Witch Hunt : La chasse aux sorcières

Olivia Gerig · Chapitre 24 sur 46

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Witch Hunt : La chasse aux sorcières

Nausée

 

 

D ANS la chambre d’hôtel, Jules dormait profondément. Le peignoir sur le sol, le lit défait, les verres sur les tables de nuit, les barquettes de sushis vides témoignaient des agréables moments passés par ses occupants. Aurore, cependant, veillait. Elle n’avait pas réussi à trouver le sommeil et avait dû se lever à plusieurs reprises. Nausées, vomissements, elle était malade. Elle s’était dit qu’il s’agissait certainement d’un sushi qui n’était pas frais. Tout le monde connaissait l’effet que les fruits de mer ou le poisson avariés pouvaient avoir sur l’organisme. Elle n’avait pas voulu inquiéter son amant et avait essayé de faire le moins de bruit possible pour ne pas le réveiller avec ses allées et venues aux toilettes. La policière ne pouvait pas s’empêcher de réfléchir. Elle ne se sentait déjà pas bien depuis la veille au matin. Pourtant, personne n’avait été malade après le dîner au restaurant et ils avaient tous mangé la même chose. Ce n’était pas vraiment la saison des gastro-entérites non plus. Le médecin interne qui l’avait auscultée le matin lui avait posé une question qui maintenant la turlupinait. Êtes-vous enceinte ? À laquelle, elle avait répondu : Bien sûr que non ! Peut-être était-elle trop sûre d’elle. Elle ne voulait pas y penser. Hors de question d’avoir un enfant maintenant et en plus elle avait pris toutes les précautions nécessaires. Elle fut prise par un nouveau haut-le-cœur. Appuyée contre le lavabo de la salle de bains, elle se passa de l’eau froide sur le visage et se regardait dans le miroir. Elle avait une mine affreuse, des cernes creusés, la peau extrêmement pâle. Alors qu’elle allait retourner se coucher, elle entendit la voix de Jules.

 

— Aurore, Aurore ? Où es-tu ? Ça va ?

— Je suis là, dans la salle d’eau. Ne t’inquiète pas, même s’il est vrai que je ne suis pas très en forme. J’ai la nausée et toujours ce brouillard dans le cerveau. Un des sushis devait être mauvais… et n’a pas passé… mais je me demandais s’il n’y avait pas autre chose…

— Tu es malade ? Mon Dieu, tu n’as pas l’air bien ! s’exclama-t-il en la voyant apparaître dans le cadre de la porte. Viens, recouche-toi, je te prépare un thé.

 

De toute manière, identifier l’origine du problème n’était pas vraiment sa principale préoccupation. Elle devait avant tout se remettre sur pied afin de poursuivre l’affaire en cours. Dans son état, elle doutait de son efficacité ainsi que de sa perspicacité. Pointilleuse et perfectionniste comme elle l’était, elle ne supporterait pas que son enquête ne soit pas traitée correctement. D’autant qu’elle était persuadée qu’il y aurait d’autres victimes. Elle ne pouvait se résoudre à penser à une simple affaire de harcèlement scolaire qui aurait mal tourné. Pourtant, c’est la piste qu’ils allaient suivre en premier lieu. Une journée éprouvante l’attendait. Elle devait à tout prix se reposer. Sa nausée avait diminué, mais elle se sentait à nouveau comme prise dans un épais brouillard. N’ayant pratiquement pas fermé l’œil de la nuit, elle somnolait quand Jules retourna dans la chambre. Il revint s’allonger près d’elle et lui caressa doucement les cheveux, en déposant un baiser sur son front.

 

* * *

 

Demi-Quartier, Megève, juin 2016

 

Lorsqu’Élias se réveilla, la matinée était déjà bien avancée. Il était rentré chez lui à l’aube. Encore une journée où il n’irait pas en cours, encore une journée en dehors du monde réel. Heureusement, les partiels étaient terminés et les activités étaient relativement limitées en fin d’année scolaire. Il savait qu’il avait réussi sa première, il passerait dans la classe suivante, la terminale. Sa mère ne serait donc pas trop regardante et ses professeurs non plus. De toute façon, ce jour-là, il n’était pas en état d’aller en classe et pour une fois, c’était vrai. Son corps le faisait souffrir. Il avait mal partout, des bleus et des contusions à plusieurs endroits. Sa mère avait sans doute essayé de le réveiller pour qu’il aille au lycée en partant au travail, mais depuis quelque temps, il s’enfermait dans sa chambre pour ne pas devoir l’affronter et qu’elle l’empêche de jouer. À ce moment-là, il aurait aimé qu’elle soit encore à la maison. Il se sentait terriblement mal. La tête embrumée, mal au ventre, comme après une cuite. Il se leva péniblement et lança un regard vers le bureau où se trouvait son ordinateur. Mal réveillé, il ne comprit pas tout de suite que l’écran s’était rallumé. Un message s’affichait avec en fond une image du jeu qu’il pensait avoir désinstallé et effacé. Il écarquilla les yeux, les frotta. Déchiffrant le message, il eut un mouvement de recul, un haut-le-cœur et dut partir en courant vers les toilettes. Il vomit de la bile. Il n’avait rien mangé depuis la veille.

C’est impossible… Ils ne peuvent pas faire ça.

Élias était terrorisé. Comment sortir du jeu ? Le suivaient-ils partout ? N’y avait-il aucun moyen de s’échapper de la partie, sans être perdant ?

L’adolescent savait qu’ils étaient capables de tout. Il était conscient que le danger était réel, mais n’avait aucune idée de comment s’en protéger.

 

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