Villa Chagrin

Gail Godwin · Chapitre 39 sur 43

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Villa Chagrin

Chapitre 39

 

 

Avant même de passer les portes de mon nouveau collège, j’étais connu comme le « bones boy », le « garçon aux ossements ». Et pendant toute l’année scolaire on m’a appelé « Bones ». Ce surnom m’a suivi au lycée, puis s’est perdu au fur et à mesure que des nouveaux arrivaient, ne sachant rien de son origine. Je l’ai plus ou moins regretté, car « Bones » évoquait l’effroi mêlé d’admiration, le respect et une certaine notoriété. Mais il avait été parfaitement efficace car il m’avait extrait du royaume des camarades impitoyables avant qu’aucun d’entre nous n’ait le temps de jeter un coup d’œil aux autres.

J’ai dit « passer les portes », j’aurais dû préciser « en me balançant sur mes béquilles ». (Fracture spiroïde du tibia ayant nécessité une plaque et onze vis.)

« Vous savez quel est le pire cauchemar d’un agent immobilier ? répétait Charlie Coggins devant les journalistes. Trouver des ossements humains dans une de ses propriétés. »

« Tu étais encore, a dit Lachicotte, sous ton anesthésie auto-administrée quand les sauveteurs t’ont remis la jambe dans l’axe. Mais les pompiers ont d’abord dû abattre un mur. Tu étais derrière, plié en deux dans cet étroit réduit. Il a fallu te stabiliser avant de te sortir de là. Ensuite, à l’hôpital, s’est posé le problème des produits anesthésiques que l’on pouvait ou non t’administrer pour l’opération, car le Percocet que tu avais avalé s’écoulait encore lentement dans ton sang. Ils ont donc opté pour la péridurale. »

En ce qui concernait le vol des antidouleurs de Tante Charlotte et la violation de son atelier, personne ne pipait mot. Peut-être chacun de nous attendait-il qu’un autre se lance, mais ne pas en parler ressemblait plutôt à un accord tacite que nous avions tous trois conclu.

Je marchais encore avec mes béquilles et j’avais des rendez-vous réguliers avec une psychiatre de Myrtle Beach quand le sujet de ces médicaments a été abordé. La deuxième épouse de Lachicotte, qui était devenue thérapeute, avait recommandé cette femme médecin car elle excellait auprès des enfants et des adolescents. Lachicotte me conduisait là-bas car Tante Charlotte n’avait pas encore repris le volant. Sa cheville et son poignet guérissaient, bien qu’elle ait toujours tenu à signaler ensuite que sa main droite n’avait jamais retrouvé une mobilité parfaite. Pendant un de ces trajets, Lachicotte a soudain brisé l’accord tacite. « C’est moi qui ai trouvé la boîte dans ta poche, Marcus, et j’ai dû en parler. Pendant un instant infinitésimal, j’ai pensé n’en rien faire. Mais cela n’aurait été dans l’intérêt de personne. Tu comprends, hein ?

— Infinitésimal ?

— Minuscule, voisin de zéro, à peine perceptible.

— Je crois que tu as eu raison. »

Je lui en voulais plus de ce que je considérais comme la « pire » trahison dont il se soit rendu coupable, alors que j’étais encore à l’hôpital. Pourtant je savais que cela aussi, je devrais lui pardonner un jour.

Lors des séances chez la psychiatre, j’avais décidé de tout mettre sur la table, même ce que j’avais vraiment ressenti en tapant sur Siffleur – tout sauf mes visions de Johnny Dace. Ses restes ayant été découverts, j’avais une raison de plus de garder le secret. J’avais d’abord voulu éviter d’être considéré comme fou et envoyé dans une institution. Mais si j’évoquais notre relation maintenant que ses ossements étaient devenus une affaire publique, on penserait que j’inventais cette histoire afin d’attirer l’attention. Comme Tante Charlotte l’avait dit à propos de « l’homme en gris » qui marchait sur la plage avant chaque ouragan : « Les gens voient ce qu’ils veulent voir. Ou imaginent qu’ils ont vu. Et certains prétendent qu’ils ont vu quelque chose pour jouer les médiums ou se faire remarquer. »

Ainsi que l’on pouvait s’y attendre, la psychiatre m’a encouragé à parler de ma mère. Afin de me débarrasser du pire, je lui ai raconté le scénario que j’avais inventé le soir de son accident et comment, quand je m’étais souvenu de cette « pensée que je ne voulais pas avoir eue », je n’avais plus voulu vivre. La psychiatre, qui avait à peu près l’âge de Tante Charlotte, faisait preuve d’un délicieux mélange de vivacité, d’humour et de respect. Quand elle riait, ses boucles d’oreilles en filigrane se balançaient au rythme de ses cheveux gris mi-longs. Elle portait des chaussures et des vêtements élégants et parlait avec le même accent que Lachicotte quoique moins prononcé. En finissant mon récit, j’ai remarqué, comme un bon élève quand son professeur est content de lui, qu’elle appréciait énormément la façon dont nos échanges commençaient. C’est exactement le genre de choses que nous allons devoir affronter ensemble, se disait-elle visiblement.

