lit. Hayden dirait que c’est glauque. Ça me déchire un peu plus le cœur de penser encore et toujours à lui. Pourquoi l’amour fait-il si mal ? Je remonte le son de la télé, ce qui ne dérange pas ma colocataire qui ronfle. Ça va être un enfer si c’est tous les soirs comme ça. Je tourne en rond dans ce lit étriqué, en essayant de me concentrer sur le film. Rien n’y fait, je focalise trop sur ce bruit régulier qui agresse mes tympans.
Si seulement j’étais encore dans mon appartement, je me serais levée, j’aurais regardé un bon film dans le canapé avec un pot de crème glacée sur les genoux. Nostalgie quand tu me tiens, il ne faut surtout pas que je m’engage sur ce terrain-là, sous peine de cauchemarder.
Le boucan dans le couloir ne m’aide pas à apaiser mes angoisses nocturnes. Rien n’est isolé, on entend tout, en particulier une voix féminine. Il est deux heures trente-deux, je pensais que les étudiantes ici seraient plus raisonnables que dans les résidences ou les sororités. C’est du moins ce que l’on m’a fait comprendre. Allongée sur le côté, je cale mon oreiller sur ma joue pour atténuer au maximum ce vacarme, mais ça continue plus fort, accompagné de bruits sourds retentissants par moments. Puis encore des cris, la fille s’énerve. C’en est trop, je vais lui dire ma façon de penser. Repoussant les draps, je me lève, bien décidée à lui faire fermer son clapet. J’ouvre la porte, et vais me chercher un gilet pour couvrir mon pyjama avant de sortir. Quelqu’un frappe à toutes les chambres. La fille crie à nouveau.
— Ça ne sert à rien ce que tu fais, j’appelle la sécurité si tu ne pars pas tout de suite ! Je connais tout le monde ici, il n’y a pas de Cassita !
Hayden... Nom de Dieu, qu’est-ce qu’il fiche là ?
La petite brune le tire par sa veste de toutes ses forces, bien décidée à en découdre. Très vite, les portes s’ouvrent et les insultes fusent des quelques étudiantes aux cheveux ébouriffés, la voix pâteuse. Puis elles retournent dans leurs chambres.
Avec difficulté, Hayden se rapproche de la fille.
— Appelle ! Tiens, prends mon téléphone, même, si tu veux.
Il a bu en plus ?
Je n’ai pas d’autres choix que de m’en mêler afin que ça ne vire pas au
drame.
— Hayden ?
Lorsqu’il se tourne vers moi, il lève les bras en signe de victoire.
— Bébé ! s’écrie-t-il.
Je confirme qu’il a abusé de la boisson et pas qu’un peu...
— Tu vas avoir des ennuis, toi, je te préviens ! me crache la petite brune, en me pointant du doigt.
Je lui fais comprendre qu’elle ferait bien de rentrer chez elle avant que je m’énerve puis je m’approche de lui.
— Qu’est-ce que tu fais là ? C’est interdit aux mecs ici ! énoncé-je, flippée que le gardien débarque.
Mais je ne mets pas longtemps à faire le rapprochement.
Putain, il faut sans cesse qu’Ethan me balance.
C’est un réel souci, mais un problème à la fois, je sens que celui que j’ai en face de moi va être compliqué à gérer.
— Je suis là en ami, déclare Hayden, les yeux rougis.
En ami, vraiment ? On en est là, maintenant. C’est toujours mieux que de ne plus se voir ou s’écharper, mais quand même, ça me fiche un sacré coup de penser à faire copain-copine avec lui. Découvrant la fille au téléphone, je le lui arrache des mains en lui disant que je contrôle la situation.
Résignée et pleine de colère, elle s’arrête avant de regagner sa chambre.
— Si je le revois traîner là, je n’aurai aucune pitié pour ton mec !
— Je ne suis plus son mec, la raille Hayden, déçu, elle ne veut plus de moi.
— Je la comprends !
Et elle claque sa porte de chambre. De mon côté, je ne trouve rien de mieux que de le pousser vers la mienne.
— Hum... Tout doux, rapace, je peux encore marcher tout seul.
— Alors, avance.
Il grogne et s’arrête devant ma chambre, en pointant la double porte bleue au fond du couloir.
— C’est là-bas que tu te touches ? Attends… Nan, c’est pas ça..., pouffe-t-il. Douche ? Putain, quel con !
Il explose de rire et je le pousse avant que l’une des filles ne sorte à nouveau pour nous enguirlander.
— Rentre ! Et je t’en supplie, tais-toi ! Je ne suis pas seule ici.
J’allume ma petite lampe de chevet et lui montre le second lit où Olivia dort à poings fermés, en mettant mon index sur ma bouche. Je ne sais même pas pourquoi je suis en train de faire ça, j’aurais dû le laisser se faire ramener à la résidence par le gardien, mais avec les ennuis qu’il a dû avoir pour s’être battu avec Junior, mon cerveau de gentille n’a pas envie qu’il se fasse virer non plus. Il se tient contre la porte et passe ses mains dans ses cheveux.
— Putain, je suis déchiré complet !
