Révélations (Surf on love) (French Edition)

Lucie Mimi · Chapitre 24 sur 41

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Révélations (Surf on love) (French Edition)

Chapitre 24

— Alors, tes vacances ?

Je continue de remplir mon sac pour demain tout en répondant à Olivia qui vient de faire son entrée dans la chambre avec sa valise.

— Mouvementées, et toi ?

— Super bien. J’étais contente de retrouver toute ma famille même si Tyler m’a manqué.

Hayden a fini par me raconter ce pari débile, ce qui me met mal à l’aise vis-à-vis d’elle.

— Oh... Euh, je ne sais pas si tu devrais t’accrocher.

— Pourquoi ? Nous avons prévu de nous voir à la fac demain.

Surprise, j’arque un sourcil.

— OK, eh bien, tant mieux alors.

— Je suis au courant pour ce pari stupide. C’est vrai que ce genre de garçon ne m’attire pas, mais j’ai l’impression qu’il m’a fait changer. Avec lui, je me sens vivante. Je ne sais pas si tu me comprends, tu dois penser que je suis trop bête, déclare-t-elle en balayant ses propos d’un revers de main.

— Oh non, crois-moi, je te comprends. Plus que tu ne crois.

Seulement, Olivia est beaucoup trop fragile, je préfère m’assurer qu’il ne la brisera pas, donc j’envoie un message à Hayden pour aller à la pêche aux informations.

[Dis-moi que Tyler est sincère avec Olivia ?

Je la sens accro]

[Dans la mesure où ça fait une heure qu’il

est en boucle sur elle, à me demander dans quel resto il pourrait l’emmener, tout en essayant par

tous les moyens que je craque pour que je lui lâche les clefs de ma caisse pour la traîner à

droite à gauche demain, je pense, oui !]

[C’est mignon ! Tu vas lui prêter ta

voiture ?]

[C’est pas mignon, Cass !!! C’est juste

dégueulasse. Robocop avec mon pote, sans

déconner, ça craint ! Et non, je ne vais pas lui

filer ma bagnole. J’ai confiance en Junior. Mais

Ty, c’est certain qu’il va la baiser sur le capot.

PS : Je veux t’emmener quelque part ce soir. Jean, baskets, manches longues. Vingt et une

heures devant le dortoir]

Quelle autorité ! Ce mec n’est jamais fatigué ? En ce qui me concerne, les vacances m’ont épuisée. Je comptais me coucher tôt, ce ne sera pas pour aujourd’hui.

***

Après une petite sieste qui ne m’a pas assez reposée, je me change selon les recommandations de monsieur. Je me doute que nous partons à moto et j’ai vite ma réponse lorsque je descends. Hayden est accompagné de Tyler, sur sa sportive lui aussi, ainsi que deux autres types avec leurs copines. Je reconnais Greg et Calie dans le lot. J’enfile le second casque et monte derrière Hayden.

— Où va-t-on ? m’enquiers-je.

— Sur les docks, me répond Hayden. Tu sais ce qu’on dit ? Jamais deux sans trois. Tu as tout le temps du trajet pour méditer là-dessus.

Il démarre et nous partons, suivis de près par les autres motards.

Jamais deux sans trois… J’ai beau réfléchir, je ne vois pas. En même temps, c’est compliqué, mon esprit n’est pas totalement apte à le faire puisque nous slalomons entre les quelques voitures sur la voie rapide, et chaque flash de radar dans la nuit noire me fait hurler à travers ma protection. La seule chose dont je lui suis reconnaissante, c’est qu’il roule « normalement » comparé à Tyler et Greg qui nous doublent sur la roue arrière.

Lorsque nous arrivons sur les lieux, je ne suis pas plus avancée par son énigme si ce n’est qu’il y a beaucoup de motards.

— Tu me dis, maintenant ? lui demandé-je en descendant de la moto.

Il retire sa protection, mais reste assis. Puis il tapote son réservoir comme s’il jouait du tam-tam, et enfin, me sourit de toutes ses dents.

— T’as graffé. T’as boxé. Ce soir, tu vas stuuunnnnter, bébé !

Il pointe du doigt tous les engins placés en ligne un peu plus loin. Chaque garçon est accompagné d’une fille. Il ne me faut pas longtemps pour faire le rapprochement. Je me raidis et mes paumes deviennent moites.

— Quoi ? Non !