Cela sans vouloir être condescendant envers la femme qui m’a tant aidé. Ayant choisi la même profession, je ne sais que trop bien avec quelle prudence nous devons traiter nos jeunes patients, suivre les indications de diagnostic jusqu’à ce que nous arrivions à entrevoir l’individu derrière les apparences. Nous recommençons de zéro avec chacun d’entre eux – ou nous le devrions.

Le « professeur content », « interprété » par l’élève, était la perception d’un garçon à qui les séances chez un autre psychiatre avaient appris quelques stratégies lui permettant de cacher ses secrets. Parce qu’il vit encore en moi je sais parfaitement à quel point un enfant de onze ans peut se montrer malin quand il s’agit de cacher certaines informations. L’astuce consiste à révéler un autre secret à la place de celui que vous voulez garder pour vous.

Elle était exactement ce qu’il fallait être, et elle était là quand j’ai eu besoin d’elle. Parmi tous ses bienfaits, le petit carnet de notes est celui qui m’a servi le plus longtemps. Elle m’a dit d’aller acheter un calepin qui tienne dans ma poche et d’y écrire tout ce qui me paraissait important.

« Tout ce qui touche une corde sensible. Une ligne par jour, ou rien, ou autant que tu veux. Tout ce qui te semble valoir la peine d’être retenu. Quelque chose que tu as lu, que quelqu’un a dit, note-le sans tarder et ne te censure pas. Personne d’autre que toi ne va voir ce petit carnet. Et quand tu l’auras rempli, va en acheter un autre. Range-les dans un endroit secret.

— Est-ce que ça peut n’être que de simples pensées qui me traversent l’esprit ?

— Absolument. Y compris, elle a souri, celles que tu ne veux pas avoir. » Elle avait alors entrevu l’individu qui se cachait derrière les apparences.

« Vous savez quels sont les mots qu’un agent immobilier ne veut jamais entendre ? aimait aussi expliquer Charlie Coggins aux journalistes. Sécurisez le site. Oui, ces trois mots : Sécurisez le site.

» Mais en l’occurrence, c’est moi qui en ai donné l’ordre. J’ai rapidement été sur le lieu de l’accident, grâce à Lachicotte Hayes qui m’a appelé de son portable. “Les pompiers, m’a-t-il dit, sont en train de faire tomber un mur pour qu’on puisse le sortir de là, et je pense que tu ferais bien de venir.” Quand je suis arrivé, ils stabilisaient l’enfant avant de le déplacer. Je savais ce qui s’était passé. Il avait fait exactement ce que je lui avais déconseillé de faire, était allé exactement là où je lui avais déconseillé d’aller. Il est monté dans la chambre sud et le plancher a cédé. Le “mur” que les pompiers ont abattu, sur la façade sud de la maison, n’en était pas véritablement un, rien que des planches assemblées et retenues par des bardeaux, ce qui n’a pas été très difficile à casser. L’enfant a atterri du premier étage dans un petit réduit situé sous l’escalier et une partie de la chambre sud. Personne ne savait que ce réduit existait. Pas même moi, jusqu’à ce que notre obligeante Société pour la préservation du patrimoine me fournisse gentiment les anciens plans. C’était à l’origine une resserre où l’on pouvait entreposer le bois par une ouverture extérieure et le retirer de l’intérieur de la maison grâce à une porte qui donnait sur la pièce du bas, sans avoir besoin de braver les éléments ! Les familles de planteurs de riz restaient sur l’île jusqu’en novembre, or il fait froid, en novembre.

» Puis, quand les derniers propriétaires ont décidé de construire l’escalier sud et la pièce du haut, ils ont supprimé l’accès à la réserve, bloqué la porte, enlevé la poignée qui dépassait et passé le tout à la chaux.

» Ensuite, lorsque l’ouragan Hazel a frappé en 1954, pour une raison inconnue la véranda a brûlé. Le reste de la bâtisse a parfaitement bien tenu le coup. De nouveaux propriétaires, intéressés par un profit rapide, ont rasé la véranda brûlée et barricadé le mur du sud. C’est le “mur qui n’en est pas un”, celui que les pompiers ont abattu. Quand mon père a racheté la villa aux investisseurs à court d’argent, il m’a envoyé clouer d’anciens bardeaux de pin pour cacher cette disgracieuse cloison de fortune.

» Comme je le disais, quand je suis arrivé les secouristes stabilisaient le garçon, ils ne l’avaient pas encore sorti de là et ce n’est que quand ils l’ont fait qu’ils ont vu ce sur quoi il était allongé. Je dis allongé, mais le squelette était en position assise, ramassé sur lui-même. Et on aurait dit que Marcus était assis sur ses genoux.

