Après quoi on court
Aaron
Et puis il y eut ce shabbat que Michaël était venu passer à la maison.
Mon père qui l’interrogeait sans cesse sur sa petite amie et qui me demandait pourquoi, moi, je n’en avais pas.
Ma mère, silencieuse et attentive, ne prenant pas de plaisir et attendant seulement que les hommes de la maison aient terminé leurs plats pour amener les suivants. Mais qui prononça ce soir-là la phrase magique : « Si tu veux, Michaël, tu peux rester dormir à la maison. »
Puis qui, devant le refus poli de notre hôte, sortit l’argument ultime pour le faire rester : « Tu dormiras dans la chambre de Samuel. »
Je suis allé embrasser ma mère sans qu’elle comprenne heureusement pourquoi, puis dis à Michaël que nous n’aurions qu’à dormir ensemble, que ce serait plus sympa.
Le lit de Samuel était un deux places. Il était face à une télévision. Nous nous y installâmes pour regarder un film ensemble. Je l’avais laissé choisir ce qu’il voulait regarder, tout ce qui m’importait était qu’il soit content d’être là et qu’il ait envie de revenir le plus souvent possible.
Juste au moment où je sortis le DVD de sa boîte, la sonnerie du téléphone de Michaël retentit.
C’était évidemment Dana qui voulait lui souhaiter shabbat shalom. Bien qu’il soit allé se réfugier dans la salle de bains pour parler tranquillement, je l’entendais distinctement minauder et lui parler avec une douce voix qu’il n’utilisait pour personne d’autre. Je perçus cependant un sonore « Mais n’importe quoi » quelques secondes après qu’il eut annoncé qu’il passait la nuit chez moi. Je ne savais pas ce qu’elle avait pu lui dire mais je m’en doutais un peu. Qu’importe, ce soir-là, c’était avec moi qu’il était.
Lorsqu’il revint dans la chambre, il retira ses chaussures, ses chaussettes et s’allongea doucement à côté de moi en me souriant. Je sentis mon cœur battre à tout rompre. Il allait falloir tenir toute la nuit.
Nous regardâmes ensemble le film qu’il voulait voir et que je ne suivis pas une seconde, concentré uniquement par la présence de mon ami sur un lit à quelques centimètres de moi.
Il continua à torturer mon cœur en retirant son jean et son tee-shirt, me laissant découvrir son torse pas tout à fait imberbe et terriblement bien dessiné.
Je gardai, de mon côté, mon tee-shirt et me mis au lit en éteignant bien vite la lumière, conscient qu’il ne fallait pas que j’assiste trop longtemps à ce spectacle si je voulais garder mon calme.
Naturellement, je ne parvins pas à m’endormir pendant plusieurs heures. Je le regardais dormir avec l’envie irrépressible de caresser son corps.
Je ne savais pas si le fait de le faire dormir à côté de moi était une si bonne idée. En fait, cela ne faisait que nourrir ma frustration puisque je n’avais, bien sûr, pas osé faire le moindre geste déplacé. Évidemment, j’ai passé la nuit à rêver à toutes sortes de gâteries que j’aurais souhaité lui faire.
Le lendemain matin, quand j’ouvris les yeux, je vis Michaël faire son sac.
Les yeux mi-clos, je lui demandai ce qu’il faisait. Il me répondit prestement que ses parents l’attendaient, qu’il fallait qu’il rentre chez lui tout de suite.
Je n’eus pas le temps de le contredire et de lui demander de rester un peu que déjà il remerciait mes parents pour leur accueil et leur hospitalité.
Quand je me levai pour les rejoindre, je sentis une sensation désagréable entre mes genoux : mon caleçon était recouvert d’une grosse tache mouillée dont l’origine ne faisait guère de doute.
Paniqué, je fonçai me changer avant que ma mère ne pénètre dans la pièce pour me réveiller.
Puis, bien sûr, je m’interrogeai. Était-ce la cause du départ précipité de Michaël ? Avais-je dit quelque chose dans la nuit, voire crié avant de jouir lamentablement dans mon sommeil ?
Toute la journée, le cœur battant, je ne cessai d’appeler le portable de Michaël qui ne me répondait pas.
Le soir, Jenifer gagnait la Star Academy contre Mario en interprétant Lucie de Pascal Obispo et je crois que mes larmes ont commencé à couler avant qu’elle arrive au refrain.
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