Après quoi on court
Aaron
J’ai toujours détesté les mariages juifs. En fait, non, j’ai toujours détesté les mariages tout court.
Je ne dis pas que je n’ai pas été ému à la synagogue lorsque Samuel a cassé le verre. Je ne dis pas que cela ne m’a pas touché de voir mes parents pleurer ce jour-là. Même si j’avais déjà beaucoup vu ma mère pleurer les jours qui avaient précédé la cérémonie car elle n’avait pas cessé de se disputer avec Sandra.
Mais je me demandais à quoi servait ce déluge d’argent dépensé pour une soirée afin d’en mettre plein la vue à tout le monde alors que, dans le même temps, je savais très bien que mes parents avaient souvent le plus grand mal à terminer le mois.
Je me demandais s’il était vraiment nécessaire que je me force à embrasser tous mes oncles et tantes alors qu’ils ne passaient jamais un coup de fil à la maison pour savoir comment on allait.
Et puis, déjà, je n’aimais pas les couples. J’avais 15 ans, j’étais puceau, personne ne semblait dans mon lycée avoir envie de poser les mains sur moi et je me demandais sur qui j’avais envie de poser les miennes. Alors, forcément, quand je voyais des gens qui s’aimaient, j’étais un peu jaloux, un peu envieux.
Je n’avais pas envie de voir non plus toutes les vieilles personnes se succéder auprès de moi pour me dire que je serais le prochain à me marier, qu’il fallait que je choisisse bien la fille, etc. Je me suis retenu pour ne pas dire que, de toute façon, je ne pourrais pas faire pire que mon frère.
Alors je me suis forcé. À danser sur de la musique orientale en faisant mine d’être un expert de la discographie d’Enrico Macias, à dire « Mazal tov » à celle qui devenait ma belle-sœur, à ne pas me moquer d’elle quand elle a fait la surprise à mon frère d’interpréter au micro l’horrible chanson de Daniel Lévi, L’Envie d’aimer.
Et je me suis étonné à prendre du plaisir lorsque, avec les amis de mon frère, nous nous sommes donné la main pour faire une hora autour de lui.
Le lendemain, en cours, je n’en ai pas dit un mot à Michaël. En fait, le lendemain, il n’était pas là. Et bêtement, je me suis dit que c’était peut-être pour me punir. On est souvent bête quand on a 15 ans.
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