Puis il s’avance vers moi, et péniblement, son doigt vient tapoter le bout de mon nez. Je m’écarte et pars lui chercher un verre d’eau. Quand je ressors de la minuscule pièce, il est devant le lit de ma colocataire et il rit doucement.
— Hayden, qu’est-ce que tu fais ? le questionné-je, les sourcils froncés.
— Chelou, son machin, constate-t-il en pointant le visage de ma coloc’. C’est Robocop, la meuf ou quoi ?
— Parle moins fort et grandis un peu ! C’est un casque pour appareil dentaire.
Il fait de grands signes d’excuse et essaie de reprendre son sérieux. Je ne peux pas m’empêcher de sourire. Le premier sincère depuis des jours, et comme d’habitude, c’est encore lui qui y arrive. Je lui tends le gobelet qu’il prend, mais ne boit pas, il le pose sur la commode puis enlève sa veste et ses boots.
— Non, non ! Tu vas partir, je vais te ramener. Mais il va falloir être discret, OK ?
— Laisse-moi pioncer là avec toi, me supplie-t-il.
— Impossible, c’est interdit.
— Donc tu n’es pas contre.
Mes yeux se lèvent au ciel.
— Chut ! Bien sûr que si, je suis contre, mais les amis ne dorment pas ensemble dans un si petit lit.
Mes paroles me retournent l’estomac. Il se rapproche de moi et sentir à nouveau son parfum m’occasionne un pincement au cœur.
— Ma super amie a peur de ne pas réussir à se contenir, pas vrai ?
Mode « lover » activé !
— Ne sois pas aussi sûr de toi, avec ce que j’ai appris ces derniers temps, beaucoup de choses ont changé, Hayden.
Je ne suis pas certaine que ce soit le bon moment ni l’endroit pour parler de ça, alors que ma colocataire ronfle à deux mètres de nous.
— Tu ne sais rien du tout, parce que tu n’en fais qu’à ta tête de cochon, petite Wilt, déclare-t-il en tapotant le bout de mon nez.
— Il n’y a pas grand-chose à dire de plus, et arrête de faire ça ! lui ordonné-je en tournant mon visage.
— Tu préfères que je fasse ça...
De son doigt, il effleure mon cou.
— Je sais que tu adores quand je fais ça... Hum, c’est bon, hein ? Cassssssss...
— Cesse, s’il te plaît.
Je me décale. À quoi il joue, c’est terrible de me faire ça. Pire, c’est dégueulasse. Quand il siffle pour faire taire les ronflements d’Olivia, je soupire en secouant la tête.
— Allez, je te ramène jusqu’en bas, après, tu te débrouilles.
— Les amis ne se comportent pas comme ça, bougonne-t-il. T’es vache avec moi, Cassandra.
— Comble de l’ironie, laisse-moi rire... Hahaha ! On y va, j’ai dit. Et maintenant ! tranché-je.
Encore un sifflement. Il ne va jamais s’arrêter et je ne vais pas réussir à le faire sortir de ma chambre. C’est un cauchemar.
— Une vraie machine à vapeur, tu ne tiendras pas longtemps ici.
— Si ta sœur ne m’avait pas virée, je ne serais pas là. Je n’ai nulle part d’autre où aller.
Je suis déterminée à partir et lui fais mon regard le plus méchant possible. Sauf qu’il vient d’activer le mode casse-bonbons... à la fraise. Il joue avec son piercing pour me déstabiliser. Enfin, c’est plus un tic chez lui, mais il sait très bien l’effet que ça me fait.
— Je peux pas, je suis beaucoup trop déchiré pour ça et j’ai pas mes clefs, énonce-t-il, calme.
— Tu es sérieux ?
Hochant avec lenteur sa tête et me faisant son plus beau sourire, je cède vite. Bon sang, je suis trop lâche et faible quand il est près de moi, ça me tue. Je n’ai jamais vu une tête de mule comme lui, aussi craquante. Hayden en joue et c’est diablement dur de résister.
— Tu restes sur ce fauteuil, je te préviens, et donne-moi ton téléphone, comme ça je règle l’alarme une heure avant qu’on se lève pour qu’elle ne te voie pas, d’accord ?
— Ça fait quoi, ça, du huit heures ? réfléchit-il en frottant son menton.
— Non. Six heures.
— Beaucoup trop tôt. C’est mort, refuse-t-il en secouant la tête.
— Alors, tu t’en vas.
— Six heures trente ?
— Non, six heures. Elle se lève à sept.
— Je ne vais pas mettre une heure pour me barrer. Six heures quinze ? négocie-t-il.
Mes épaules s’affaissent de désespoir et je soupire avec force face à son caractère de cochon.
— Hayden..., dis-je, blasée.
— Cassie..., répond-il sur le même ton avant de sourire tel l’insolent qu’il est.
Je lui fais une grimace puis plaque ma main sur sa bouche pour étouffer son rire. Sa langue caresse ma paume. Comme brûlée, je la retire vite et règle l’alarme sur son portable avant de lui rendre.
— Six heures. Bonne nuit.
