Witch Hunt : La chasse aux sorcières

Olivia Gerig · Chapitre 17 sur 46

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Witch Hunt : La chasse aux sorcières

Dans le brouillard

 

 

Genève, juin 2016

 

L A terrasse grouillait de gens : des blouses blanches, des ouvriers, des employés de bureau en costume-cravate… Aurore était absente encore sonnée par son malaise, l’épisode avec les médias et l’autopsie. La jeune femme était assise à table, avec les autres, mais son esprit voguait dans le brouillard. Ses yeux fixaient le procureur, mais ne le regardaient pas. Son téléphone toujours rangé dans la poche intérieure de sa veste n’arrêtait pas de vibrer et elle n’avait même pas pris la peine de le consulter.

 

— Capitaine Pellet ?

 

Aurore regarda le procureur, l’air interloqué, elle avait vraiment décroché.

La serveuse qui se tenait près d’eux, apparemment depuis un moment, semblait impatiente et hocha la tête en tournant les talons avec une attitude excédée.

 

— Puisque vous êtes à nouveau avec nous, je vous explique ce que nous avons décidé pour la suite de l’enquête…

 

Le procureur s’était exprimé avec un ton dans lequel on pouvait déceler des reproches.

 

— Le maréchal des logis-chef et vous-même serez chargés de l’enquête de voisinage. Voisins, parents, amis, camarades de classe… je veux tout savoir sur les deux ados ! Je compte également sur vous pour m’éclairer sur le profil du/des criminel/s. Le capitaine Morand sera responsable de l’enquête à proximité de la scène de crime, au château d’Avully. Pour ma part, je vais faire toute la lumière sur la fuite intolérable de ce matin. Je sais qu’elle ne vient pas de nos services… Un journaliste, une source fiable des forces de l’ordre m’a rencardé.

 

Aurore intervint :

 

— Je vais lancer le capitaine Lefort sur l’analyse des réseaux sociaux et le web. Je pense qu’elle peut nous en apprendre beaucoup sur les victimes. C’est une spécialiste du domaine.

 

En s’adressant au procureur en le regardant droit dans les yeux, elle poursuivit :

 

— Monsieur, vous êtes-vous déjà entretenu avec les parents des victimes ? Pensez-vous plausible qu’il puisse s’agir d’un enlèvement avec demande de rançon qui aurait mal tourné, comme les deux victimes proviennent de milieux aisés et qu’ils sont les enfants de notables de la région ?

— Heuh, oui, bien évidemment. Les familles étaient sous le choc. Je les ai rencontrées hier. Elles voulaient que rien ne s’ébruite…

— Ils auraient de toute façon préféré avertir la police si cela avait été un kidnapping. À moins qu’ils n’eussent de sombres secrets à cacher… et que les ravisseurs voulaient les faire chanter…

— Non, non ! l’interrompit de façon assez véhémente l’homme de loi.

 

Cette réaction surprit Aurore, qui en déduisit qu’il y avait anguille sous roche et que le procureur cherchait à lui dissimuler quelque chose. Elle verrait plus tard et elle le laissa continuer ses explications sans sourciller.

 

— Apparemment, ils n’étaient absolument pas inquiets pour leurs enfants lorsque les gendarmes sont venus leur annoncer la terrible nouvelle. Ils imaginaient, comme c’est souvent le cas chez les adolescents de leur âge, qu’ils avaient seulement passé la nuit dehors. Comme les deux sortaient ensemble, les parents du garçon pensaient qu’il avait passé la nuit chez sa copine, et les parents de la fille, l’inverse.

Ils terminèrent leur repas en vitesse payèrent et se dirigèrent vers leurs véhicules. Aurore se sentait toujours vaseuse.

