Révélations (Surf on love) (French Edition)
Chapitre 29
J’envoie un SMS à Ethan pour lui dire que je lui amène mon devoir de maths demain. Exténuée, plus le fait qu’Hayden m’en veuille, je suis d’une humeur fébrile. Après avoir saisi ma trousse de toilette, je sors prendre ma douche. J’aime bien me laver en fin de journée, en général, je suis tranquille. Pas besoin de patienter une éternité pour avoir une cabine libre. Je me savonne en regardant mon ventre. Le soir, il est un peu gonflé. Il va vraiment falloir que je parle à Hayden, peu importe sa réaction même si je me doute qu’elle sera négative. Il a le droit de savoir. Plus j’attends, pire ce sera. C’est décidé, dès son retour, je lui annonce ma grossesse. Le seul point positif de notre longue distance, c’est que je vais grappiller trois jours de plus parce que je ne peux pas le faire par téléphone. C’est pathétique de penser ça et pourtant, ça m’arrange bien.
De nouveau dans ma chambre, je découvre qu’Ethan m’a répondu.
[Je t’attends en bas du dortoir à vingt-trois
heures]
Ce qui me laisse à peine un quart d’heure pour me sécher les cheveux, quitter ce combi-short de nuit et m’habiller. Je ne pensais pas être restée aussi longtemps sous la douche. Ethan aurait pu attendre demain. Une fois prête, je ne m’attarde pas et descends le devoir en main. Le gardien est absent. La pluie a cessé, mais il ne fait pas chaud, on a perdu en degrés. Qu’est-ce que tu fous, bon sang ? Je suis congelée et fais les cent pas pour me réchauffer. Au bout de cinq minutes, je l’appelle. Pas de réponse. Il est capable de s’être endormi. Mon portable sonne quelques secondes plus tard.
[Désolé, j’arrive. Je suis sur le côté du
dortoir]
Je m’avance pour aller à sa rencontre, mais c’est désert. Pas d’Ethan en vue. Je commence à perdre patience, il me fait poireauter dans le froid. Je pars vers l’autre côté du bâtiment, avec un peu de chance, il est passé par derrière et va débarquer par là. C’est dingue comme c’est calme par ici, rien à voir avec les résidences où il y a toujours des étudiants dans les allées. C’est appréciable. Pour cause, un bruit me fait sursauter vivement.
— Tu m’as fait peur, toi !
Il faut que je me détende, c’est juste un chat.
Des pas se font entendre avant que je n’arrive à l’angle du bâtiment. Ce n’est pas trop tôt ! J’ai failli attendre !
— Enfin ! Tu en as mis du temps, râlé-je.
— Surprise !
Je me fige sur place en laissant tomber ma copie double, les jambes tremblantes. Dites-moi que c’est une mauvaise blague et que je vais me réveiller...
— Ethan ! Ethan ! m’écrié-je, apeurée.
Je continue de l’appeler en hurlant un peu plus.
Wayne, qui se tient devant moi avec un rictus vicieux, agite un téléphone dans sa main.
— Tu peux brailler tant que tu veux, il ne viendra pas. Ton pote devrait faire attention à ses affaires. Laisser son portable sur le comptoir chez Joe’s pour aller pisser n’était pas une bonne idée.
Il ramasse la feuille à mes pieds. J’en profite pour filer, mais il me rattrape vite par le bras en me serrant beaucoup trop fort.
— Tu n’iras pas bien loin, n’essaie pas de m’échapper encore une fois, crache-t-il la mâchoire serrée. Et merci pour les maths, mais tu peux le garder.
Il le froisse dans sa main en souriant et le balance. Tétanisée, je tente le tout pour le tout.
— Hayden est de l’autre côté. Hayden !
Je crie et cette fois, Wayne me chope par le cou.
— Ta gueule ! Bien tenté, mais je sais que ton mec est en France. On est bel et bien seuls, tous les trois ici.
Quoi ? Non !
Wayne me lâche et je tourne la tête vers Cooper, les mains dans les poches de sa veste de football qui s’approche de nous. C’est le pire des scénarios. Sur son visage, il porte les blessures qu’Hayden lui a infligées avant de partir.
— Wilt ! Comment vas-tu depuis le temps ? s’exclame-t-il, un pique en bois dépassant de sa bouche. C’était compliqué de te mettre le grappin dessus, tu es rarement seule.