» Puis les gens se sont interrogés. Ils ne peuvent pas supporter que les questions restent en suspens – ils doivent ficeler une histoire. Est-ce que ce sont les restes d’une personne assassinée ? se demandaient-ils. Depuis combien de temps ces ossements sont-ils là ? Est-ce que l’auteur de ce crime est encore en vie ? J’ai d’abord pensé : Oh… Me voilà avec cette propriété sur les bras jusqu’à ce que la victime soit identifiée, et peut-être même le meurtrier appréhendé ! Mais ensuite je me suis rappelé être récemment allé dans la maison avec l’enfant, et il parlait tout le temps du garçon qui avait disparu lors de l’ouragan Hazel. J’ai alors su de façon pratiquement certaine à qui ces ossements appartenaient. Dans ce cas, mieux valait en avoir confirmation au plus vite, et j’ai dit : “Personne ne touche à ce squelette ou ne l’enlève d’ici avant que nous fassions venir la police scientifique.” C’est donc en l’occurrence l’agent immobilier qui a donné l’ordre de sécuriser le site. Au fait, la porte intérieure de l’ancienne réserve à bois est en excellent état de conservation. Elle a toujours ses charnières et son loquet du dix-huitième siècle, et même ses vieux clous forgés. Je vais l’offrir au musée de Charleston. »

« Elle doit être furieuse contre moi, ai-je dit à Lachicotte alors que sur mon lit d’hôpital j’émergeais de ma fugue semi-consciente.

— Qu’est-ce qui te fait penser ça ?

— Eh bien… pourquoi n’est-elle pas là ?

— Elle n’était pas certaine que tu aies envie de la voir.

— Pourquoi ? »

Je n’en avais aucune idée. Il allait falloir des semaines avant que tous les événements (internes et externes) de cette journée ne me reviennent. Le premier souvenir qui a émergé était celui du trajet à vélo vers la Villa Chagrin avec le Diabolique qui me harcelait… puis un blanc… puis une douleur déchirante… et un autre blanc… puis être transporté à travers les dunes dans la lumière du jour tandis que des voix s’appelaient et se répondaient au-dessus du bruit de la mer et avoir alors pensé : Je vous en prie, ne me laissez pas tomber sur l’une de ces baïonnettes espagnoles.

« Probablement à cause de ce mot que tu lui as laissé, a répondu Lachicotte.

— Qu’est-ce que je lui disais ?

— Que tu la remerciais de t’avoir pris chez elle mais que tu n’étais plus quelqu’un de bien et que tu allais ailleurs. »

Ces mots semblaient familiers, mais pourquoi les avais-je écrits ?

Puis je me suis rappelé que ce jour-là ils étaient allés chez le chirurgien.

« Et son poignet ? ai-je demandé.

— Les nouvelles sont bonnes, avec les réserves de rigueur. Ce chirurgien n’est jamais excessivement enthousiaste. Comme la plupart d’entre eux. Ta tante s’inquiète terriblement à ton sujet, Marcus. Elle t’aime énormément, plus qu’elle ne le montre. La dernière chose qu’elle veuille est que tu te sentes obligé de rester avec elle alors que tu préférerais vivre ailleurs. »

J’étais perplexe. « Pourquoi voudrais-je partir ? »

Le projet secret de Tante Charlotte, intitulé Encres et aquarelles de Tata Dégueu par le Diabolique, et ce qui avait précédé mon intrusion dans l’atelier feraient partie des dernières séquences mémorielles à me revenir. Quand je m’en suis souvenu et me suis excusé de lui avoir désobéi, elle s’est contentée de hocher la tête et m’a officiellement invité à la suivre dans son antre, pratiquement sur le même ton que la première fois, quand elle avait voulu que « les choses soient claires » à propos de mon « compte en fiducie » et de la « jolie allocation mensuelle » qu’elle recevrait.

Sur le même ton neutre et monotone elle m’a donné une version « aseptisée » de la façon dont son père avait abusé d’elle, du jour où quand elle avait cinq ans il avait commencé à les emmener elle et sa poupée avec lui lors de ses voyages d’affaires jusqu’à ce qu’elle s’enfuie, quand elle en avait seize. (« Cela suffit. Avec ton imagination hyperactive tu peux remplir les vides, Marcus. » Elle n’a pas ajouté : « Et ce dont tu te souviens des petites peintures t’aidera à te représenter les scènes. »)

Ces œuvres sur papier n’ont jamais été mentionnées. Elles sont véritablement devenues des « tableaux non peints ». Je ne sais pas du tout ce qu’elle en a fait. Le panneau de liège avait retrouvé ses anciennes images punaisées dans le même ordre qu’avant : détails de paysages qu’elle admirait, esquisses de nuages, de la mer, cartes postales de ses peintures, cartons d’invitation et coupures de presse. Elle a demandé à Lachicotte de remettre le grand chevalet à son ancienne place et à moi, si cela ne m’embêtait pas et en attendant qu’on lui enlève ses plâtres, de changer ses draps, donner un bon coup de balai et de chiffon à poussière pour que tout soit prêt quand elle reprendrait le travail.