 

* * *

 

Ancien sanatorium, Passy, juin 2016

 

Élias avait progressé dans la partie et dans l’aventure virtuelle. Les murs d’un château médiéval l’encerclaient à présent, froids et solides. L’obscurité régnait toujours. Après avoir traversé la forêt, le jeu les avait d’abord conduits dans un village, puis aux portes du château. Il avait abattu plusieurs ennemis et avait également identifié ses alliés. Il en avait deux : Lancelot et Galaad. Malheureusement, Galaad avait perdu deux vies dans un combat précédent et une nouvelle attaque lui serait certainement fatale. La rencontre avec un aubergiste, mandaté par l’ordre des chevaliers de la lumière, dont il faisait partie (il l’avait appris pendant la partie par l’un des personnages qu’il avait croisés), lui avait communiqué de précieuses informations sur la mission qu’il devait accomplir. Il fallait débusquer Merlin et Morgane, puis les amener à leur procès. Les deux suspects étaient accusés de sorcellerie et de complot. Ils encouraient la peine capitale. Merlin et Morgane étaient des joueurs, tout comme lui, et ils affrontaient les mêmes ennemis, d’où la difficulté de les distinguer. Élias ne connaissait pas ce type de règles. Il n’en avait vraiment pas l’habitude. À la fin d’un jeu, normalement, pour l’emporter, il fallait combattre un « boss », et non livrer d’autres joueurs. Comment devait-il procéder ? Allaient-ils se mettre à plusieurs pour les capturer ? Quel était le but ? Il s’était arrêté un instant pour prendre une pause. Il avait mal partout, commençait à être faible, car il n’avait rien mangé. Sa vision se brouillait et il avait l’impression de ne plus y voir clair. De plus, l’adolescent ne comprenait pas très bien où tout cela le menait et il n’aimait pas cela. Caché derrière un paravent, dans l’une des chambres à coucher du château virtuel, il s’assit. Il consulta les instructions du jeu, ensuite, les objets qu’il avait à sa disposition dans son inventaire, puis décida d’examiner également la carte du jeu, où il pouvait distinguer les points signalant l’emplacement des autres joueurs, des ennemis et la croix qui indiquait l’endroit où avait lieu la mission finale. Apparemment, il devait se rendre au sous-sol, dans les caves ou les prisons du château. Il y avait des cordes, une nouveauté, elles ne s’y trouvaient pas quelques minutes avant. Les pensées se bousculaient dans sa tête. Je suis fatigué. J’en ai marre. La partie est bien trop longue, j’ai envie d’arrêter. Je crois que je vais sortir de là. J’en ai assez. Ça n’a aucune logique et cette mission finale, elle est trop bizarre. En plus, j’ai faim. Tant pis pour le jeu. C’est vraiment nul. Je ne comprends rien. Ça n’a rien à voir avec Witchhunt. Je m’en fous. Je ne leur dois rien. Et leur club, là, ils peuvent se le mettre… Il y en a d’autres des jeux et bien mieux que celui-là. La mise en scène avait l’air top, mais maintenant, ça me saoule grave. Basta ! J’arrête, je bâche. Je rends les armes. Qu’ils aillent se faire voir avec leur mission cheloue ! Et puis, j’ai des bleus partout. J’avais pas signé pour ça.

Alors qu’il allait se relever et enlever son casque, une voix menaçante, masculine, tout à fait différente de la voix sensuelle et mielleuse de la walkyrie qui l’avait accueilli résonna dans son casque.

 

— PARSIFAL ! PARSIFAL !

 

Son corps fut secoué par une impulsion électrique très forte. Il y avait

une sorte de Taser2 intégré au dispositif qu’il portait sur son dos. Il poussa un hurlement de douleur et s’effondra au sol.

 

— PARSIFAL ! Tu n’as pas le droit de faillir ! Tu dois poursuivre ta mission ! Le sort réservé aux déserteurs est terrible et nous sommes sûrs que tu ne veux pas le connaître ! Tu fais partie du jeu et tu dois mener à bien ta mission ! Ce que tu viens de ressentir maintenant n’est rien en comparaison à ce qui t’arrivera si tu abandonnes ! Tu n’as pas le choix ! Relève-toi et poursuis ton chemin sans flancher ! Ici, la faiblesse n’a pas sa place. Nous n’en voulons pas. Tout manquement sera sévèrement puni ! Tu as compris ? Lève-toi immédiatement ! Sinon…

 

La menace était réelle. Les mots terrifiants retentissaient dans un écho funeste.