Il fait craquer ses doigts en s’avançant un peu plus vers moi, je recule, la peur au ventre.
— Qu’est-ce que vous me voulez au juste ? tremblé-je.
— S’amuser. Tu n’es pas sans savoir que Calaann a baisé ma copine et la sœur de Wayne avant la rentrée. Je dois t’avouer que nous avons mis du temps à trouver ce qu’on aurait pu lui faire pour se venger, ce n’est pas le genre à se laisser marcher sur les pieds. Avec Wayne, on a commencé par s’en prendre à la petite Ely pour qu’elle écoule le stock de came dans son collège. La teigne n’est pas docile. Mon frère a su y faire quand même avec elle, sauf que je suis en colère parce qu’il est dans la merde maintenant... Enfermé en maison de correction à cause de cette gamine qui a parlé... Et puis tu es arrivée, et ça fait déjà quelque temps que Calaann est avec toi. Surprenant, non ? Depuis la mort de Séléna, le pauvre, il était tellement paumé, se moque-t-il.
Son sourire me donne la nausée et un profond sentiment de haine envers ce type m’assaille.
— La question que je me pose, reprend-il, songeur, c’est... Qu’est-ce que tu as de si spécial pour qu’il reste avec toi ? Connaissant Calaann, tu dois être un bon coup, alors tu vois comme il a l’air de tenir beaucoup à toi, que mes petits messages sur papier n’ont pas eu l’effet escompté, on s’est dit que le meilleur moyen de l’atteindre, ce serait de t’avoir pour nous. Une sorte de coup de grâce. Tu comprends ? Tu as vraiment un visage d’ange, je suis désolé que ça tombe sur toi, mais il faut bien que quelqu’un trinque pour ses conneries. Et tu es la personne idéale, Wilt.
Putain, il me dégoûte ! Ce n’est pas moi qui étais visée depuis le début, mais Hayden.
— Et n’oublions pas de remercier Joyce !
— Évidemment, merci, Wayne. Quelle débile, celle-ci, un peu de coke et hop, on en fait ce qu’on en veut. Allez ! Avance ! m’ordonne-t-il.
Il me file un coup dans les mollets et me pousse jusqu’à un gros 4x4 noir.
— Ne me touche pas ! me défends-je.
J’ai crié dans l’espoir que quelqu’un m’entende, mais c’est bel et bien désert et ils le savent très bien.
— Oh, oh, oh, pourquoi tu t’énerves comme ça ? réplique Cooper sur un ton calme. Calaann n’a pas une très bonne influence sur toi, on veut juste s’amuser un peu et tu m’as l’air de faire une parfaite distraction. Monte !
En fouillant dans mes poches, il m’arrache mon téléphone et le balance sur le siège passager.
Je me retrouve à l’arrière à côté de Wayne, les portes verrouillées. Il sort une lame de rasoir de sa veste et me la montre en tapotant ses doigts dessus. Mon cœur s’accélère davantage et ma gorge s’assèche.
— Si tu tentes quoi que ce soit, ton mec ne te reconnaîtra pas, pigé ?
Complètement paniquée, je hoche la tête et j’ai envie de lui cracher au visage quand il approche le sien à quelques centimètres du mien, il empeste l’alcool et l’herbe. Je tourne la tête. À travers la vitre teintée, je me rends compte que nous avons passé les résidences, on se dirige tout droit vers les fraternités. Pitié, non !
— Ça va être une super soirée, tu verras, me fait Wayne. Ne t’inquiète pas, nous n’allons pas chez nous, nous nous sommes invités chez les Scott pour que ça te semble plus familier. On n’est pas des enfoirés.
Ils se marrent tous les deux et ça me dégoûte un peu plus. Un halo lumineux éclaire l’habitacle et mon portable se met à sonner. Je m’agite et Wayne serre ma mâchoire.
— Tranquille, on a dit !
Je ferme les yeux et ravale la boule dans ma gorge qui ne cesse de grossir au fil des minutes.
Cooper s’en empare, passe son doigt sur l’écran et le porte à son oreille, puis attend quelques secondes avant de parler.
— Comment sont les petites Françaises ? Bonnes ?
Une larme s’échappe et roule sur ma joue. Le rire de Cooper me donne envie de l’étriper.
— Hayden ! crié-je.
Une violente gifle vient s’écraser sur mon visage.
