Révélations (Surf on love) (French Edition)

Lucie Mimi · Chapitre 41 sur 41

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Révélations (Surf on love) (French Edition)

Épilogue/Bonus

 

 

Six mois plus tard

— Cass, on ne va pas y passer la nuit, je bosse, moi, demain !

— Arrêtez de bouger ! leur ordonné-je. Junior, rapproche-toi plus d’Ethan, je ne vous ai pas tous. Joyce, souris, bon sang !

— C’est bon, là ? Ça pèle, tu vas reculer encore longtemps ? râle Hayden.

— Jusqu’à ce que je ne t’entende plus te plaindre, et que je vois cette tour Eiffel en plus de vos têtes !

— Bien, madame Calaann, mais dépêche-toi quand même, ton fils commence à avoir faim.

— Ouistiti ?

— Ouiiistitiiiii.

Je suis nostalgique de ce moment, cela doit faire une heure que je regarde cette photo que j’ai prise il y a quelques jours. Ethan, Joyce, Tyler, Junior et Aaron sont venus nous rendre visite à Paris et ils nous manquent déjà tous beaucoup. Mon homme a gagné le deal. Encore ! Et nous avons emménagé ici après la naissance de notre fils.

Hayden est très heureux dans son travail, à la galerie Marciela, et projette d’ouvrir la sienne prochainement. Il est plus posé qu’avant. Finies les bagarres, et surtout, il est plus gaga de son fils que moi. Pour ma part, j’ai pu reprendre les cours ici. Terminées les soirées étudiantes et la coloc’, je suis redevenue la Cassie studieuse et tous les soirs, je rentre à la maison auprès de mon fils et de mon mari. Nous nous sommes mariés dans la baie de San Diego sur la plage Coronado, l’une des plus belles des États-Unis, réputée pour son cadre magnifique et son sable blanc très fin. À mon grand étonnement, Hayden était à l’heure, dans un sublime costume noir. Une superbe fête où tout le monde était présent, même Bill que nous avons revu au cimetière et qu’Hayden a tenu à inviter.

Après la cérémonie, nos amis nous ont fait deux énormes surprises. Ils nous ont offert un show de stunt exceptionnel le long de la plage avant le repas, et au dessert, nous avons eu le droit à un feu d’artifice au-dessus du Pacifique, accompagné par les surfeurs et leurs planches lumineuses dans l’eau, un moment incroyable. Un jour qui restera gravé dans nos mémoires à vie. Notre voyage de noces, nous l’avons fait aux Maldives deux jours après. Tout va très vite avec Hayden, c’est une vie à cent à l’heure et ça me plaît. Le seul bémol dans tout ce bonheur, c’est que l’océan et le surf me manquent beaucoup. J’ai envie de changement, une carrière de journaliste ne m’intéresse plus autant qu’avant.

Il y a deux jours, mon mari m’a fait une énorme surprise. Il m’a proposé d’acheter une maison à San Diego sur la plage, j’ai de suite accepté. C’est là-bas qu’il ouvrira sa galerie d’art et moi, mon école de surf.

En ce qui concerne notre progéniture, pour une fois, nous avons été d’accord sur son prénom. C’était une évidence. Notre petit bout s’appelle Cayden et il a six mois aujourd’hui. J’ai adoré la contraction de nos prénoms et Hayden a été super emballé aussi. Il lui ressemble beaucoup, sauf qu’il est sage comme sa mère. Un amour de bébé.

Deux ans et demi plus tard

 

Abby

— Arrête de mettre tes mains pleines de chocolat partout, grogné-je en essuyant les bords du plan de travail.

— Je veux la télé, mamie, exige Cayden en plongeant ses grands yeux verts dans les miens.

— Hors de question, tu l’as assez regardée pour aujourd’hui.

— Tu mens, mamie, j’ai vu qu’un peu.

— Je ne mens jamais, maintenant, va nettoyer tes doigts et remets ton tee-shirt.

Mon petit-fils est comme mon gendre, il se trimbale toujours torse nu.

— Non, j’ai pas envie.

Je soupire en sortant le gâteau du four.

— Par pitié, Pitt, tu veux bien aller lui laver les mains, que l’on passe à table.

— Allez, champion, viens avec moi.

Il le suit enfin. Plus Cayden grandit, plus il a un caractère dur comme la pierre.

— Mon papa, il dit que quand je serai grand, je serai un champion moi aussi, comme mamie.

Un sourire heureux s’étire sur mes lèvres.

— Il va falloir que tu choisisses entre le surf et la boxe, le prévient Pitt en attrapant un torchon.

— Je veux faire les deux, papy.

— Ça va coûter cher à ton papa.

— M’en fiche, il a des sous.

Ce petit nous étonnera toujours. Ses parents n’ont pas fini d’en voir de toutes les couleurs avec lui. Mais je dois dire que je suis ravie qu’ils soient venus vivre à deux maisons d’ici tous les trois. C’est un vrai bonheur d’avoir Cayden près de nous, bien qu’il soit difficile à suivre. C’est un enfant plein de vie qui parle beaucoup et plaisante tout le temps, avec une particularité malgré son jeune âge, c’est qu’il se soucie de ses beaux cheveux bruns en permanence. Hors de question de sortir s’il estime que ses parents l’ont mal coiffé. Il a le souci du détail, c’est impressionnant. 

— Pourquoi tu rigoles, papy ?

