Après quoi on court

Jeremy Sebbane · Chapitre 131 sur 154

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Après quoi on court

Aaron

Je suis resté de longs mois dans l’attente. Je pensais qu’il accepterait de revenir chez moi. Je pensais qu’il me réinviterait chez lui. Je pensais qu’il comprendrait ce que je ressentais, changerait d’avis. Rien n’est venu. Nous étions amis et nous nous voyions plus souvent qu’au temps où nous couchions ensemble. Chaque instant passé à ses côtés était comme une torture.

Je réprimais mes pulsions. Je ne savais pas où mettre mes mains. Et bien sûr, je souffrais intérieurement chaque fois qu’il me parlait de Dana.

Période électorale oblige, le sarkozysme de sa petite amie était devenu l’un de mes seuls angles d’attaque. Mais cela n’était plus suffisant pour le faire douter. Il était devenu moins sectaire et s’était dit qu’il pouvait sortir avec quelqu’un qui ne partageait aucune de ses opinions politiques.

Pendant plusieurs mois, je ne suis sorti avec personne. Clara me pressait de rencontrer quelqu’un d’autre. Je lui répondais que j’étais fidèle à Michaël. Pour elle, je ne devais être fidèle à rien ni à personne vu que Michaël n’était pas mon petit ami et qu’on ne baisait même plus. Elle avait raison.

J’ai continué à aller sur des tchats. J’ai encore rencontré des tas de garçons, eu des rendez-vous rapides et des plaisirs éphémères. Des vieux qui voulaient profiter de ma jeunesse, des jeunes qui me ressemblaient au temps où j’étais gauche et maladroit avec les garçons.

Et puis, un soir, je suis tombé sur le profil d’un mec que je connaissais bien : Noam. Ça m’a fait tout drôle de voir sa tête. Il mettait sa photo à présent. Comme quoi, les temps avaient changé. Il mentionnait qu’il habitait Paris. Il avait dû revenir. Sans me le dire. Ça m’a fait de la peine. Même si c’était logique, étant donné la nature de notre relation. J’étais très excité à l’idée de lui parler de nouveau mais j’avais peur qu’il me rejette encore.

Je lui ai écrit : « Hey ! T’es rentré ? »

Il m’a répondu : « T’es qui ? ».

Il faut dire que moi, je ne m’étais pas converti à la photo.

« C’est Aaron. Tu te souviens de moi ? »

« Aaron qui ? Mets une photo ! »

« C’est, moi, Aaron. On s’était rencontrés à Bastille. On s’est vus au Queen. Celui qui fait du journalisme. »

Il a fermé la page. Je suis retourné lui parler.

« Ne m’envoie pas bouler comme ça. J’ai un copain maintenant. Je voulais juste te saluer, prendre de tes nouvelles. »

« Pourquoi t’es sur un tchat si t’as un mec ? »

« Je voulais juste checker mes messages et j’ai vu que tu étais connecté alors je suis venu te parler. Laisse-moi ton msn, ce sera mieux pour discuter, non ? »

« Mais tu veux qu’on se dise quoi ? »

Il avait toujours eu le chic pour m’humilier. Sauf que cette fois-ci, ça s’était passé différemment. On avait discuté longuement. Il était à Paris pour deux petites semaines. Je crevais d’envie de le revoir. Mais j’avais changé. Alors j’ai été stratège. Je ne l’ai pas saoulé en lui faisant des déclarations. Je ne lui ai pas reproché de ne pas m’avoir donné de nouvelles depuis des mois. Je lui ai donné d’innombrables détails sur mon mec imaginaire qui, évidemment, avait les traits et les attitudes de Michaël. J’en ai fait un peu beaucoup sur la disparition de mon frère, histoire de provoquer sa solidarité et sa compassion. À la fin de notre échange, c’est lui qui m’a proposé d’aller boire un verre. J’étais aux anges. J’ai poussé un cri de joie. Mon père, qui dormait dans la chambre d’à côté, m’a sommé de la fermer. Moi, cette nuit-là, je n’ai pas dormi, j’étais tout excité à l’idée de revoir Noam et ravi de cette belle surprise que le destin m’offrait après tant d’épreuves.

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