Après quoi on court

Jeremy Sebbane · Chapitre 4 sur 154

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Après quoi on court

Aaron

Je parie que Michaël ne vous a pas dit pourquoi il n’est pas venu ce jour-là au café. Il a sûrement préféré vous parler de mon frère Samuel.

Mais vous savez, j’ai l’habitude, depuis toujours, tout le monde préfère parler de mon frère Samuel.

D’abord, il a toujours été très beau, beaucoup plus que moi. L’année où Michaël et moi on s’est connus, Samuel avait autant de muscles que moi j’avais de boutons sur la gueule.

Le stéréotype du quaterback de lycée américain avec lequel toutes les filles veulent sortir et auquel tous les garçons veulent ressembler.

Et puis, il allait être soldat. Quand je passais des heures à lire les journaux pour comprendre le monde qui m’entourait, lui préférait faire des pompes et m’expliquer que la France c’était fini pour les juifs et que, si j’avais envie de lire quelque chose, il valait mieux le faire en hébreu car, tôt ou tard, on serait tous forcés de partir en Israël.

Je trouvais que je n’avais pas de conseils de lecture à recevoir de sa part et n’avais que mépris pour ses analyses géopolitiques à l’emporte-pièce. Mais je ne lui répondais jamais car il passait son temps à me ressasser que je m’étais fait tabasser par des antisémites et que ce n’était que le début, que bientôt, on tirerait sur les juifs avec des revolvers et que les autres Français laisseraient faire.

Je n’aimais pas qu’il me rappelle ce souvenir, je n’aimais pas qu’il me rappelle tout le temps ma faiblesse et mon peu de courage physique.

Mes parents savaient bien qu’on ne pouvait pas se supporter, mais leur choix était fait depuis longtemps. Mon père n’était pas mécontent de voir une fille différente toutes les semaines avec son fils. Plus d’une fois, je l’avais vu faire des clins d’œil complices à Samuel quand ce n’était pas parfois à la jeune fille qui était avec lui. Je ne sais pas pourquoi systématiquement après en avoir rencontré une, mon père s’enfermait des minutes entières aux toilettes. En fait, si, je devine pourquoi. Mais si vous me le permettez, je préfère refouler ce genre d’information.

Ma mère trouvait, elle, bien logique que toutes les femmes se disputent le cœur de son plus grand fils.

Mais comme il fallait s’y attendre, quand Samuel décida d’en épouser une parmi toutes, celle-ci lui déplut fortement.

Sandra n’était pas la plus belle, loin de là. Elle n’était pas non plus la plus intelligente, il faut bien l’avouer.

Quand Samuel annonça son mariage à ses potes, ils le plaignirent. Quand il leur présenta sa future femme, ils le plaignirent encore davantage.

Quand il nous l’annonça à nous, ma mère pleura, et mon père sembla déçu que ce ne soit pas une autre, et moi, je me suis demandé si cela allait me permettre ou non d’obtenir la plus grande chambre à la maison.

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