La première entrée de mon carnet format poche (de ceux en moleskine avec bande élastique et reliure cousue qui venaient d’apparaître sur le marché américain) était le conseil du vieux professeur :

Et n’en parlez à personne d’autre, sauf à ceux dont vous savez qu’ils ont eu le même genre

d’aventure…

C . S . L E W I S

Le lion, la sorcière blanche et l’armoire magique

Et plusieurs carnets plus tard, alors que j’étais étudiant en médecine, j’ai noté ce trésor :

On pourrait dire de tous les êtres humains qu’aux époques où les frustrations intellectuelles

conduisent à un sentiment de désespoir ou de futilité, la psyché a perdu son ancrage dans le corps, et une période de divorce entre la psyché et le soma doit alors être supportée… L’idée d’un fantôme, d’un esprit désincarné, vient de ce manque d’ancrage essentiel de la psyché dans le soma ; l’intérêt des histoires de fantômes est d’attirer l’attention sur la précarité de la coexistence psyché-soma.

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D . W . W I N N I C O T T

La nature humaine, « La psyché résidant dans le corps »

« Oui, l’ancrage de la psyché dans le corps est très précaire, ai-je écrit sur la page suivante. Ce dont j’étais certain à l’époque, c’était d’avoir vu. Ce dont je n’étais pas certain, c’était d’être différent ou non des autres enfants de mon âge. Si oui, étais-je ultrasensible au surnaturel ou en train de devenir fou ? Est-ce qu’un autre individu de onze ans pouvait vivre la même expérience ? Ou n’était-elle que la mienne parce que le garçon-fantôme était inséparable de mon histoire, de ma personnalité, de mes besoins ? Je savais qu’il était lié à ma vie, mais il semblait aussi exister en tant qu’entité indépendante. Comment pouvait-il être l’un et l’autre ? J’avais besoin d’une personne mature qui puisse gagner ma confiance, comprendre mes contradictions, et m’aider à former un concept assez vaste pour les contenir. »

« Je n’arrive pas à croire que tu ne m’en aies rien dit ! » Ma jambe était dans le plâtre. Je me sentais parfaitement bien. Pourquoi ce quatrième jour d’hôpital ?

« Eh bien maintenant je te le dis, a répondu patiemment Lachicotte.

— Mais c’est trop tard ! Ils ont tout enlevé. Je l’ai trouvé… C’est moi qui suis tombé sur lui, bon sang. Et tu ne me racontes tout ça que maintenant ?

— Tu étais inconscient quand nous sommes arrivés, Marcus. Nous ne savions pas si tu allais t’en sortir.

— Mais je ne l’ai pas vu.

— Tu peux encore le faire. Ses restes sont aux pompes funèbres Johnson. Je t’y emmènerai quand tu seras autorisé à sortir.

— Mais je ne verrai jamais comment il était quand…

— Ils ont pris des tas de photos avant qu’on touche à quoi que ce soit ou qu’on l’emporte. Charlie Coggins a eu la présence d’esprit de sécuriser le site. Tu pourras regarder les photos. Et ses ossements seront placés dans leur ordre anatomique.

— Pourquoi est-il aux pompes funèbres ?

— La police scientifique a fini son travail là-bas. C’était assez rapide. Les dates concordent. Ils ont conclu qu’il se cachait dans cette resserre, probablement pour se protéger de l’ouragan, et quand le feu s’est déclaré, peut-être à cause d’une cigarette qu’il aurait jetée sur la véranda, il est mort asphyxié. Lorsque la cousine arrivera, c’est elle qui décidera de l’endroit où iront ses restes.

— Quelle cousine ? » Une telle injustice me révoltait. C’est moi qui l’avais trouvé, et on ne me mettait au courant de rien !

« Une parente de Mr. Dace, très âgée maintenant, celle qui a attaqué les Barbour en justice il y a cinquante ans. La famille Barbour a fourni son ancienne adresse et il s’est avéré qu’elle vivait toujours là-bas. Son ADN correspondait avec celui des ossements et Charlie Coggins la fait venir à ses frais par avion de Louisville.

— Pourquoi ?

— Elle dit qu’elle ne sera pas en paix tant qu’elle n’aura pas vu ce garçon. Ou ce qu’il en reste.

— Lachicotte, il faut absolument que je le voie. C’est important, très important. Tu ne pourrais pas demander au chirurgien de me laisser sortir ?

