Witch Hunt : La chasse aux sorcières

Olivia Gerig · Chapitre 38 sur 46

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Witch Hunt : La chasse aux sorcières

Au bûcher, sorcière !

 

J ULES fonçait sur l’autoroute avec la BMW, prêtée par le commissariat d’Annecy. Après sa visite de l’hôtel particulier à Versailles, il devait la rendre aux collègues de la crim’ à Paris. Comment François Bertin avait-il pu passer la raison de cet emprunt sous silence sans mettre la puce à l’oreille au commandement de la police judiciaire parisienne ? Les batailles de territoire n’étaient pas de son ressort. La gestion des relations entre les officiers judiciaires de la gendarmerie, beaucoup plus présents et puissants en province et dans les campagnes, et la police était déjà assez compliquée. Dans moins de trois heures, il aurait atteint le lieu de la résidence royale et il était assez curieux de ce qu’il allait découvrir au siège de cette société au nom évocateur. De plus, il avait un avantage sur sa compagne. Le procureur Baptiste Antoine n’avait pas pu établir d’autorisation pour perquisitionner le chalet de Saint-Gervais. En effet, rien ne permettait de relier l’adresse aux crimes dans la réalité. Les propriétaires ne lui avaient pas donné l’autorisation de fouiller leur maison. Elle devait donc se contenter de rendre visite aux propriétaires et si ces derniers refusaient de les laisser entrer, les policiers devraient s’entretenir sur le pas de la porte et ne pourraient même pas jeter un œil à l’intérieur. Jules avait en sa possession une commission rogatoire, car coup de chance, la société était également dans le viseur de la justice pour une histoire de pots-de-vin et de corruption. Une juge d’instruction avait été chargée d’une information judiciaire par le Parquet National Financier (PNF). Le préfet Duvochel, aujourd’hui décédé, aurait effectué certains investissements dont la provenance était plus que douteuse dans des comptes aux Bahamas grâce à la société gérée par un membre de sa famille. L’identité du propriétaire était obscure. Il n’y avait aucune trace de cet homme dans les registres d’état civil. Lorsque le commissaire Bertin et le procureur Antoine avaient approché la juge d’instruction, Sarah Bonnefoi, pour demander l’autorisation de perquisitionner l’hôtel particulier, cette dernière n’avait pas hésité.

 

De son côté, Aurore avait décidé, dans un premier temps, d’effectuer des recherches sur cette mystérieuse Mona Duc avant de se rendre à Saint-Gervais. Elle s’installa derrière son PC et se dit à elle-même à voix haute : Mona Duc, à nous deux !

Le premier résultat que cracha sa machine fut une annonce mortuaire parue en mars 1986.

La nécrologie était particulièrement brève et laconique.

Si tu aimes une fleur qui se trouve dans une étoile, c’est doux la nuit, de regarder le ciel.

Antoine de Saint-Exupéry

Iris et Achilles Duc, ses enfants.

Les familles parentes, alliées et amies, ont le chagrin de faire part du décès brutal de

Mona Duc

À Saint-Gervais-Les-Bains, le 23 mars 1986, à l’âge de 45 ans. Selon le désir de la défunte et de sa famille, la cérémonie a eu lieu dans la plus stricte intimité.

 

Les textes de faire-part en disaient long sur les circonstances des décès ainsi que sur les familles touchées. Souvent, si on parvenait à les décrypter.

Il fallait les lire sur plusieurs niveaux. Aurore déduisit que Mona Duc était soit morte accidentellement, avait été assassinée, avait eu une crise cardiaque ou un AVC ou s’était donné la mort. Un décès brutal. Cependant, le fait que la cérémonie se soit tenue « dans la stricte intimité » et qu’aucun lieu d’ensevelissement et de cérémonie ni d’adresse pour les hommages ne soient indiqués, signifiait que la cause de la mort la plus probable était le suicide. Une célébration dans l’intimité permettait à ne pas avoir à donner d’explications. De vouloir mettre fin à ses jours était encore très mal vu dans cette région très croyante et catholique. Elle se mit à chercher les incidents, les accidents, les suicides s’étant produits dans la région de Saint-Gervais à cette date. Les journaux locaux faisaient état de plusieurs événements tragiques. Il y avait eu une sortie de route fatale d’une famille de quatre personnes sur la RD 1212 reliant Sallanches à Albertville dans les gorges de l’Arly avant Ugine en Savoie, un accident de montagne impliquant un couple d’alpinistes au col de Miage à plus de 3350 mètres d’altitude sur le massif du Mont-Blanc et il y avait eu un suicide sur le pont du Diable à Saint-Gervais-les-Bains. Cette dernière information attira son intérêt. Elle cliqua sur l’article du Dauphiné libéré qui relatait les faits. Il n’y avait presque plus aucun doute à avoir. La suicidée du pont du Diable était Mona Duc. Elle n’avait pas entendu parler de la légende qui entourait l’endroit ni des conditions plus qu’étranges de la découverte du corps de la malheureuse. Elle décida de consulter les archives de la gendarmerie locale. Malheureusement, les fichiers concernant cette mort suspecte n’avaient pas encore été numérisés même si sur la base de données, la mention d’« en cours de numérisation » apparaissait. La capitaine de police était obligée de consulter les documents physiques sur place, soit de plonger son nez dans de vieux classeurs remplis de papier jauni, dont seulement la moitié étaient dactylographiés. Une seule pensée la consolait, comme il s’agissait d’une petite ville, la gendarmerie ne devait pas crouler sous les archives et les affaires, surtout datant d’il y a plus de trente ans.

Elle s’annonça à la gendarmerie de Saint-Gervais pour la fin d’après-midi et reprit ses recherches sur Mona Duc. Elle ne trouva aucune autre information. La recherche sur les noms de ses enfants, mentionnés sur l’avis mortuaire ne donna pas plus de résultats. Ils n’apparaissaient nulle part, comme s’ils n’avaient jamais existé.

 

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But if this ever changin’ world

In which we’re livin’

Makes you give in and cry

Say live and let die

Live and let die

What did it matter to ya

When you got a job to do you got to do it well

You got to give the other fella hell

 

Guns n’ Roses, Live and Let Die

 

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