Après quoi on court
Michaël
Ce fut un bel été. Je me rappelle ce concert de Patrick Bruel chantant les tubes des années 1930, où Dana et moi avons passé toute la soirée à danser ensemble et à nous embrasser. Je me rappelle ces promenades dans Paris où nous nous mettions en scène comme les amoureux transis des films, qui marchent sur les quais de Seine en se donnant la main et en se jurant de s’aimer pour l’éternité. Je me rappelle la chaleur de ses baisers qui venaient férocement contredire l’apparence raisonnable de ma bien-aimée. Je me rappelle que j’avais l’illusion d’être heureux car j’avais tout ce à quoi un jeune homme de mon âge pouvait aspirer : une petite amie très jolie, des parents aimants…
Au fond, Rimbaud avait peut-être tort. On peut être très sérieux quand on a 17 ans. On peut même être très conservateur. Avais-je vraiment été heureux durant cette année-là ? Ou m’étais-je plutôt convaincu que j’avais tout ce qu’il fallait pour l’être ?
Je ne savais pas si je vivais le bonheur ou si je l’imitais.
Je me souviens très bien que, même si tout semblait aller pour le mieux, j’avais, à ce moment-là, la curieuse sensation que tout cela était trop facile et ne pouvait être qu’éphémère.
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