— Ce n’est pas lui qui décide, Marcus. Ils doivent s’assurer que tu ne représentes pas un danger pour toi-même avant de te relâcher dans la nature. Si tu avais avalé quelques cachets de plus, nous serions en train d’organiser tes funérailles, à toi aussi. »

Je me retrouvais coincé comme je l’avais été après la mort de ma mère. Les rouages de la loi devaient tourner avant tout, je le savais. Cependant je me sentais grugé, trahi. Ceci était bien pire que rater la sortie des bébés caouannes. Injustement, je comparais Lachicotte à William, mon tuteur ad litem. Lui avait immédiatement compris que je devais voir le corps de ma mère avant son enterrement.

« Est-ce que tu peux au moins me dire comment nous étions quand vous nous avez trouvés ?

— Comment vous étiez ?

— Comment nous étions. Quand les pompiers ont eu fini d’abattre le mur et que tu nous as vus, lui et moi. À quoi ça ressemblait ?

— Je n’ai vu que toi, Marcus.

— Et lui, alors ?

— Je ne pouvais pas penser à autre chose qu’à toi. Nous ne savions pas si tu allais survivre.

— C’est quand même inouï que personne ne se soit donné la peine de m’avertir !

— En tout cas, j’ai une bonne nouvelle. Ton amie Coral Upchurch, qui est à l’étage du dessous, se remet. Elle rentre chez elle demain, faible mais guérie. »

C’était le genre d’histoire vécue que tout le monde adore. Un vieux mystère enfin résolu – et pour le cinquantième anniversaire de l’ouragan Hazel, auquel ce mystère était lié. Un jeune insulaire tombant sur le squelette d’un garçon assis recroquevillé dans la resserre d’une villa construite il y avait deux cents ans et désormais abandonnée. Tout ce qu’il fallait pour plaire. Pour susciter l’intérêt du public. Pour résister au temps. Je peux aujourd’hui taper « Johnny Dace » et voir ces photos prises in situ par la police scientifique. Ses ossements blottis dans le coin d’un réduit oublié, attendant d’être découverts. J’ai été identifié comme celui qui l’avait trouvé. Marcus Harshaw, onze ans, résident de l’île.

Nous l’avons enterré dans le cimetière de l’église de Lachicotte. Coral Upchurch a assisté à la cérémonie dans son fauteuil roulant, accompagnée de Roberta Dumas. La cousine ADN, quatre-vingts ans passés, a occupé le devant de la scène – pendant un moment. Sa vie s’était clairement déroulée très différemment de celle de Coral Upchurch et elle n’avait pas aussi bien vieilli. Mais elle pouvait encore marcher et parler et elle avait dans son sac quelques polaroids décolorés de Johnny Dace. Elle a profité de toute l’attention des journalistes jusqu’à ce que ses différents récits s’accumulent et s’effondrent. Les polaroids avaient été pris quand Johnny était beaucoup plus jeune, petit garçon maussade que ses parents n’arrivaient pas à tenir ; ils l’avaient envoyé plusieurs fois dans une institution pour enfants difficiles mais le reprenaient toujours et essayaient encore. Dans une version ultérieure, il était intelligent et doux, quand on savait s’y prendre, et comme un fils pour elle. Et elle a fini par raconter qu’Elvis lui-même était venu à Louisville et avait dit à Johnny Dace : « Tu pourrais être ma doublure. » Mais il y avait un problème : la carrière d’Elvis n’avait commencé que l’année où Johnny Dace avait disparu dans l’ouragan.

Charlie Coggins lui a alors murmuré qu’il leur restait juste assez de temps avant le départ de son avion pour lui montrer la maison où le seul parent qui lui restait avait passé les cinquante dernières années. Refusant l’offre de l’agent immobilier, qui lui proposait de payer le transfert des restes vers le Kentucky, elle a signé les papiers autorisant qu’il soit enterré sur l’île, à condition qu’elle n’ait rien à payer.

Avant les funérailles de Johnny, Lachicotte m’a emmené voir sa dépouille aux pompes funèbres. Johnny mesurait un mètre soixante-treize, il avait les jambes arquées et un nez cassé mal remis mais qui n’était plus là. J’ai été autorisé à passer la main sur ses longs tibias.

Nous avons commandé sa pierre tombale à l’entreprise à laquelle la famille de Lachicotte faisait toujours appel. Elle se trouvait sur la côte près de Georgetown et nous y sommes allés dans une Bentley Derby 1936 que Lachicotte retapait. Nous roulions décapotés, par la force des choses car il venait de commander une nouvelle capote, et mes cheveux flottaient au vent comme ceux de Pickett quand il était arrivé dans la jeep d’Ed pour gâcher ma soirée. Le volant était à droite et nous avions reculé à fond le siège passager afin que je puisse étendre mon plâtre.