Je me couche pendant qu’il se jette dans le fauteuil, une jambe sur l’accoudoir et un bras derrière la tête. Cela pourrait faire une belle photo pour une couverture de magazine, la pose qu’il tient est ultra-sexy. Ses tatouages sont mis en valeur par son tee-shirt blanc cintré, et son traditionnel jean clair usé qui le moule si bien... Je divague. Je ne comprendrai jamais, moi, il faudrait me photoshopper et je passerais des heures à trouver la bonne position. Je m’égare clairement. La plaisanterie a assez duré et me fait plus de mal que de bien, alors j’éteins la petite lampe.
— Tu vas passer la pire nuit de ta vie à dormir comme ça, chuchoté-je.
— Tu veux dire habillé ? Je peux me foutre à poil, mais je suis pas sûr que Robocop apprécie si elle ouvre les yeux.
Oh, pitié, j’espère qu’elle n’est pas du genre à se réveiller la nuit, je n’avais pas pensé à cette option.
— Je voulais dire, dans cette position.
— Je m’en fous tant que je suis près de toi. J’aurais dormi par terre ou devant ta porte s’il le fallait. Je t’attendrais le temps nécessaire. Je suis sincère.
Face à cette confidence, mon cœur et ma tête jouent les montagnes russes. Je me reprends en frottant mes mains moites sur mes cuisses.
— Non, comme tu as bu, tu racontes encore n’importe quoi. Je te connais plus que tu l’imagines.
— Je suis pas si bourré que ça, je suis très lucide, rétorque-t-il, la voix basse.
Il est d’un tel sérieux qu’en effet, je le pense moins ivre que la dernière fois.
— Dans ce cas, tu peux rentrer chez toi si ça va.
C’est très con, mais je regrette d’avoir prononcé ces mots. Je n’ai pas envie qu’il parte. C’est plus que con, bon sang. Cassie, il s’est joué de toi. Ouvre les yeux !
— Je suis trop bourré pour ça.
J’esquisse un sourire qu’il ne peut pas voir dans le noir.
— Tu m’as pas laissé le temps de me connaître assez, poursuit-il.
La conversation a pris un tournant sérieux.
— J’en sais déjà beaucoup sur toi.
— En un sens oui, je n’ai jamais permis à personne de s’approcher autant.
— Flattée. Bonne nuit, Hayden.
Je préfère la jouer ironique sur ce coup-là.
— Bonne nuit, béb... Cass, se rattrape-t-il.
Je ne réponds pas et reste dix bonnes minutes à fixer le plafond et à compter les séries de ronflements d’Olivia, en me demandant ce qu’il est venu faire là ce soir. On ne peut définitivement pas se passer l’un de l’autre, c’est un fait.
— Chaton, tu dors ?
Mon cœur fait un bond dans ma poitrine. Ce surnom…
— Oui.
Il se bidonne comme un idiot avant de reprendre son sérieux.
— Tu l’as revu, Jesse ?
Je soupire. J’aurais bien envie de le faire mariner, mais j’aspire à sombrer.
— C’est juste une question. J’ai besoin de savoir.
Si je ne dis rien, amis ou pas, cette histoire va me retomber dessus tôt ou tard.
— Oui, avoué-je.
Silence. Je tourne la tête vers Olivia qui s’est arrêtée de ronfler et qui bouge légèrement. Je retiens mon souffle et elle semble roupiller encore. Du côté du fauteuil en revanche, ça renifle deux fois de suite. Dans la pénombre, j’aperçois sa main frotter d’un geste vif son visage.
II pleure ? Hayden Calaann est réellement en train de pleurer ?
Mon cœur se fend, impossible de rester insensible face à ça. Je me sens obligée de faire quelque chose. Je choisis de dire les choses au lieu de me jeter à son cou, c’est plus sain.
— Une fois, pour prendre un café... juste, pour prendre un café.
Il ne bronche ni ne bouge pas. Soulagée qu’il ne renifle plus, je l’observe quelques minutes jusqu’à ce que je l’entende ronfler. À mon tour, je finis par sombrer dans le sommeil en rêvant du bad boy qui verse une larme, de moi qui m’avance vers lui, d’une Séléna qui m’en empêche et le console.
Quand mon réveil sonne, mes yeux se posent sur le fauteuil. Il est vide. Hayden est bien parti. Pourtant, je n’ai pas entendu l’alarme de son téléphone.
La porte s’ouvre sur Olivia déjà apprêtée. Pourvu qu’elle ne l’ait pas croisé. Je tâte le terrain.
— Ça va, bien dormi ?
— Très bien, j’espère que toi aussi ?
— Oui, mens-je.
Elle n’a rien remarqué de ce qui s’est tramé ici, sinon elle n’aurait pas eu cette réaction. Après avoir fait mon lit, je rassemble mes affaires pour aller me doucher. Dans quelques jours, c’est mon anniversaire et je suis censée rentrer à San Diego demain pour le week-end. Si cela ne tenait qu’à moi, je prendrais la route de suite sauf qu’une journée bien remplie m’attend à la fac et je ne peux plus me permettre de louper des heures.
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