Witch Hunt : La chasse aux sorcières

Olivia Gerig · Chapitre 8 sur 46

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Witch Hunt : La chasse aux sorcières

Asile

 

Demi-quartier, Haute-Savoie, juin 2016

 

L A nuit n’était pas encore tombée. Les minutes de lumière supplémentaires étaient particulièrement bienvenues après un hiver qui semblait s’éterniser. Élias avait décliné l’invitation de ses amis de les retrouver au Rostachon, leur lieu de prédilection pour boire des bières et discuter. Il avait un autre rendez-vous bien plus important et trépignait d’impatience. Enfermé dans sa chambre, l’ado s’était morfondu toute la soirée. Tournant en rond, jouant un peu sur sa console, puis sur son téléphone portable, il ne tenait plus en place. Lorsqu’il avait entendu que les voix émanant du téléviseur dans le salon s’étaient tues et que sa mère s’était rendue dans la salle de bain, puis avait fermé la porte de sa chambre, il s’était dit qu’il pouvait enfin partir. Il ne fallait pas qu’il tarde. Il était déjà 23h00. Il devait faire vite.

Le lieu de rencontre se trouvait à plus de 30 minutes de trajet. Il commença à stresser. S’il était en retard, il perdrait et serait exclu. Minuit Pile. Il revoyait le crâne qui s’était affiché sur son écran. Non, ce n’est pas une option.

Des milliers de pensées tournoyaient dans sa tête. Il ouvrit discrètement la porte de sa chambre et se faufila dans le couloir. Le sol était recouvert de carrelage qui donc ne grinçait pas. Élias avait revêtu un jean noir, un pull à capuche de la même couleur et ses baskets préférées. Il avait pris grand soin de bien recharger la batterie de son téléphone portable et d’en prendre une de rechange, au cas où. Comme il était habitué à faire de la randonnée, il avait toujours un sac à dos, rempli de matériel nécessaire à la survie, prêt et à portée de main : un couteau suisse, une gourde, des biscuits, un briquet, une lampe torche, un préservatif (on ne savait jamais), un stylo-bille et un câble. Il y avait ajouté une petite bouteille de soda et des chips. Sa moto 125 cm3 était garée de l’autre côté de la rue dans le garage couvert qu’ils partageaient avec le voisin. Son pot d’échappement faisait un bruit infernal. Il pousserait son deux-roues jusqu’à la route principale à 500 mètres pour ne pas se faire repérer et surtout, pour ne pas réveiller sa mère.

La porte d’entrée se referma derrière lui. Il avait réussi. Rien n’avait bougé dans l’appartement.

L’adolescent était pris dans un tourbillon d’émotions contradictoires, son cerveau peinait à suivre et ses nerfs étaient mis à rude épreuve, vacillant entre excitation et angoisse. Quelle surprise allait bien pouvoir lui réserver le jeu ? Il connaissait sa destination, ce qui ne le rassurait pas vraiment. Il s’y était déjà rendu à deux reprises, une fois la journée, une fois la nuit, avec ses amis quelques mois plus tôt. Ils aimaient explorer les lieux abandonnés et se faire peur. Urbex  : l’exploration urbaine était l’un des hobbies favoris de son meilleur ami, Enzo. Ils filmaient leurs exploits puis les diffusaient sur YouTube. Les anciens sanatoriums du plateau d’Assy faisaient partie de leurs objets de visites préférés et parmi eux, l’immense bâtiment lugubre de l’hôpital Martel de Janville.

C’est là qu’il devait être dans moins d’une heure et c’est aussi à cet endroit qu’il avait eu la trouille de sa vie.

Enfin arrivé à la nationale, il revêtit son casque et mit le moteur en marche. Il n’avait pas une minute à perdre. Il s’était amusé à trafiquer sa moto. Elle allait plus vite mais faisait un boucan d’enfer. Heureusement pour lui, malheureusement pour les habitants des villages et des hameaux aux alentours. Il faisait particulièrement sombre cette nuit-là. Malgré la pleine lune, alors dissimulée derrière de gros nuages, l’obscurité était impénétrable. Les lampadaires étaient éteints, l’éclairage public subissait certainement une avarie, c’était récurrent. Lorsque le réseau électrique était surchargé ou en cas de tempêtes et de chutes de neige trop importantes, la commune faisait le choix de s’épargner la panne générale du réseau en coupant ce dernier en premier lieu. Mauvais œil ou coup de chance, c’était difficile à dire. Le phare de sa moto éclairait suffisamment et la situation l’arrangeait. Il pensait qu’on le repérerait moins facilement ainsi, mais il oubliait souvent le vacarme qui provenait de son pot d’échappement. Il roulait à vive allure sur la route de Sallanches et arrivait à pleins gaz sur le premier lacet serré de la route vers le lieu-dit de demi-lune. Soudain, il vit une forme humaine blanche apparaître près des catadioptres vers le fossé. Il appuya brusquement sur les freins et son engin pila juste avant d’emboutir la femme qui s’était jetée sur la voie. Il dérapa, ses pneus fumaient. Un peu sonné et surtout effrayé, il était sous le choc. Se remettant de ses émotions, il regarda devant lui dans la direction où s’était trouvée la silhouette étrange quelques fractions de seconde auparavant. Il n’y avait plus personne. J’ai des hallucinations. Il resta immobile ainsi pendant un moment contemplant le reflet de son phare sur les triangles signalant le virage. Il vit un papier blanc sur le sol. Ça ne va vraiment pas ! J’ai pris ce papier pour une personne. Il devait voler et dans la lumière de mes phares, j’ai cru voir quelqu’un. Ça doit être le stress. Putain, je n’y crois pas. J’ai de la chance, j’aurais vraiment pu tuer quelqu’un… et avoir un accident… J’aurais pu mourir aussi.

Il descendit la béquille de son deux-roues décidant d’aller voir cette feuille volante qui aurait pu lui coûter la vie. Il la ramassa. Sur le papier, se trouvait un texte manuscrit. À sa lecture, il écarquilla les yeux, stupéfait. Il dut relire le message à plusieurs reprises.

Le mot lui était adressé. L’écriture était presque illisible. L’encre s’était effacée par endroits, comme s’il avait plu ou que quelqu’un avait laissé couler des larmes sur le papier.

 

« Élias, tu ne dois pas y aller. Tu vas te rendre complice d’un crime qui ne te concerne pas. Pour ton bien, par pitié, ne joue pas ce soir. Rentre chez toi et ne prends pas en compte les menaces. Ta vie est en danger, si tu t’y rends. »

 

Je nage en plein délire. Pourtant, je n’ai pas fumé de joint depuis au moins trois jours. Bref. On va oublier tout ça. C’est une mauvaise blague.

À peine avait-il dit cela qu’il se retrouvait à nouveau assis sur la selle de son deux-roues et qu’il tournait la clef pour le faire démarrer. Plus aucune trace du papier ni de son freinage d’urgence.

Une vingtaine de minutes plus tard, à travers les sapins et les pins qui entouraient la route, le jeune homme vit apparaître la silhouette gigantesque du bâtiment lugubre de l’ancien sanatorium à l’abandon.

 

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