— Parce que tu racontes beaucoup de bêtises du haut de tes trois ans. Allez, viens ranger tes jouets que tu as laissés dehors, je vais t’aider.

Pendant qu’ils se perdent tous deux vers la terrasse, je m’affaire à préparer le repas. Lorsque j’ai terminé de mettre la table, Hayden passe la porte d’entrée.

— Cayden, m’écrié-je, en posant les brocolis sur l’îlot, viens voir qui est là !

— C’est mon papa ? s’élève sa voix fluette de l’extérieur.

— Oui.

Il lâche tous les jouets qu’il tenait dans ses mains sur le tek, sous l’œil dépité de Pitt et déboule telle une tornade dans la maison en courant vers son père.

— Papa !

— Hey, mon bébé !

Hayden le prend dans ses bras et le fait tournoyer dans les airs. Je crois qu’il n’y a pas plus complice que ces deux-là.

— T’as rien cassé aujourd’hui chez mamie ? s’enquiert mon gendre en souriant.

Ce qui me fait moyennement rire puisque la semaine dernière, j’ai tourné le dos deux minutes et il s’est amusé à dessiner sur ma planche de surf que je venais d’acheter. Mon petit-fils baisse les yeux tout en appuyant avec son petit doigt sur le biceps d’Hayden.

— Non… Mais...

Devant l’hésitation de Cayden, son père le pose sur ses jambes et se met à sa hauteur en fronçant les sourcils.

— Mais quoi ?

— Bah…, commence-t-il en se dandinant, j’ai fait du crayon sur Malibu et mamie s’est un peu fâchée.

Hayden pousse un cri moqueur.

— Du feutre, Cayden ! m’en mêlé-je face à eux, les bras croisés sur ma poitrine. Et il n’y a rien de drôle, Hayden...

— Pardon. Je lui ai déjà fait la morale pourtant.

Il siffle pour appeler le chien et Malibu détale dans le salon.

— Oh putain, quand même ! déplore Hayden. Ah ouais, c’est… coloré ! Bon, perso, j’aurais rajouté un peu plus de vert, juste là, entre les deux yeux.

Et pour cause, Cayden a utilisé toutes les couleurs. Mon gendre se retient de rire aux côtés de son fils qui semble content de sa bêtise. Ne voulant pas en avoir pour la nuit, je ne relève pas ses paroles.

— Donc, comme tu peux le constater, reprends-je, il n’a pas été facile, facile, encore aujourd’hui, je crois que Cassie lui manque beaucoup. Comment va-t-elle ?

— Je sais, je fais ce que je peux. Pas terrible. Elle n’a pas le moral.

— Je retournerai la voir si tu n’as pas besoin de moi pour le garder.

— OK, ça lui fera plaisir. Ma mère arrive demain, elle ira le chercher à l’école.

Cayden, à l’écoute de notre conversation, tape sur la hanche de son père tout en levant la tête, pour capter son attention.

— Elle revient quand maman ?

Tout en évitant le regard persistant de son fils, mon gendre se mord les joues.

— Tu ne crois pas qu’il serait temps de lui dire la vérité, Hayden ?

Hayden

— OK, mon grand, viens sur les genoux de ton père.

Mon fils se jette sur moi et avec ses petits doigts, trace les contours des tatouages sur mes bras.

— Elle rentre quand maman ? revient-il à la charge, le visage triste. Ça fait des années que je l’ai pas vue, elle me manque fort comme toi.

À moi aussi alors que je viens d’aller lui rendre visite à l’hosto. Tous les jours, il me pose la même question, mille fois par jour, et je ne peux pas lui donner de réponses.

— Bientôt, mon lézard, elle doit se reposer, d’accord ? Ta sœur et ton frère ne mangent pas encore assez pour que maman puisse revenir à la maison.

— Elle a eu deux bébés en même temps, comme mamie Meg a eu tata et toi ?

Jumeaux qui ont été conçus... dans ma bagnole ! Coin-coin !

— Oui. C’est bien, tu comprends vite, dis-je en ébouriffant ses cheveux, chose qu’il déteste.

Il décale sa tête en râlant, je le rapproche de moi et dépose un bisou sur son crâne.

— Je peux avoir un bonbon à la fraise, papa ? me supplie-t-il en joignant ses mains.

— Nan, c’est pas l’heure et j’ai tout mangé, on ira en acheter demain.

— D’accord. Et comment ils s’appellent les bébés ?

— Tom et Lily.

— C’est joli. Je les protégerai ! m’affirme-t-il en souriant.

— J’espère bien ! Allez, va dîner avec papy et mamie, je vais appeler maman et je reviens.

Soudain, il se renfrogne.

— J’ai pas faim, merde ! lâche-t-il sur un ton sec.

Mes narines se dilatent.

— Oh, Cayden ! Qu’est-ce qu’on a dit avec les gros mots ?

Il fronce les sourcils et me fait son regard noir. Cass serait là, elle dirait : « Regarde la tête qu’il fait, tu affiches exactement la même quand tu es en colère ». Et comme d’habitude, je lui aurais répondu : « Sauf qu’il est comme toi, il n’arrive pas à me tenir tête ».

— Que c’est pas bien, il faut pas dire ça, bougonne-t-il.

— Et ?

— Et pardon, papa chéri de l’amour.

— C’est bien, maintenant à table et je t’appelle pour que tu parles avec maman quand tu auras fini tes brocolis.