— Ferme ta gueule ! me hurle Wayne, les dents serrées.
—... Son intégration..., reprend Cooper en ligne avec Hayden. Arrête de brailler, je vais en prendre soin... Ça ne te réussit pas, la vie parisienne... Tu réfléchiras à deux fois la prochaine fois avant de sauter sur la famille... Je m’en branle, Calaann, que ce soit elles qui se soient jetées sur toi... Calme les insultes, ce n’est pas dans ton intérêt.
Je peux entendre Hayden hurler dans le téléphone jusqu’ici. Cooper finit par raccrocher et lance mon portable dans le vide-poche central avant de se garer devant la fraternité. Je n’imagine même pas la rage qui doit bouillonner à l’intérieur d’Hayden.
— Nous avons là un homme très en colère.
Et ils se fichent à rire tous les deux. Le mot est faible, il doit être fou furieux.
— Les autres vont me trouver, tu n’es vraiment pas malin, espèce de connard ! aboyé-je.
Seconde gifle qui, cette fois, m’écrase la tête contre la vitre.
— Nous ne venons jamais à celle-là, le temps qu’ils comprennent qu’on t’a amenée ici, on se sera déjà bien amusés. Allez, sors et souris.
Wayne me pousse dehors. Cooper marche tout en me tenant fermement par les épaules pour s’assurer que je ne lui échappe pas. Avec le nombre d’étudiants présents, je vais bien me débrouiller pour faire des signaux discrets. Très vite, je me retrouve à l’intérieur à côté du bar improvisé. Je fais de gros yeux à chaque personne que l’on croise en espérant qu’on me vienne en aide, cependant personne ne nous prête attention.
— T’as mis la dose, dis donc ! s’esclaffe Cooper en mordillant son bâtonnet de bois tout en reluquant les fêtards.
— Je vais en rajouter pour être sûr.
Wayne sort une plaquette de sa poche et craque quelques comprimés roses dans l’immense seau de ce qui me semble être du punch, avant d’en prendre chacun un verre et de m’en tendre un. Je tourne vite la tête et les larmes coulent de plus belle sur mes joues.
— Bois ! Avec le rhum, ça passe bien.
J’envoie valser le gobelet d’un revers de la main. Le liquide jaune se répand sur sa veste. Je n’ai pas le temps de faire deux pas qu’il m’attrape par les cheveux et m’entraîne à travers le salon, suivi de près par Wayne qui se saisit d’une chaise au passage. Je hurle de toutes mes forces et ça ne gêne personne. Les étudiants sont trop défoncés. Seule face à ces deux monstres, ils peuvent faire ce qu’ils veulent de moi. Ils me poussent avec force dans la salle de bains et bloquent la porte derrière eux à l’aide de la chaise, puis mon corps se retrouve plaqué contre le mur. Un violent coup de pied balaye mes jambes et je tombe au sol.
— Bande de connards ! crié-je en pleurant tout en passant par réflexe une main sur mon ventre.
Tant bien que mal, je me relève et cette fois, je suis tirée en arrière. Je me débats et arrive à flanquer un coup de genou bien placé à l’entrejambe de Wayne, qui se plie en deux.
— Salope ! Tu vas me le payer !
Sans que je le voie venir, il me décoche une énième gifle si violente que ma tête entre en collision avec le mur derrière moi. Prenant mon visage dans mes paumes, je finis par serrer mon poing et me rappelle l’une des techniques qu’Hayden m’avait enseignées. Avant qu’il ne tente quoi que ce soit, j’ai le temps de lui asséner un uppercut dans la mâchoire. Une douleur lancinante traverse ma main que je secoue. Je reçois un coup dans les hanches par Wayne quand Cooper tire mon bras et m’arrache ma veste. D’un geste et sans me lâcher, il attrape la lame de rasoir que Wayne lui envoie, puis la fait bouger entre ses doigts, un rictus sadique aux lèvres. Je tremble comme une feuille et pleure de plus belle.
— Ça… Putain, ça, ma belle... C’est pour ce que ton mec m’a fait subir l’autre matin !
— Noooonnnn ! m’égosillé-je.
Mais rien ne l’arrête, il passe le bout de métal d’un mouvement sec et tranchant sur mon avant-bras, puis me relâche. La douleur m’arrache un cri de bête enragé. Par réflexe, je pose ma main dessus, mais le sang se répand vite. On toque à la porte.
