Witch Hunt : La chasse aux sorcières

Olivia Gerig · Chapitre 4 sur 46

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Witch Hunt : La chasse aux sorcières

Le plus beau jour d’une vie

 

Château Saint-Michel d’Avully, Brenthonne,

22 juin 2016

 

U N soleil timide se levait derrière les Voirons, saluant le Chablais et le lac Léman. Une journée magnifique et sans pluie s’annonçait. Daniela en était ravie. Elle préparait son mariage, qui devait être le plus beau jour de sa vie, depuis plus d’un an. Avant de passer chez le coiffeur et de s’apprêter, elle avait encore la décoration de son lieu de réception à mettre en place avec l’organisatrice qu’elle avait engagée pour que tout soit parfait. Les deux femmes avaient rendez-vous à 08h00 devant l’entrée du château d’Avully. La bâtisse, ancienne maison forte datant du XIVe siècle, construite sur des vestiges romains, l’avait tout de suite impressionnée et charmée. C’était à cet endroit qu’elle souhaitait célébrer son union avec David, l’homme de sa vie.

Près d’une année et demie plus tard, Daniela se retrouvait donc devant la porte massive en bois qui s’ouvrait sur le pont menant à l’entrée principale surmontée d’une herse.

La jeune femme était un peu stressée. Le temps pressait. La suite du programme était minutée.

Déjà un quart d’heure de retard. Si elle avait eu les clefs, elle aurait pu entrer seule. Cependant, comme Jordana Evans était venue la veille au soir avec la fleuriste, elle les lui avait confiées.

La jeune femme scrutait nerveusement l’écran de son téléphone portable. Devait-elle l’appeler ?

Alors qu’elle s’apprêtait à composer le numéro, elle entendit les pneus d’une voiture crisser sur le gravier. Jordana Evans s’excusa platement de son retard en distinguant le regard courroucé et inquiet de sa cliente.

Sans perdre de temps, elle introduisit les clefs dans la serrure de la porte d’entrée principale, et, en appuyant sur le bois tout en essayant de la déverrouiller, le battant s’ouvrit à leur grande surprise.

La wedding planeuse émit un son qui évoquait la gêne. Heureusement que la propriétaire du château n’avait pas tenu à assister au rendez-vous matinal.

Elle fixa le bout de ses escarpins vernis en évitant d’affronter le regard désapprobateur de Daniela et ne chercha pas à donner une explication à son malencontreux oubli. Elles s’avancèrent toutes les deux sur le pont de bois, qui traversait les douves, dont les rambardes avaient été décorées avec des guirlandes de fleurs blanches et du lierre. La haute et imposante voûte de pierre, menant dans l’enceinte, ressemblait à une gueule béante et sombre, prête à les engloutir. Pour pénétrer dans la cour principale de la maison forte, les deux femmes s’engagèrent sous la herse, dont les extrémités pointues rappelaient des crocs acérés. Un courant d’air glacial les effleura dans le couloir dans lequel la lumière du jour avait du mal à s’imposer. Jordana et Daniela pressèrent le pas sans échanger un mot.

La future mariée eut soudain comme une hésitation. Avait-elle bien fait de choisir ce lieu ? Elle chassa cette pensée instantanément en accédant à l’espace dominé par une haute tour de garde. Il était difficile d’avoir une vue d’ensemble de l’endroit d’un seul regard. Les imposants murs du château se dressaient de toute part. Il y avait des pièces partout, des escaliers cachés, des fenêtres, une coursive. Les lieux étaient aussi effrayants que magnifiques parce qu’ils paraissaient hors du temps. Elle se souvenait des jardins à l’arrière qui étaient si romantiques et le fait qu’au moment où elle avait pénétré dans la cour pour la première fois, elle avait rêvé d’une fête de mariage médiévale, avec des centaines de convives.

La décoration avait été réalisée avec soin. Sur la gauche, l’entrée de la salle dans laquelle devait se tenir le repas était clairement indiquée. C’était le premier élément bien visible en arrivant.