— Miam, j’adore les brocolis, tu vas en manger toi aussi ?

La blague !

— Oui... Tout à l’heure...

— T’as dit un mensonge. Je le raconterai à maman.

Mes yeux se lèvent au ciel.

— Et moi, je lui dirai que de gros mots sont encore sortis de ta bouche.

Il soupire.

— Deal, papa ? tente-t-il, un sourire malicieux.

— Ça dépend, tu proposes quoi ?

— Je raconte pas à maman pour le mensonge, et tu peux manger le gâteau au chocolat que j’ai fait avec mamie Byby, cet après-midi.

Je l’aime, ce gosse. J’acquiesce.

— Deal ! Mais faudra que je te réapprenne les règles, grand malin.

***

— Papa ! Debout ! Allez, allez, on va voir maman !

J’ouvre un œil sur Cayden à deux centimètres de ma tronche. Depuis que Cass est à l’hôpital, soit bientôt trois putains de semaines, il pionce quasiment toutes les nuits avec moi. J’aime l’avoir près de moi, quand il resserre ses petits bras autour de mon cou pour s’endormir et qu’il me réveille par son poids, parce que dans la nuit, il finit par se caler sur mon torse étalé de tout son long.

— Mhhh... On ira la voir ce soir.

Cayden saute, crie et me tire les cheveux. Pas avec ses mains, non, avec ses jouets. Il prend mon crâne pour un circuit en passant ses motos dans ma tignasse, c’est son passe-temps favori.

— Mmhh, Cayden, arrête ! râlé-je en mettant mon avant-bras sur mes yeux.

— Il faut faire les céréales. J’ai faiiim.

— Vas-y, toi.

— Mais je suis trop petit, papa, soupire-t-il, c’est tout en haut, la boîte.

Pffff. Avec difficulté, je me lève et mes pas m’entraînent vers la cuisine.

Mon fils saute sur la chaise et tape à répétition sur la table, plein d’entrain. Bordel... Il est parfaitement réveillé, lui. La tête dans le cul, j’attrape son bol et verse le lait et les céréales puis lui apporte. Je me fais couler un café, et après m’être pris les pieds dans je ne sais quel jouet, j’ouvre les volets. 

— Il y a beaucoup de vagues ou pas trop beaucoup ? se renseigne-t-il en plongeant la cuillère dans son bol.

— Il est surtout beaucoup trop tôt pour le savoir. Il fait nuit noire, je ne vois rien, bougonné-je.

Je chope mon téléphone. Putain, six heures... Ce môme va finir par me tuer. Il y a quelques années, midi pour moi, c’était déjà tôt, alors six heures ? Ben, c’est l’heure à laquelle je me couchais. Fini ce temps-là. Faites des gosses !

— On peut aller acheter des bonbons si c’est pas l’heure de la plage ?

— Trop tôt aussi. On va aller se préparer quand tu auras terminé ton p’tit-dej’, aujourd’hui il y a école.

Dans trois heures... pfff.

— Fini ! Plus faim ! s’exclame-t-il.

Il se fout de ma gueule ? Il avait la dalle, il n’a mangé que deux cuillères ! Bordel, il est comme moi. C’est ma punition pour être un chieur, Cayden a mon caractère et je le paye depuis trois ans. C’est que le début et il y en a deux autres qui t’attendent... J’espère juste que les jumeaux auront celui de ma femme.

— Allez, on va s’habiller.

Choisir les fringues de mon fils, j’adore ça. On a quasiment les mêmes. Je sors de son armoire un jean et son tee-shirt préféré du moment.

— Arrête de sauter sur ton lit, Cayd. Allez, enfile ça !

— Pourquoi ? C’est trop bien ! dit-il en continuant.

— Parce qu’il est trop tôt pour faire des trucs pareils. 

— Alors on va se baigner, donne mon short, papa, s’il te plaît.

Mon soupir pourrait provoquer un tsunami tant il est puissant. Je passe mon jean et un tee-shirt, tout en lui répondant.

— Non plus ! Il y a école. Habille-toi. Et active-toi !

Il arrête tout net ses conneries.

— J’aime pas l’école ! Je préfère...

Il met son doigt sur sa bouche et fait tourner ses grands yeux verts en se retenant de rire. Ne sachant pas ce qu’il a en tête, je l’observe de côté.

— Les chatouilles ! s’écrie-t-il en se jetant sur moi.

Je ne l’avais pas vu venir.

— Tu vas perdre, p’tit monstre !

Je le soulève alors qu’il se marre tout ce qu’il peut et le chatouille à mon tour.

— Arrê... arrête, me supplie-t-il.

L’entendre rire aux éclats est un son magnifique.

— Seulement si tu dis qui est le plus fort.

— C’est toi, papa de l’amour.

— Mmhhh. Je t’aime, je t’aime, je t’aime, mon lézard.

Après lui avoir fait un câlin, je le repose sur ses pieds.

— T’as vu mes muscles, papa ? demande-t-il avec fierté en appuyant sur son biceps tout fin.

— Waouh ! Gonflé à bloc, mon bébé. Allez, maintenant finie la déconnade, on se magne.

Il s’exécute et une éternité plus tard, il est presque prêt. J’attrape ses Converse.

— Pas celle-là ! Les rouges ! m’ordonne-t-il.

— Nan, elles n’iront pas avec ta tenue. Tu veux être beau ou pas ?

