Witch Hunt : La chasse aux sorcières

Olivia Gerig · Chapitre 36 sur 46

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Witch Hunt : La chasse aux sorcières

Le chasseur et la proie

 

A URORE et Jules avaient pris la route pour Annecy, après avoir laissé le jeune Noah, seul et effrayé, mais décidé à mettre un terme à la mascarade de cette chasse aux sorcières, dont il ne comprenait plus du tout le sens. L’inspecteur parisien se rendrait ensuite directement jusqu’à Versailles pour visiter l’adresse indiquée par Marion, avec une commission rogatoire valable, établie par Antoine Baptiste, le procureur de Thonon. La capitaine se réunirait, quant à elle, au commissariat avec ses collègues pour coordonner le plan d’attaque et établir les prochaines étapes de l’enquête. Le commissaire lui avait écrit pour lui dire qu’ils avaient reçu les analyses des prélèvements sur les premières victimes ainsi que les indices trouvés au château d’Avully.

Aurore était ravie. Ils avaient fait un véritable bond en avant en vingt-quatre heures. La découverte des nouvelles victimes du sanatorium avait été utile. Leur mort aura au moins servi à quelque chose, même si ce n’est qu’une maigre consolation, se dit l’enquêtrice. La capitaine de police se posait une seule question d’importance à présent. À savoir de déterminer quel était le lien entre la mise à mort de ces jeunes gens et la chasse aux sorcières, ou plutôt le jeu vidéo, Witchhunt. Si elle parvenait à le dénicher, elle découvrirait le mobile du/des assassin/s. Elle serait ensuite en mesure de spécifier le profil probable des maîtres du jeu, soit celui de ses créateurs et des instigateurs des exécutions. Cette pièce était nécessaire pour assembler le puzzle. Elle avait bon espoir que Jules trouve de nouveaux éléments concluants dans l’hôtel particulier dont ils détenaient l’adresse à Versailles. De son côté, tout reposait sur les recherches qu’elle effectuerait à l’adresse de Saint-Gervais et surtout sur la prise en flagrant délit des malfaiteurs lors du prochain jeu. Établir des relations était primordial, dans toutes les enquêtes qu’elle avait menées, c’est ce qui les avait amenés à leur résolution. Cette fois-ci, son expérience et son instinct lui indiquaient que les analyses des liquides biologiques des victimes ainsi que celles du peu d’indices retrouvés au Château d’Avully ne leur apporteraient aucune information utile. Elle ne se trompait pas.

Le couple roulait à vive allure tout en écoutant un vieux CD, se trouvant parmi vingt autres albums des années 1990 ayant appartenu à Claude Rouiller. L’autoradio diffusait doucement et de façon presque anodine, une chanson pourtant très à propos, Hunting for witches de Bloc Party.

 

So I go hunting for witches

I go hunting for witches

Head’s are going to roll

I go hunting for…

I was an ordinary man with ordinary desire

I watched TV, it informed me

I was an ordinary man with ordinary desire

There must be accountability

Disparate and misinformed

Fear will keep us all in place

 

Dans sa tête, elle chantait le refrain en remplaçant inconsciemment les paroles par They are hunting for witches…

Pourquoi, donc chasser des sorciers et des sorcières ou créer un jeu où il s’agit du but principal ? Dans son métier, il était évidemment question de chasse et de traque.

La chasse aux sorcières sévissait dans le monde dès le Moyen-Âge. Tout ce qui ne correspondait pas à la pensée dominante ou à la religion officielle était combattu, chassé, traqué puis anéanti. Le pouvoir manichéen définissait en somme ce qui était bon par ce qui était l’œuvre de dieu et à contrario ce qui était mal comme celle du diable. Les sorcières et les sorciers étaient donc des révolutionnaires, des libres penseurs, des esprits libres et libérés des pensées et croyances établies. Il s’agissait cependant plus souvent de femmes que d’hommes qui brûlaient sur les bûchers, étaient décapitées sur la place publique ou pendues. Aujourd’hui, les sorcières étaient des femmes libres, autonomes et féministes, souhaitant revendiquer la véritable et intégrale égalité des sexes dans la société. Toutefois, la chasse aux différences ne s’était pas arrêtée.

Aurore se souvint d’une citation de l’un de ses écrivains favoris, Ken Follett : Tôt ou tard, toute femme indépendante se fait traiter de sorcière. Elle lui faisait penser à Marion qui s’était fait traiter de sorcière à maintes reprises par son ex-compagnon maltraitant. D’après lui, elle était une sorcière, une folle et une irresponsable, coupable non seulement de l’échec de leur couple, mais aussi du naufrage de ses relations suivantes et de tout le mal que lui-même causait.

Aurore remarquait que plus qu’une traque des femmes, la chasse aux sorcières, monstres, etc. avait revêtu au cours du temps et de l’histoire des visages divers. Se trouvaient désignés et persécutés comme sorcière ou sorcier, toute personne, de sexe masculin ou féminin, tout groupe d’individus ou même nations et ethnies, démontrant des différences qu’il s’agisse de détails physiques, de religions, de courant de pensée, de sexualité. Ils étaient les boucs émissaires désignés de tortionnaires majoritaires qui devaient asseoir leur pouvoir par la destruction et la violence : les génocides, la ségrégation et encore aujourd’hui l’homophobie. Tous et toutes avaient subi une traque et des exécutions aveugles et injustes.

Qui était à l’origine de ces traques ?

Les politiques et les gouvernements, la société majoritaire bien-pensante, des chefs religieux, des leaders d’opinion, les médias parfois, qui usaient de leur pouvoir de propagande sur de pauvres populations crédules, apeurées, affaiblies et affamées de l’illusion d’une vie meilleure que les autres ; que les pseudo sorcières et sorciers leur prenaient ou souhaitaient leur prendre. La peur et la manipulation étaient à l’origine de ces comportements.

Mais quel lien avec le jeu ?

Les adolescents assassinés et les victimes n’avaient rien en commun avec les sorciers et les sorcières. Ils faisaient plutôt partie de élites décisionnaires qui désignaient et qui condamnaient à mort les dissidents.

Aurore se demanda alors s’il ne fallait pas lire l’équation à l’envers et réfléchir à contresens.

Et si les créateurs du jeu avaient imaginé d’inverser le processus pour se venger de quelque chose ?

Et si dans le cadre du jeu, il ne s’agissait pas des sorcières et sorciers qui étaient chassés, mais justement des chasseurs qui devenaient à leur tour des proies ?

Des chasseurs chassés. Des traqueurs traqués.

Un cycle naturel à l’envers. Une vengeance terrible.

Mais pourquoi cibler de jeunes bourgeois ? Et surtout par exemple Léa Bouchet, qui avait été elle-même harcelée et donc persécutée ?

Aurore avait de nouveau buté sur un os. Mais, elle s’approchait sans le savoir, de la vérité.

Sa petite voix intérieure lui dictait : les chasseurs chassés. La réponse est là.

Quel événement avait pu déclencher cet acharnement de violence et cette extermination organisée ?

 

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Run! With a picture in hand

To the house in the forest where your father once lived

Through the leaves, down the hill with white rabbits and owls

And she said and he said: there is no hunters here!

Hunters here!

 

Motorama, Hunters

 

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