Witch Hunt : La chasse aux sorcières

Olivia Gerig · Chapitre 5 sur 46

Pages du PDF

Witch Hunt : La chasse aux sorcières

Sérénité et réalisme

 

Annecy, Commissariat de la rue des Marquisats,

21 juin 2016

 

I L faisait chaud en cette première journée d’été. Des ventilateurs avaient été installés sur les bureaux à défaut d’une climatisation assez efficace pour rafraîchir l’atmosphère moite des locaux.

La capitaine Aurore Pellet était assise à son poste de travail, devant l’écran de son ordinateur, et semblait songeuse. Elle faisait défiler des photos sur son téléphone portable avec un air mélancolique pendant qu’à côté d’elle, la capitaine Marion Lefort tapotait énergiquement sur son clavier. En face d’elle, le lieutenant Richard Walonsky, nouvellement engagé, menait une conversation animée avec le procureur d’Annecy à travers le combiné.

Silencieusement, elle chantonnait, dans sa tête c’est l’amour à la plage, ahou tcha tcha tcha, et les yeux dans tes yeux ahou ahou baisers et coquillages… enchaînant un tout autre genre aimer c’est ce qu’il y a de plus beau, aimer c’est monter si haut, toucher les ailes des oiseaux…

Elle regardait des photos de l’île de La Réunion. Des images de paysages paradisiaques qui lui rappelaient les moments merveilleux passés avec Jules. Il lui manquait. Jules Simon avait dû regagner Paris, après ses deux semaines de vacances pour prendre à bras le corps son nouveau poste de lieutenant au sein de la célèbre brigade criminelle de Paris. Ils se retrouvaient une à deux fois par mois, soit à Annecy, soit à Paris. Pour Aurore, ce n’était pas assez, même si elle savait que cette situation était temporaire. Son amant avait adressé une demande pour rejoindre la région Rhône-Alpes-Auvergne à défaut de pouvoir prétendre explicitement à sa mutation à la PJ d’Annecy. Elle ne s’était jamais sentie aussi sereine et heureuse. Jules. Elle s’imaginait ses yeux clairs dans les siens, ses caresses, ses baisers, leurs discussions jusqu’à tard dans la nuit, leur connexion intellectuelle et charnelle…

Pour la première fois, elle n’avait pas peur. Elle n’avait plus peur. Love replaces fear. Elle avait accepté d’être heureuse.

 

Aurore regarda au fond de sa tasse de café vide. Le liquide avait laissé des traces d’écumes sur les parois blanches et dessinait d’étranges formes. Elles représentaient ce qu’on voulait bien y voir, des présages, des indices, des visages parfois, aussi. La capitaine de police n’y voyait rien du tout. Uniquement ce que c’était en réalité : une tasse vide. Cartésienne, son expérience l’avait confortée dans le fait que seul ce qui était tangible et vérifiable comportait une importance. La seule vérité possible était celle des éléments dont on avait une preuve. La destinée de chacun était liée à son expérience et à ses actions. Les doutes forgeaient le caractère. Aurore doutait énormément, elle doutait de tout, tout le temps. Elle admettait ses erreurs, se remettait en cause. S’en remettre à la volonté d’une puissance supérieure représentait pour elle, une sorte de déresponsabilisation. Il n’y avait pas de destin tout tracé. La sorcellerie n’existait pas. Juste des faits et des actes, commis avec des intentions.

Le marc de café ne lui apprendrait rien sur le déroulement de sa journée ni sur son avenir amoureux ni sur sa prochaine enquête. Sa tasse était seulement vide et elle avait besoin d’un autre café allongé.

Elle se leva.

 

— Café ? Demanda-t-elle à sa collègue, Marion, qui continuait à s’agiter sur son clavier. Walonsky était toujours pendu au bout du fil. Il semblait désespéré. Il n’arrivait pas à placer un mot, son interlocuteur tenait visiblement le crachoir dans un interminable et barbant monologue.

 

Marion Lefort détacha son regard de l’écran et sourit à Aurore en murmurant un « ok » du bout des lèvres.

Les deux femmes sortirent du bureau en silence pour ne pas déranger leur collègue.

Aurore devait passer un coup de fil à Claude Rouiller. Il séjournait encore à Annecy pour quelques jours. Il fallait qu’elle profite de le voir avant qu’il ne s’en aille définitivement pour la Belgique. Cette fois, c’est la dernière ! Je ne reviendrai pas, avait-il affirmé. Sa retraite avait à peine commencé deux ans auparavant qu’il était à nouveau sur le terrain. Il n’y pouvait rien. Son instinct et sa passion pour son métier étaient plus forts. Lorsque son amie et collègue, Aurore, l’avait appelé à l’aide, il n’avait pas hésité. Sa vie personnelle avait encore fait les frais de son engagement, comme cela avait toujours été le cas. Il avait enfin tourné la page de sa vie à Annecy et vendu son appartement, non sans un pincement au cœur.

L’ancien commissaire s’était lui-même assuré de sa succession à la tête de la PJ. Ainsi, ce fut un policier intelligent, d’expérience et de terrain qui fut désigné avec la bénédiction de Claude Rouiller. François Bertin dirigerait dès le 1er juillet les équipes de la police judiciaire d’Annecy.

Originaire de Lille, le quadragénaire avait d’abord occupé un poste de capitaine pendant cinq ans à Paris et connaissait Rouiller depuis longtemps. Ils s’étaient croisés à plusieurs reprises au cours d’enquêtes auxquelles ils avaient collaboré. Les deux hommes se vouaient une admiration mutuelle. François Bertin avait fait de Claude son mentor. À chaque doute, il se tournait vers son homologue haut-savoyard. Lorsque le préfet l’avait contacté, il s’était engagé sans hésitation.

 

OceanofPDF.com

Future’s made of virtual insanity now

Always seem to, be govern’d by this love we have

For useless, twisting, our new technology

Oh, now there is no sound – for we all live underground

 

Jamiroquai, Virtual Insanity

 

OceanofPDF.com