Après quoi on court

Jeremy Sebbane · Chapitre 10 sur 154

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Après quoi on court

Aaron

Suis-je immoral si je vous parle du bonheur que j’ai ressenti dans cet horrible couloir d’hôpital au moment où j’ai reçu le message de Michaël ?

Je le relus dix fois pour m’imprégner de chaque mot et me répétai dans ma tête qu’il pensait fort à moi.

Je voulais que mon père s’en sorte, je voulais consoler ma mère qui, outre la douleur causée par l’accident de son mari, devait gérer l’humiliation que celui-ci se soit produit avec une autre femme, qui plus est, beaucoup plus jeune qu’elle.

Mais je ne pensais qu’à Michaël et à ce que cette situation pourrait changer dans nos relations. Il voudrait me faire parler de ce que j’avais vécu, il me dirait des mots affectueux pour apaiser ma peine. Il ne voudrait plus qu’on se quitte. Nous pourrions nous remettre l’un à côté de l’autre en cours, il pourrait revenir à la maison de temps en temps.

Ne me jugez pas trop vite. Bien sûr que j’ai eu peur pour mon père, bien sûr que tous ces moments passés en salle d’attente à entendre des messieurs en blouse parler tout bas dès qu’il me voyait avec ma mère furent insoutenables.

Je vous rassure, mon père n’est pas mort. Mais peut-être aurait-il préféré cela plutôt que de perdre à jamais l’usage de ses jambes.

Évidemment, il est revenu à la maison. Évidemment, ma mère l’a soigné et soutenu comme s’il n’était jamais parti, comme s’il avait été tout seul ce jour-là dans cette maudite bagnole.

Samuel, qui s’était installé depuis quelques semaines à Tel-Aviv, n’avait pas trouvé utile de faire le voyage d’Israël pour venir voir son père. Je fis plus d’une fois la remarque à table mais, systématiquement, mes parents me faisaient taire et rappelaient combien ils étaient fiers de leur fils qui risquait tous les jours sa vie dans son bel uniforme kaki.

Moi, j’aurais voulu qu’il soit là plutôt que d’aller faire la guerre et de protéger des gens que je ne connaissais pas, qu’il soit aux côtés de mes parents quand nous avons reçu la visite des parents de la jeune fille venus demander des explications à mon père sur ce qu’elle faisait dans sa voiture.

Et puis, j’aurais voulu qu’il nous aide à faire à manger à mon père, à le soulever et à lui raconter des histoires pour le convaincre avant qu’il ne s’endorme que demain, peut-être, il remarcherait.

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