L’adolescent était tétanisé, paralysé par la douleur et saisi par une angoisse terrible qui l’empêchait de bouger. Il se mit à sangloter alors qu’il essayait de se relever péniblement, son corps perclus de souffrance. Son esprit ne fonctionnait plus normalement, rationnellement. Il n’avait pas d’autre possibilité. Il devait continuer, malgré lui, malgré l’absurdité, malgré sa volonté. C’était une question de survie, il venait de le comprendre.

 

* * *

 

Le Dauphiné libéré – 23 mars 1986

Saint-Gervais-les-Bains – Encore une victime du Pont du diable

La malédiction du Pont du diable à Saint-Gervais-les-Bains n’est pas qu’une légende. En effet, de

nombreuses personnes désespérées choisissent cet endroit pour se donner la mort. Les chiffres sont éloquents ces dernières années. Or, les gendarmes ont signalé avoir retrouvé le corps sans vie d’une habitante de Megève le 23 mars dans le gouffre. De jeunes touristes anglais ont aperçu la dépouille de la malheureuse lors d’une visite pour découvrir la région. La jeune femme est toujours sous le choc et les deux amoureux britanniques ont préféré rentrer en Angleterre. Cet incident est une mauvaise publicité pour les stations voisines qui vivent du tourisme. La malédiction du Pont du diable aurait donc encore fait une victime.

Selon la légende, en 1876, pour la construction du pont, le diable aurait offert son aide aux

villageois contre l’âme d’un homme. Les habitants de la région, plus intelligents, lui auraient sacrifié un chat noir à la place. On raconte que Satan, par vengeance en réponse à l’affront des villageois, prendrait l’âme d’une personne qui se jette du pont tous les 50 ans le 23 mars. On ne retrouvait jamais le corps de la victime. Le diable aurait-il frappé avec un peu de retard ? D’après nos informations, il y aurait déjà eu une multitude de suicides depuis 1976, date prévue par la légende. Le diable n’aurait-il pas trouvé ce qu’il cherchait jusqu’à hier ?

Les circonstances du drame restent très mystérieuses, même si les faits contredisent la légende,

puisqu’un cadavre a été découvert. Or, celui-ci ne portait aucune blessure, ce qui est très improbable lors d’une chute de plus de 60 mètres. Il se murmure donc à nouveau d’innombrables histoires autour de cette mort. Les rumeurs affirment, entre autres hypothèses farfelues, que la suicidée, une femme qui s’approchait de la quarantaine, était une sorcière qui aurait fait un pacte avec le vilain. Les Haut-savoyards, étant friands de légendes et de récits de fantômes, ont la tête dure lorsqu’ils sont persuadés de quelque chose, il est difficile de les faire changer d’avis. Les gendarmes ne portent que peu de crédit à ces ragots. Ils demandent pour les besoins de l’enquête à toute personne qui aurait vu quelque chose ou qui aurait des informations – sérieuses – de contacter la gendarmerie de Saint-Gervais-les-Bains. La famille de la victime souhaite garder l’anonymat et désire faire taire ces rumeurs qui portent préjudice à leur deuil et à l’image de la défunte. Ils n’hésiteraient pas à déposer une main courante pour diffamation si les insinuations sur leur proche devaient se poursuivre. Elle prie également les villageois de respecter la mémoire de la défunte. Nous vous informerons évidemment dans nos pages de l’évolution de cette étrange affaire, même si selon la légende le diable ne frappera à nouveau que dans 50 ans, soit en 2026.

 

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And the thing that gets to me (thing that gets to me)

Is you’ll never really see (never really see)

And the thing that freaks me out (thing that freaks me out)

Is I’ll always be in doubt (always be in)

It is the lovely thing that we have

It is the lovely thing that we

It is the lovely thing

The animal, the animal instinct

 

The Cranberries, Animal instinct

 

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