— Bien sûr !

— Alors tu mets les noires. 

Je l’aide à enfiler ses baskets et nous sortons.

— On n’a pas pris mon goûter !

— Si. Il est dans ton sac.

— Ah ouff ! C’est maman qui vient me chercher ce soir ?

— Non, Cayd, c’est mamie Meg, elle débarque aujourd’hui pour quelques jours, tu te souviens ?

— Je savais plus.

Il est triste et déçu, ça me bousille de le voir comme ça, mais c’est la vie.

Lorsqu’on arrive devant l’école, elles sont toutes là. Elles, ces mères qui amènent leurs mômes et qui, dès que je dépose le mien, centrent leurs conversations et leurs attentions sur moi. Je me fraye un chemin au milieu de tous ces parents en pressant celui qui n’a pas envie d’être ici, comme tous les matins d’ailleurs. Là aussi, on se ressemble. 

— Ah ! Bonjour, Hayden, Cassie va bien ? m’interpelle l’une des bonnes femmes.

Eh merde... Ça commence. J’ai beau jouer le mec super débordé, il y a toujours l’une d’elles qui m’arrête et je les déteste, elles sont un groupe de vipères. Je lui réponds, l’air blasé, parce que je sais très bien qu’elle n’en a rien à foutre de savoir si Cass va bien, elle cherche juste à me faire la conversation.

— Salut, Molly... Pas trop mal, ouais.

La grande rousse écrase sa vieille bouche sur la joue de mon fils qui grimace et lui ébouriffe les cheveux. Connasse, j’ai passé vingt minutes à le coiffer ! Toutes se rapprochent, et avec Cayden, on se retrouve vite encerclés, elles sont prêtes à cracher leur venin.

— Nous étions justement en train de nous dire que vous faites partie des plus jeunes parents ici, et maintenant trois enfants, c’est un accident ? Vous allez faire comment ?

Prends sur toi, Hayd... Pour les jumeaux, on en avait tous les deux envie. Un peu trop même pour que ça ait dérapé dans ma caisse.

— Et avant de raconter de la merde sur nous, vous parliez de quoi ? la questionné-je sur un ton tranchant.

Elle se décompose. Séchée, la rouquine !

— Euh..., bégaye-t-elle, de l’activité prévue à Rodrigo Bay dans un mois, vous savez, pour la réserve naturelle ?

— Alors, continuez de jacasser là-dessus.

— Les enfants sont déjà dans leur classe depuis dix minutes, vous êtes en retard, me fait remarquer une autre avec son air de pétasse en chaleur.

— Occupe-toi de ton cul, Shanice, si vous m’aviez pas arrêté, on aurait été à l’heure. 

À en juger leurs bouches grandes ouvertes et figées, je pense que j’ai jeté un froid. Oups ! L’une d’elles se reprend et se dandine comme une gamine en me faisant les yeux doux, et plus je lui fais mon regard sombre, plus ça l’excite, j’ai l’impression. Putain, mais elles n’ont pas de mari ou quoi ? 

— Poussez-vous, les vieilles dames, intervient Cayden, c’est mon papa, pas le vôtre !

Je peux toujours compter sur mon fils, il fait un très bon assistant. Je le prends dans mes bras et nous poursuivons notre chemin. Direction la seconde étape. La maîtresse. Une chance, avec elle, je me débrouille très bien.

— Bonjour, monsieur Calaann, vous êtes en retard !

Toujours le même discours, elle fait l’énervée et dans deux minutes, je l’aurai hypnotisée.

— Très joli chemisier aujourd’hui, Gabriela, il fait ressortir vos yeux.

Cass a trop honte quand je fais ça, mais comme ça marche, elle ne dit rien, et puis cette femme est si moche de toute façon, qu’elle n’est pas jalouse. Je retire la veste de Cayden, et l’accroche au porte-manteau avec son petit sac : « je suis un beau gosse comme papa ». Un cadeau de Junior. Ça aurait été moi, je lui aurais pris, « mon père est un putain de beau gosse ». Je le pousse dans sa classe après lui avoir fait un bisou et répété que c’est ma mère qui viendra le chercher. Maintenant, à nous deux, Gabriela.

— Désolé. C’est super compliqué, ces derniers temps, entre ma femme à l’hôpital, la maison à gérer, mon boulot, c’est pas facile, vous savez, pour un papa seul comme moi. En plus, j’ai repris le sport et il fait une chaleur à crever ici par moments. Heureusement quelque part, parce que j’ai pas le temps de m’occuper de la lessive, ajouté-je pour enfoncer le clou, j’ai plus aucun tee-shirt propre... Mais bon, vous voyez ce que c’est, je suppose que votre mari aussi quand il rentre le soir, il apprécie de se mettre torse nu pour cuisiner...

Voilà. La magie opère. Elle déglutit, perd tous ses moyens, et j’en suis persuadé, elle est en train de m’imaginer à moitié à poil.

— Je..., bredouille-t-elle, oui, je me doute que ce n’est pas évident pour vous.

Une main sur le cœur, je lève les yeux au ciel.

— Si vous saviez, mais si vous saviez..., chuchoté-je.

— Je... Je...

— Gabriela ? la ramené-je sur terre. Les enfants vous attendent.

— Oui. Bien sûr, les enfants. Bonne journée.

— Salut. Bisous.

Voilà, ça, c’est fait. Maintenant, direction le boulot.