Chez le marbrier, une jeune femme très bronzée en short et tee-shirt travaillait à l’extérieur, sculptant une pierre pour un moine qui était mort en 1904. Quand l’ouragan Floyd avait inondé le monastère en 1999, nous a-t-elle expliqué, tous les moines avaient dû être déterrés et enterrés à nouveau dans un cimetière construit plus en hauteur. Et on ne pouvait pas déplacer le marbre car il risquait de s’effriter. « C’est la commande la plus importante que nous ayons eue à honorer. Quatre-vingt-une pierres tombales ! Nous y travaillons depuis presque cinq ans. En alternance avec d’autres, mais l’abbé a dit que tout allait bien car ces moines avaient appris à vivre dans un rapport au temps différent. »

Lachicotte était fasciné, aussi nous a-t-elle conduits à l’arrière où quelques-uns des travaux déjà exécutés étaient stockés sur des palettes de bois, attendant d’être livrés au monastère. Tous étaient exactement pareils, rectangulaires, de même taille, identiquement gravés. IES en haut, le nom du moine en dessous, et plus bas encore ses dates de naissance, de vœux et de mort.

« Que veut dire IES ? ai-je demandé.

— Ce sont les trois premières lettres grecques du nom du Christ », a-t-elle répondu, et Lachicotte a gentiment épelé I - E - S - O - U - S.

Nous avions hésité quant à ce qu’il fallait écrire sur la tombe de Johnny Dace. Tante Charlotte, Lachicotte et moi en partagions les frais.

« Mais si nous ne mettons que ses dates de naissance et de mort, ce sera comme pour n’importe quel garçon né en 1940 et mort quatorze ans plus tard, raisonnais-je.

— Oui, mais dans le doute, le moins vaut le plus, a dit Tante Charlotte. Nous voulons éviter l’emphase.

— Qu’est-ce que l’emphase ?

— L’exagération sentimentale, la grandiloquence mélodramatique, par exemple : “Disparu dans l’ouragan Hazel en 1954, miraculeusement trouvé en 2004.” Ce qui n’en dit toujours pas assez et qui est beaucoup trop long.

— Imaginons ce qu’il aurait voulu, a finalement suggéré Lachicotte, s’il était là ( la-aaa) pour passer commande lui-même. »

Quand Lachicotte et moi sommes partis vers le sud dans la Bentley Derby, nous avions choisi de nous en tenir au plus simple.

« Cela suffit probablement, ai-je fini par accepter. Quand Maman et moi parlions de funérailles et d’enterrements, elle disait toujours qu’elle voulait seulement qu’on écrive sur sa tombe A L I C E H A R S H A W et ses dates. Je n’ai toujours pas décidé.

— Décidé quoi ? a demandé Lachicotte. Ce que tu veux sur la tienne ?

— Non, je n’ai pas encore commandé la pierre de Maman. Mon tuteur ad litem de Caroline du Nord s’en occupera dès que je lui ferai part de ce que j’ai choisi. L’argent a été versé. Il ne me reste qu’à lui dire ce que je veux qu’on écrive. »

Chez le marbrier, la jeune femme s’est assise avec nous et nous a proposé quelques esquisses. J O H N N Y D A C E , dates de naissance et de mort. Elle nous a montré un tableau des différentes fontes de caractères. Nous aimions tous les deux le nom en capitales carrées.

« On dirait une inscription latine, a commenté Lachicotte.

— Il manque quelque chose, ai-je dit.

— Quoi ?

— Eh bien, comme ce qu’ont les moines. Quelque chose au-dessus d’eux qui veille sur eux.

— Il y a toujours le bon vieux S.T.T.L. que les Romains mettaient sur leur tombe, a dit Lachicotte. Sit tibi terra levis. Ce qui signifie “Que la terre te soit légère.”

— J’adore ça ! C’est parfait… surtout pour lui.

— Le latin était une de mes matières préférées quand j’étais en pension.

— Mais peut-être faut-il le laisser en anglais, pour que les gens d’ici comprennent.

— On peut faire ça.

— Et tu sais quoi ? Je crois que ce serait parfait pour Maman. Mais peut-être les deux, en latin et en anglais. Maman avait un goût particulier pour le latin.

— Ça aussi, tu peux le faire. »

Tante Charlotte allait devenir ce qu’elle appelait une « intermittente de l’abstinence ». Elle a d’abord essayé de se limiter à une bouteille et demie par jour. Elle accomplissait religieusement ses exercices et s’est remise au travail, mais disait n’avoir jamais retrouvé la même habileté. La publicité qui entourait l’affaire Johnny Dace lui a apporté une avalanche de nouvelles commandes de tableaux « Villa Chagrin ». Elle peignait d’après mes photos et ses souvenirs d’anciens tableaux. Quand on a cessé de parler de Johnny, Charlie Coggins a rasé la maison et s’est vite débarrassé des deux lots auprès d’un acheteur enthousiaste. Puis les voisins du nouveau propriétaire, dont Ed Bolton, lui ont conseillé de faire venir des ingénieurs spécialisés dans les problèmes d’érosion avant de commencer à construire. Les experts ont découvert que l’extrémité nord de l’île se désagrégeait à une telle vitesse que tout bâtiment érigé là serait probablement emporté par la mer avant 2025.

