Après quoi on court
Aaron
Ce début d’année scolaire fut, pour moi, marqué par la découverte de la philosophie. Le plaisir de voir se confronter des idées, des concepts, d’identifier et de découvrir de nouveaux auteurs. La sensation de se confronter à ses propres tourments, sentiments et réalités en parcourant leurs écrits.
Le premier thème que notre professeur évoqua en classe fut le désir.
Toutes mes dissertations sur le caractère irrationnel de nos désirs que l’on ne choisit pas mais qui s’imposent à nous furent couronnées de succès et lues à toute la classe par notre enseignant qui avait fait de moi un vrai chouchou.
De Rousseau qui estimait qu’« on jouit moins de ce qu’on obtient que de ce qu’on espère » et pour qui l’assouvissement du désir ne menait chez l’homme qu’à la création d’un autre désir car ce dernier est sans fin, à Calliclès nous ordonnant de profiter de la vie, j’étais incollable.
Fort de cette reconnaissance, je louais à Michaël les sentences d’Oscar Wilde pour qui l’on peut résister à tout sauf à la tentation – je ne lui dis pas, toutefois, que j’avais lu cet aphorisme pour la première fois dans le générique de l’Île de la tentation – en insistant sur le génie du grand écrivain homosexuel.
Je multipliais avec lui les débats sur les conceptions de Freud pour qui nous étions tous bisexuels, perclus de désirs inconscients que l’on refoule et que l’on ne devrait justement pas refouler pour s’épanouir.
En somme, je découvris pour la première fois qu’une matière enseignée à l’école allait enfin m’être utile dans mon quotidien pour tenter de manipuler le cerveau et le cœur de celui que j’aimais chaque jour avec plus de force et de douleur.
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