Megan

Me voici à San Diego. Je vais faire la connaissance des jumeaux et j’ai hâte… Mais pour l’heure, mon petit-fils m’attend. Venir dans son école pour la première fois me rappelle des souvenirs, quand j’allais, moi aussi, chercher les miens. Je repère vite le porte-manteau de Cayden. Il y a sa photo d’accrochée. Dessus, ses cheveux bruns sont mouillés et il est assis sur la planche de surf de Cassie. Ce cliché est magnifique, mais je ne suis pas objective. La porte de sa salle de classe s’ouvre, pour laisser sortir les enfants tous aussi agités les uns que les autres.

— Mamie Meg ! s’écrie Cayden en se jetant sur moi.

— Oh, mon trésor, je suis si contente de te voir, si tu savais comme tu m’as manqué.

Je le serre fort dans mes bras. Il sent bon la vanille.

— Arrête, tu m’écrases, mamie. Regarde mes cheveux, ils sont tout n’importe comment à cause de Clara. Elle m’aime, mais pas moi. Quand je la pousse, elle revient toujours, c’est trop pénible.

— Ça, c’est parce que tu es un Calaann, tu n’as pas fini, mais il faut être gentil avec les filles.

— Ben alors, comment je fais, moi, pour être tranquille ? râle-t-il en triturant mon collier.

— Tu demanderas à ton père.

— Papa, il dit qu’il faut les regarder avec les gros yeux noirs, sauf si elles sont comme maman, ça sert à rien.

Un rire m’échappe, j’attrape sa veste, son petit sac à dos et nous sortons.

— Ah, ce n’est pas simple, la « vie de Cayden », hein ?

— Non, c’est pas simple.

J’ai l’impression de faire un bond de vingt ans en arrière, quand Hayden, à son âge, avait lui aussi toutes les filles à ses pieds.

Tout le long du trajet jusqu’à sa maison, Cayden a fait la moue, mais avec le coup de téléphone que j’ai reçu en début d’après-midi, je pense que quand il va franchir le seuil de cette porte, il va vite retrouver son sourire.

Cassie

Profitant de ce que les jumeaux dorment, je m’installe dans le canapé avant que mon petit monstre ne rentre de l’école. Le bonheur d’être chez soi. Ça fait un bien fou. Lorsque le médecin est venu à midi dans ma chambre pour m’annoncer que je pouvais enfin sortir de la maternité avec mes bébés, j’ai sauté sur le téléphone pour prévenir Hayden. En un éclair, il a quitté son boulot et était là. Cette grossesse aura été compliquée, je l’ai passée les quatre derniers mois allongée. La naissance, difficile aussi, il n’a pas pu y assister, j’ai dû subir une césarienne. Nous avons eu très peur, car notre fille était en détresse respiratoire. Ensuite, il a fallu attendre que les jumeaux atteignent un poids correct. Et maintenant qu’ils sont en pleine forme, je suis plus que soulagée.

La porte s’ouvre. Cayden entre en trombe dans la maison et se jette sur moi. Ne pouvant retenir mes larmes de joie, je le soulève et le serre dans mes bras. Il m’a tellement manqué, c’était horrible. Hayden me l’a amené à l’hôpital quelquefois, trop peu, et en coup de vent, les enfants n’étant pas autorisés. 

— Ils sont où les bébés, maman ? s’enquiert-il en m’agrippant de toutes ses forces.

— Ils font dodo, chéri. Il ne faut pas parler trop fort, d’accord ?

— D’accord ! hurle-t-il avec un large sourire.

Grrr. Ce n’est pas gagné... Je le repose sur ses pieds et salue Megan.

— J’ai fait un dessin pour toi, maman.

Il ouvre son petit sac à dos, et après avoir tout mis par terre, me tend une feuille toute froissée.

— Merci, mon cœur, il est très beau, mais... je suis plus grande que papa là-dessus.

— Oui et plus forte aussi.

Je peine à masquer ma joie.

— Je l’adore ! jubilé-je. Va vite le montrer à papa et répète-lui bien que je suis plus forte. Il est dehors.

Mon fils ne perd pas de temps et, telle la tornade qu’il est, traverse la maison en quatrième vitesse. Avec ma belle-mère, nous explosons de rire. Lorsque Cayden revient, je suis installée avec Megan dans le canapé, une menthe à l’eau entre les doigts.

— Alors, il a dit quoi ? lui demandé-je, impatiente de connaître la réponse.

— Qu’il faut que j’en fasse un autre, avec lui dessus et des gros muscles de super-héros, et que, aussi, tu devras l’accrocher au-dessus de ton lit.

Hayden, qui entre dans la maison, embrasse sa mère et se tourne vers moi.

— Arrête de sourire, Cass. C’est un gosse, il est plus qu’évident qu’il ne sait pas ce qu’il raconte.

— La vérité sort de la bouche des enfants, lui fait remarquer sa mère qui est toute contente quand elle entend ses petits-enfants pleurer, signe qu’elle va pouvoir faire leur connaissance.

Hayden part les chercher. Le voir revenir avec sa fille dans un bras et son fils dans l’autre, me rappelle la chance que j’ai. Ils sont trop mignons. Je lui prends Lily des mains, et Megan s’empresse de récupérer Tom. Hayden s’éclipse vers la cuisine. Cayden suit son père à la trace.

— Pourquoi elle pleure, la petite sœur, papa ?

