Après quoi on court

Jeremy Sebbane · Chapitre 29 sur 154

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Après quoi on court

Michaël

Aaron m’avait invité à regarder les résultats des élections chez lui. Il avait convaincu ses parents d’aller voter Jospin pour compenser le fait que, tous les deux, nous n’avions pas le droit de vote. Je remerciai mille fois sa mère qui, cet après-midi, avait déposé son bulletin et celui par procuration de son mari dans l’urne.

J’avais amené mon affiche du candidat socialiste, convaincu de passer une belle soirée électorale, la première que je suivais attentivement.

Et puis, vous connaissez l’histoire. Je ne faisais pas partie des initiés qui savaient avant le 20 heures. Je me suis donc pris la tête de Jean-Marie Le Pen à côté de celle de Jacques Chirac en pleine gueule lorsque les télévisions donnèrent les résultats.

J’étais choqué et consterné. Les parents d’Aaron trouvèrent que j’en fis un peu trop en pleurant à chaudes larmes devant l’image de mon champion, troisième, défait, humilié et abandonnant la politique. Ils restèrent interloqués face à mes éructations contre les Français allés à la pêche ou les candidats de gauche qui avaient affaibli le score de Lionel Jospin.

Aaron, lui, fut très compréhensif et me prit dans ses bras dès l’annonce des premières estimations.

Je voulais qu’on aille à Bastille aux côtés des jeunes qui manifestaient. Les parents d’Aaron refusèrent catégoriquement, inquiets de la présence d’éventuels casseurs. Je voulais l’inciter à désobéir mais je n’osais pas.

J’avais téléphoné à Dana qui ne m’avait pas répondu. Elle était de son côté tranquillement au cinéma, bien loin de mes préoccupations politiques, bien loin de mon immense déception du soir, bien loin de moi tout court.

Aaron m’avait proposé de rester dormir chez lui. J’avais refusé. Je voulais rentrer chez moi, retrouver mon lit, ma chambre et mes habitudes. J’étais déboussolé, incapable de comprendre comment pouvaient faire les gens pour ne pas penser comme moi.

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