Witch Hunt : La chasse aux sorcières
La fin n’a pas de fin
L A conversation avec son mentor Rouiller l’avait troublée, mais elle l’avait également mise de très bonne humeur. Elle décida de prendre un café sur la terrasse du restaurant en face de l’hôpital. Les lieux étaient déserts et calmes. Elle s’assit et sortit la housse contenant son ordinateur portable de son sac à dos ainsi que son indispensable carnet de notes et son stylo.
Elle se pencha sur son carnet, ouvrit une page au milieu de ce dernier et ne prit pas la peine d’allumer son ordinateur. La capitaine devait assembler les éléments en sa possession, les uns après les autres, ainsi elle nota :
• 2 victimes du château d’Avully à Brenthonne, étranglées, trouvées sur un
bûcher n’ayant pas servi. Ados, fille et garçon, familles bourgeoises de la
région. Étaient en couple. Problème de harcèlement de la jeune fille,
mais pas d’autres éléments probants. Point commun : Familles
bourgeoises, riches et jeu vidéo : Witchhunt.
• 2 victimes du Sanatorium Martel de Janville à Passy. Cause de la mort ?
Inconnue. Corps carbonisés sur des bûchers. Étranglés ? Ados, fille et
garçon, familles bourgeoises de la région. Ne se connaissaient pas.
Points communs : Familles bourgeoises et jeu vidéo. • Jeu vidéo : Witchhunt. Chasse aux sorcières, univers fantasy, sur PC,
élite. Deux adresses connues comme étant les lieux d’origine des
adresses IP utilisées pour le jeu. Versailles + Saint-Gervais. • Deux joueurs identifiés qui étaient en ligne en même temps que les deux
premières victimes : Élias Bosson et Noah Tchernikov. Élias : témoin,
jeu devenu réalité Passy, ado mère célibataire, père inconnu. A assisté et
participé sans le savoir à l’exécution des deux victimes de Passy. Noah
Tchernikov : à interroger.
• But virtuel du jeu : traquer les sorciers/ères et les magiciens/ennes,
considérés comme mauvais. Inquisition pour faire triompher le bien et
accéder au Graal.
• But réel du jeu : assassiner et exécuter des jeunes dans la réalité comme
au temps de la chasse aux sorcières. Pourquoi ?
Elle conclut la page avec une phrase qui disait : les réponses sont à trouver dans :
• Le profil des victimes : victimologie plus poussée, approfondir les points
communs.
• Deux adresses du jeu.
• Une autre séance de jeu ?
Alors qu’elle inscrivait le point d’interrogation, son téléphone se mit à nouveau à sonner frénétiquement. Les affaires reprennent, s’exclama-t-elle à voix haute tout en saisissant l’appareil. La serveuse lui amenait un second café. Elle ne s’était même pas rendu compte qu’elle l’avait commandé et qu’elle fumait cigarette sur cigarette, concentrée sur ses notes.
— Salut ma poulette ! Marion Lefort semblait particulièrement enjouée à l’autre bout de la ligne. Comment vas-tu, Aurore ? Pas trop épuisée avec cette enquête ?
— Très bien, je vais parfaitement bien. Tout est au mieux dans le
meilleur des mondes possibles5. Je suis trop préoccupée par ces pauvres jeunes… C’était horrible ce matin chez le légiste… vraiment. Bref, tu as sûrement du nouveau si tu m’appelles, non ?
— Exact ! Je n’ai pas pu résister à la tentation de désosser et d’inspecter le PC d’Élias que Pascal m’a amené hier soir, de décrypter sa carte mémoire et surtout d’analyser son historique internet. Je me suis également introduite dans sa boîte de réception de courrier électronique. Une nuit blanche, mais fructueuse. Cela en a valu la peine…
Bon ben, notre jeune Élias est vraiment très demandé… Il a reçu plusieurs notifications, courriels et menaces provenant des/du même(s) expéditeur/s ou de la même origine. C’est d’ailleurs de cette façon que j’ai pu remonter aux adresses IP, puis aux adresses physiques de Versailles et Saint-Gervais, encore une fois les mêmes que celles que nous avions découvertes dans les messages électroniques, les recherches sur le jeu et les profils de Léa et Tobias. Elles étaient identiques. Le jeu Witchhunt est à la fois virtuel et réel, à l’origine et à la réponse de tout. Enfin, pas le jeu en lui-même, hein, mais son ou ses créateur(s) et administrateur(s). Rien qu’avec ces preuves nous avons de quoi le ou les mettre à l’ombre pendant un moment.
— Mais comment ça ?
— Dix notifications comportant des menaces de morts ou des intimidations en moins de 12 heures, trois invitations à se connecter immédiatement au jeu avec le chantage et la menace s’il ne le faisait pas, de représailles ou d’être exclu ou rétrogradé du jeu. Alors, j’ai fini par me connecter avec le profil d’Élias, puis peu de temps après, une nouvelle invitation ou plutôt une demande, un ordre insistant de venir à un certain endroit, à une certaine heure, ce vendredi, pour pouvoir accéder au niveau suivant. À ton avis, cette nouvelle session en réalité virtuelle a lieu où ?
— Je n’en sais rien, ma chère, je suis tout ouïe…
— Que tu me répondes dans la région m’aurait suffi parce qu’apparemment, ils ont décidé de frapper pas très loin d’Annecy, pas très loin de Thonon, ni de Genève, encore une fois, mais cette fois de l’autre côté de la frontière.
— Rhoo, mais Arrête avec ton suspense ! Je t’en prie. Dis-m’en plus !
— À Cartigny, un minuscule village de la campagne genevoise, un bled paumé au sud-ouest de la ville, dans une maison de maître à la réputation étrange. Des lieux chargés d’histoire à la renommée mystérieuse !
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