 

— Parfait, dit à haute voix Daniela.

Jordana esquissa un sourire, satisfaite. Cependant, elles n’avancèrent pas plus loin.

Quelque chose avait attiré leur regard tout au fond de la cour. Quelque chose de bizarre, qui ne semblait pas du tout à sa place. Sous la loggia, juste à côté des escaliers en pierre taillée qui menaient au premier étage, on distinguait deux formes étranges dans l’obscurité.

 

— Jordana, avez-vous fait placer des décorations supplémentaires, ici ? Peut-être que la propriétaire est venue amener cela tôt ce matin ou après notre départ hier soir…

— Eh bien non, je n’ai aucune idée de ce que cela peut être. En tout cas, ce n’était pas là hier… Je vais tout de suite aller voir ce dont il s’agit. Vous pouvez déjà aller regarder la salle et me dire si la disposition et la décoration vous conviennent, nous irons chercher les présents et le reste de la déco dans la voiture après…

 

Sa voix trahissait l’appréhension. Elle essayait de garder son sang-froid et de ne surtout pas montrer son malaise à sa cliente. Elle devait la rassurer sur tous les aspects de cette journée et lui garantir à chaque instant qu’elle maîtrisait la situation.

Regardant Daniela s’éloigner vers la gauche, elle avança à pas prudents vers le fond de la cour, prenant garde à ne pas faire claquer ses talons et à ne pas se tordre la cheville sur le sol pavé.

En s’approchant, elle devina peu à peu le spectacle terrifiant qui se dévoilait à elle.

Les formes qui, de loin, ressemblaient dans la pénombre à une arche, n’en possédaient que l’apparence. La réalité était bien différente.

Deux bûchers se dressaient dans l’obscurité. Des rondins de bois, couverts de branchages et de feuilles, avaient été placés en cercle sur le sol. Ils entouraient des poteaux d’un peu moins de deux mètres de haut. Personne n’y avait bouté le feu. Ils étaient intacts. Pas une trace de flammes. Au centre, on percevait ceux qui auraient dû être sacrifiés sur ces autels d’un autre siècle. Des corps dont on ne distinguait que les parties supérieures à partir des épaules se trouvaient en leur centre. Deux faces humaines pâles dont les yeux ensanglantés fixaient le néant siégeaient au cœur du spectacle. Leurs têtes, rattachées au tronc par des cous déformés, semblaient détachées des corps auxquels ils appartenaient et flottaient au-dessus des amas, apparitions de visages fantomatiques particulièrement effrayants. Les traits étaient déformés dans une expression atroce. Leurs bouches béantes laissaient échapper un cri muet. Leurs yeux grands ouverts reflétaient des ombres de terreurs, figés dans le vide, les pupilles dilatées. Pourtant, il n’y avait aucune trace de sang ou de violence visible sur et autour des corps. Des marionnettes avec des masques de mort.

Jordana recula, choquée. Quelle macabre mise en scène ! Qui avait donc pu disposer une telle horreur dans la cour d’un château dans lequel devait être célébré un mariage le lendemain ?

La professionnelle de l’événementiel savait que toute sorte de manifestations étaient organisées dans l’enceinte de la place forte – concerts, commémorations historiques, etc. Quel drôle d’idée tout de même ! Un décor aussi morbide ! Un spectacle d’un mauvais goût terrible. Certes, il s’agissait d’un château moyenâgeux, pourtant elle avait de la peine à saisir l’intérêt d’y jouer une scène aussi violente. Qui pouvait avoir envie d’assister à une représentation de ce genre ? Certainement des tordus ou des satanistes… En tout cas, elle était soulagée d’être organisatrice de mariage et non pas d’événements… Elle aurait pu avoir des demandes bizarres. Ce qui la dérangeait particulièrement était le fait que les figures avaient l’air d’être réelles…

 

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Every little piece of your life

Will add up to one

Every little piece of your life

Will mean something to someone

 

You touch my face

God whispers in my ears

There are tears in my eyes

Love replaces fear

 

Editors, The Weight of the World

 

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