— Parce que c’est une fille ! Quelle question !

— Hayden ! interviens-je en fronçant les sourcils.

— Pardon, chaton... Parce qu’elle a faim.

— Je veux lui donner, moi.

Cayden attrape le biberon et revient vers moi.

— Assieds-toi, lui intimé-je en désignant le canapé.

Il s’exécute. Je mets un coussin sous son coude et lui pose Lily dans les bras. Il prend son rôle de grand frère très à cœur et une fois de plus, je fonds en larmes. Mais ce que je ne sais pas encore à ce moment-là, c’est que tout ceci ne sera que temporaire.

Dix ans plus tard

— Les enfants, à table ! 

Tom et Lily rappliquent aussi sec et s’assoient en piochant dans le plat de frites, pendant que je sors le rôti du four.

— Cayden, j’ai dit à table ! me répété-je.

Pas de réponse, treize ans et il me rend dingue. Ses notes sont plutôt bonnes, mais il est du genre à ne rien écouter avec moi, et préfère passer son temps sur son portable ou avec ses copains. Obligée de me déplacer pour aller le chercher, et je sais d’avance où le trouver. Je pousse la porte du garage, et comme je m’y attendais, mon fils est sur son téléphone, assis sur la moto d’Hayden.

— Cayden, on mange ! Descends de là, ton père ne va pas tarder à rentrer.

— Bordel, m’man, j’ai pas faim ! m’annonce-t-il en passant une main dans ses longues mèches. J’ai prévu de rejoindre des potes, là.

— Non.

— S’il te plaît ?

Sa façon de me regarder en faisant sa tête de charmeur ne me fait plus rien. J’ai appris à ne plus me laisser embobiner par les garçons de cette maison.

— Le sujet est clos. Dépêche-toi !

À la vitesse d’un escargot, il descend de la sportive de son père et passe devant moi sans me quitter des yeux. C’est simple, je revois Hayden avec Davis. Tout dans la provocation.

— Tu ne m’impressionnes pas ! Avance !

Cayden s’arrête, se retourne et me fait un bisou sur la joue.

— Je t’aime, maman, déclare-t-il, un sourire en coin.

— Moi aussi, chéri, mais ça ne change rien, tu ne sortiras pas.

On ne me la fait plus, je connais toutes ses techniques pour m’amadouer, cela fait plus de dix ans que je les subis. Il soupire fortement et s’assied enfin à table. La porte qui claque nous indique que mon cher mari vient de rentrer.

— Salut ! Ça va ?

Hayden embrasse les jumeaux et ébouriffe les cheveux de Cayden qui a mis deux heures à se coiffer ce matin, ce qui le fait grogner.

— Nan ! Maman ne veut pas que j’aille voir mes potes, râle Cayden en se servant.

— Je ne peux rien faire pour toi, mon grand, lui répond Hayden. Deal, descends de là !

Mon mari chasse le chat du plan de travail, qui avait le nez dans le layer cake. Un mâle tout noir de trois ans, maintenant.

— Papa, quand est-ce que je pourrai me faire tatouer ? tente une énième fois mon aîné.

— On en a déjà parlé, Cayden. Quand je serai mort !

— Les jumeaux, vous leur laissez tout faire ! s’offusque-t-il.

— Peut-être parce qu’ils ne font pas de conneries, tu ne crois pas qu’on en a ras le c... marre, se reprend Hayden, avec ta mère d’être convoqués au collège ?

— Les chiens ne font pas des chats, papa, pas vrai ?

Cet enfant a tout pris de son père, sauf qu’il a mes yeux. Bébé, il était très sage, avec le temps, ça a bien changé. Les jumeaux, eux, sont des anges, ils ont mon caractère et les traits de nous deux. Hayden a bien essayé par tous les moyens de me faire craquer pour un quatrième, mais c’est terminé pour moi. Je n’en veux plus, je suis comblée comme ça. Cayden me donnant assez de fil à retordre, cela me suffit. Et puis je n’aurais pas le temps pour un bébé. Tout comme ma mère, maintenant, j’enchaîne les compétitions de surf.

— Mange ! lui ordonne Hayden, si tu ne veux pas finir la tête dans ce rôti. Ensuite, au lit tous les trois.

Tous soupirent en silence. Tous, sauf mon grand garçon.

— Tu déconnes, papa ? Il est super tôt.

— J’ai l’air de plaisanter ? J’ai envie de passer du temps seul avec ta mère, et demain, t’as un match de boxe, je te rappelle.

Lily se met à rire.

— Ils vont faire des bisous, réplique-t-elle.

— Mange, toi aussi !

— Sérieux, boxe demain, surf samedi, ça devient chaud, constate Cayden.

— T’as voulu faire les deux. Regarde, moi, j’arrive bien à gérer ta connerie et je peux te dire que ça me prend du temps, se moque Hayden.

— Ha. Ha. Ha. Très drôle, pffff... On pourra passer chercher ma copine avant ?

Outch... C’est maintenant que ça coince, je n’ai toujours pas révélé à son père qu’il avait une petite amie...

Hayden lâche sa fourchette dans son assiette.

— C’est quoi, ce bordel ?

— Hayden, pose ce couteau, lui intimé-je. Elle est mignonne et toute gentille, c’est une fille bien. Tu sais, c’est Clara...

Je ne suis pas certaine que cela suffise, mais je devais le tenter. Tout en me dévisageant, il fronce les sourcils.