Quand, lassée de peindre encore et encore le même paysage, Tante Charlotte a de nouveau vidé trois bouteilles par jour, elle nous a laissés, Lachicotte et moi, la persuader de partir à Savannah pour une retraite d’un mois dans une charmante maison de repos. Lachicotte s’est installé chez nous, il me préparait le petit déjeuner, me conduisait au collège, et laissait relevé la lunette des toilettes. Elle a ensuite passé deux ans d’abstinence totale pendant lesquels elle a ajouté à la maison une chambre, une salle de bains et une terrasse donnant sur le nord où elle pouvait peindre sans que personne ne regarde par-dessus son épaule en émettant des commentaires idiots. Son travail s’est alors notablement transformé. Elle utilisait des petits formats, quoique supérieurs à dix par quinze. En voyant ces toiles on pouvait penser : « Oh, de l’impressionnisme abstrait. » Mais en les regardant plus attentivement, on se disait : « Non, attends, ce carré de gris et de bleu lavande est un gros plan de nuage après le coucher du soleil, ce à quoi il ressemble quand l’artiste a pénétré la masse et la forme de sa vapeur. Non, attends, ce sont les vagues à marée haute, ce à quoi elles ressemblent quand l’artiste est allée au-delà des lignes qui les délimitent et s’est retrouvée parmi les fines gouttelettes. »

Nous avons perdu dans le krach boursier de 2008 un tiers de l’argent dont je devais disposer à ma majorité. Tante Charlotte a continué de toucher sa « jolie allocation », qu’elle mettait immédiatement de côté sur le compte destiné à financer mes études. « Dis-toi, Marcus, que quand nous étions pleins aux as j’ai pu utiliser une part de mes économies pour les travaux d’agrandissement, et toi tu as eu droit à quatre ans de séances chez ton onéreuse psychiatre. Nous allons nous en sortir. Quoi qu’il arrive, tu t’es révélé assez brillant pour toucher toutes les bourses que tu voudras, et mes tableaux “vapeur et fines gouttelettes”, comme tu les appelles, ne se vendent pas si mal. Les gens peuvent vivre avec eux. Moi-même je les aime bien. Ils sont à la fois apaisants et étranges, et magnifiques quand on les agrandit en tirages sur aluminium. Une avocate de Columbia en a acheté six pour son bureau. »

En 2013, la mort soudaine de Lachicotte a valu à Tante Charlotte un long séjour à la maison de repos de Savannah. En échange d’une réduction sur les frais, elle donnait des leçons de peinture aux autres pensionnaires et leur montrait la valeur thérapeutique de l’utilisation de la main non dominante. (« Vous découvrirez toutes sortes de choses sur vous-même, promettait-elle à ses compagnons de désintoxication. Tremblante et brinquebalante, votre main non préférentielle va vous emmener en des lieux que votre main dominante ne vous aurait jamais laissé approcher. ») Il s’avéra qu’elle n’avait même pas besoin de ces échanges, car Lachicotte avait partagé ses biens entre « ma chère nièce Althea » et « mon excellente amie Charlotte Lee ».

« C’est tellement lui… Typiquement lui », se lamentait ou s’exaspérait Tante Charlotte alors que, en classe préparatoire de médecine, je lui rendais visite dans sa maison de repos. « Il était vieux, mais pas si vieux que ça. Sans ce besoin idiot qu’il avait de faire plaisir à tout ce qui croisait son chemin, il aurait pu encore vivre des années. Cet échange de voitures n’avait aucune raison d’être en dehors du fait que ce garçon voulait conduire la Jaguar. »

« Ce garçon », un jeune homme de plus de vingt ans, devait suivre Lachicotte jusqu’à Hilton Head dans sa propre voiture et, une fois la Jaguar livrée, le ramener chez lui. « Je ne me pardonnerai jamais, se désolait-il. J’avais envie de conduire cette merveille sur la fin du trajet, et Lachicotte s’est arrêté avant le pont sur la petite aire de repos, il m’a tendu les clés et dit : “Souviens-toi. Tu conduis toujours sur le côté droit de la route, mais maintenant, le volant est à droite.” Puis il écrase les freins de ma voiture pour éviter un chien et s’envoie contre le parapet. J’ai tout vu dans le rétroviseur de la Jaguar. Je ne pourrai plus jamais regarder dans un rétroviseur sans revivre l’accident : ce chien marron qui traverse en courant et le terrible coup de volant de Mr. Hayes. »

