Après quoi on court

Jeremy Sebbane · Chapitre 56 sur 154

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Après quoi on court

Aaron

It’s the disease of the age

It’s the disease that we crave […]

Protect me from I want

Protect me from I want

Je me suis dit que j’allais vous citer Placebo parce que ça fait plus branché que mes histoires de Star Academy. Mais, en fait à cette période, j’écoutais plutôt une chanson des Whatfor. Vous savez, ceux qui ont gagné la deuxième édition de Popstars. Non, vous ne voyez pas ? Bref, c’était une chanson cachée dans l’album à la toute fin. Caché comme moi je l’étais. Ça faisait :

On sera amis, amants qui le sait vraiment ?

On sera comme la nuance, là où nos cœurs balancent

Amis amants

J’étais encore en train d’écouter cette chanson, allongé les bras en croix sur mon lit, quand j’entendis le bruit de la sonnette de la porte d’entrée.

Samuel et Sandra étaient venus d’Israël une semaine pour l’anniversaire de mon père. Ce dernier avait dit que c’était gentil de leur part. Je me disais que, si Samuel était vraiment gentil, il serait à ses côtés les trois cent cinquante-huit autres jours de l’année. D’autant qu’il allait passer la semaine chez les parents de Sandra plutôt que de venir nous aider à la maison. Je ne sais pas si j’étais heureux de revoir mon frère mais, en tout cas, j’étais content que mes parents soient contents de le revoir.

Il était midi passé, ma mère avait sorti son plus beau service de table pour le déjeuner quand Samuel annonça la nouvelle avec un mélange de fierté virile et d’émotion mal dissimulée :

— Alors, voilà, Sandra est enceinte.

Ma mère fit des youyous, alla embrasser son fils et sa belle-fille. Samuel alla vers mon père qui, les larmes aux yeux, lui dit à quel point il était fier de lui. Et moi, moi, j’étais heureux pour mon frère mais j’avais du mal à trouver ma place dans cette situation. Je m’étais contenté de dire « Félicitations » et « Mazal tov » à Sandra qui me rendit mon sourire. Mon frère me fit une tape dans la main comme unique signe d’affection. J’avais envie de lui faire la bise mais on ne faisait jamais cela tous les deux.

Je vais être honnête avec vous : j’étais un peu jaloux. Jaloux du bonheur qu’il venait de procurer à mes parents. Jaloux de cette sensation qu’il devait avoir à l’idée d’être père et que j’avais peur de ne jamais connaître un jour.

Le coup de grâce fut cette question que Samuel me posa lorsque nous étions tous attablés : « Tu aurais pu dire à ton pote Michaël de venir. Tu lui as proposé ? » Je lui répondis que je l’avais prévenu mais qu’il n’avait pas pu venir.

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