Après quoi on court
Aaron
C’est vrai que j’aurais dû être plus attentif à ce que ressentait Lisa.
J’ai trop pensé à moi. Mes amours ratées et mes plans cul réussis ne laissaient que bien peu de répit à mon esprit pour appréhender d’autres réalités.
Lisa avait bien joué son coup. Elle s’était rapprochée de mes parents qui l’aimaient comme leur fille. Elle m’a accompagné à de nombreuses cérémonies familiales où elle jouait parfaitement la petite amie idéale qui ne niait jamais quand on nous présentait comme des amoureux.
Ce n’était pas une stratégie idiote. Quelles que soient les libertés que j’avais pu prendre avec mon éducation depuis que je connaissais les joies de la fornication facile, mes parents continuaient à exercer une immense influence sur moi. Je ne m’étale pas sur le complexe de culpabilisation des mères juives. Vous pouvez lire Albert Cohen pour cela, il a beaucoup plus de talent que moi pour en parler.
Alors, voilà, vous avez deviné. Mes parents étaient tombés dans le piège. Ils finirent par me demander si Lisa était ma petite amie et moi, moi qui avais d’autres qualités que le courage, j’ai répondu « oui ». Un petit « oui ». Un « oui » qui cherchait autant à les convaincre eux que moi.
Du coup, ça n’a pas manqué. Ils ont voulu rencontrer les parents de Lisa. Comme si c’était l’urgence absolue, comme s’il fallait me caser absolument avant que je ne cède à d’autres tentations.
Étaient-ils dupes ? Faisaient-ils semblant ? Y croyaient-ils vraiment ?
Là encore, les questions que je me posais n’avaient que bien peu de liens avec ce que pouvait ressentir et espérer Lisa. Je ne savais pas qu’elle souffrait, j’avais le sentiment, au contraire, qu’elle s’amusait beaucoup avec moi. Mais j’avais appris au gré de mes dernières expériences que l’on pouvait parfois pleurer pendant les fêtes.
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