— C’est occupé ! beugle Wayne.
L’un d’eux me pousse contre le lavabo quand je me mets à hurler.
— Magnez-vous, j’ai envie de pisser !
— Laisse-la entrer ! ordonne Cooper à Wayne.
J’ai reconnu cette voix, c’est définitivement un cauchemar. Je ne suis pas en état de me défendre et bientôt, ils seront trois sur moi. Lorsque la porte s’ouvre, je tente de m’échapper et je suis une nouvelle fois projetée par Cooper contre la vasque. Et c’est le côté gauche de mon corps qui s’écrase sur la porcelaine dans un craquement sourd, qui me coupe le souffle.
Je m’accroche à celle-ci en répandant plusieurs traînées de sang. Je suis pliée en deux et c’est un coup dans la bouche qui m’achève, me faisant tomber à terre.
— Vous êtes malade ! Lâchez-la !
— Ta gueule, Amber ! Depuis quand t’es de son côté ?
L’arrière de mon crâne heurte le carrelage glacé de la salle de bains et ma vision se trouble. Mon être tout entier n’est que douleur.
— C’est pas ma pote, mais vous êtes en train de la tuer, là, et je ne vous laisserai pas faire, bande de merdes !
Le bruit et le cri strident de sa voix m’indiquent qu’elle vient de se prendre la gifle du siècle. Comparée à moi, qui agonise à même le sol, Amber est toujours debout. Des gens s’approchent. Je ne sais pas combien ils sont ni qui ils sont ni quand ce cauchemar va prendre fin, mais les yeux fermés, je protège mon ventre. Je ne peux rien faire d’autre, je n’arrive plus à bouger, j’ai la tête qui tourne et du sang partout sur moi. J’espère juste que l’on vient pour me sauver.
— Police ! À terre et les mains sur la tête !
— Cassie ?
Je n’ai aucune idée de qui me parle, je suis choquée et tordue de douleur. Des grésillements de talkie-walkie résonnent dans mon crâne. J’entends tout ce qu’il se passe autour de moi, mais ne reconnais aucune des voix.
— Envoyez une ambulance, université de Stanford - Street 103292, une victime consciente à déplorer.
Des bruits de menottes me parviennent et petit à petit, je distingue le visage de Sandro au-dessus du mien et la main d’Amber qui compresse la plaie de mon avant-bras. Péniblement, je l’appelle, je veux le voir, j’ai besoin de lui.
— Hay… den.
— Ça va aller, Cassie, ne bouge pas !
Sandro me parle pour me rassurer. Rien n’y fait.
— Putain, Cassie ! retentit une autre voix paniquée.
— Hayde...
— Qu’est-ce qu’ils lui ont fait, bordel ? Qu’est-ce qu’elle a ?
Je reconnais maintenant ce timbre, ce n’est pas le sien, mais celui de Junior qui s’élève dans la pièce et très vite, son visage se retrouve au-dessus du mien avec les autres, puis un type en uniforme les pousse.
— Laissez-lui de l’air. Ne la déplacez pas.
— Dites à Hayden que... ça va aller... s’il vous plaît...
— Je vais le prévenir, ne t’inquiète pas.
Junior s’en va et Sandro revient.
— Hayden !
— Tu te souviens qu’il est à Paris ?
Je peine à hocher la tête. Les larmes roulent toujours, je suis incapable de les arrêter. Je suis toujours sur ce sol dur et froid avec, à mes côtés, un amas de papier toilette imbibé de mon sang.
— Reste avec nous, Cassie ! m’ordonne Sandro, ou Aaron.
Mais c’est difficile, j’ai beaucoup trop de mal à lutter et mes paupières se ferment toutes seules. Je me retrouve vite coquillée sur un brancard et l’on m’assassine de questions tout en me montant dans l’ambulance. Un homme me pose des patchs sur la poitrine, pendant qu’un autre me plante une aiguille dans la main et un liquide chaud se répand dans mes veines. Ils s’agitent autour de moi et petit à petit, tout se mélange dans ma tête qui me fait un mal de chien. Je me sens partir et j’ai peur de mourir. Le seul point positif, c’est que je vais retrouver mon père. La dernière chose que j’entends, c’est la voix du secouriste qui a les yeux rivés sur un petit écran qui bipe bizarrement.
— Ses constantes ne sont pas bonnes.
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