— C’est le show de l’année ! Va y avoir une partie en tandem, je ne vais pas la faire seul.

— Choisis quelqu’un d’autre, Hayden ! rétorqué-je en secouant la tête.

— Hum... OK. La petite là-bas dans son coin, elle me plaît bien... Ouais, je vais aller lui demander, je suis sûr qu’elle sera ravie, elle.

Je ressens un élan de jalousie lorsqu’il lui fait un signe accompagné d’un sourire.

— Dans tes rêves, Calaann ! bougonné-je en lui pinçant la cuisse pour qu’il cesse de la reluquer. Tu n’as qu’à prendre ce gars, là, qui est tout seul.

— Nan.

Lilia et Junior, qui a toujours son bras plâtré, viennent d’arriver. Ils se dirigent vers Tyler. Lilia met le second casque avant de prendre place derrière lui. Je ne savais pas qu’elle faisait ça, elle aussi.

— Un jour, tu m’as raconté que tu ne faisais jamais ce genre de chose avec quelqu’un derrière toi, Hayden.

— J’ai peut-être encore menti. Monte avec moi, je suis sûr que tu vas adorer. Deal ?

— Mais je ne suis pas une acrobate comme toi, ça s’apprend en douceur et là… Non, non.

— Il suffit que tu fasses ce que je te dise. En gros, tu bouges pas. Nous n’allons pas faire des trucs de fou non plus... Enfin, on verra.

— Si elle ne veut pas, moi, je fais ce tandem avec toi ! s’écrie une voix féminine dans mon dos.

En même temps, nous tournons la tête sur une fille au crâne rasé, les oreilles recouvertes de piercings, qui vient poser son avant-bras sur l’épaule d’Hayden. C’est qui celle-là encore ? Elle s’empare de mon casque et je l’arrête en lui reprenant.

— La place est prise ! lui craché-je, hargneuse.

Satisfait, Hayden tape dans la main de la fille. Je les observe, perplexe.

— Bien joué, Judy ! Merci. Je te l’avais dit que ça marcherait. Tu lui as apporté ce que je t’ai demandé ?

Le salaud !

— Ouais, c’est là, réplique-t-elle en montrant un tas d’affaires dans un coin.

Il a encore bien réussi son coup. À contrecœur, je me saisis du blouson qu’elle me tend ainsi que d’une espèce de gilet pare-balles.

— C’est une protection dorsale, me précise Hayden en m’aidant à l’enfiler par-dessus le manteau. Tu ne risques rien et en plus, t’es super sexy, ça te va trop bien.

— Tu as prévu de me faire tomber ? râlé-je.

— Non. J’ai prévu de te faire kiffer, bébé.

Un sourire se dessine sur mes lèvres. Je l’aime.

Hayden m’arrête avant que je ne m’installe derrière lui.

— Je me doute que tu es super pressée de faire ton baptême, mais on va aller manger avant, ironise-t-il.

M’attrapant par les épaules, il nous emmène vers un bus aménagé en snack. L’estomac noué, je prends juste un cornet de frites, histoire d’avoir quelque chose dans le ventre et me décale de Judy qui a choisi de rester à côté de moi pendant qu’Hayden discute avec une armée de motards.

— Poulet ? m’interroge-t-elle en agitant sa barquette sous mon nez.

— Non merci, ça ne me fait pas du tout envie.

— Dommage, c’est le meilleur de la ville.

Je n’en doute pas, mais pas ce soir.

— Dis-moi, Judy, tu connais Hayden depuis longtemps ?

— Ouais, on était dans le même lycée. C’est lui qui m’a fait acheter ma première bécane et qui m’a appris le stunt. C’est aussi avec lui que j’ai fait un paquet de conneries, s’esclaffe-t-elle.

— D’accord, je vois.

— T’inquiète, la sensible, on n’a jamais couché ensemble. Je te laisse, il faut que j’appelle la baby-sitter de mon fils pour savoir s’il s’est bien endormi. À plus.

Drôle de fille qui a l’air tout aussi déjantée qu’Hayden.

— OK... Salut ! réponds-je alors qu’elle est déjà partie.

Dès que nous avons terminé de manger, Hayden me fait plein de recommandations, en me donnant une paire de gants coqués que j’enfile, puis il me fait asseoir sur le réservoir aplati, les cuisses sur le guidon. Déjà, cette position ne me rassure pas. Je croise mes pieds et me tiens avec fermeté au guidon.

