Révélations (Surf on love) (French Edition)
Chapitre 27
Ce matin, je traîne des pieds pour me préparer, histoire de grappiller plus de temps avec lui. Je sais d’avance que cette journée va être triste. Quand je reviens dans la chambre après ma douche, Hayden est levé, habillé et semble pressé de partir.
— Je te dépose, tu commences par quoi ?
— Science. Bâtiment C, à gauche après le self.
À cette référence de la rentrée quand j’étais perdue, nous éclatons de rire. C’est notre façon de dédramatiser la situation. Je continue de prendre mon temps en vérifiant que mon sac de cours est bien complet.
— Cass, on peut y aller ? s’impatiente-t-il en tapant du pied.
— J’aimerais attendre Olivia, elle ne devrait pas tarder à revenir de la douche. Je fais le trajet avec elle, le jeudi.
— T’auras qu’à lui dire que tu pensais qu’on était mercredi. Allez, on se barre !
— Non. C’est mon amie, je ne veux pas lui mentir.
Hayden soupire avec force et s’adosse au mur en regardant l’heure sur son portable.
— J’attends deux minutes. Pas une de plus. Si Robocop n’est pas là, moi, je me casse !
— Tu es pressé de me quitter ?
— Nan, t’es dingue, mais je n’ai pas que ça à foutre de l’attendre, elle. Sans déconner, pourquoi t’es pote avec une chose pareille ?
— Elle est humaine, Hayden. Un peu de respect.
— Alors par « respect », je vais m’abstenir de te dire ce que je pense d’elle, mais ça me coûte. Les deux minutes sont écoulées. Go.
Il n’a pas le temps de faire un pas qu’Olivia passe la porte de la chambre. Je me retiens de rire devant son air dégoûté et nous décampons tous les trois. Pas de gardien ce matin, nous sortons du dortoir puis Hayden accélère le pas. Nous arrivons bien trop vite au bâtiment des sciences. Ma colocataire part de son côté et je prie pour qu’Ethan ait un peu de retard. Je sais qu’Hayden aspirait à lui parler, donc il va l’attendre avec moi, ce qui veut dire encore un peu plus de temps avec lui. C’est minable de ma part, mais je n’ai pas envie de me séparer de lui et en même temps, cela m’ennuierait qu’il manque son vol. Malheureusement pour moi, Ethan se pointe en courant.
— Désolé, j’ai loupé le réveil, s’excuse-t-il, essoufflé.
— Ne t’inquiète pas, nous venons juste d’arriver, le rassuré-je.
— T’as foiré ta coiffure aussi, nan ? Et tu t’es fringué dans le noir ou bien ? le raille mon homme.
Bien qu’il n’ait pas beaucoup dormi à cause de mon petit lit, il est sacrément en forme ce matin.
— J’ai fait vite, Hayden. Donc j’ai pris les premiers vêtements qui me sont tombés sous la main, et je n’ai pas eu le temps de me coiffer. Tu sais, parce que tu m’as saoulé hier pour que je sois à l’heure aujourd’hui ! Je me suis dit que j’avais plutôt intérêt à me dépêcher pour que tu ne m’en mettes pas plein la tête. Au final, je suis habillé n’importe comment et je me fais quand même engueuler par « Sa Majesté » qui, elle, n’est jamais ponctuelle.
— Ahlalalalala, ça y est, tu m’as donné mal au crâne, rétorque Hayden en se massant les tempes.
Ethan réplique, mais je ne les écoute plus, mon cerveau est sur pause. Je profite juste de ces dernières minutes auprès d’Hayden pour caresser son dos, en faisant courir mes doigts sous ses vêtements, sur sa peau douce et chaude. Il me ramène sur terre lorsqu’il me prend dans ses bras.
— Dans combien de temps est ton avion ?
— Dans deux heures. Faut que j’y aille si je veux avoir le temps de me doucher et de faire ma valise.
— Tu n’as pas fait ta valise ? m’étonné-je.
Et en même temps, pourquoi cela me surprend ? Il hausse les épaules comme si c’était normal. Telle une enfant, je me colle davantage à lui, il m’est impossible de m’en détacher.
— Bébé, là, il faut vraiment que je me tire.
Après une multitude d’embrassades et de petits mots mignons, il s’éclipse et c’est la seule fois que je ne le regarde pas s’éloigner. Je n’y arrive pas. C’est trop dur. Au lieu de ça, je fixe un arbre à quelques mètres devant moi. Ma vision est trouble bien que je prenne beaucoup sur moi.
— Cassie… Ça va aller, chuchote Ethan avec bienveillance.
Il pose une main réconfortante sur mon épaule. Je hoche la tête pour confirmer ses dires, mais je mens, cette séparation va être terrible. Parce qu’il est parti, parce que mes émotions sont décuplées par la grossesse, parce qu’il n’est toujours pas au courant et parce que j’ai encore envie de vomir, bon sang ! Par chance, je ne rends pas et de toute façon, je n’ai rien dans l’estomac. Avec Ethan, qui a la tête comme une pastèque à force d’avoir écouté les sermons d’Hayden pour qu’il ne me lâche pas, nous rejoignons notre classe. Je ne suis pas fan à l’idée d’être chaperonnée pendant une semaine, mais je vais suivre ses conseils et rester sur mes gardes.
