Après quoi on court
Michaël
On ne s’est pas embrassés la première fois que nous sommes allés au cinéma. Trop évident. En fait, non, on ne s’est pas embrassés parce que Dana était convaincue que c’était à moi de le faire et que moi, j’avais la peur irrationnelle qu’elle me repousse.
Je dis « irrationnelle » non par immodestie. À cette époque, j’étais conscient que ma sortie de l’adolescence se passait plutôt correctement pour moi : j’étais grand, plutôt mignon, les trois poils de barbe que j’arborais il y a peu s’étaient transformés en barbe de trois jours et l’appareil dentaire que je portais, deux ans auparavant, avait laissé place à une belle dentition toute blanche et bien alignée. Mais, comme la plupart des jeunes garçons de mon âge, je n’avais pas vraiment confiance en moi. Et puis je me posais plein de questions. Est-ce que c’était vulgaire d’embrasser une fille au premier rendez-vous ? Avais-je vraiment envie de l’embrasser ou juste envie de faire comme tout le monde ?
Tout ça pour vous dire que le cinéma, c’était une idée de Dana. Elle a attendu qu’Aaron s’éloigne de moi trois minutes, est venue me voir à ma table et m’a dit : « Je m’appelle Dana, on s’était rapidement croisés quand j’ai emménagé pas très loin de chez ton ami. Il ne me connaît pas mais, moi, c’est toi que j’ai envie de connaître. Tu es d’accord pour m’accompagner au cinéma mercredi ? » Je n’ai su dire que oui, elle est repartie s’asseoir à sa table après m’avoir donné son numéro qu’elle avait, semble-t-il, préalablement écrit sur un bout de papier. Quand Aaron est revenu s’installer à côté de moi, je ne lui ai rien dit. Quelque chose me disait que cette information ne lui aurait pas fait plaisir.
OceanofPDF.com