Witch Hunt : La chasse aux sorcières

Olivia Gerig · Chapitre 37 sur 46

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Witch Hunt : La chasse aux sorcières

À l’affût

 

L ES deux enquêteurs étaient arrivés finalement à Annecy. Le trajet s’était effectué en silence. Aurore était plongée dans ses pensées. Jules, concentré sur la route, était déjà en train d’appréhender la suite de son périple jusqu’à Versailles. Ils se rendirent tous deux au commissariat de la rue des Marquisats. Jules gara la voiture d’Aurore à sa place habituelle et accompagna brièvement sa compagne dans les locaux. Il devait récupérer les clefs du véhicule que Bruno, l’officier d’accueil, mettait à sa disposition ainsi que la commission rogatoire établie par la juge d’instruction de Paris pour la visite de l’hôtel particulier à Versailles. Il lut les indications concernant sa destination. L’adresse de la propriété où il devait se rendre se trouvait dans le quartier historique et bourgeois de Versailles, Saint-Louis, dans la rue Saint-Honoré. L’hôtel particulier servait de siège à une société financière, de gestion de patrimoine, dont l’inscription dans le registre du commerce comportait trois noms avec le même patronyme. Les initiales ne laissaient pas paraître le sexe des dirigeants de l’entreprise et ses propriétaires. Cependant, le nom de famille n’était pas inconnu. Duvochel. Le nom d’un célèbre homme politique, ancien préfet de Paris et également préfet de la région Rhône-Alpes, pendant un certain nombre d’années. Il n’avait pas le temps de faire de plus amples recherches sur les activités de la société, mais il allait en faire la demande à Marion Lefort. Cette dernière se trouvait absorbée par ce qu’elle faisait sur son ordinateur et les quatre écrans dont elle était entourée. Elle avait construit une sorte de forteresse autour d’elle. Cela faisait toujours rire Aurore qui la comparait à boucles d’or, enfermée dans sa tour, attendant son prince charmant. Avec sa longue tignasse fournie et indisciplinée de cheveux châtain clair aux reflets roux, et ses yeux verts, elle faisait penser à Igrid, la sauvageonne dans Game of Thrones plus qu’à une princesse esseulée dans un donjon d’ivoire. La capitaine, spécialiste d’internet et des nouvelles technologies, avait le sourire. Elle rayonnait.

Lorsqu’ils pénétrèrent dans son bureau, ils entendirent tous les deux son rire. Walonsky se trouvait derrière elle et faisait le clown, comme d’habitude.

 

— Tu aurais dû voir sa tête quand il a déposé l’ordinateur de l’ado dans notre open space à côté de moi, pouffa Richard. Mais surtout l’air penaud et suppliant qu’il avait… Genre, c’était juste vraiment un coup d’un soir ? Tu ne voulais pas un truc sérieux comme tu le dis dans ton profil ? Bon, vraiment, ils se font quoi comme idées certains mecs sur Grindr, sérieux ! Il est reparti, littéralement avec la queue entre les jambes. C’était l’un des pires coups de ma vie…

 

Lorsque le lieutenant de police comprit qu’il n’était pas seul avec sa collègue parce qu’elle semblait regarder quelque chose par-dessus son épaule, il se tut et devint rouge comme une tomate. Ses traits se crispèrent.

 

— Hello les amis ! s’exclama-t-elle. Elle avait compris que son camarade se trouvait en difficulté et s’imaginait que soit le commissaire soit un autre gradé avaient entendu la fin de leur conversation, plutôt privée et gênante, et se tenaient dans l’embrasure de la porte.

— Salut ! T’inquiète Walo ! Je ne dirai rien ! s’exclama Aurore en explosant de rire. Je comprends mieux ton réseau spécial et l’empressement de Pascal à me donner un coup de main. Tu n’as pas d’autres secrets à nous révéler ?

 

Richard Walonsky au bord de la crise cardiaque, toujours cramoisi, se détendit aussitôt.