À la pause déjeuner, mon demi-frère prend son rôle de garde du corps trop au sérieux en regardant partout autour de lui quand nous traversons les couloirs pour nous rendre au self.
— Arrête ta parano, le supplié-je.
Il me sourit, entre dans le réfectoire, attrape un plateau puis met quelques frites dans son assiette. La mienne déborde de nourriture. Je chope un yaourt en plus, une part de gâteau au chocolat, et une de tarte aux pommes. En fait, tout me fait envie. Cette pâtisserie aux fraises, ce cheesecake, même ce fromage que j’ai aperçu juste avant qui dégoulinait dans sa petite coupelle, et dégageait une odeur si puissante qu’elle en ferait tomber les mouches, m’a fait de l’œil. Je me doute que tout va finir dans les toilettes, mais c’est plus fort que moi.
— Tu n’as pas mangé depuis quinze jours ? me demande Ethan en faisant les gros yeux.
— Je n’ai rien dans l’estomac depuis hier soir et j’ai faim, c’est un crime ? réponds-je, à cran.
Ethan me dévisage avec surprise. Je l’ai vexé, ce n’était pas mon intention.
— Excuse-moi. Je ne voulais pas m’agacer.
Je soulève mon plateau qui pèse son poids et nous partons chercher une table libre.
— Alors, tu vas faire quoi de ta semaine sans lui ? m’interroge-t-il quand nous prenons place.
— Déprimer ? grimacé-je.
— Oh arrête, on va s’éclater. D’ailleurs, ce soir, on pourrait aller au ciné ?
— C’est gentil, mais je vais profiter de son absence pour rattraper mon retard. J’ai deux devoirs à rendre pour demain.
— On peut s’asseoir ?
La bouche pleine de poulet, je relève la tête sur Junior, Aaron et Tyler tout en affichant un visage surpris.
— Nous pouvons aller ailleurs si tu veux pas.
Les yeux de Junior sont remplis de peine et les deux autres dansent d’un pied sur l’autre derrière lui. Contente qu’il fasse le premier pas, mais peu sereine, je lui souris.
— Non, au contraire. Asseyez-vous.
Je me décale en faisant glisser mon repas pour leur laisser de la place. Visiblement, Junior est aussi gêné que moi. Je brise la glace.
— Je suis désolée, Junior, pour tout ce que j’ai dit sur ta sœur.
Il balaye mes propos d’un revers de la main.
— Ça va, c’est oublié, je n’aurais jamais dû renverser ton plateau, excuse-moi aussi. En fait, on est tous un peu désolés.
Il se retourne vers les garçons et je me confonds encore en excuses.
— T’es la nana de notre meilleur pote, ajoute Aaron, et puis on t’aime bien quand même, hein, les gars ?
Tous acquiescent.
— Désormais, avec toi, ce sera comme avec Hayd, à la vie à la mort, réplique Tyler en me tendant sa paume.
Les deux autres imitent son geste. À la fois ravie et touchée, une larme m’échappe que j’essuie vite avant de taper dans la main de chacun.
— Merci.
Sous le coup de l’émotion, ma voix est à peine audible.
— Normal ! Bienvenue officiellement dans la bande. Bon, on bouffe ?
Je suis contente de les retrouver et que ce soit arrangé. Étant la seule fille, je les écoute d’une demi-oreille discuter d’un tas de sujets qui ne m’intéressent en rien. Mon assiette terminée, je me concentre sur mes desserts pour savoir lequel je vais dévorer en premier.
— Dis donc, t’avais la dalle, toi ! La dernière personne que j’ai vu bouffer autant, c’est ma sœur Amy quand elle attendait Noah, déclare Junior.
Comme si tout venait de s’éclairer en lui, Ethan lâche sa cuillère et me fixe avec surprise. Je l’ignore.
— C’est l’amour, crétin, se moque gentiment Aaron.
— Oui, c’est ça, mens-je. Et puis j’ai toujours été une bonne mangeuse.
— T’as bien raison, rétorque Junior en essayant tant bien que mal de s’alimenter de la main gauche à cause de son plâtre.
— Moi, je pense que c’est parce qu’Hayd est parti. Tu compenses, quoi, me dit Tyler.
J’acquiesce. Ethan, en face de moi, secoue la tête en croquant dans sa pomme et la conversation dévie enfin de ma subite obsession pour la nourriture.
— On fait quoi, ce soir, les gars, on va à la fraternité ou on se fait un truc à la maison ? leur demande Junior.
— Une soirée tranquille à l’appart’. J’ai besoin de calme après la cuite d’hier. Cassie, tu es partante ?
— Non merci, Aaron. C’est gentil, mais j’ai beaucoup de boulot qui m’attend.
— Demain alors ?
— Je ne sais pas trop.
— Ce sera pépère. Jeux de cartes, alcools. Allez, faut que tu te ramènes, ça va être cool. Il n’y aura que nous et peut-être Sandro. Ethan, viens aussi si tu veux.
Nous nous regardons puis on finit par accepter. Après tout, ce n’est pas la fraternité et ils ne fréquentent pas Cooper. Je suis sûre d’être en sécurité avec eux. Je soupçonne d’ailleurs Hayden de les avoir quand même prévenus de me chaperonner malgré mon interdiction hier soir.
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