« Ce garçon me fait penser aux gens qui sont interviewés après une catastrophe, disait Tante Charlotte. Il n’est question que de celui qui a assisté à la tragédie. » Puis elle imitait la voix plaintive d’un témoin : « Je buvais un cappuccino à la terrasse du café en réfléchissant à ce que j’allais visiter cet après-midi-là quand soudain, juste de l’autre côté de la rue, l’immeuble saute ! L’explosion était tellement proche que ma table s’est mise à trembler et des cendres sont tombées dans mon cappuccino… »

J’ai imaginé la voix traînante de Lachicotte : « Souviens-toi-aaa, tu conduis toujours sur le côté droi-aaa de la route, mais maintenant, le volant est à droi-aaate. »

En fait, j’entendais Lachicotte dix fois par jour, disant ce qu’il aurait probablement dit si nous avions été en voiture, marché côte à côte sur la plage ou dîné ensemble. Je l’entendrai toute ma vie. Il émet de nouvelles remarques, adaptées à l’occasion, et ma mémoire auditive restitue le ton et le rythme sur lesquels il parlait, sa façon modeste de s’exprimer. Il est un des personnages permanents de ma vie onirique.

Coral Upchurch a survécu huit mois à sa pneumonie. Elle m’a laissé le secrétaire provençal, qui est le plus beau de mes meubles. Roberta a hérité de la maison de Columbia, qu’elle a vendue pour payer les études de son petit-fils. La maison de l’île enlaidie par le treillis qui cachait les piliers de briques et la rampe d’accès pour fauteuil roulant a été donnée par Mrs. Upchurch à la Société pour la préservation du patrimoine, qui l’a immédiatement restaurée telle qu’elle était originellement. Baptisée Centre communal William Upchurch elle est, lors d’occasions spéciales, louée à des particuliers et l’argent ainsi gagné va dans les coffres de la Société. Pour célébrer la fin de mes études universitaires, Tante Charlotte a donné une fête sur la véranda-fumoir de Coral Upchurch.

Quand, de l’université puis de l’école de médecine, je revenais pendant les vacances chez Tante Charlotte, nous allions en pèlerinage au cimetière où Lachicotte était enterré à côté de sa mère.

« Bon sang, Lash, s’énervait Tante Charlotte devant sa tombe. Pourquoi croyais-tu devoir veiller sur tout ce qui avait des pattes et des roues ? »

Bien qu’une autre fois elle m’ait dit : « C’est quand même bizarre, non, qu’après la mort des gens on se souvienne toujours de ce qui en eux nous rendait fou.

— Il me manque terriblement », disais-je.

Puis Tante Charlotte restait généralement à l’ombre sur un banc près des Hayes tandis que j’allais dans la partie la plus récente du cimetière voir celui qu’elle appelait « ton ami ».

Lors de ces visites à Johnny Dace, je suivais de nouvelles règles. Pas question de me laisser tomber lourdement à côté de sa tombe et de troubler son repos éternel. Il n’était plus le garçon disparu recroquevillé mort dans un réduit oublié. Et je n’étais plus celui qui avait un besoin vital de cet auditeur silencieux qui s’était montré à deux occasions sous la forme d’une entité indépendante.

« C’est vraiment désolant », devait s’attrister un jour Tante Charlotte. J’étais alors interne et voyais des patients, dont certains avaient le même âge que moi quand Tante Charlotte, venue me chercher à l’aéroport, m’avait serré la main et dit : « Eh bien Marcus, nous y voilà. »

« Qu’est-ce qui est désolant ? ai-je demandé.

— Que nous ne remarquions pas à quel point les autres sont remarquables quand ils sont encore là. Puis, lorsqu’ils disparaissent, on souhaite le leur avoir dit, mais de leur vivant, on ne le savait pas encore. Qu’est-ce que tu en penses ? »

Je lui ai alors parlé du jour où j’avais rencontré Lachicotte. « Tu étais à l’hôpital, après ton accident, et avant qu’on aille te chercher, il m’a emmené acheter un vélo. On longeait le ruisseau et je lui ai raconté que Maman avait eu l’intention de passer l’équivalence du diplôme de fin d’études secondaires et d’aller à la fac. “Elle voulait devenir quelqu’un”, ai-je expliqué. Il est resté un instant silencieux puis il a dit : “Je crois qu’elle était déjà quelqu’un pour t’avoir élevé aussi bien qu’elle l’a fait.”

— Exactement le genre de phrase que Lash était capable de prononcer.

— Oui, et ça m’est passé au-dessus de la tête ce jour-là, mais plus tard, en y repensant, j’ai eu un chagrin terrible à l’idée que je n’avais pas compris ça quand elle était vivante, et combien elle aurait été heureuse de m’entendre lui dire : “Tu es une vraie battante, Maman, je suis fier de toi.” »

Tante Charlotte m’a regardé. « Donc tu comprends ce qui me désole. »

1. D. W. Winnicott, La nature humaine, traduit de l’anglais par Bruno Weil, Gallimard, « Connaissance de l’inconscient », Paris, 1990. (N.d.T.)

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