— Ne bouge pas et accroche-toi ! m’ordonne-t-il avec sérieux. Tu vas sentir une impulsion qui va te tirer en arrière. Ne lâche sous aucun prétexte tes mains, d’accord ? Je vais gérer, il faut que tu me fasses une entière confiance. Ne te laisse pas bouffer par la peur, car je suis sûr que tu vas aimer. Je vais y aller doucement et on fera des pauses. C’est bon pour toi ?

Non...

— Oui, réponds-je, la voix tremblante.

— Alors c’est parti, et garde les yeux ouverts, c’est important !

Bon sang, que suis-je en train de faire ? C’est trop dingue. Je suis dingue. Il est dingue et... et je suis tirée en arrière en un éclair. Le bitume que je voyais de près jusqu’à présent, est remplacé par le ciel étoilé. Mes fesses vibrent sous le coup des accélérations et très vite, je comprends qu’Hayden n’est plus collé à mon dos, mais debout sur la selle. Je ferme les paupières sous les à-coups de l’engin, puis les rouvre. Ma tête bascule en avant lorsque la roue retouche le sol. Puis ça tourne et je serre un peu plus le guidon avec cette sensation que nous allons tomber. Mes yeux se portent sur le côté où nous penchons, pour apercevoir les deux jambes de mon mec battre dans le vide. Impressionnant, mais encore une fois, grisant et excitant. Puis la moto se remet droite et se stoppe.

— Alors, on continue ? s’écrie-t-il à travers son casque.

— Oui !

Je peux l’entendre rire.

— Tu vas rester dans cette position, et tu te laisseras faire quand je te le dirai. OK ?

— D’accord.

Nous repartons en douceur, puis il accélère et nous arrête à quelques centimètres de la foule, me procurant une montée d’adrénaline. Ne pas cesser de s’accrocher. Ne pas cesser. Tel un pantin, mon corps se penche vivement en avant. Comprenant qu’Hayden a levé la roue arrière, je me cramponne aussi fort que je peux au guidon et je crie. Waouh, c’est dément. Quand elle se repose sur ses deux roues, nous avançons avec lenteur. Hayden tapote ma cuisse et me fait signe de me retourner. Nom de Dieu ! Impossible, je ne peux pas lâcher mes mains, je suis tétanisée.

Voyant que je ne m’exécute pas, il s’arrête et me fait desserrer mes doigts. Tout en me tenant à lui, tremblante, je passe mes jambes en arrière puis fais demi-tour. À califourchon, dos au guidon, je me retrouve face à lui qui me fait allonger. Assis, le haut de son corps se pose sur le mien entre mes cuisses et de mes bras, j’enserre son dos. Je ris tout ce que je peux de cette position plus que sexuelle. Se retrouver en missionnaire sur une moto, avouez que ce n’est pas commun.

— Arrête de te marrer, tu vas me déconcentrer ! Je ne vais pas te prendre ici... Quoique...

Hayden fait semblant de déboutonner son jean et je m’esclaffe de plus belle. Il me tape sur le casque en me faisant signe de me taire.

— Garde tes bras autour de moi. Impulsions avant et arrière cette fois, me prévient-il.

Mon esprit n’est plus là, envolé dans les airs. J’en profite et caresse son dos.

— Cass ! Tu m’écoutes ? C’est important ! Si tu es trop excitée, on arrête.

— Non, je veux poursuivre.

— OK, alors concentre-toi, toi aussi.

Toujours dans cette position assez confortable, ma foi, nous reprenons notre show. La moto se lève de l’avant puis de l’arrière. Je crie, mais apprécie malgré tout le trop-plein d’adrénaline. Appliqué, il donne plusieurs coups de gaz. Hayden est maintenant totalement allongé, ses deux pieds reposant sur la cale en métal au bout de l’engin. Nous nous arrêtons à nouveau. Il s’assied sur le réservoir, dos à la route, et me fait mettre mes fesses sur la selle face à lui.

— Tiens-toi à mes hanches, m’ordonne-t-il.

J’obéis et nous avançons comme cela, casque contre casque. C’est supra dingue.

