Après quoi on court
Aaron
Pendant plusieurs semaines, Michaël n’était pas revenu chez moi. Bien sûr, au lycée, il me parlait comme si de rien n’était mais, chaque fois que je voulais l’inviter à la maison, il trouvait toujours une excuse. Parfois bonne mais souvent absurde.
Et bien sûr, j’étais désespéré qu’il soit encore avec Dana. Je pensais que le temps serait assassin pour le joli petit couple et que le caractère prude de la jeune fille allait pousser Michaël à se tourner vers d’autres cieux et, de préférence, les miens. Malheureusement, il n’en fut rien.
Je me réjouis cependant d’apprendre qu’il avait eu une sévère dispute avec le père de celle-ci au sujet des élections présidentielles à venir.
Michaël me raconta ce shabbat où, voulant connaître davantage les parents du petit ami de sa fille, le père de Dana l’avait invité lui et ses parents à dîner dans sa très jolie demeure.
Dès l’entrée, il attaqua sur Jospin qui avait abandonné les juifs en ne prenant pas la mesure de la gravité des actes antisémites qui se multipliaient sur notre territoire.
Dana avait pressé le genou de Michaël sous la table pour qu’il ne réponde pas. Mais enhardi par son récent engagement militant et plus courageux que je ne le croyais, celui-ci s’était lancé dans une diatribe pour rappeler que Jospin avait qualifié le Hezbollah de « terroriste » et qu’il ne fallait pas voter pour des raisons communautaires. La mère de Michaël se mit à défendre le PACS et la parité, et son mari les Emplois jeunes et les 35 heures.
Tout le monde se serra fraternellement la main, tout en n'en pensant pas moins. Les parents de Michaël dirent à leur fils sur le chemin du retour que sa copine était charmante mais que ses parents étaient vraiment des cons.
De mon côté, je n’avais pas vraiment la fibre militante mais, voyant une brèche ouverte pour me rapprocher de Michaël et pourrir Dana, je me mis à l’accompagner dans ses « collages » et « tractages » et devins pour un mois le plus discipliné des jospinistes.
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