Après quoi on court

Jeremy Sebbane · Chapitre 30 sur 154

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Après quoi on court

Dana

Je me disais que tout cela allait lui passer. Après m’avoir copieusement reproché de ne pas lui avoir répondu de la soirée ce dimanche-là et expliqué en gros que mes parents étaient des collabos qui avaient fait passer Le Pen en n’allant pas voter Jospin, il y eut toute cette semaine où je ne le vis pas parce qu’il « devait aller aux manifs ».

Mes parents me disaient qu’un garçon qui préfère aller défiler dans les rues plutôt que de passer du temps avec leur fille était vraiment un moins que rien.

Alors, quand un soir, après m’avoir zappée durant près de huit jours, il vint sonner chez moi pour qu’on se voie un peu et que ce fut mon père qui lui ouvrit, je vous laisse deviner la scène.

— Bonsoir monsieur, est-ce que Dana est là, s’il vous plaît ?

— Oui, mais vous n’avez pas le téléphone pour prévenir de votre arrivée ?

— Bien sûr, monsieur, mais je n’ai plus de batterie et je n’ai pas eu le temps de rentrer chez moi.

— Et où étiez-vous, mon garçon ?

— J’étais à la manif, monsieur. Contre Le Pen.

— En somme, vous êtes allé manifester contre un résultat démocratique.

— Mais non, monsieur, je suis allé manifester avec les lycéens, parce que nous, on n’a pas le droit de vote. Notre seule manière de nous exprimer et de dire qu’on ne veut pas du Front national pour notre pays, c’est de manifester.

— Et vous manifestez avec qui ? Les Verts ? Les communistes ? Le MRAP ? La LDH ? Ceux qui vont dans les manifestations pro-palestiniennes ? Vous irez manifester avec eux aussi quand ils brûleront le drapeau d’Israël ?

— Mais monsieur, ça n’a rien à voir. Là, on est tous unis contre les fascistes, c’est ça le plus important !

Heureusement, j’étais arrivée avant qu’ils ne s’étripent. Mon père s’était écarté et j’avais rejoint Michaël dehors puisque mon père ne souhaitait visiblement pas le faire rentrer. Nous partîmes en promenade une rue derrière pour éviter les regards familiaux.

Il commença à me raconter sa semaine passée derrière des banderoles, les mots qu’il avait échangés avec Élisabeth Guigou, comme s’il avait fait la rencontre du siècle, alors que moi, je ne savais pas même pas qui c’était.

Je posai mon index sur sa bouche pour le faire taire puis le retirai pour coller mes lèvres aux siennes. Je lui demandai si cela lui avait manqué, si tout cela n’était pas plus important pour lui que d’aller défiler avec ses amis socialistes. Il me dit que je ne comprenais pas, mais s’arrêta bien vite de parler quand mes mains commencèrent à caresser doucement son torse et son dos sous son tee-shirt.

Il me murmura des mots doux à l’oreille, je sentais son sexe se durcir contre mon genou.

Je lui dis sadiquement que je devais rentrer, que mes parents m’attendaient pour dîner. Il n’osa pas me retenir, mais sembla un peu désemparé. Je partis prestement sans me retourner. Après tout, il l’avait bien mérité.

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