Il lâche ses mains du guidon et me fait me coucher en refermant mes jambes autour de sa taille. Nous communiquons avec des signes et je comprends qu’il faut que je tende mes bras derrière moi et que je les laisse dans le vide, ce que je fais. Je tiens juste par mes cuisses qui tremblent, tant je le serre. Plus à l’aise que tout à l’heure, j’ai une totale confiance en lui. Puis il accélère et nous tournons encore et encore sous les applaudissements des gens. C’est incroyable. Grisant. Génial. Surréaliste. Enfin, il me relève et lorsque ça s’arrête, j’ai des vertiges. Il me faut une minute pour récupérer.

— Ça va ?

— Oui, c’était trop bon !

— Le final maintenant, et c’est toi qui vas le faire.

Heiiiiiin ?

Je suis assise sur la selle à sa place et il est derrière moi.

— Mets ta main sur l’accélérateur, m’intime-t-il.

Je m’exécute, il pose la sienne par-dessus et donne très vite des à-coups jusqu’à bloquer la poignée vers le bas. L’arrière de l’engin bouge de droite à gauche, entraînant une épaisse fumée blanche qui nous englobe. Avec ses pieds au sol, Hayden gère les mouvements puis retire sa paume en me faisant signe de poursuivre pendant qu’il s’occupe du reste. Ce que je fais avec plaisir. J’adore entendre le bruit rapide de la machine en rupture même si ça fait un boucan d’enfer, et je prends tant la chose à cœur que c’est lui qui finit par m’arrêter.

— OK, stop. Faut quand même qu’on rentre. Si tu continues comme ça, tu vas serrer le moteur.

Je descends, nous retirons nos casques et je me jette sur lui pour l’embrasser. Mes yeux pétillent de joie, mes jambes sont en coton et je suis dans un état d’excitation extrême, ce qui le ravit.

— Bravo, chaton, t’as été géniale, s’extasie-t-il en me serrant un peu trop fort.

— C’était incroyable ! J’ai vu les étoiles ! rétorqué-je, un immense sourire aux lèvres.

— D’où l’importance de garder les yeux ouverts et puis pour ne pas gerber aussi, dit-il en passant sa main dans ses cheveux. Je crois que t’es prête pour le poirier.

— On verra ça dans quelques années si tu veux bien, chaque chose en son temps.

— Méfie-toi, j’ai une excellente mémoire, conclut-il en me faisant un clin d’œil. 

Lorsqu’il part faire ses acrobaties seul, je suis vite prise d’une forte nausée qui me pousse à courir jusqu’à une ruelle à l’abri des regards. Et le peu que j’ai mangé ressort.

— Bah alors, la sensible ? Hayd a pourtant été assez tendre avec toi.

Je me retourne sur Judy, qui me tend un mouchoir et un chewing-gum à la menthe.

— Merci. C’est le stress qui redescend et puis ça tournait beaucoup sur la fin.

— T’es en cloque ? lâche-t-elle soudain.

C’est quoi cette question mal placée ?

— Non ! m’insurgé-je en fronçant les sourcils.

— T’es sûre ?

— Oui !

Je lui redonne son blouson, sa protection dorsale et la contourne pour repartir vers les docks. De quoi elle se mêle, celle-ci ?

— Attends, ne le prends pas mal, c’est juste que tu semblais dégoûtée par la nourriture tout à l’heure et là, tu vomis. J’ai eu les mêmes symptômes quand j’attendais mon fils, alors je me pose des questions, c’est tout. T’as déjà eu des nausées auparavant ?

— Tout va bien, je ne suis pas enceinte, aboyé-je en m’éloignant.

Et je me répète sans cesse que je suis très assidue, que je n’ai jamais oublié un comprimé de pilule. Oui, mais tu as un retard de règles... Mon séjour à la montagne a été si agité, entre ma peur en avion, le comportement de Joyce et cette personne qui cherche à détruire mon couple, que ça explique très bien le pourquoi du comment.

Revenue à hauteur du show, je regarde le spectacle dans mon coin, assise sur un muret, n’osant pas aller vers Junior à quelques mètres de moi, qui m’ignore royalement. Nous ne l’avons pas vu lors de la fête avant les vacances, je n’ai toujours pas pu m’excuser. Ce soir, je n’y arrive pas, les paroles de cette fille tournent en boucle dans mon esprit et je refuse d’admettre qu’elle pourrait avoir raison. Puis mes pensées divaguent pendant qu’Hayden prend son pied. Dans quelques jours, il va s’envoler pour Paris et je n’ai pas hâte d’être à ce moment-là.

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