Après quoi on court
Michaël
Dana a fini par rentrer. J’étais heureux de la revoir. Elle m’avait manqué. Moins que je ne l’aurais pensé, je l’avoue.
Elle me disait qu’elle avait peur. Peur de basculer dans la cour des grands avec le passage à l’université.
Je comprenais qu’elle avait surtout peur qu’on se perde, qu’on se voie moins car n’étant plus dans la même classe, nous n’aurions plus l’occasion de nous côtoyer au quotidien.
Ce n’est pas très gentil de dire cela, mais ses peurs m’agaçaient. Je les trouvais synonymes d’enfermement.
Je me sentais comme un prisonnier consentant. Mais un prisonnier quand même.
C’était ce que j’avais ressenti quand elle m’avait demandé de l’accompagner à la bar-mitsvah de son cousin Yoni.
J’aurais dû trouver que c’était un beau symbole qu’elle veuille me présenter à toute sa famille, qu’elle se batte avec son père qui ne m’aimait pas pour m’imposer, qu’elle veuille que je sois là dans les moments importants avec ceux qu’elle aime.
Mais, en fait, c’est moi qui avais peur. Peur que la vie passe trop vite. Peur d’être grand trop rapidement.
Je me disais cela en arrivant à la synagogue dans mon beau costume noir.
Le père de Dana me tendit une main moite. Dana, qui se trouvait avec les femmes en haut, me fit son plus beau sourire quand elle me vit arriver. Puis je la vis pleurer. C’était un peu une récompense.
Je ne connaissais pas Yoni, je me sentais comme un étranger, je ne me sentais pas à ma place. Mais voir les larmes de ma petite amie, émue tout à la fois pour son cousin et par ma présence, m’avait réchauffé le cœur.
La soirée qui suivit ne nous rapprocha pourtant pas. Dana était heureuse de montrer à ses cousines qu’elle avait un petit ami. Nous dansâmes ensemble de nombreuses fois mais, au lieu de me regarder, elle vérifiait que celles-ci étaient bien en train de nous observer avec jalousie.
C’était puéril. C’était de notre âge.
Quand je revins chez moi, curieusement, je fus soulagé.
J’étais heureux d’être seul. J’ai eu l’impression de retirer un masque, de cesser de jouer un rôle.
J’ai encore eu envie d’appeler Aaron. Mais il était tard, je ne l’ai pas fait.
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