Après quoi on court
Aaron
Simon avait eu 3 ans. Il allait à l’école et parlait beaucoup. Certains de ses copains chez qui il allait parfois pour des goûters avaient des papas. Il avait demandé pourquoi lui n’en avait plus. Sandra lui avait dit que ce n’était pas grave, qu’il y avait plein d’enfants qui étaient élevés seulement par leur maman.
Ma mère avait encore beaucoup de mal à le regarder sans baisser les yeux. Quand il venait à la maison, il regardait toujours avec attention les photos de son père qui tapissaient nos murs. Il voulait toujours en découvrir de nouvelles et posait souvent ses lèvres sur elles. Comme si embrasser ces photos allait le rapprocher de ce père parti.
Parfois, il disait qu’il aimerait aller au ciel pour le voir. Sa mère le faisait taire mais moi je trouvais cela mignon.
De temps en temps, Sandra me laissait faire des sorties avec Simon. On allait au zoo et au parc. On a tenté le cinéma aussi une fois, mais il s’est endormi pendant les publicités.
Je l’avais emmené voir Persepolis. C’était super mais, de toute façon, ce n’était pas de son âge.
Vous allez sûrement trouver cela ridicule mais, à cette époque, j’avais le sentiment que c’était Simon mon meilleur copain, celui avec qui je passais les moments les plus purs et les plus désintéressés. On était tellement contents d’être ensemble sans arrière-pensées ; c’était reposant. Sauf, bien sûr, quand il me demandait comment s’appelait ma fiancée. Mais tous les enfants posent des questions bêtes, c’est connu.
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