 

— Euh, si, oui, mais bon… Oh la la… sincèrement, ne me refaites pas une peur pareille, hein ? J’ai cru que notre chef était là.

— Nous avons cru comprendre ! Richard, ce n’est pas pour toi et tes histoires de fesses que je suis là, désolé. Je voulais voir Marion. Elle est là et c’est parfait. Ma chère capitaine, j’ai besoin de tes lumières et que vous recherchiez quelques informations pour moi. J’ai notamment besoin d’en savoir plus sur la société Salem investment family services, S.A.R.L. J’aimerai que tu me sortes leurs activités pour les cinq dernières années, le nom de leurs principaux clients, l’adresse de leurs comptes, et que tu te renseignes s’ils ont des activités offshores ? Je dois en apprendre plus sur la famille Duvochel. L’ancien préfet de Paris, mais aussi de la Région Rhône-Alpes pendant les années 1970… Ou tu l’as déjà fait ?

— Écoute Jules, je n’ai pas vraiment eu le temps de faire plus de recherches sur la société pour le moment. Je m’y penche cet après-midi. En revanche, j’ai des informations assez intéressantes sur les Duvochel. En effet, le chalet, situé à Saint-Gervais, dont nous avons découvert l’adresse grâce à l’adresse virtuelle du jeu sur le Darknet, appartenait d’abord à une femme, une certaine Mona Duc, originaire de Saint-Gervais. Elle est décédée dans les années 1980. Elle avait une drôle de réputation, entre prostituée, guérisseuse et diseuse de bonne aventure. Il paraît qu’elle a travaillé comme serveuse dans les bars de Megève, et plus si affinités. Elle a légué le chalet à ses enfants. Iris et Achilles Duc, tous deux de père inconnu. Ce qui m’a semblé bizarre est que leurs dates de naissance ne sont inscrites nulle part et qu’aucun registre d’état civil ne mentionne leur existence avant 1986. Ces enfants paraissent être pourtant plus âgés et nés dans les années 1970 et doivent avoir une quarantaine d’années aujourd’hui. Ils ont revendu la maison au préfet Duvochel en 1991. Aurore, comme tu vas certainement aller à Saint-Gervais, je te laisse les informations. Jules, je te laisse filer et je t’enverrai ce que je trouve sur la société, par mail. N’oublie pas de recharger ton téléphone ! Aurore, on se retrouve dans 10 minutes, il y a réunion avec le grand chef, je dois juste finir un ou deux trucs avant.

 

Walonsky avait profité de la discussion pour s’éclipser discrètement, toujours très gêné par ce qu’Aurore et Jules avaient entendu. Le couple sortit ensuite du bureau de Marion. L’inspecteur parisien déposa un baiser rapide sur les lèvres de son amante.

 

— Sois prudente, je t’en prie. On se revoit en vrai dans trois semaines à Paris. J’espère que tu comprends que je ne peux pas redescendre sur Annecy tout de suite, n’est-ce pas ? Nous aurons plus de temps pour nous à ce moment-là. Je vous tiens au courant ce soir de ce que je trouve là-bas, et surtout sur qui je tombe et qui j’attrape… !

La capitaine n’eut ni le temps ni le courage de répondre. Elle lui rendit juste son baiser et haussa les épaules en le regardant partir. Elle se sentait coupable et en même temps, elle savait qu’elle n’y pouvait rien. De plus, cette enquête la passionnait, même si elle n’osait pas l’avouer. C’était le syndrome Rouiller, comme elle l’appelait. Son ancien chef lui avait transmis le virus.

Tout se recoupait, les éléments s’additionnaient, la lumière se faisait, l’image au départ floue qui se dessinait devenait de plus en plus nette. Aurore aimait cette impression.

Le commissaire Bertin apparut face à elle subitement. Elle n’avait pas bougé, en regardant son amant s’éloigner, perdue dans ses pensées.