— Parce que tu étais au courant, toi ?

— Oui, je n’ai juste pas eu le temps de t’en parler, c’est tout.

Mon mari secoue la tête et poursuit son repas.

— Moi aussi, j’ai un petit copain ! s’exclame Lily, toute contente.

Hayden s’est arrêté de mâcher et m’assassine du regard.

— Ça, par contre, je ne le savais pas, avoué-je en levant les mains.

Elle n’a que dix ans !

— OK, soupire Hayden, je suis calme, tout va bien... Alors toi, Cayd, il va falloir qu’on ait une conversation d’homme à homme après le repas. Toi, Lily, à part t’empêcher de sortir de cette maison pendant minimum cinquante ans, pour l’instant, je vois rien d’autre. Tom, t’as rien à m’avouer tant qu’on y est ?

— Non, rien, pas de copine, je suis bien tout seul.

— Toi, t’es officiellement mon préféré ! lui confie Hayden sur le ton de la plaisanterie.

Puis il se tourne vers moi et parle à mon oreille.

— Toi, la femme de ma vie... je t’enverrai un SMS pour te dire les choses.

Et il me fait un clin d’œil avec un sourire en coin. Moi aussi, j’ai hâte que les enfants partent se coucher, finalement.

— Tout à l’heure, Cayden était sur ta grosse moto !

Lily est un ange, mais une vraie balance. Cayden la fusille du regard.

— Tu peux pas la fermer, toi ? Je vais te faire vivre un enfer, tu vas voir.

Là aussi, ça coince, si Cayden était très protecteur envers sa petite sœur quand il était petit, maintenant, c’est la guerre en permanence. Et je n’ai pas le temps d’émettre un son qu’Hayden lui répond.

— Oh, tu parles mieux à ta sœur, si tu ne veux pas que je m’occupe personnellement de te faire vivre un enfer ! Désormais, garage fermé à clef ! Et clef dans ma poche, puisque tu n’écoutes rien de ce qu’on te dit.

— Et je fais comment pour me servir de ma cross ? s’offusque Cayden.

Ça, c’était une super idée de mon mari, lui offrir une petite moto, un Dirt, pour ses douze ans. Je lui en veux encore d’ailleurs.

— Pas mon problème. Tu ne montes pas sur ma bécane de stunt, tu le sais.

— Pourtant, toi, tu ne te gênes pas pour prendre mon Dirt. C’est Lily qui me l’a dit hier. Il paraît que tu t’es bien amusé avec tonton Junior. Vrai ou faux, papa ?

Hayden explose de rire. Une main sur le cœur, il lui répond tout en se moquant de lui.

— Tellement vrai ! Mais alors tellement, tellement vrai ! Incroyable ! T’imagines même pas comment c’était dingue, on s’est éclatés ! D’ailleurs, elle ne démarre plus, comme ça, ton problème est réglé… Tu sais, à propos du garage fermé à clef et tout.

— Je déteste cette famille ! s’énerve Cayden. Je vais aller vivre ailleurs, vous allez voir.

— Très bien ! Emmène le chat avec toi et n’oublie pas ton gel coiffant ! le raille son père.

Cayden se renfrogne, mais ne quitte pas la table pour autant. Dans deux minutes, il sera passé à autre chose.

— Papa d’amour ?

— Oui, Lily chérie ?

— On peut prendre un chien ?

— Pour la millième fois, c’est non, on a déjà un matou.

— C’est maman qui l’a choisi et moi, je veux un chien.

— On n’a pas toujours ce qu’on veut dans la vie, Lily. Par exemple, moi, j’aimerais manger en ayant la paix, sauf qu’avec vous trois, c’est impossible.

— Oui, mais tu nous aimes, tu t’ennuierais sans nous.

Tom sait sans cesse viser juste.

— T’as raison. Je vous aime plus que tout au monde. Même toi, Cayd.

Et comme à chaque fois qu’il leur exprime son affection, ils se jettent tous les trois sur lui pour lui faire un câlin et le couvrir de bisous.

— Maman, viens avec nous.

Voilà à quoi ressemble un repas chez nous. Animé et plein d’amour.

***

Les enfants étant couchés, nous pouvons souffler dans les bras l’un de l’autre devant la télé.

— Tu as des nouvelles de Joyce ?

— Ouais. Son avion atterrit demain à dix heures, j’irai les chercher à l’aéroport après avoir déposé Cayden à son entraînement.

Demain soir, nous organisons une grosse fête pour l’anniversaire de Joyce et Hayden. Tout le monde sera réuni et nous sommes surexcités. Junior et Lilia sont déjà dans le coin depuis deux jours, dans un hôtel non loin d’ici.

— OK, super. Tu penses que tu auras une minute pour réparer la moto de ton fils ? 

— Je prendrai le temps, chaton. D’ailleurs... j’ai envie de l’initier au stunt.

Je me redresse et l’observe.

— Non, il est trop jeune, Hayden.

— Les jumeaux avaient trois ans quand tu leur as donné des cours de surf !

— Ce n’est pas pareil, c’était du « baby surf » donc adapté pour eux.

— Cass, tu le vois pas, parce que c’est pas toi qui pars avec lui dans les chemins, déclare-t-il en caressant mon bras, il se débrouille super bien, il fait déjà des trucs de taré avec son Dirt et je ne lui ai rien appris pour l’instant. Il a ça dans le sang, on ne pourra pas l’en empêcher. Je sais que t’as la trouille, mais vaut mieux qu’il découvre des figures avec moi qu’avec ses potes.

