Après quoi on court

Jeremy Sebbane · Chapitre 69 sur 154

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Après quoi on court

Aaron

Des pleurs. Des cris. De la tristesse. Du désespoir. De l’accablement. De la consternation. Du découragement. De la stupéfaction. De la désolation. Bon, j’arrête de vous faire le dictionnaire des synonymes, vous avez compris.

Je l’ai rappelé. Il ne m’a pas rappelé. Je l’ai appelé encore et encore. Il ne m’a toujours pas rappelé. Je lui ai envoyé des textos. Ils sont restés sans réponse.

Et puis, un jour, il a fini par décrocher.

— Salut Noam, c’est Aaron, je ne te dérange pas ?

— Si, si, Aaron, tu me déranges.

— Je peux te rappeler une autre fois…

— Non, Aaron, il ne faut plus que tu m’appelles. Jamais. Ça ne sert à rien. Je ne peux pas te donner ce que tu veux. On ne va pas éternellement se taper des rendez-vous où l’on se promène et où tu espères qu’il se passera quelque chose entre nous alors qu’il ne se passera rien. Je t’ai dit que ça ne marcherait pas. On a dix ans d’écart. Tu as 17 ans, enfin !

— J’aurais 18 ans dans quelques jours.

— Aaron, tu es quelqu’un de très gentil…

— C’est parce que je ne suis pas assez beau ? Mais je vais acheter des lentilles, tu sais, ma mère m’a pris rendez-vous chez l’ophtalmo et…

— Aaron, il faut que tu comprennes. Je ne veux plus que tu m’appelles. Je ne veux plus te voir. C’est pour ton bien. OK ?

— Tu préfères les mecs du Queen, c’est ça ?

— Je ne sais pas. Si je vais au Queen, c’est pour danser, faut pas que tu imagines n’importe quoi.

— Mais je suis amoureux de toi.

— C’est bien, c’est courageux de le dire, à ton âge en plus, courageux d’avouer ça à un autre garçon. C’est bien mais ça ne change rien. Moi, je ne t’aime pas. Aaron, sois raisonnable, il faut m’oublier maintenant. Shabbat shalom.

— Tu ne peux pas me faire ça, c’est ma rentrée lundi.

— Bonne rentrée Aaron. Je t’embrasse.

Alors voilà, il a raccroché. Il a douché mes espoirs, brisé mon cœur. J’ai tremblé pendant de longues minutes. Je suis resté allongé sur mon lit, hébété.

J’ai entendu la voix de mon père crier « À table ». Je n’ai pas répondu. Aucun son ne sortait.

J’avais envie de prendre un revolver, d’ouvrir la bouche et de tirer.

Vous me connaissez un peu maintenant, je n’ai jamais eu le sens de la mesure. J’ai toujours été à fond. Ben là, j’étais au fond du gouffre.

Ma mère a ouvert la porte de ma chambre, m’a demandé ce que je faisais.

Je lui ai hurlé dessus en lui disant qu’elle ne me laissait aucune liberté. Il fallait bien que je décharge ma violence sur quelqu’un et les mères sont de si faciles défouloirs.

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