 

— Alors, capitaine Pellet ? On rêve ? Dans deux minutes, dans la salle de réunion. Bravo déjà pour votre implication auprès des équipes de Thonon. Le procureur n’arrête pas de chanter vos louanges. On va faire un point et je vous redonne la main après.

La réunion fut brève. Le commissaire fit état des conclusions et des résultats des analyses du laboratoire. Léa et Tobias n’avaient pas été drogués et n’avaient pas consommé d’alcool avant leur mort. Ils étaient, en principe, en pleine possession de leurs moyens lorsqu’on les avait pendus. Peut-être étaient-ils inconscients, comme ils présentaient de nombreuses contusions et notamment sur la tête, comme l’avait déjà démontré le docteur Bornand, Aurore l’espérait vraiment. Pourtant, ils n’avaient aucune certitude. Sur les scellés, comme les cordes qui avaient servi à les pendre ou encore les morceaux de bois qui composaient les bûchers, les empreintes digitales étaient si nombreuses qu’il était difficile de les distinguer. Les traces complètes ne figuraient pas dans le fichier digitalisé des empreintes digitales. Sur les fibres des liens, il n’y avait que l’ADN des deux victimes. Les traces de semelles découvertes dans la cour étaient inutilisables. Bref, ils n’avaient rien. Aucun élément de preuve. Peut-être qu’il y aurait plus de pièces exploitables au Sanatorium, mais tous les enquêteurs en doutaient. Les circonstances étaient similaires. Les véritables criminels avaient veillé à ne pas laisser de traces compromettantes. Les indices qui subsistaient appartenaient aux joueurs et ne faisaient que prouver leur présence sur place, leur implication et leur participation au jeu. Ils feraient condamner tous les adolescents qui avaient eu le malheur, comme Élias de participer. Les policiers et les gendarmes devaient toutefois retrouver toutes les personnes qui avaient pris part aux exécutions et donc tous les joueurs du sanatorium et du château d’Avully. Marion Lefort était mobilisée sur cette tâche et avait demandé des renforts à son ancienne équipe de la crim’ de Paris, un de ses collègues, le lieutenant Achim Achour, s’était penché sur le jeu et établissait la liste des personnes qui s’étaient connectées et qui avait reçu l’e-mail d’invitation pour les deux parties en réalité semi-virtuelle. La tâche était ardue, car le Darknet n’aimait pas révéler les identités de ceux qui le parcouraient. Pourtant, les policiers avaient déjà identifié et trouvé les noms d’une vingtaine de personnes. Elles seraient convoquées dans les différents commissariats pour témoigner. Elles seraient ensuite gardées à vue pendant 72 heures. C’était tout ce qu’ils pouvaient faire pour le moment. Tous les joueurs pouvaient être suspectés et coupables des meurtres, autant qu’ils pouvaient être innocents. Les maîtres du jeu se cachaient peut-être parmi eux, même si les enquêteurs en doutaient. Marion, quant à elle, se concentrait sur celles et ceux qui allaient se joindre à Noah à Cartigny. Ils montaient un plan d’attaque pour la chasse à venir. Des gendarmes ainsi que des policiers suisses seraient également mobilisés. Il était particulièrement important d’empêcher les participants de fuir et de traverser la frontière. Dans la campagne genevoise, et surtout dans ces villages, la France se trouvait à proximité et son accès idéal pour les criminels.

Les forces de l’ordre seraient à l’affût pour sauter sur leur proie et ils ne les laisseraient pas filer. Les chasseurs seraient chassés à leur tour.

 

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Red crosses on wooden doors

And if you float you burn

Loose talk around tables

Abandon all reason

Avoid all eye contact

Do not react

Shoot the messengers

This is a low flying panic attack

Sing the song of sixpence that gœs

Burn the witch

Burn the witch

We know where you live

We know where you live

 

Radiohead, Burn the Witch

 

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