Voilà pourquoi ce cadeau n’était pas une bonne idée, ni de ramener sa grosse moto-cross de chez ses parents. Moi qui pensais qu’ils partaient en balade tranquillement tous les deux le dimanche après-midi...

— C’est du délire..., soufflé-je en fermant les paupières.

— Fais-moi confiance, mon amour.

J’ouvre les yeux sur son expression qui se veut rassurante.

— D’accord, mais en douceur et avec protections, Hayden.

— C’est prévu. 

— Et tu ne lui enseignes pas ce truc que tu fais dos au guidon. Il faut qu’il regarde où il se dirige.

Un rire lui échappe avant de tapoter mon nez.

— Il le fait déjà, ça !

— Mon Dieu... OK, alors je ne préfère pas savoir ce qu’il sait déjà faire. Et on est d’accord qu’il apprend sur la sienne, pas la tienne ?

— Bébé, il ne touche pas les pieds par terre ! C’est évident. Pourquoi tu souris ?

— Il fait du surf, de la boxe, maintenant du stunt, constaté-je, il ne lui manque plus que la passion pour l’art.

— Je vois plus Tom graffer que Cayden.

C’est vrai, moi aussi. Il passe son temps à dessiner.

— Au fait, je n’ai pas eu ton SMS ?

Je me mords la lèvre en lui faisant les yeux doux. Hayden se relève du canapé et me tend sa main.

— Suis-moi, madame Calaann, je vais te montrer directement.

Nous traversons la maison, il attrape une clef dans l’entrée et m’entraîne avec lui.

— Le garage ?

— Ouais ! Maintenant qu’ils savent que c’est interdit et verrouillé…

Il me surprendra toujours.

***

Nous avons encore un temps magnifique aujourd’hui, et une chance inouïe qu’il n’y ait pas de vent comparé à d’habitude, ce qui est appréciable, car la fête a lieu sur la plage et c’est désagréable quand l’air soulève le sable. Tout est prêt. Un par un, je fais le tour des invités.

— Joyce ! Joyeux anniversaire ! Tu es resplendissante.

— Tu plaisantes, je ressemble à une baleine sur le point d’exploser.

Sandro passe son bras autour de sa taille et caresse son ventre rond. Ils se sont mariés il y a deux ans et attendent leur premier enfant. Une petite fille. Joyce est enceinte de six mois et ils vivent désormais à Paris. Elle a réalisé son rêve : travailler pour un grand couturier. Sandro, lui, bosse dans l’industrie automobile. Je les laisse se servir en champagne et passe au suivant qui vient d’arriver et qui s’avance vers moi. Ethan.

— Ça va, sœurette ?

— Oui, et toi ?

— Ça va mieux.

Ethan a perdu sa mère d’une maladie il y a quelques mois. Il remonte doucement la pente. Vivant non loin de chez nous, il n’est plus en couple avec Julian.

— Cassie, chérie !

Je me retourne sur ma mère.

— Maman, je suis si contente que vous soyez là.

Elle me serre fort dans ses bras. Trois mois que nous ne nous sommes pas vues. Partis à droite à gauche pour le surf, ils se sont mariés eux aussi il y a deux ans avec Pitt. Jack et Megan, non loin, une flûte de champagne à la main, sont toujours aussi radieux, rien n’a changé pour eux, si ce n’est qu’ils sont gagas de leurs petits-enfants. Ils viennent nous rendre visite quand ils le peuvent, et m’aident beaucoup avec les enfants quand Hayden n’est pas là.

Ely, elle, a intégré une grande équipe de basketball. Désormais célèbre, nous la voyons plus à la télé que physiquement. Nous ne loupons aucun match retransmis et sommes très fiers d’elle. Soudain, mes pensées divaguent vers Olivia. Nous sommes restées en contact, et elle m’a appris il y a quelques jours qu’elle avait rencontré un homme, mais que ce n’était pas celui de sa vie. J’espère qu’elle finira par trouver le bon, elle n’a pas eu beaucoup de chance ces dix dernières années en matière d’amour.

Junior et Lilia, eux, ont eu un fils, Léo, né un an après Cayden, ils sont très copains bien qu’ils ne se voient pas beaucoup, puisqu’ils sont restés du côté de Santa Clara. Aaron, lui, est parti vivre à New York. Célibataire, il est devenu un grand joueur de hockey professionnel. Quant à Tyler, il continue de faire la fête et d’enchaîner les filles sans trop se soucier de son avenir. 

— Bon, on la fait cette photo ou quoi ?

— Oui, oui, on arrive.

Tout le monde se met en place et une éternité plus tard, nous avons réussi à faire un beau cliché de tous nos amis ainsi que notre famille. Il est certain que celle-ci finira agrandie et accrochée dans le salon.

Après avoir surfé sur l’amour, on peut dire, désormais, que nous nageons dans le bonheur.

Fin

Mise en page : Le Cercle digital

Illustration : Edantes

Copyright France © Éditions Alter Real 2021

www.editions-alter-real.com

ISBN numérique : 978-2-37812-401-4

ISBN papier : 978-2-37812-402-1

ISSN : 2681-6008

Dépôt légal : septembre 2021

Imprimé en France.

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