Après quoi on court
Aaron
Ce qu’il y a de plus déstabilisant avec le silence, c’est la multitude d’interrogations qu’il engendre.
Pendant toutes les semaines où Michaël m’a ignoré, je ne pensais qu’à lui, aux mots que j’utiliserais pour le convaincre de rester mon ami. Je pensais au moment où l’on se réconcilierait. Je guettais chaque instant où il parlait à quelqu’un d’autre en voulant assassiner toutes celles et ceux à qui il donnait de son temps alors que, moi, il ne me regardait même plus.
J’avais envie de lui téléphoner, de lui écrire. Mais je me demandais à quoi cela aurait servi vu que, de toute façon, je le voyais tous les jours au lycée et qu’il ne semblait plus vouloir faire un pas vers moi.
Je ne savais pas s’il savait ce que je ressentais. Je sais qu’il ne l’a pas compris tout de suite. Loin de là même. Mais comment l’aurait-il pu quand moi-même je ne le comprenais pas ?
Entre-temps, mon père était parti de la maison. Pour réfléchir, m’avait dit ma mère. Je ne savais pas qu’à cet âge-là, après tant d’années de mariage, on pouvait encore réfléchir à ses sentiments. Je pensais mon père et ma mère comme une entité fixe et inséparable, et non comme des êtres humains de chair et de sang capables d’avoir des doutes et des désarrois sentimentaux.
J’avais les idées larges sur ce que pouvaient faire les êtres humains de leurs sentiments et de leurs sexualités. Mais seulement pour les autres, pas pour mes parents.
Je pensais que ma vie ressemblerait à la leur. Se rencontrer, se marier, faire des enfants, regarder ensemble la télévision, jouer à des jeux de société. Rien de glamour, juste une vie quotidienne sans apparat, comme celle que je les voyais vivre ensemble depuis seize ans.
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